IV. \lnl .-TlliU
administration du couvent, bailla au roi le dénombriMiient des vassaux en 1172. et, la même année, il reçut au Mont des personnes de distinction en vue d'affaires ecclésiastiques et de la réconciliation de Henri II avec l'Eglise. Trois ans plus tard,l"abbé retourna en Angleterre et rapporta une charte confirmant les donations faites et à faire. En 1177, Robert assista au vote par lequel Rolland, doyen d'Avranches, lut nommé évêque de Dol, et ce dernier seconda l'abbé dans la réforme des chanoines chargés du service paroissial du Mont. De son côté, à quelque temps de là, Robert montra sa bienveillance
pour les déshérités en dotant la maison des pauvres de Genêts.
Robert était arrivé à l'âge de 80 ans avec la plénitude de ses rares facultés; il rendit sa belle
%. 7— wt*^ '^^imÊÊmi ^"'""'® '^ Dieu, le
' ' ""' ' 24 juin 1186, « au
grand regret de
tous et perte de
cette abbaye. »
Il est vrai ([ue le
couvent du Bec célébrait son anniversaire le jour précédent, mais il
paraît plus logique de s'en tenir à la date donnée par l'obituaire Mon-
tois. L'abbé fut enterré sous le porche de l'église, du côté du sud, dans
Crosse et disciue ruiirraire de Robert de Torigni (à rabbayc).
d'accord avec ses frères Guillaume et Thomas, (|ui bailla plusieurs terres à Beauvoir et Espas (1 174) ; la donation du patronan^e dr la cure de Mcsnildray, diocèse de Coutances, par Jean de la Moustlu' i IlSOj ; \c, don du prieuré de (iohi'ré, au diocèse de Chartres ; une donalion du ijatrouagc di' la cure de Hrèville au diocèse de (Chartres, par le chevalier (iuillauinc de lin'ville ( I IS4). Enire lemps i 1 17:) i on ohserve le fieffonieiil d'une parlie delà forêt de .Saiul-.leaii ilç lii\oye, déiruite par Tlionias de Saiiit-,Iean. à \llain de Saint-Pierre.
D'ailleurs les biens et la personne des reli'ri<'ux IrouvaienI prolcclion et sauvegarde auprès du jiape Alexandre 1\ en 1 tO'J (puis aver amplification de faveurs en 1178), et auprès du roi Henri 11 en 1 175. D'autre part, lesautres monastères étaient heureux de contracter une association fraternelle de prières avec l'abbaye Micheline. C'est ce que firent en particulier les abbés de Clunv et de Saint-Michel d'Ecluse, lors de leur pèlerinage au Mont en 1 172. Cette lettre d'association a été publiée par M. L. Delisle, et, à la suite de la Chroni(iue de Robert de Torigni, M. L. Delisle a publié un grand nombre de pièces se rapportant à l'aduiiuislralion de l'abbé Robert ; Chronique de Rob. de Tor., Il, p. Til 'ii'ij.
un cercueil en calcaire coquillier de Sainteny, misdans un caveau de maçonnerie; la tète était au couchant, comme pour regarder rorient. Le corps était revêtu des haijits pontiticaux. A sa droite, on déposa la crosse en bois avec volute de ploml) sans ornements ; sur la tète, on plaça un disque de plomb avec une légende gravée (1). Lors des fouilles que M. Corroyer fit au mois d'août 1875, sur l'esplanade de l'église, il retrouva le corps de l'abbé Robert avec les restes de vêtements noircis et rongés par le temps, le crosseron et le disque, qu'il déposa dans le chartrier, transformé en musée archéologique. C'est là que nous avons visité pieusement la dépouille de l'illustre abbé, que l'on a justement appelé Rol)ert du Mont, tant sa mémoire glorieuse est inséparable de celle de l'abbaye.
Robert entretint les relations les plus honorables avec les personnages les plus connus de la société civile et religieuse. L'attachement qu'il professait pour le roi Henri II explique sa réserve au sujet de S. Thomas Becket qu'il connut, puisque, à la demande de celui-ci, il accorda une église à un chapelain. Sans parler des grands seigneurs, on peut citer Etienne de Fougères, évèque de Rennes, qui lui dédia une pièce de poésie sur « la Vieillesse », et le cardinal Raoul Néel, qu'il appelle son » très cher ami ».
Après un long intei'règne de « treize mois )),les religieux nommèrent, « à la pluralité des voix d, Martin, moine profès du Mont. Formé à l'École du Maître, le nouvel abbé s'efforça de suivre les traces de ses pré-
décesseurs, et son amour de l'équité le porta à recourir à la justice pour retirer à des ambitieux des biens dont ils s'étaient emparé, après la mort de Robert.
L ' é V ê q u e de Rennes conhrma la donation des cures de Cancale et de Saint-Méloir,
Disque funéraire de rabbë Martin là Tabbaye).
(t) Ce disque a 12 centimèiresdc diamètre : la face est ornée d'une croix, avec, au centre, une main bénissant, et aux cotés les lettres .\ et H ; autour se lit la légende : -(- Hie reqaiescit Roberiiis de Torujneio abbas liujusloci : le revers, sans ornements, montre la suite de l'inscription ; -j- qui prefuit huie monaslerio XXXll annis. in.ril vero LXXX annis.
08 LE MOUSTIEU
avec les dîmes. A sa mort, arrivée le 19 février 111)1, l'abbé Martin fut enterré sous le portique de l'église, à jieu de distance (.U; ton prédécesseur, suivant la même orientation ; dans le cercueil de bois, mis en un caveau soigneusement maçonné, on plaça la crosse avec le disque de plomb (1).
Le mois suivant, les moines cboisireiil un di's Icin-s puiunccuper la chaire abl>atiale. L'élu, du nom de .loui'ilnin, gouverna le cDUVcnt M avec toute la prudence possijjle » et eut la joie de voir accroître la sphère d'inlluence et l'importance des revenus du monastère {2). Au rapport des annalistes, les moines « n'eurent subject après de se repentir » du choix qu'ils avaient fait. Cependant, on pourrait penser (jue l'accord ne fut pas toujours complet, s'il faut en croire nu mémoire de griefs présenté au pape. Ouoi ((u'il en soit, an cours de l'année 1203 une catastrophe vint afniger l'abbé .lourdain et ses moines. Dans la lutte entre Philippe, roi de France, et.Iean sansTerre, les iiretons, qui avaient pris le parti de riiilippe, s'enqiarèrenl du Mont, sous les ordres de Guy de Thouars, saccagèrent et brûlèrent la ville en sorte que les flammes consumèrent le couvent. Grâce aux secours que lui fournit le roi de France, Jourdain réédilia les bâtiments du monastère. Sans doute qu'il « eusl tout mené à la perfection, s'il n'eusl sorty de ce monde « le ti août V2VJ.
Suivant son désir, Jourdain reçut la sépulture dans l'église N.-D. de Tombelaine. Sa tombe, placée au côté gauche du clueur, était en granitelle de la Luzerne, analogue à celle des colonnettos du cloître ;
(1) Le corps de l'abbé Martin fut décoiivort à l'occasion de fouilles faites au coiiunencenient de septembre tS75. On retrouva un fratjment du crossron et le disque do ])loinb : ce dernier, plus lourd et d'une ornementation moins parfaite (|uc le disque de l'abbé Hobert, montre aussi la croix <,'rec(iue avec la main bénissant et l'alpha et l'oméga : le revers est vide ; la légende entourant la croix est ainsi conçue ; + {lie re<imescil Don Mariin île Furnudeio alilms luii luci. Les restes ont été également déposés dans le musée du Cliartrier.
(2) Gaudin d'Orléans donna le prieuré de llauslins Altuiii l'haiiitm — paroisse de Bignolle au diocèse de Chartres, donation confirmée par licgnault, évèquc de Chartres ( 1 1!)2) : on devait y mettre deux moines pour le service religieux, dausberl l'oileviu lit don du prieuré de Créant, près la Flèche (1102): le chevalier Pierre de Saint-llilaiie, seigneur de Boucey, bailla le patronage delà cure du dit lieu 1 I l'Ji . 1, 'évèquc et le chapitre d'.Vvranches octruvèreiit à l'inlirmier du Mont certaines dîmes à Boucey ( t l'JO) : Robert d'Evrccy, au profit des moines, renonça ;m patronage de la cure de celte localité (1201). Un accord eut lieu au sujet delà présentation de la cure de Fourneaux, diocèse de Bayeux 1 120S). Knliu, le couvent reçut la cure de La Chapelle-llamelin. de Cuillanme, seigni-ur de cet endroit, du chevalier .\dam, seigneur de Homillv, de Johel Béranger, et de llamou. seigneur de Beauvoir (1211;. De leur cùlé, suivant une bulle d'Innocent III. les religieux devaient payer sept francs de rente à l'évèque d'/Vvranches pour son droit de visite sur les prieurés.
LIi MUU.STIEU
elle était furinée d'un soubasseinent recUuiguluire avec une couverture ornée d'une corniche simple, mais de bon .uoùt. A l'occasion des fouilles ({ue nous avons pratiquées jadis à Tonibelaine, nous avons retrouvé des ossements, et les fragments du sarcophage de l'abbé. L'absence de légende nous fait penser qu'il avait souhaité (jue l'on ne mit aucune inseriplionsur son tombeau. .\ cet égard, un clu-oni- (fueur Montois a écrit ; « JjBS nianuscripts ne disent point la cause pour quoy il voulut estre plutôt inhumé en ce lieu (ju'en ce M ont. » L e sentiment, qui semblait une énigme au temps passé, parait aujourd'hui plus
compréhensible à nos idées : sans doute que le défunt fut guidé par la pensée de goûter, même après sa mort, cette douce solitude qu'il
avait tant aimée, et de sentir la
Découverte des restes du tombeau de Jourdain à Tombelaine en août 1898.
;e. Sc/„st-
prière des gardiens de Tombelaine se mêler au vague murmure de la mer, au gazouillis des mouettes et à l'arôuje des plantes sauvages, qui sont comme la prière intime des êtres que la Providence a associés à l'existence de l'homme, et au milieu desquels l'alibé se plaisait à venir méditer. Peutêtre aussi sa résolution fut-elle
inspirée par la mélancolie que lui avaient causée les difficultés avec
ses frères du Mont.
Les religieux, en dépit des prétentions de l'évêque dAvranches,
élui'ent CI incontinent » un moine profès, Raoul des Isles, qui doit
\'>Tiùc (L. l'ail,, JturiU^n
Fraginents du loinbeau de Jourdain
70 LK MOL.STIF.U
probablement son surnom au fait d'être originaire des îles Normandes. L'abbé eut la joie de voir l'union spirituelle des abl>ayes de Saint-Wandrille, de Saint-Benoit, de Fleury, de La Couture, et de Saint-Pierre de « Bathoniens » en Angleterre, avec le couvent Micbelin (1213). Il fut aussi favorisé de plusieurs fondations (1). Un ditférend survint entre le doyen de l'église d'Avranches et les religieux, mais il fut réglé à l'amiable, par un « app^inctenient », en vertu duquel le couvent devait paier neuflivres par an au doyen « pour une pellice». Raoul « paracheva de faire réparer les bastiments du monastère, ruinés par le feu. » Il mit une inlassable énergie à ramener la paix dans le cloître, à faire rentrer dans l'ordre ceux qui en étaient sortis, à payer les dettes et à retirer les biens des mains des créanciers, en un mot à restaurer la discipline monasti([ue aussi bien que les logis conventuels. La paralysie l'ayant contraint à renoncer à sa charge d'abbé, les religieux lui servirent une pension. En uiitre, il se vit en l)utte aux vexations du moine Raoul (pi'il avait foruîé et (pii le dépouilla de sa provision. 11 en appela au pape qui nomma des arbitres dont l'abbé récusa la sentence, en sorte qu'il fut dénoncé comme excomnmnié. Dans la suite, une nouvelle sentence arbitrale devait le relever de ce lien canonicpie et pacifier les rivalités. Entre temps, la crosse abbatiale avait été remise à Thomas des Chambres, ainsi appelé du nom de son pays et moine du Muni, qui fit preuve de piété et de vigilance .
La confusion qui régnait alors dans les esprits, parait s'étendre à la chronologie elle-même. S'il faut en croire le.s auteurs du Gallia, Raoul des Isles aurait gouverné jusque vers l'228, et Thomas des Chambres jusqu'en l'230, contrairement à l'avis des Sainte-Marthe qui acceptent la date de 122.j. D'après D. Huynes, Raoul des Isles fut nommé en 1212 et mourut en 1218, et 'l'humas des Chambres gouverna en 1218 et décéda en 1225. .\ssurémfnt au milieu du conflit des dates, ce qui n'a rien de surprenant dans le labyrinthe, si m vent obscur, de l'iiistoire au moyen âge, nous acceptons plus volontiers celles de l'historien qui a tenu en main les documents originaux.
Sous la direction de l'abb('' Thomas, le couvent fut l'objet de
(\) Lecouvi'til recul les dîmes de Cli.Tinpcaux et de lîiequigny, de la pari de lîaoul Chevalier, sei^rTieiir de Chaiiipeaux, ainsi ([iie la coiilirmalion du prieuré de (ioliéré avee le droit de forfaiture et de justice, par le seigneur de Lannercy el par l'évèque de Chartres (I2i:i), plusieurs terres du villajje de Run, el certaines mesures de miel au prieuré de Uoquillats, diocèse de Cornouaille. eu lîasse-Hrctagnen2l4), ainsi (|uc de divers doiunines, en p.uiiculier la lerre qui entourait l'église de Saint-l'air, el la chapelle de Saiid-(iaud (121(1).
plusieurs avantages temporels (Ij. L'abbaye n'était pas moins favorisée au point de vue spirituel. En 1222, l'évéque de Cantorbéry porta, en concile, une ordonnance pour célébrer la fête de la Dédicace du Monl-Saint-Michel dans son diocèse. La confraternité de prières fut établie avec les abbayes bénédictines de Saint-.Iouin de Marnes en Poitou, et de Saint-Julien, à Tours, à l'occasion d'un voyage fait au Mont par des religieux de ces couvents. Enfin le pape Honoré III confirma les biens et les droits de l'abbaye Micheline (122i). Thomas des Chambres quitta cette terre le 5 juillet 1225.
Elu aussitôt la mort de son prédécesseur, Raoul de Villedieu, moine profès du Mont, » s'acquitta le mieux qu'il peut de sa charge tant au dedans que dehors. » (2) Le pape Grégoire IX confirma les possessions de l'abbaye en 1284, et, l'année suivante, le couvent reçut plusieurs reliques du prieur de Saint-Frigien ou Frigidien, célè))re monastère de Lucques, qui remonte aux rois Lombards. Mais l'administration d'une importante abbaye ne va pas sans difficultés. Un conflit .s'éleva entre Raoul et l'évéque d'.\vranclies au sujet de la juridiction et du droit de visite. L'affaire menaçait de traîner en longueur et de s'envenimer, quand l'esprit de concorde l'emporta et aboutit à un concordat, le jour de la Purification (1286).
(1) Raoult, seigneur d'.Vrgouges, donna divers biens au manoir et bois de la Croix (1219): Moïse et >ornian, fils de Gradelon. firent des legs au prieuré de Roquillats, diocèse de Cornouaille (12.'2); GeollVoy, vicomte de Chàtcaudun, fit don de la foire de Goliéry, à la Saint-Michel de septembre (1223); Guillaume du Homniet ratifia le don de la terre de Saint-Michel, outre la iNoc en Saint-Germain, diocèse de Gonlanccs (1225); la même année, le prieuré de l'Àbbayetle reçut de « nouvelles donations et augmeiilations; » enfin on donna le patronage de l'église de Monlenay, au diocèse du Mans.
(2) Parmi les avantages qu'il eut la satisfaction de constater, nous citerons des dons à la seigneurie de Bretheville, à la Croix de Caipiquet, à la Biserocque et ailleurs, ces dernières par Oger, seigneur de Codeville ; des dons au prieuré Saint-Victcur, au Mans (I2'l0),unc donation de rentes et de domaine à la seigneurie de Domjan par Philippe et Jacques l'oreslier, delà dite paroisse i 1232). En outre, les moines de Hanibye cédèreni quelques rentes (12:13) ; l'évéque de Saint- Malo confirma le patronage de la cure de Cancale ; le prieuré de Saint-Victeur et la seigneurie de Bretheville reçurent de nouvelles terres ; au prieuré de l'Abbayetle, Robert de Gorran, seigneur de roanaire et Livaré, donna ses rentes et « sut5Jeclions d'hommes à la Dorée, avec l'étang et le moulin, » plus la dime des poissons de ses étangs en Livaré et Saint-Berlhevin ; et Guillaume de Lescluze ajouta un grand pré avec la faculté de faire un étang et un moulin (1235); enfin, le prieuré de Créant fut l'objet de libéralités de la part de Hohin de Mescré et de Foulques, duc d'Anjou ( I2:)ti|. Parfois le donateur ne se contentait pas de bailler des domaines Le chevalier Maurice, seigneur de Leignay, après avoir octroyé ses biens au prieuré de Gohéré, revêtit l'habit monastique au Mont (1233). — Neustria pia, p. 390. —Gallia Cliristiana. W. 322. — D. Huï.nés, Histoire générale. I, 180. — D. Leroy, Les Recherches, etc., 360-369.
i.i; \iiii sTiKii
Dune part, l'abbé du Mont — et durant la vacanre co droit revient au couvent — l'abbé peut instituer et destituer le curé de Saint- Pierre au Mont, avec cette réserve que la dégradation « pour cas énorme » est réservée à l'évêque; il a juridiction, sauf appel à
l'évêque, sur les prêtres, clercs et laïcs du Mont avec droit de connaître des causes matrimoniales jusques à la sentence définitive, et des sacrilèges commis dans l'enclos de l'abbaye par les habitants ou par les pèlerins étrangers au diocèse; il pourra envoyer les clercs ou religieux pour être ordonnés par l'évêque, qui y sera tenu, une fois qu'ils ont été examinés par l'abbé; le curé de Saint-Pierre et l'abbé devront se trouver au synode diocésain. Comme conséquence, on créait au Mont un office
. -n r /« ^ Tii^ki^^^/^^ , d'archidiacre dont le titulaire avait
-É-; ^ M:'^^^^^ le droit de visite sur la paroisse.
D'autre part « en contreschange ».
l'évêque a puissance absolue de
visiter le couvent d'office, « quand
il verra bien estre. sans toutefois s'arroger aucun dioil d'assister à
l'eslection de rabl:)é ».
Raoul, mort le 12 février 123B, eut pour successeur Richard II Tustin ou Toutain, moine profès du Mont. L'abbaye continua d'être gratifiée d'avantages temporels et de faveurs spirituelles (Ii. En particulier l'union de prières avec le Mont s'étendit aux couvents
Plan de rahbaye, c-lagc infi-ricur (desh. Corroyer).
(1) A Monlronaull. le dur do Rirliemnnf confirma une donalioii ol dc'f liaigoa le couvent '< de la siibjoclion d'y lonir deux movncs » : et le iliovalior Main, seigneur de lîeaufort. donna un moulin cl un pré ('I23S|. Thomas de Scrvon r(Mnit le patronage de la cure de .'«ervon, diocèse d' Vvranches ; Richard, seigneur de Diiian et sa femme cédèrent des droits « assis à Saint-Meloir » (1239). V propos de celte dernière localité, il y eut un accord en vertu duquel l'abbaye octroya annuellement six livres à l'archevêque de Tours, pour SainlMeloir. SainI Brolade et Moiil-Dol, et deux livres à l'évêque de Saint-Malo pour le droit de visite à Saint- Meloir. Kn outre, Haoult Ilodierne et Kegnault-Kicon donnèrent au prieuré de Villamers les fiefs de Basse-Mosleraye et du Clos-Uirliard (12391. Kobert Bertrand, seigneur de liri(|uebec, octroya le droit » de passage pour cent porcs » dans la foret do Hricquebec (1240i. I.'Abbayelle reçut 12 arpents de lerre et la moitié' d'un hébergement sis à Loupelande ( 1243). Dame Jeanne de Saiiil-IMancheys et
LE MOUSTIF.K
de N.-D. d'Evron, de Saint-Melaine, à Rennes, et de Saint-Florentlès-Saumur. Quant aux Souverains Pontifes, ils s'appliquaient à manifester leur vénération envers l'Archange par une continuelle bienveillance. Innocent IV proclame qu'on ne peut excommunier les moines sans un ordre spécial de Sa Sainteté, tout en leur accordant la faculté de communiquer avec les excommuniés pour « traiter des choses nécessaires » ; il prend les religieux sous sa protection, en défendant d'exiger des taxes au sujet des bénéfices qui dépendent du Mont. Comme les Apres morsures îufi'~ de l'aquilon incommodaient les moines, en particulier les vieillards, le pape , « attendu le grand froid qu'il faisoit en ce Mont, leur permit de porter des calottes ou bonnets, excepté à la célébration de la messe, à l'élévation du Saint-Sacrement et à la lecture du Saint Evangile n (1245). Enfin, il dispensa les religieux Montois de l'observance des statuts et ordonnances de Grégoire IX (1258). A son tour, Alexandre IV concéda cent jours d'in-
Plan de rabbaye, étage supérieur.
de Saint-Pair bailla le patronage de l'cgliso et de la cure de Lingrevillc, diocèse de Coutaiices (1248).
D'autres fois, les religieux arrondirent leurs domaines par des acquisitions. On les voit acheter du prêtre Michel le manoir et logis de Lingreville. et do Thomasse. dame de Tanye. le fief do Maulpertuis en Tanye (1249). De Robert et de (îeofTroy. seigneur de Brée. ils acquirent « des ])rcvostées, corvées et services » en .\rdevon, Espas, Beauvoir, Huynes. (lurey et Brée (1261). Pour le prieuré de Créant, ils firent acquêt de domaines en la paroisse d'Andart. Enfin Isabelle, veuve de (laultier du Plessey, leur vendit des vignes avec maisons et pressoir, paroisse de Saint-.Touin. Charles d'Anjou y .joignit l'amortissement la même année 1203. avec son sceau " d'or ducat, large comme un noble à la Rose, pouvant valloir 15 ou 20 livres tournois ».
La série des libéralités est loin d'être épuisée. Il est fait don aux religieux, pour leur seigneurie de Cancale, du Champ-Saint-Méen, par Hugues le Chauve, et du fief de l'Abbaye, par noble homme Hamo Spina (1251). Jean et Raoult. fils de Richard Trebil. cédèrent au prieuré de l'Abbayette. le fief de la Trébillière, paroisse de la Dorée, en 12C.i. C'est l'année même où l'on observe un Vidimus d'Yves, duc du Maine, « premier et principal fondateur », au sujet de la donation à l'Abbayette de huit villages qui sont Villarenton, Chantepie, Vallendrem, Laureins, Mont-Gallon, Cardeni, Larcillose et Genêts
7t LE MOL S II KU
diligence à perpétuité à gagner en l'al)batiale, et, en 1257, il conlirma « les biens, grâces et privilèges » du monastère, notamment en reconnaissant le droit absolu des religieux d'éliie l'abbé. Ensuite il confirma les biens par une bulle, que l'on a datée du W septembre l'2ôd. Puis, Urbain IV défendit à l'évèque d'Avranches de pourvoir aux bénéfices relevant de l'abbaye (1261), et commit l'official de Dol en vue du retrait des dîmes ((ui avaient été usurpées.
Il nous reste à parler d'un autre témoignage de bon vouloir concédé parle Saint-Siège. Richard Tustin avait le goût des cho.ses éclatantes, et, suivant les expressions des chroniqueurs, « il le portait très haut et était désireux de parestre ». Pour leur être agréable, par lettres datées dWnagni, le 26 septembre 1254, Alexandre IV concéda pour l'abbé et ses successeurs, à perpétuité, <■ le droit de porter la mitre, l'anneau, la tunique, la dalmatique, les gans et sandales, vêtements pontilicaux, de liénir les pâlies et autres ornements d'église, de conférer la première tonsure et les ordres mineurs, et de donner la bénédiction solennelle à roffi'-e divin et à table ». Aussitôt, l'abbé fit faire une superbe mitre, dont il était « extrêmement joyeux ». Piichard ne se montra pas du tout avare de ses bénédictions, et. à la façon des évèques, bénissait sur les places et dans ses voyages ; mais il comptait sans l'évèiiue d'Avranches. Comme il ne faisait en cela que suivre l'exemple de plus d'un autre abbé, le pape reçut « les complaintes de plusieurs évesques. » Pour leur doimer satisfaction, il écrivit une bulle dans laquelle il interdit aux abbés " de donner la bénédiction hors des églises de leurs monastères et autres deppendances d'iceux et ce seulement durant la célébration des divins oflices. scavoir après la messe, vespres et laudes, et de confier la tonsure et les onlres mineurs à d'autres que les moynes de leurs monastères, à ceux sur lesquels ils ont juridiction i[uasi-épiscopale, à moins (jue le saint-siège ne donne quelque privilège spécial. » Comme pour consoler l'abbé Richard de ce mécompte, .\lexandre IV l'exempta ede payer une pension accordée à farchevesque de Rouen, sur le Mont-Saint-Michel. » De plus, à l'occasion de quelques difficultés entre l'abbé et les religieux, le pape entreprit de ramener la |)aix au foyer monastique. A cet efTet. en 1258, il chargea d'une mission de conciliation deux religieux, le dominicain Cuillanan' di' la Haye et le cordelier Léonard de Saint- Jean, ou. leaii de Saint-Léonard. La tranquillité rentradans l'abbaye, et Richard « gouverna honorablement son monastère, et particulièrement en l'observance régulière,qui est la chose la plus considérable. »
l'ahlié décéda le 21) juillet 1264 et « fut enterré avec un grand honneur au bas de la nef de l'église ».
Pour remplacer Richard Tuslin, les moines élurent Xicolas, surnommé Alexandre, religieux proies du Mont. De son temps, la fraternité de prières fut contractée avec les abbayes de Lessay, de la Réole en Poitou, de Bourgueil, alors en Anjou, de Cerisy, dans la Manche, de Saint-Etienne à Caen, et de la P'ontaine-Daniel. Le roi saint Louis lit preuve de libéralité envers le couvent et permit de transporter à (ienets. dépendant de l'abbaye, pour y être tenue le 8* jour après la Pentecc'jte, la foire ([ui se pratiijuait au Mont le dimanche des Rameaux. La seigneurie de Saint-Jean le Thomas ayant été réunie à la Couronne parsuite de la forfaiture du seigneur, le roi concéda aux moines ce domaine à ferme perpétuelle, ainsi que la moitié du bois de Loillande, moyennant une redevance annuelle de '218 livres. Nicolas-Alexandre mourut le 7 novembre 1271 (1 ).
Les religieux « aussitost » portèrent leurs suffrages sur Nicolas Famigot, prieur claustral. A son sujet, on ne cormait que de rares indications, relatives à un échange avec le couvent de la Luzerne pour un petit bois et une terre en Saint-Plancheys, à une donation de froment et d'une géline de rente dans cette localité, et à un accord avec Durand de la Tousche pour le moulin de la Roche, dépendant d'Huisnes, et pour les droits sur l'eau delà Gaintre. Nicolas Famigot ou Fanegot finit sa carrière le 1!) mars 1279.
S'il faut en croire le Ga/Ua. il fut remiilacé d'une façon éphémère par Ranulphe IL Ce (ju'il y a de certain c'est que la dignité a))batiale fut conférée à Jean Le Faye ou Le Faë, que l'on croit moine de l'abbaye. « Dans son entregent et modeste extérieur », il charma « par ses attraits les plus grands seigneurs du pays, les rendit libéraux de plusieurs terres et seigneuries en faveur de son monastère. » Le Mont fut doté du jiatronage de plusieurs églises et cures, telles que celle de Bacilley, par Marin de Bacilley (1281) ; un arrangement eut lieu avec le couvent de la Luzerne touchant le patronage de l'église d'Erenguerville, diocèse de Coutances (1287) ; jjour le patronage de la cure d'Esquay, le bailli de Caen rendit une sentence contre la veuve du chevalier Chrétien Chambellan, seigneur d'Esquay (1290), et un acte de 1291 atteste que le patronage de
(I) Chronique de Robert de Toritjni, Appendice H, p. 230 ; « 1204, obiil Ricardus Tustini abbas ; rexil \\\ III annos. Gui successil Mcolaùs Alexandri WII ». Neustria pia, p. .390. — Gallia Christiana, \I, 523. — D. Huy.nes, Histoire générale, etc., I, 183, place le décès au 17 novembre. — D. Leroy, p. 382.
~C, LE MOUSTIEB
r«''tiliso de Cré:int appartient au Mont. En ontre, des donations nombreuses augmentèrent le patrimoine monastique (1).
Les papes et les rois de France rivalisaient de bon vouloir en faveur de labbaye. Les biens et privilèges furent confirmés par Martin IV (1281) et par Nicolas IV (12S8). Au cours de cette année, ce dernier donna trois bulles soit pour autoriser les religieux à apporter, lors de leur profession, leurs biens immeubles. « à la réserve des fiefs, lesquels ils ne se pourront apiirojii-ier, ains redemeureront aux héritiers des dits religieux lors de leur profession «, soit pour commettre l'abbé de Saint-Melaine en vue de faire rentrer certaines rentes, ou bien l'abbé de Saint-Etienne de Caen, jjour faire casser des aliénations regrettables. Les produits de la mer. n'étaient pas une quantité négligeable. Aussi, en l'an 1280, les moines « voyant que la pesche des poissons à lard, et particulièrement des esturgeons, estait fort bonne dans les eaues de la baronnie de Genests. à eux apjiartenante, et que chascun peschoit à sa volonté », adressèrent une requête au roi. IMiili|ip9 le Bel leur concéda la i>èche des estui'geons
(1) .lamiri l'arcy, .seinjiiour de Bastiovillc, donnai! la seisrneurio de Domjan la sixième gerbe de la dinie de la paroisse de Saint-Louet : Guillaïune de Mortemer bailla an prieuré de Sainl-Germain-sur-Vy la juridiclioii en tonle la terre de Sainl-Micbel et la moitié du droit de roiiliiine dn marche de Sainl-Germain ; Enguerrand de Vaacé concéda le bois de Domjan. Le domaine de ce dernier eiidroil s'accrut par racqiiisition. de Martiii-(iarin. à la seigneurie tle Domjan, de plusieurs rentes « consistant en avoine, argent, pain et gélines. et assises sur le hamel de FougeroUcs ))(1280 8:i). De plus, le couveni acquit des rentes à Saint- Ursin i!2S7iet à Sainl-Plancheys (12'.)*) ; de Foulques, seigneur de Gastigny, il aciieta le moulin de Qiiinquempoix, avec plusieurs rentes de 4 I. 18 s., 31 pains. 2."> gélines, l'.lO œufs et 9 quartiers de froment (1290) ; il acquit la maison et le colombier du seignem- d"Asseigney (1294). D'aulre part. Colet Genargant, Itoger l,angIois et .\lain. sieur de Molhey, firent un don à la seigneurie de .Saint-Melloir C12S8). L'écuier Fiegnault. seigneur de QuartercI, domia la cure de Quaiterel. les églises el chapelles fie Saint-Vudouen (Ouen) en(ierzey et la chapelle de Saiiile- Marie fi 290). Moyennant une rente annuelle de huit qu.irliers di> froment, l'abbaye abandonna h ,Ieau de l.i .Mousclie. seigneur de Sainl-I.éger. le patronage de la cure de Saint-Léger, Mesnildren et le moulin n foulem- » sur le Thar (1290). Richard ïustin, archidiacie d'.\vranches. dorma au couvent, un logis el aussi un manoir à Evrecey ( 129:) i. L'écuier Thomas, seigneur rlu l'ont, fil don de la terre des Angles, du bois du l'rael. en la paroisse de Saint-Plancheys, tandis que Guillaume Hern.ird cédail une rente de froment, d'argent et de poules (I294i. Le prieure de Sainl-Germain-sur-E. recevait des rentes comprenant ?0 livres, 3 quartiers, 7 boisseaux de IVomenl, 13 pains, iri gélines et 5 ruches de sel (l!9,"i|. Raoul l.elievre bailla une métairie et cinq livres de rentes, à Huisnes (1297). — Parfois des contestations s'élevèrent au sujet de tel domaine, mais elles finirent par im accord, .\insi, an sujet du bois du Prael en Sainl-Pl.inchrys. il fut arrêté par une sentence que Guillaume du Bois aurait droil d'y faire paître quatre vaches el dix porcs, et d'y prendre une charretée de bois par semaine (1297).
dans toute retendue de la baronnie de Genêts, avec défense à autrui d'y pêcher.
A la mort de Jean le P'ae, arrivée le 13 juillet l'^^KS, ou plutôt après «environ un an ou i)eu s'en falloil », Guillaume, dit du Château, moine profès du couvent, fut élu abbé. 11 reçut la bénédiction de l'évèque d'Avranches, dans la cathédrale, la veille de Noël l:^;^!). A son retour, il fut accueilli à l'entrée iiar les moines en corps avec la croix. Là, il jura de garder et faire garder inviolablement les coutumes de l'abbaye, en ce (jui concernait le spirituel et le temporel. « n'estoit que la raison ou variété des temps ne le contringnissent à faire au tremen t .
ce qu'alors il feroit avec le conseil de la Communauté. » Guillaume fut fidèle à observer son serment et gouverna avec une grande prudence. Il eut la (iouleur de voir, en 1300, un incendie consumer le clocher de l'église, les toits et une partie du couvent ; il les restaura de son mieux, avec l'appoint des ressources du monastère, et des revenus dont il fut gratilié(l).
Le >[<»iit, vue lin iiottl.
(1) Un accord entre le prieur de Villamers. diorèse de Rennes, et Philippe, comte de Valois et seigneur de Fougères, reconnut au prieur le droit de juslice, î\ la condition qu'il enverrait au dit seigneurie les procès et conlredicts, scellés de .son sceau u, que re dernier lui retournerait (1301). Un autre accord intervint avec le curé de Saint Planchevs, au sujet des dirnes ( I.'i03). Les moines avaient le droit de présentation à la cure de Saint-Germain de Quarteret. diocèse de Oontances (1304). Robert le Vidaine confirma la juridiction, les droits fonciers et féodaux et le don du bois Gérard au prieuré de Goliérv ; comme dépendances de ce iirieuré, Geoffroy Grapin ratifia la donation du moulin de Montimont.el Hubert L'Herniite avec llegnanlf Lecliat. celle du fief Saucct (1304). Le prieuré Saint\ icteur au Mans s'enrichit de dîmes et de domaines dont les uns furent donnés, et les antres acquis ( t30!)-t 310). Dans la seigneurie de Revron. le couvent acheta le moulin Brusié. en Saint lîenoît (1311). Quant à la propriété de certaines dimes du prieuré de l'Abbayelte, elle fut réglée par ime sentence entre les moines et les curés de I^ivaré et de tierce (1313).
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Entre temps, Clément V confirma, par deux bulles de I:'iô5 et de 130}, les privilèges et franchises du Mont; et farchevèque de Rouen reconnut le patronage de la cure de Saint-Michel, dans la dite ville (1307). De son côté, Philippe le Bel donna un nouveau témoignage de bon vouloir aux religieux en permettant de tenir la foire au Mont le 8 mai, et l'année suivante (1311), le roi vint en pèlerinage au Mont et« lit quantité de beaux présents parmi lesquels des ornements, des reliques et 1.200 ducats dont on fit la statue de S. Michel qui se voj^ait dans la nef au-dessous du crucilix ».
Le décès de Guillaume du Château eut lieu le 11 septembre 1314, et l'abbé fut enterré au bas de la nef de l'église. Quelques jours après, les religieux assemljlés élurent un moine profès, nommé Jean de la Porte. L'abbé Jean de la Porte tint « tout en très bon onlre et avait un soin très particulier à l'observance régulièi-e, de sorte i[ue le monastère llorissait beaucoup ». Il ne négligea rien pour conserver et entretenir les biens de l'abbaye. De son temps, on l)àtit ou répara les chapelles sises en certaines propriétés : le prieuré de Saint-Clément de Jerzey fut retiré des mains des usurpateurs, et lécuyer Normand Langlois bailla « don et démission de la fieuferme de la seigneurie de Bouillon»; enfin, on confirma le droit de patronage de la cure de Sartilly, diocèse d'Avranches. Les rois de France se montrèrent fidèles à leur dévotion traditionnelle envers l'Archange. Louis X décida que le prieur de Pontorson de\ait jouir de la dîme des moulins et pêcheries de ce lieu ; Philippe V lit une fondation de deux messes quotidiennes (1310). Philippe VI affranchit le couvent « d'un disner deub au seigneur de Fougères et à sa suite » sur le prieuré de Villamers (1324); de plus, il prit en sauvegarde et confirma les biens, grâces, privilèges et exemptions de l'abbaye (1324).
Le couvent jouit également des faveurs despapes. Jean XXII commit l'oflicialde Piennes pour le retrait des biens aliénés, dépendant du Mont(1328); il accordu K "(jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église abbatiale « es cpiatre testes principales de Notre-Seigneur et de Nostre-Dame, et quarante jours es octaves » (1332) ; par une autre bulle, de la même année, il confirmale monastère dans tous ses biens et privilèges. En ce temps-là, les chroniques ont recueilli quelques faits dignes de remarque. En ]32'i, la i)lace et forteresse du Mont connnença à être gardée par une garnison « pour le roy » ; et. en 1332, la tour de la cathédrale d'Avranches s'etfondra. Au Mont, plusieurs prodiges encouragèrent la dévotion des pèlerins toujours plus nombreux. Les enfants eux-mêmes se distinguaient par leur empressement à vénérer r.\rchange. Après une vie de « bonnes œuvi-es ». Jean
de la Porte iiiùlta ce monde le 14 avril \:',:\'i, jour du Vendredi-Saint, et fui inhumé dans le bras méridional du transept.
La dignité abbatiale fut ensuite remplie par Nicolas le Vitrier, natif du Mont et prieur claustral. A sa rentrée d'Avranches, où il reçut selon l'usage la bénédiction de l'évêque le 2.5 juin l:î3'i, les religieux l'accueillirent solennellement « revestus en chappes », et le firent jurer, comme de coutume, de garderies statuts, qu'il observa fidèlement « jusques à la mort >>. Ce n'est pas que la discipline n'ait souffert du soin excessif accordé aux liiens terrestres, ipie S. Benoit abhorre comme « une peste » ; mais il convient d'ajouter que [lendant l'aljbatiat de Nicolas, « il y eut beaucoup de guerres et de révolutions dans la P'rance, ce (pii luy donna bien de la paine à conserver cette place en l'obéissance du roy, pour lecpiel il montra la plus parfaite fidélité ».
Aussi bien, les papes avaient trop à cœur la jn-osiriérité du Mont, pour ne pas s'occuper des réformes nécessaires. En 1337, Benoît Xill donna commission à l'abbé de Marmoutier, Simon le Maye — qui construisit les curieux bâtiments de Rougemont, fut intendant des finances de Philippe V], ])uis évéque de Dol et de Chartres — de visiter les provinces de Normandie et de Touraine. Pour ce qui est du Mont, en particulier, il fut décidé, le 35 février, « qu'on envoyroit à Paris, ou à Caen, deux religieux de céans poui- y estudier, qui seroient enti-eteuus aux desjiens des prieurs forins » au prorata do la valeur du pi-ii'uré : mie noti', inscriti' sur le dernier feuillet du Martyrologe, indique le montant de la taxe.
Au mois de juin 1337, les supérieurs des couvents de ces provinces s'assemblèrent au monastère de la Couture au Mans, sous la présidence des abl)és Simon etHélie ; ce dernier, ([ui devint cardinal, dirigeait le couvent de Saint-Florent-lès-Saumur. Nicolas le Vitrier y exjjosa l'état du monastère, d'oi'i il ressort ((u'il y avait aloi'S 40 religieux C(juventuels, sans comiiter ceux des prieurés. Il déclara n'avoir que le revenu nécessaire pour entretenir ce nombre, « d'autant ({u'ilcouste extrêmement à faire monter les i)rovisions au dit lieu et plusieurs autres difficultés ». En 1348, Nicolas constitua la nianse proprement dite, en passant avec les religieux un accord, en vertu duquel il leur laissait les otïrandes de l'église, à la condition qu'il toucherait lui) livies de rente annuelle. « Et par là, dit un chroniqueur, a cijmmencé la belle mansse abL)atiale d'où jouissent ce jourd'hui nos abbés, laquelle s'est accrue petit à petit depuis, de telle sorte qu'ils ont esté sur le point de rescinder le monachisme de cet ancien, sainct et fameux monastère ».
LK MOLSTIKK
L'abl)aye trouvait dans les rois de Krance de lout-ijuissanls protecteurs. Philippe VI octroya plusieurs chartes de faveiu' aux l'eligieux. Il ordonna à ses justiciers de les maintenir « en leurs justes possessions, saisines, usages, franchises, droiz et lilieilez, les défendant de nouvelletés indues ». D'aiirès son ordre, on publia « en plusieurs assises, en plusieurs sièges en marchiez et églises », que Ton n'a jamais exigé « d'eulx de subside ou aide pour cause de la chevalerie d'auiiui des lilz de France ». Vai outre, le roi déclare que les
religieux ont toujours été en possession « de certaines tentes à faucons et espécialement de deux tentes , l'une jouxte Diauvaier et l'autre à Karoles », et il ordoiuie de les laisser prendre « en ycelles faucons, tercelles et autres oyseaux ». Une ordonnance exempta les moines de payer la solde « aux gens d'armes » de Normandie et aussi à la garnison du Mont, et défense fut faite aux capitaines des places fortes de rien exiger de l'abbaye (,18'i7).
Jean le I5on, après avoir reconnu les pertes que les religieux ont endurées par suite des guerres, et le dévouement avec lequel " ils ont gardé à leurs frais » le Mont, accorda une sauvegarde pour le couvent et ses dé[)endances, avec défense aux gens de guerre de loger sur les terres de l'abbaye, ni de causer aux religieux la moindre incommodité (1852j, et, plus tard, il défendit à toute personne de rien prendre sur leur domaine. Dans la suite, le roi commanda aux hal)itants d'Ardevon, d'Iluynes. d'Kpas et de Beauvoir de faire le guet au Mont ;18.")G), et ordonna au gouverneur de la province de n'y mettre d'autre capitaine que celui qui s'y trouvait du consentement de ral)bé, avec six hommes d'armes et huit archers pour la sûreté de la place (i;i")7). Naguère, l'hilippe 111 avait V lielfermé » aux moines le lieu de la Bloutière, à la réserve d'une redevance de ôO livres que les prieur et chanoines de cet endroit payaient annuellement au roi ; à son tour, Charles V donna à l'abbaye celte rente de 7>0 livres, assise sur le prieuré.
Le .Muni, gravure ancienne t^nioii. galL).
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Au surplus, Charles, duc de Bretagne, octroya la franchise pour les provisions du monastère (loû!)), quitte à venir, l'année suivante, prier les moines de « luy subvenir d'argent en sa nécessité des guerres ». Nous ajoutons que Clément VI confirma les biens et privilèges ; Innocent VI accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église aux deux fêtes de l'Arcliange (]o60), et Urbain V conlirma les i)rivilèges et biens du monastère (VMy2). Quelques temps auparavant, l'abbé Nicolas unit au domaine de l'aj^iiaye le fief de Bacilly, par contrat fait avec Thomas Guignebault, et un acte d'union spirituelle avait été contracté avec rabl)aye de Montebourg (1).
Nicolas le Vitrier était décédé le 30 octobre lotW, et avait été enterré « dans le monastère ». Au mois de mars lo6o, les religieux choisirent poin- abbé (ieofï'roy de Servon, prieur claustral, originaire de la ville d'Avranches, lequel « lit plusieurs clioses remarqual)Ies durant son règne. » L'année même de son élection, Geoffroy eut la satisfaction de recevoir un pèlerin dont les dehors pénitents cachaient mal la noblesse du sang. Charles V de Chàtillon, dit de Blois, monta nu-pieds jusqu'à la basilique, portant une relique de S. Yves de lîennes, ({u'il donna au couvent. On sait la rivalité qui mit alors aux prises la maison de Peuthièvre, aidée par le roi de France, et celle de Montfort, soutenue par les Anglais; Charles de Blois, chef de la première, trouva la mort à la bataille d'Auray, dans laquelle toute la Ijravoure de Du (Tuesclin n'empêcha pas l'héroïque breton d'être fait prisonnier par le prince Noir, en l;i()5. C'était une existence toute de piété couronnée par une mort glorieuse. Aussi l'abbé et les moines du Mont adressèrent ime suppliiiue à Grégoire XI pour le prier de proposer le saint iiersoimage à la vénération des fidèles ; à cet égard, un chroniqueur ajoute : « s'il le litouy ou non. il ne conste pas ».
(I) L'oxeicice des dioils lenconhiiil plus d'une fois des difficultés. Le droit de patronage de la cure de Servon, dcbiittu entre les moines cl le seij,'neur, fut établi par une sentence arbitrale. Pour celui de la cure de Coudeville, vui arrêt décida qu'il est alternatif entre les r('liy;ieu\ et le seigneur Jean Costard ; mais celui-ci doit cent s. de rente annuelle à l'abbaye. A propos de celle sentence, un chroniqueur fait remarquer que " Ledit Costard fut bien favorisé des arbitres. » — Les propriétés du littoral étaient parfois matière à litige. Seigneurs et officiers royaux contestèrent aux moines les «. droicls de varecq, choses gaives, esturgeons et autres poissons à lard. » Ils se pourvurent devant le roi, qui, en 1300, les confirma dans leurs droits « particulièrement dans l'estendue de la baronie de Saint-Pair, dont il estait question ». Plus tard, une autre sentence confirma ces droits, ainsi que ceux » d'clîusion de sang des malfaiteurs, mesure et taxe des vins, cydres et bleds, de garde et do tutelle ».
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Le roi Charles V se montra le zélé i)rotecteur de l'abbaye. Il accorda une sauvegarde pour les biens, confirma le titre de capitaine à l'abbé Geoffroy et fit défense à « toute personne d'entrer dans le Mont, armé; » la dernière lettre royale est « en viel gaulois, » selon la remarque d'un chroniqueur. En outre, le souverain interdit aux capitaines dfs places fortes de rien prendre sur les domaines du Mont, et ordonna que, pour la garnison, les moines lèveraient six deniers par livre « sur tous les marchands traficants dans l'étendue des terres de l'abbaye » (1364). De son côté, Bertrand du Guesclin mandait au capitaine de Chanteloup de ne pas contraindre au guet de ce château les habitants de la baronnie de Saint-Pair. Jean, duc de Bretagne, prit les biens des religieux sous sa sauvegarde ; son exemple fut suivi par ses successeurs, François l"', Pierre II, Arthur II, et par Jeanne de Navarre, « ayant la garde » de son fils Jean V.Leduc Jean ordonna à ses « recepveurs des traites foncières » de laisser passer en franchise les jirovisions du couvent (1366).
D'ailleurs, les droits de l'abbaye étaient sauvegardés au mieux de ses intérêts. Un jugement condamnait à l'amende des pécheurs qui avaient porté des esturgeons au seigneur de Carolles, au lieu de les remettre aux religieux dans la juridiction desquels les poissons avaient été pris (1.3fi.5i. Peu après, lo <■ poissonnier » Gautier Le Maigre fut mis à l'amende pour avoir vendu, à Saint-Pair, son poisson en cachette etavant soleil levé. A cetteépoque, le couvent s'enrichit de nouvelles donations ou vit confirmer les droits qu'il possédait (1). En 1374, l'abbé Geoffroy présida, à Dinan, les obsèques de
(I) Le prieuré de lîocquillats recul en don les villages de Tregenlcl, de kerbei- •luel, de Ros, paroisse de Miniac. et de Carnoger. paroisse de Melhou, avec moulin el dîmes. Celle donalion fut confirmée par (iuylhenoc, sa femme Marin, et leurs fils .losceliu. Mings et Tusgual MSGB). L"n arrangement au sujet des dîmes de la Pommeraye cutlieu a\ec l'IIntel-Dieu deCoutantes(l309). Le couvent racheta de .lean Thiberge une rente de »0 sols due sur le moulin du l'rey en Saint Benoit de Heuvron, el fit des acquisitions dans cette localité. Il fut maintenu, contre les héritiers de Komilly, en possession du patronage île la cure de la Chapelle-Hamelin (1375). Denise, veuve de fécuyer Kobert \imont. «pour son àme cl celle de son mari, » donna une maison avec jardin « près la porte de Saint-Eliennc-le-Vicl, » à Cacn (1375;.
Les religieux acquirent de Jean Paynel, sicjr de .Marcey, divers droits : 25 livres de rente a pour une pelicc et des bottes » sur les dîmes de Sartilly. et deux livres de cire et une livre de poivre sur la masure de rKs])îne. dépendant du prieuré de Tombelaine(l377; ; de >icolas Jantcct. ils achetèrent le fief de Pelong, en la barotmie d'Ardevon. .\ Ardevon. il leur bailla le four à ban (1379'). In accord avec Richard Belon. curé de C.hainpeaux, régla les (picsiions des dimes.de façon (lue celui-ci devait payer aux nioîni-s (pialre ipi.uts de froment, trois
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Tiphaine de Raguenel, femme de Du Guesclin, suivant le désir qu'elle avait exprimé à ses derniers moments. Cette même année, la foudre incendia le monastère, et raljl)é s'efforça de réparer les désastres.
Les papes continuaient de montrer une particulière bienveillance pour l'abbaye. Grégoire XI ratifia tous les privilèges du monastère (1375). Dix ans plus tard, Clément VII confirma aux abbés le droit de porter les ornements pontificaux et de bénir publiquement. Cette bulle souleva les plaintes de Laurent, évèque d'Avranches,et d'autres prélats de la province, qui protestèrent que c'était « aux despens de leur authorité. » Pour couper court à ces discussions, le pape, par une seconde bulle, décida que l'abbé « ne pourroit useides insignes pontificaux ny gérer les fonctions bors le lieu de sa juridiction, en la présence des arcevesques et évesques de Rouen et d'Avranches, sinon de leur consentement. » Cette année même, sans trop de souci des susceptibilités de l'évêque d'Avranches, l'abbé commanda « une prétieuse mitre, couverte de pierreries et semences de perles. » Geoffroy de Servon touchait à la fin de sa carrière ; il mourut le dernier jour de février 138(), et fut enterré dans l'église, « sans savoir où, » suivant l'expression d'un cluoniiiueur.
Le Vendangeur, écusson du cloître, xtii' ■
d'avoine el autant de « paumelle » (13791 ; un autre ap|)oinctement avec les chanoines d'Avranclies inlci'\int pour les dîmes du village de Brée en Tanye. La duchesse Blanche d'Orli'ans léj;ua, en 1385, la somme de 101 livres de rente assise sur la fieufferme de Bouillon et des bois de l'Oillande ; le couvent devait acquitter, à son intention, une messe quotidienne pendant sa vie, et. après sa mort, un Requiem par jour el son anniversaire à perpétuité. Enfin, le couvent acquit les fiefs du Péricr, au Lorcur, de Brée en Domville, de la Mcsieraye et de Craén en la baronnie de Saint-Pair, de Polerel, de Viel el de Montmirel en la baronnie de Genels. et de ToulVon dans le Maine, près le prieuré de r,\bbayetle ; ainsi que plusieurs domaines en Espas (1386).
Le cluîlrc du Muul avant la reslauration.
Dr Pk'irc Li' lloji 1;{8(>) à la lirniliilidii
Por ce le l'aiz que od fraiiihisc Scient li moine el Dcii servise.
(Le llomim ilii Monl-Saiiil-Michel.)
^^^^^m^mims-«';î^ a lin du xiV siècle et le commencement du
XV", voilés de li'istesses religieuses et patriotiques, eurent du moins la joie de sentir leurs angoisses tempérées par le doux rayonnement de hautes intelligences, de nobles caractères, et de véritables grands hommes, dans toute l'act^eption du mot. Au premier lang de celte élite, l'hoimeur de notre pays, biille Pierre Le Roy. Né à Orval, évèché de Goutances, il revêtit l'habit et devint abbé de Saint-Taurin d'Kvi-eux. puis de Lessay, dans le Cotontin, où les sullrages des Minitois le prirent au mois de mars. En venant au
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^loiit, il renonga absolument au couvent de Lessay, « n'estant lioninie à pluralité de bénéfices, comme commençoient déjà à faire plusieurs autres. » Père de ses religieux, il s'appliqua à former leur esprit et leur cœur: supérieur, il rétablit la régularité quelque peu altérée et ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à entretenir et orner l'église et le couvent ; capitaine de la place (par lettres du 16 juin 138(i), il veilla à la sécurité et au développement de la forteresse; gardien du patrimoine conventuel, il étendit ses soins à tous les biens et domaines, feuilleta tous les titres, les classa et les réunit en registres tenus « en un merveilleux estât ». et institua un religieux « pour gérer le temporel en commun. »
Le couvent fleurit merveilleusement sous la direction de cet abbé, « très dexte en toutes les sciences, mais particulièrement en décrets, très habile et vertueux. » On l'a dit avec raison, Pierre Le Roy, « pour l'éminence de son savoir, la maturité de ses conseils et pour ses vertus véritablement religieuses et sans contredit, mérite d'estre appelé de fait et de nom le i"oy des abbez, je ne dirai pas du Mont-Saint-Micliel, mais encore de tout son siècle, vu les charges honorables où il a esté eslevé par les souverains Pontifes et les employs glorieux qui luy ont esté commis par le roy de France. » Charles VI, qui appréciait fort ses lumières, le lit entrer dans son Conseil en lui donnant une ijension de l.OOO francs d'or (lo98), et l'envoya plusieurs fois en ambassade en Italie, en Angleterre, en Aragon, en Hongrie et en divers autres pays. L'Université de Paris le choisit comme délégué dans la Grande-Bretagne (lo95), et le roi le députa auprès du roi d'Aragon et du pape Benoit XIII (1.399). Dans le même but de pacification de l'Eglise, il assista à l'assemblée du clergé de France à Paris en 1400. L'Eglise était alors déchirée par le schisme, et le roi de France Kt appel à la « grande doctrine et prudence » de l'abbé du Mont, « {)our exhorter mi chacun à recongnoistre un mesme pape à quoy il s'occupoit de corps et d'esprit. >> Au Concile de Pise (1409), réuni pour apaiser les dissentiments, Pierre Le Roy, délégué par Charles VI, lit l'admiration des évêques par la sagesse de ses vues, si bien qu'Alexandre V prit l'abbé en affection et lui confia la charge de référendaire. Dans l'Europe entière on le proclamait « notabilis pra-latus, clericus optimus. »
Mais n'anticipons pas sur l'exposé des événements relatés dans les Annales. Clément VII autorisa l'union à l'abbaye du prieuré de Brion (1387), du prieuré de Genêts (1390), du prieuré et de la baronnie de Saint-Pair, et aussi l'union de l'office de la sacristie (1393). Benoît XIII régla l'union des prieurés de Baient et de Saint-Meloir
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(1400). D'autre part, Charles VI, renouvelant les défenses déjà faites, interdit à qui que ce soit d'entrer en armes au Mont-Saint-Micliel, à l'exception de sesoncleset frères (1:587). Dans la suite, le roi ordonna que Pierre, bien qu'absent, sera quand même capitaine du Mont, et exempta les moines de fournir des hommes d'armes pour l'arrièrel>an. Les ducs de Bretagne, Jean IV et Jean V. donnèrent des lettres de sauvegarde. Ajoutons que, grâce à la protection de l'Archange, deux pèlerins se virent déUvrés du péril de la mer, et (pie l'abbé exécuta des travaux importants pour compléter le couvent du côté de l'est et du sud.
A cette époque, le monastère jouissait d'importants avantages (1). Or, les revenus sont très souvent la source de contestations et de procès. Gomme Le Roy joignait à une intelligence supérieure l'esprit pratique de gouvernement, il se rendit compte par lui-même de l'état des propriétés et dépendances, en parcourant les titres dans les archives, et en visitant les domaines en compagnie des religieux, et s'il y avait quelque ditïérend, il le réglait sur place. En manière de corollaire de cet examen, afin de préciser les droits du couvent et de fournir le moyen de les défendre sûrement dans l'avenir. Le Roy composa un double Recueil, véritable modèle du genre par sa clarté et sa méthode. Le premier, dit le Guanandrier, n gros in-folio en parchemin blanc composé de belle escriture avec quelques marmousets paints «, fut sans doute transcrit par quelque religieux « habile en cet art >■, d'après les notes « tracées de sa maiu » (l'i()2). Le volume est « distribué en Ijailliages. en paroisses et en tenements ». de façon « qu'incontinent on a trouvé ce de quoy on a besoin ». Le second, dit le Lici'c Blanc, autre beau volume de parchemin, au lieu d'un sommaire des titres, renferme la copie des pièces originales, depuis les plus anciennes fondations et donations jusque vers 140(i. Telle estson autorité, déclare un chroniqueur, qu'en raison du caractère de son auteur et de la « respi-ctalile antiquité >■ des titres, en tous lieux du royaume « il est receu avec autant de vérité cnininc si c'estoit les mesmes originaux sur lequel il a esté composé ».
I lliTvi!' (le Moiilinoroncy cl .leaiiiie ll;irc(niil. sa l'ciiune. seigneurs de Scivoii. fircnl riiiiiiiiiiaj,'e pour le fiefde IJréc en Tanye( i:!'.)Û). l'iiisiems renies, situées en 1.1 seigneurie de Sainl-Jean-le-Tlioinas, furent baillées an couvent i I 102) I,es moines ie(,uretil diverses dîmes en la paroisse de Sorvon, et trois (piaiticrs de vi^jnc près d' Viigers furent donnes au prieuré de OréanI : ils aclietércnl la seigneurie de .\o\antct le i)alronage de la cure de Macey, diocèse d'Avraiulies (1103- I4(lt). .lean la Hache, bourfieois de l'onlorson, acliela les nimilins du dit lieu, de Blanche de Montmorency, à chaige de payer au prieur 18 1. 16 s. (1409) : les liahilaiils d'iluvries versaient 3 livres 10 sols pour le four à l)an.