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Le Hoy mettait tous ses soins à l'observance de la discipline monastique. Il porta notamment son attention sur » les prieurés champestres, dans lesquels il n'y pouvait avoir qu'un ou deux moynes », et dans lesquels l'isolement amenait l'atîTaiblissement de la règle et de l'esprit religieux. Il tlt tout son possible pour les unir « au corps de la mère abbaye », des Ijiens de laquelle ils avaient été constitués. Au besoin, la justice seigneuriale se chargeait de lui donner raison. Le prieur de Villainers vivant seul « contre l'ordre et décence », le seigneur de Fougères, en 131J7, ordonna à son sénéchal de saisir le revenu, « tant pour la nourriture et entretien de deux religieux devant demeurer en iceluy avec le prieur, (pie pour les réparations nécessitées d'estre faicteso. Le Roy obtint du pape la suppression de cinq prieurés avec leur union à l'abbaye, et la déclaration que la trésorerie du Mont ne se pourrait obtenir en cour de Rome, sans le consentement des religieux. En outre, avec la permission de Pierre, cardinal-diacre et légat en France, l'abbé supprima l'office de sacristain, afin d'employer les revenus de cet office aux réparations du monastère.
Selon les expressions d'un chronicjueur, Le Roy eut été une « perfection » d'abbé, s'il n'avait suivi l'exemple de son prédécesseur pour la manse abbatiale. Au moment de iiartir pour le concile de Pise, où Charles VI l'envoyait en vue de l'élection du pape, il lit avec les moines un accord par lequel il retenait en <( préciput » une pension de 1200 livres.
Mais il faut bien reconnaître que ce subside, l)eut-étre contraire à l'esprit de pauvreté de S. Benoit, était nécessaire à Le Roy pour ses voj'ages et pour son séjour à Paris, oîi il enseignait le droit, et que, par ses mérites et ses œuvres, il s'est acquis u une renommée immortelle. » En l'absence de l'abbé, le couvent était administré, sous le rapport spirituel et temporel, par Nicolas de Vandastin, grand prieur, en qualité de grand vicaire; et il avait également l'intendance de la place.
A la mort d'Alexandre V, le conclave des cardinaux se réunit à Bologne dans le Palais du Podestat, actuellement l'Hôtel de Ville. Le
1 Sceau de R. Touslin. 2. — de R, Jolivet. 3 — de J. de Lamps. 4. Armes du Mont au xmii' ■^ 5 Arme* de P. Leroy, 6. Sceau de l'ordre sous Louis XIV.
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Roy se rendit dans cette cité ; l'élu, Jean XXIII, donna sa confiance à rabl)é et en fit également son l'éférendaire. Le Roy profila de son voyage pour satisfaire ses goûts d'études, resserrer ses relations avec les professeurs et les savants les plus en renom, et visiter les villes les plus célèbres tant ))ar les monuments que par la réputation de leurs écoles. L'antique cité Rolonaise ne jouissait pas encore de la célébrité que lui valut sa grande école de peinture du XVI"' siècle, mais sa vieille université voyait rayonner sur l'Europe entière Téclat de sa renonnnée. La faculté de droit surtout acipiit, au Moyen âge, une réiiutation universelle qui attira Jus(ju'à dix mille étudiants. Le Roy, qui avait étudié à fond les ouvrages des maîtres Bolonais dans la bibliothèque du Mont, était heureux de pouvoir se retremper à la source des fortes études de la jurisprudence, pour laquelle il nourrit toute sa vie une prédilection marquée. Dans son ardeur au travail, l'abbé paraissait oublier ses soixante et un ans, quand il fut pris par la maladie qui devait l'emporter, le 14 février 1410.
Par bonheur. Le Roy n'était pas seul en pays d'Italie ; un moitié Montois, auquel il avait voué son amitié et sa confiance, veillait au chevet de l'abbé et l'entourait des soins les plus dévoués. Ce lui fut une douce consolation de sentir près de lui un autre lui-même, dont il rêvait de faire son successeur ; car il nous semble bien que, sur cette terre étrangère, une des dernières impressions (jui toucha l'âme du grand abbé, avant qu'on lui fermât les yeux, fut la lointaine et chère silhouette du rocher consacré par l'Archange, là-bas, au milieu des flots avec son incomparable couronnement d'édifices qui s'élancent vers le ciel comme pour en montrer le chemin. Cette douce vision hantait certainement la pensée du mourant, lorsqu'il remit à son compagnon de voyages « plus de quatre mille escu/ d'or pour estre employés en ce monastère. « Robert .lolivet, (jui avait suivi Le Roy en (jualité de chajielain et l'assista à ses dernioi's moments, prit soin de ses obsè([ues. Le Roy professait une estime particulière pour le couvent dans lequel S. Dominique avait reçu rhospitalilé et finalement la sépulture. Le monastère agréable avec sa riche bibliothèque et la remarquable église romane à trois nefs, remaniée et décorée de peintures notamment du (îuide, excitèrent l)lus d'une fois la vénération de doctes jiersonnages, ({ui demandèrent à y être inhumés. A son loui' l';il>]ié Le Hoy expiiina le vfpu d'y dormir son dernier sommeil. Sa tombe était « proche «le la sépulliire de .lean Anrlri'' et di' .Ii'an d.' Lignay. deux très fameux docteurs. »
Robert Jolivet, originaire de Mont-Pinclion {l), au iliocèse de Coutances, avait pris l'iiabit monastique en 1401. Sous la sage direction de Le Roy, il se forma à la culture des sciences et à la pratique de la vertu. L'abbé le constitua procureur du couvent et le chargea de traiter diverses affaires. En 140G, il l'envoja dans le diocèse de Saint-Malo pour publier l'union du prieuré de Saint-Méloir à l'abbaye et il lui conféra le prieuré de Saint-Brolade, diocèse de Dol. Ainsi cjue nous l'avons vu, Robert suivit Le Roy en Italie, l'assista et le fit enterrer « honorablement » à Bologne. Dans cette ville, Robert obtint une audience du pape Jean XXIll, qui lui accorda le gouvernement de l'abbaye par bulle du 22 mars, en « octroyant (juarante jours d'indulgence à tous ceux qui assisteraient à la messe ditepontificalement par l'abbé Robert», et en lui accordant la faculté de recevoir à la prêtrise les moines âgés de 22 ans.
Jolivet prit la route de France et vint au Mont « dire la mese du bon abbé Pierre ». Les religieux, sur le vu des bulles, s'assemblèrent et portèrent leurs voix sur Robert, qui fut élu « unanimement », à la grande joie des moines, satisfaits de connaître le précieux dépôt laissé par Le Roy. L'abbé employa cet argent à « décorer l'église et la trésorerie », et fit « quantité de bastiments à Loyselière et autres lieux. » Du reste, Jolivet jouit des faveurs du pape et du roi. Une bulle de Jean XXIII lui concéda le pouvoir d'absoudre ses religieux « de tous cas réservés et de toute excommunication encourue à cause d'usage des mains, voire jusques à effusion de sang, soit entre eux ou autres personnes séculières, quoyque prestres, toutefois sans mort ou mutilation de membres. » De son côté, par lettres de l'ill, Charles VI prit l'altbé Robert, « escholier à FUniversité de Paris », sous sa protection et le confirma en la charge de capitaine du Mont, en accordant cjue les procès de l'a bliaye vinssent au parlement de Paris. Grâce à la « pécune » laissée par Le Roy, en « adjoustant celle du monastère », l'abbé Jolivet enrichit la sacristie de beaux ornements marqués de la lettre R, initiale de son prénom, d'une mitre et d'une crosse précieuses, de croix, de calices et d'encensoirs d'or et d'argent, ainsi que d'une « grosse horeloge » et d'un angelot doré.
Au point de vue de la résidence, Jolivet marcha sur les traces de son prédécesseur. Il se tenait d'ordinaire à Paris, où n'étant encore que moine du Mont il avait suivi le cours de droit de Simon, abbé de Jumièges ; il est vrai qu'un chroniqueur prend soin d'ajouter que
(I) Dans le Gallia on lit : ■< Kobpilus Jolivet de MoNTE-PiNcnoNis in dlœcesi Dolensi oriundus. unde Brito dictus ».
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c'était « tant pour continuer ses études que pour se pousser en cour. » En qualité de seigneur-abbé du Mont, il forma le projet d'avoir « un palais abbatial dans cette belle ville où les grands hommes se font parestre. » En 1293, on avait donné au monastère « un certain manoir jtrès Saint-Symphorien. » Afin de « s'accomoder entièrement »,rabbé acheta « une belle maison, située rue de Saint-Etienne des «rrees, devant l'hostel des Grands Chalets, joignant d'un costé à la chapelle de Saint-Synqihorien et d'autre faisant le coin de la dite rue. » Il s'entendit avec les moines de Sainte-Geneviève, qui « lui laissèrent beaucoup de commodités en jardin et cours pour joindre cette maison » à la première, et « le droit d'entrée dans la chapelle de Saint-Symphorien, à la réserve de sept sols de rente d desdroits seigneuriaux (leubs » aux religieux. De la sorte, suivant une chronique, l'abbé « se construisit un beau domicile aux despens des biens de son monastère, dans ce paradis de la Fi-ance, laissant la pratique de la pauvreté et de l'humilité irionastiques à ceux qu'il aiipartiendroit ». Ajoutons qu'en l'année 1647 ce logis était « aliéné du Mont ».
D'ailleurs, l'abbé ne négligeait pas les intérêts de son monastère. Le couvent ayant acquis le fief de Domville. de Guillaume du Yer, « les dauiesnonnainesde Mortain » firent opposition " fort etferme ». Un accommodement reconnut aux i-eligieux le fief en propriété, en réservant à l'abbaye « les droits seigneuriaux et de juridiction et la congnoissance des choses gayves et venues à varecq » (141 'i). .Jolivet profita des bonnes grâces de Jean XXIII pour obtenir du Saint-Père de nouvelles faveurs, relatives à ses religieux et aux pouvoirs abbatiaux. Par bulle, datée de Mantoue en février l'il4, le pape autorisa l'alibé à envoyei' ses moines prendre les ordres des mains de tel évèquequilui conviendrait, en accordant la faculté de recevoir la prêtrise à l'âge de vingt-deux ans. Aux privilèges pontificaux dont jouissaient les prédécesseurs, le pape ajouta le droit de « donner la bénédiction, partout et hors le service divin, de bénir les calices, les patines et autres ornements d'église, sans la licence de l'evesque diocésain ou aultre. » Jolivet en usa d'autant mieux qu'il avait « un esprit parla subtilité duquel il sçavoit bien se detl'endre de tous les evesques de Fiance, qui l'auraient voulu entreprendre sur ce sujet. »
(^.ependaiil. l;i guerre de Cent ans semait partout le trouble et la ruine. En 141/, l'abbé Jolivet quitta Paris, « pour venir ilelfendre le monastère des ravages que foisoient les Anglois par toute cette province, à quoy il s'occnj^a utilement jusqu'à ce que l'an 14'J(I. il s'absenta de rechef et ne revint onC((ues depuis. » Le roi d'.\ngleterre, maître de la région, réussit à le circonvenir en faisant appel à
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ni
ses qualités, l'attacha à sa personne et lui confia un poste important dans la province de Normandie. Dès lors, le pape désigna le moine Jean Gonault. profès du Mont et jirieur de Saint-Victor du Mans, comme vicaire-général pour le spirituel et le temporel de l'abbaye ; elle roi de France, tout en réservant la capitainerie pour l'abbé en temps ordinaire, nomma, pour le présent, Jean d'Harcourt. comte d'Aumale, capitaine de la ville et du château Montois (l'iSO). Pour ce qui est de la série des luttes que les Français et, en particulier, les défenseurs du Mont, eurent à soutenir contre les Anglais, nous les réservons pour un chapitre spécial.
Au milieu du cliquetis des armes, nous ne trouvons que de rares circonstances à relater ici. En ] 426, Charles Vil donna aux moines, investis par l'ennemi, le droit de battre munnaie. L'évèque et le chapitre de Coutances, par suite des guerres, avaient mis en dépôt au Mont « quantité d'argenteries et ornements prétieux avec de l'argent moyenne ; » ils retirèrent le dépôt, et la décharge est du 7 février 1427. Un acte de 1429 porte acquisition de la seigneurie de Brée, en Tanye. De son côté. Charles VII remit aux moines, en vue de les aider à défendre la place, « tous les impost et su) )sides imposés sur leurs subjects pendant l'espace de trois ans » (1430) ; et, une autre fois, il permet que les causes d'appel du couvent ressortent directement au i)arlement, et non " en échii[uier, suivant la coutume du pays. » En 1433, le lundi de Quasimodo, « par vm ciup d'hasart.
le feu prit en la ville, et réduisit une grande partie des maisons d'icelle en cendres. » Echo des angoisses communes, Jean Gonault adressa une supplique aux Pères du concile de Bàle. pour demander que Jolivet fut contraint de réparer le monastère , puisqu'il touchait la plus grande partie des revenus. Le concile rendit une décision dans ce sens, et cette pièce a fait dire à un chroniqueur : « C'était perdre du parchemin et de l'encre, car le roy
Armes de Jolivet en relief irempartV 2. Armes du Mont;iu x\' et xvi' s. 3. Sceau de la barotinie de St-Pair, i Sceau du M en 1520. 5. Cachet do l'abbé de Broglie. (S. Sceau du M. au \\i[' s. 7. Médaille de confrérie.
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d'AngleteiTe qui perinettoit à l'abbé Roltert de jouir des l)iens du monastère, ne luy eut permis d'apporter du secours, ce Mont seul en tous ces pays, résistant à ses commandements ». Une bulle d'Eugène IV, de la même année 143G, manda aux évèques de Dol et de Rennes de remettre les religieux eu possession de cortains biens, qui ont été aliénés, « au duché de Bretaigne » (1).
Par suite du trouble causé par les guerres, le bailli du Colenlin avait son siège au Mont. L'offîcial d'Avram-hes usait également de la sécurité donnée par la forteresse pour y tenir parfois « ses audiences » ; mais, par acte de 1437, qui renouvelait un acte de 1309, il dut déclarer que c'était sans préjudice des droits du couvent : une déclaration de non-préjudice aux droits du monastère, fut aussi faite par l'évèque d'Avranches. A cette époque, un accord intervint entre le prieur et le curé de Pontorson, au sujet des dîmes : leprieuravait les deux tiers de la dime de Cangey, des oblatinns de la chaijelle de Saint-Nicolas, des » aigneaux, pourceaux, veaux, légumes, etc. ». La dame deThienville, veuve du chevalier « Olivier de Marigny. seigneur de Torigny, fonda deux messes par semaine et un anniversaire. De son cùté, Charles VII prit sous sa protection le monastère et ses dépendances; en l'unissant à la Couronne, il jjrotestait ne pas vouloir préjudicier aux droits des moines parles fortifications du Mont, et exemptait d'impôts, par tout le royaume, les provisions destinées à l'abbaye (143!l). Trois ans plus tard, le duc François T' de Bretagne exemptait également les provisions de tous subsides.
Au surplus, si nous ouvrons la chronique du Mont à l'année
(i) Le {<■' octobre 14:10, frère Jean Gonault, << d'anctorité apostolique constitué vicaire en temporel et espirituel au Moustier du Moiil -Saint-Micliiel pour et durant l'absence du révérend père en Dieu, Robert, abbé d"iccbii nioiislicr ". confirma un contrat, passé la veille, entre le couvent el un Montois, au sujet d'une maison, par devant Guillaume Paynel, écuyer <■ garde des scaulx desobligations de la vicontéd'Avrancbes. «Jadis. .< feu Johan le Hurrier, dit Tombelaine. bastart. » avait t< tenue en bourage » au Mont « es mottes de la baronnic d'Ardevon. M une ■■ maison et boslel « appartenant aux religieux. Cette maison avait « une yssuc en derrière joincle les bers Fiaol Mabé. dit le Mercier ». et les « hers de feu Henri le Clerc, dit Haderel, butant d'un bout à legrant rue el d'aullre sur la grève de la mer ». Le Rurricr, devenu veuf, se maria à Guillotle la Hygnxère. Comme il n'y avait pas d'enfant, la maison « escbeu par bastardie aux religieux » (jui. par trois dimanches » à l'oyc de la paroisse de Sainl-l'icrre » du Mont, mirent leur droit aux enchères. II l'ut acquis par Jean James, « demeurant il présent au Mont ». moyennant une rente annuelle de 70 sols tournois. A l'acte, on voit assister comme témoins u nobles hommes, messire Philippe de la Haye, chevalier, Robert de Crux, RIchart de Chncliamp escuiers, Richart Lombart, vicomte d'.Vvrancbes, el Robin le Couturier. Cette pièce a l'avantage de nous fournir une indication sur la topographie de la ville basse au xV siècle. Archives de la Manche, fonds du Mont-Saint-Michel.
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1444, nous y lisons : « En iceluy an, Myr labbé Robert du Mont trespassa à Rouen, le XVII« jour de juillet, qui donna moult de beaulx ornemens et calicez et aultres choses audit lieu du Mont. » Jolivet reçut la sépulture dans l'église paroissiale de Saint Michel du Vieux-Marché, « cure dépendante du Mont. » Son mausolée disparu, qui comprenait un très intéressant Ensevelissement du Christ, nous reste dans un dessin de Gaignières à la Bibliothèque Nationale.
Les religieux choisirent pour abbé le vicaire administrateur, .lean Gonault, dont ils n'avaient qu'à se louer. La situation était difficile : au dehoi's l'ennemi, au dedans la gêne causée par la spoliation des revenus. Gonault se mit courageusement à l'œuvre; mais il ne trouva point d'écho auprès des hauts dignitaires. C'est en vain qu'il demanda la confirmation de son élection à l'évèque d'Avranches et à l'archevêque de Rouen.
L'abbé recourut au primat des Gaules, l'archevêque de Lyon; mais celui-ci remit l'atraire au pape. Tous les etlorts de Gonault devaient èti'e stériles, car il comptait sans Louis d'Estouteville, capitaine de la forteresse. Ce dernier avait un frère, né comme lui de Jean d'Estouteville et de Marguerite d'Harcourt, cinquième fille de .Tean d'Harcourt et de Catherine de Bourbon. Guillaume, c'est son nom, parait avoir commencé par être religieux de Saint Martindes-Champs, à Paris ; en cour de Rome, il avait reiu le chapeau de cardinal, et jouissait d'une grande considération. Mù par le désir de voir son frère à la tête de l'abbaye, le capitaine supplia Cliarles VII d'agir dans ce sens auprès du Souverain-Pontife, en s'appuyant sur ce que cette forteresse, clef du royaume, jusqu'ici si parfaitement défendue, ne pouvait être mieux qu'aux mains de son frère pour faire front à l'ennemi. Le roi s'empressa d'accéder au désir exprimé par son dévoué serviteur et en écrivit au Souverain- Pontife.
Dans la pensée de donner un chef à l'abbaye vacante par la mort de Robert, « décédé hors de la curie romaine », de contribuer à l'honneur de l'Eglise et du collège apostolique, aussi bien que d'agréer la légitime requête de Charles VII, le pape donna la cominende « à son cher fils le cardinal-prêtre Guillaume, parent du roi ». Avec lui, « ce monastère-forteresse sur les marches du pays aura un gardien fidèle, d'autantque son frère, depuisplusieurs années, défend vaillamment le Mont contre les ennemis ». 11 est vrai que « la majorité des sutTrages s'est portée sur le prieur Jean Gonaut », mais son élection n'a été confirmée par aucun des ha uts dignitaires de l'Eglise, et la cause a été remise au Souverain-Pontife. En conséquence, le
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pape déclare cette élection de nul ctret et nomme le cardinal (iuillaume. La bulle est du 13 août lii.j.
A la réception de la bulle, Guillaume envoya, le H septembre, prendre possession de l'abbaye par ses deux procureurs et vicaires Tahon, chanoine de Saint-Martin d'Angers, et son familier et secrétaire Guillaume de Hébert. Dans la procuration, il commettait
« d'abondant « Mathieu, abbé de Saint-Mélaine de Rennes, et Geoffroy Bertrand, i)rieur de Saint-Martin de Josselin .
comme ses procureurs généraux et spéciaux en la direction de rabl)aye. De son côté, Gonault protesta auprès des ofticialitésd'Avranches, de Rouen et de Lyon, qui écartèrent sa demande. L'affaire fut portée devant le pape qui, rendant justice aux mérites du cardinal-prêtre de Saint-Martin des Monts, proclama que ce lieu, véritable boulevard du royaume, doit être confié à la vigilance d'un abbé puissant ; en conséquence, il menaçait d'excommunication G o n a u 1 1 et ses partisans, s'ils ne se désistaient de leurs prétentions. Enfin, après en avoir appelé au parlement de Paris, Gonault signa une transaction, passée à Chinon, le dernier jour dejanvierllili: étaient présents Jean (ionault, Guillaume Hébert pour le cardinal, ainsi que Louis, seigneur d'Estoutevillc et de Hanibye, et Robert, seigneur d'Ausbots, frères puinés de l'abbé. Par cet arrangement, (ionault renonçait à faire valoii- aucun di'oil su !■ l'abbaye. Kn retour, le cardinal lui baillait une pension annuelle de deux cents écus à [(rendre sur les revenus, et lui laissait les 2.500 écus d'argent pris poiu' [layer les fi'aisde la poursuite; la itension pourra être éteinte pai' le don d'un bénéfice de OOU livres de rente, sans d'ailleurs que Gonault soit obligé de quitter le prieuré de Saint-Victor du Mans, età
Vierge de Il.itiibye, \\' s., conservée au Mont.
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cet effet, le cardinal obtiendra la dispense adplura. A ces conditions, de part et d'autre, on s'engageait à faire cesser toute action, soit à Paris, soit à Rennes. Tandis que d'Estouteville recevait le titre rêvé, Gonault, suivant les expressions d'un cln-oniqueur, « nouvel Esaii, cédait son droit de primauté pour \\n avantage temporel. » Mais le moyen d'agir autrement ?
Outre son titre de cardinal etd'aljbé du Mont, Guillaumi' jouit de plusieurs bénéfices, tels que l'évèché d'Ostie en Italie, l'archevêché de Rouen, l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois, en Bretagne, le prieuré de Cunault. auprès de Saumur. et celui de Lehon. A la vacance des prieurés de Saint-Brolade et de Saint-Victor du Mans, il en obtint la jouissance. En li'tS. désireux de « débouter » frère Mathurin le Lyonnais, de l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, il obtint du pape une bulle à cet effet ; mais de fait, il ne put réussir dans son projet. De même, au rapport de Ciaconi, il eut une bulle pontificale pour l'évèché d'Angers, mais il ne le posséda pas effectivement. La multiplicité de ces bénéfices ne répondait guère aux sages prescriptions du droit canonique ; mais il faut reconnaître, pour être juste, que le Mont tira de grands avantages de la prélature de Guillaume.
A sa demande, plusieurs papes accordèrent de grandes indulgences à l'abbatiale. En 1447, Marie d'Anjou, femme de Charles VII, vint en pèlerinage. L'année suivante, le roi octroya aux religieux la jouissance de partie des biens des évèques et des corps qui tenaient le parti des Anglais : il s'agissait des biens des évêques et chapitres d'Avranches et de Coutances, des alîbés et moines de Savigny, La Luzerne etMontmorel,« sittuez entre les rivières de Selune et Couesnon. » Peu après, le roip)ritle couvent Montois « en sa sauvegarde. » A son tour, le duc François de Bretagne accorda aux religieux l'exemption des droits portant « sur les bleds, vins, chairs, poisson acheptés es estais de Bretaigne pour le dit monastère, en outre sur les vins fl'Angeau passants parla Bretaigne » (1446). Naguère, Jolivet, des deniers de l'abbaye, avait acheté une maison sise à Rouen, rue Cauchoise, joignant « l'ostel du Lyon d'argent ». Son héritier, chanoine de la cathédrale, entendit la restituer aux religieux en 14.'3(i ; mais la prise de possession fut empêchée par Guillaume Juvenal, chancelier de France, sous prétexte que l'immeuble lui avait été donné par Charles VII après confiscation, et qu'il en avait « fiancé •) ;-i83 livres au roi. Le cardinal d'Estouteville intervint, et un accord fut conclu, attribuant la maison à la manse abbatiale.
C'était en l'année 1452. Le cardinal avait été envoyé en France
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comme légat a lalere pur Nicolas V. Celui-ci se proposait de porter les rois de France et d'Angleterre à faire la paix entre eux et à tourner leurs armes contre les Turs. Guillaume vint au Mont, pour la première fois, le 17 avril, et y demeura quelques jours durant lesquels il put admirer à luisir la magnificence du chevet de l'égliso, reconstruit par son initiative et (pie nous décrirons ailleurs. Kn quittant le Mont, le cardinal-abbé se rendit à Paris. Par décret du « premier jour decette même année »,iloccui)a la fonction de recteur
de la célèbre Université, et « il establil, par son bel esprit et par sa prudence, l'ordre qui se pratique dans l'élection on création du recteur». Aussi bien^ labbaye fut l'objet des faveurs des princes de l'Eglise.
Nicolas V accorda une bulle, autolisant à célébrer sur un autel portatif dans rintirmerie, et une autre pour « remettre les moines en la possession de leurs biens « (14.54).
C.alixte 111 confirma les religieux dans le privilège de recevoir la l)rètrise à vingt-deux ans, et de lel évèque qu'ils choisiraient, et pour le prieur et le sous-prieur la liberté de célébrer sur un aulel portatif. Pie II concéda à l'abbé et à ses successeurs le di'oit d'instituer deux prêtres qui jouiraient de la faculté dabsdudre les pèlerins de tous les cas réservés, sauf ceux réservés au i)ape. Le roi Louis XI montra également son bon vouloir à l'égard du Mont, en le choisissant comme siège de l'ordre de Saint-Michel, et lui octroyant divers avantages (1).
Cln.'vol (le- l";ihbalial.-
dliïloul.villf
(I) Louis XI désirait le domaine de Granville. Kn 1403, les moines lui cédèrent ce qu'il» possédaient, et il leur donna en échange 1rs moulins et péflicries de l'ontorson, le grand moulin de (îavray et le moulin lluel <' on la rivière de Soaune » avec leurs appartenances, ainsi (pie le lief de ïanye et 20 1. 12 d. de lente à prendre s\ir la terre de ReKnicnville. De leur côté, les religieux pajcraieiil 21) sols et un chappon bl.inc pour Ponlorson et Tanye. Kl sols et un cliappon blanc j)Our les deux autres moulins. Dans la suite, les moulins de Ponlorson fiuent ahallus pour fortifier la ville, en sorte (pic le couveni perdit tout droit, l n autre moulin fut construit par le S' de la Conterye-I'erdrlx, les moines prolestèrenl e( un arrèl du Grand Conseil les déboula, tout en reconnaissant leur droit d'installer aussi
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Les avantages accordés à l'abbaye tournaient au pi'ofit des établissements auxquels le cardinal s'intéressait. A Home, où il faisait sa résidence ordinaire, on rencontre ck et là d'éloquents témoins de sa munilicence. Guillaume enrichit la basilique de Sainte-Marie-Majeure de très « beaux vases », et, en qualité de protecteur de l'ordi'e de Saint- Augustin, il attacha son nom à la construction du couvent et de l'église de Saint-Augustin, à trois nets et coupole, bâtie sur les plans d'Amedeo del Caprino, qui fut le principal architecte du pontificat de Sixte IV. Le cardinal-abbé mourut le 17 janvier 1483, et, au rapport d'un chroniqueur, les chanoines de Sainte Marie-Majeure retinrent ses riches vêtements avec ses anneaux et laissèrent ses restes aux religieux de Saint- Augustin, qui l'enterrèrent dans leur église (1).
Les suffrages des religieux se portèrent sur André Laure, « par faveur», selon la remarque des manuscrits. 11 était originaire d'une noble maison du Dauphiné. avait pris l'habit en 1474 et fut revêtu des dignités de chantre et d'archidiacre, et aussi de prieur de Pontorson. L'élu accepta à la condition que s'il rencontrait des contestations, il rentrerait en possession de ses bénéfices, ce qui lui fut accordé. Laure, qui avait pour oncle du Bouchage, capitaine du Mont, était un esprit élevé, ami des lettres, des sciences et des arts. Il cultiva avec ardeur ce riche domaine et cueillit les lauriers du
(les moulins sur ladite rivière. Eu outre. I^ouis \[ rendit cerlains arrêts en faveur du Mont, soit pour ordonner que les liabitauts de Beauvoir et d'Espas y fassent le guet (14051, soit pour transporter aux religieux les terres d'Hayneville cl Treauville, pour la célébration d'une messe quotidienne fondée par sou père et sa mère (1405), soit pour les exempter de fournir des hommes d'armes pour la guerre et de payer, pour eux ainsi que leurs serviteurs cl métayers, aucun impôt en vue des fortifications des places du voisinage (1469). exemption que le roi répéta. I^'annéc suivante, le roi donna une lettre à Boucliage « pour contraindre au guet les habitants de cette ville tant nobles que roturiers ». Entre temps, le couvent avait réalisé divers actes domaniaux. On acquit pour le prieuré de l'Abbaycttc. une lande, pâlis et pré. en la paroisse de La Dorée (145!)). Un arrangement fut passé avec le sieur de la Cervelle au sujet de Beauvoir. (Je lief revint aux moines, qui donnérenl au susdit seigneur main levée du lief de Villiers avec le moulin de la Fosse et 18 livres 2 sols de rente annuelle (1401 i. Guillaume Paysnel, sieur de Ilambye, rendit aveu des fiefs tenus sous la baronneric de Saint-Pair: ce sont : Bricqueville, Maydré, Longueville, Saint-Martin le Vieuv, Breville. de la Betlière, fief Roussel, fief \lbimart, fief Costarf, lieffiuérinet d'autres 1 1401). Le couvent ac(iuil deRaoul Pèlerin, sieur de Boutemonl. la seigneurie de Boutemont (1473).
(1) Frison place la mort du cardinal le 17 janvier 1483. D. Leroy fait remarquer que les « manuscripls du Mont disent comme très certain qu'il décéda au commencement de l'année 1482. » L'équivoque provient sans doute de la question de l'ancien ou nouveau style. — D. Huvnes. t. I. Addition de Lamps. — Gallia Christiana, \i. 528. Neustria pia, 393. — D. Leroy, p. 540.
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double doctorat en droit civil et canonique, et, lors de son élection, il était en possession de ces grades. Aussi passa-t-il la jilus grande partie de sa prélature à Paris. « pour estudier ». Il est vrai que certain chroni(iut'ur pense « qu'à l'instar de la plupart des abbés de ce temps, munis d'une Ijonne nianse abbatiale, » il se proposait surtout de « hanter le grand monde ». Du moins, Laure eut le mérite de poursuivre l'œuvre grandiose inaugurée par son prédécesseur et de garnir de vitraux les fenêtres absidales. Sous sa prélature, Charles VIII, durant trois années, exempta les moines de payer des impôts pour les fortifications des places fortes des environs et de fournir des gens d'armes (1487). Les domaines du couvent étaient l'objet d'une administration vigilante et rémunératrice (1).
André Laure décéda au Mont, le 25 mars ri99. et fut enterré dans la chapelle de la Trinité devantl'autel de Saint-Siiuveur, " que l'on nomme à présent, dit un chroniqueur du xvni" siècle, Notre- Dame de Pitié, que luy mesme avait fait, ainsy qu'il appert par les armes qui se voient apposées aux deux petites colonnes de bois de ladite chapelle et qui sont : » au chef de vair d'argent et de gueules de 2 tires. »
La dignité abbatiale fut remise, par le choix des moines, à Guillaume de Lamps, sorti d'une famille dauphinoise, et (pii lit profes sion au Mont en 1477. Il se distingua par son dévouement pour l'abbaye, par son amour pour les arts et par le zèle qu'il ajiporta à poursuivre les travaux du chœur de l'église. Un annaliste a écrit ilans le goût de son temps : « Les deux frères Guillaume et Jean de Lamps ont esclairé comme des lampes lumineuses en leur vie, par l'odeur de leur honnestelé, et ont rendu à jamais leur
|t) Prtrwleninient. les moines avaient acqiiisdWlaiii d'Altigay ■■ Ips manoirs, masures, maisons et coloniliicr du dit lieu ". A son tour, \ndré Laure acheta le fief d'Altii.'!)}, d' Vndré de Lépine cl de sa femme Jeanne de In Prévolé. En cotisé (lucnce des avanla^'esà eux octroyés par les rois, les relif,aeii\ lirciit rendre par le sénérlial de la baronnie d'Ardevon une senli-nce à regard du Moul el d' Vrdevou: elle avait pour objet « le droit des taux et mesures des vins et cydresse débilant es dits lieux ■■ (1491). Le sieur de lieaufougeray fui contraint de reconnailie au couvent le patronajre de la cure de Saint-Plancheys. diocèse de Coutances (I40ÔJ. De son cùté, le capitaine de (iranville dut en rabattre de ses prétentions et il faut avouer que ce n'était que justice. Il ne se faisait pas .""aute de couper " les plus beaux arbres de quoy il avait besoin, tant pour se cliaulFer que pour bastir ■>. dans les bois de l'rael, près de Granville. Les religieux déposèrent une plainle au parlement et se prép.iraient à informer le roi (|uand le capitaine, repentant de sei loris, lit la déclaration qu'il n'avait aucun des droits qu'il s'élail arrogés (I IU5). K.nfin. sur la paroisse de (iranville. le monastère a(i|uil du chevalier Jacques dAnfernez, la seigneurie de llagucville.
mémoire esclatante par l'objet journalier de leurs entreprises. » A sa mort, le l'"'' mars l.llO. l'abbé fut enterré derrière le chœur de l'abbatiale dans la chapelle de Notre-Dame, où l'on voyait, du côté de l'Evangile, la statue tombale dont le dessin est conservé à la Bibliothèque nationale.
La crosse abbatiale était désirée par Guérin Laure, frère de l'abbé André, prieur de Saint-Brolade et de Saint-Germain-sur-E., aumônier de l'abbaye et neveu du capitaine Imbert de Batarnay. Par l'entremise du gouverneur, il lit paivenir son désir à Louis XII, alors à Blois. Le roi adressa sur-le-champ aux moines une lettre. datée du 4 mars. « Nous désirons, écrit le prince, que pour le bien et seureté de nostre royaume, qu'il y soitpourveu de personne à nous féable et qui soit pour sçavoir régir et entretenir la dite abbaye et soutenir les droits d'icelle. Et pour ce que les bonnes mœurs, vertus et honnesteté de vie de nostre cher etbien aimé frère Guérin Laure, religieux de vostre ordre, prieur de Saint-Brolade, nepveu de nostre ami et féal conseiller et chambellan ordinaire et chevalier de nostre ordre, le sieur Boschage, vous sont assez connues d'autant qu'il a esté dès son enfance religieux de vostre abbaye et vicaire d'icelle du temps de son frère, et que en considération de ce, et mesmement à l'imitation de son oncle, nous avons toute seureté et bonne confidence en sa personne, à cette cause, nous vous prions le plus que faire pouvons que tous d'un accord et consentement le veilliez eslire en vostre futur a))bé, sans mettre la chose en diflicullé pour éviter tout brouilly. ■>
La lettre royale avait au moins le mérite de la clarté. A son tour, le lieutenant Murinays pressa les religieux de se rendre au vœu du souverain. Le chapitre se réunit, et, après échange d'observations diverses, les moines, « voyant que c'estoit un faire le fault, mirent le dit Guérin en la chaise abbatiale ». Au surplus, le couvent de Lessay ayant perdu sdu abbé commendataire, .Jean Vaslun, pnHre et protoiiotaire apostolique, les moines, le 11 janviei' I.JIO, choisirent pour le remplacer Guérin Laure. La nouvelle de cette élection vint le trouver au Mont et il n'eut pas de peine à tout concilier en conservant les deux maisons « par privilège du Pape». Peut-être Laure rencontra-t-il quelque velléité de résistance de la part de certains moines ; toujours est-il qu'il donna à deux religieux Montois des lettres « d'obédience dans lesquelles il leur estoit enjoint de se transporter dans la prioré de Saint- Victor du Mans. » On devait les recevoir pour « compagnons et leur faire administrer toutes leurs nécessitez tant à la nourriture que vestement, suivant l'ancienne
coutume " 1 1."»! 1) (^1). Guérin Laure était en villégiature au manoir de Brion, dépendant de l'abbaye, quand la mort l'emporta le 10 février 1513. Son corps fut inliunié. le lendemain, en l'église
abbatiale auprès de son prédécesseur.
Le 28 mars 1513, le « consentement de tons les moines » éleva sur le siège abbatialJean de Lamps, auquel son frère (îuillaume avait donné, en lûOl, l'office de prieur claustral. Il fut un alibé exemplaire, « très vertueux et fit beaucou}) de choses pour le bien du monastère, tant dedansque dehors. » Jean conféra à frère Hegnauld de Vitrey le prieuré de Roquillats,aveclesdeux chapelles de Tigner et de Trevenel, paroisse d'Ely, diocèse de (^ornouaille {,1517). Comme certaines franchises étaient menacées do disparaître, surtout depuis que l'abbaye était mise en commende, parce qu'on avait négligé de faire renouveler les privilèges, en particulier durant les guerres, l'abbé se préoccupa de cette question et l'un des derniers actes de franchise pour la voiture des provisions est de 1514 ('2). Ai)rès
Tombeau de Guill. de L.imi)»- B. N.
(1) Parmi les seigneurs, il en esl qui (''taicnl obliges do fournir un homme d'armes à la porte de l'abbaye, le jour do Sainl-Michel. Rolland l'igaco ayant négligé de remplir ce devoir fui condamné à l'amende cl menacé (rètrc déchu de son fief do Kourncl en la Croix, pour n'en avoir pas fail l'aveu; il s'empressa de faire la déclaralioti féodale (ISIi). L'année suivante, les moines se voyaienl maintenus dans le patronage do la cure de Sainl-.lean des Champs, contre les régents (lu cnllogo d'Ilarcourl ; mais, par conlro, une sentence de l'official de Coulances les déclarait tonus de célébrer chaque lundi uno messe pour les défimls Champagne et sa l'ommo, lesquels, en l'i^iô, avaient légué 23 I. de rente annuelle à prendre sur le fief du Bois en Saint-Jean.
(2i Quehpie dilTérend surgissait parfois outre le couvent et les ofliciiMs de la place. Jadis, lo lieutenant Murinays avait élevé diverses prétentions à rencontre des moines. Par im appoinlement de I4'.i7, il se désista de certaine demande au sujet de la dinie d'IIuynes et de « portion de viande, pain et vin qu'il demandoit chacun jour ». Dans la suite, il renouvela ses réclamations, à propos de ■• droicls et de juridiction en ce lieu ». L'abbé <i le rembarra » et le procureur du roi à Avranches. apiès le vu des pièces du débat, en 1509. conseilla sans doute au lieutenant de se tenir tranipiille, car celui-ci parait avoir renoncé à ses prétentions.
Vers celle époque, l'abbaye fit plusieurs acquisitions. On acheta des boursiers du collège d'Ilarcourl, à Coulances. la seigneurie du Bois des Préaux, en Saint- Jean-des-Champs. à charge de 8it livres do rente (lôlil); on ac(]uil 100 livres de ronto foncière sur la seigneurie de Bricqueville (1520), et Jean de Lamps acheta
LE MOLSTIF.I! 101
avoir gouverné « en tout honneur ». Jean de Lanips rendit son âme à Dieu, le 4 décembre 1523. Ses restes furent ensevelis dans la chapelle de Notre-Dame, auprès de ses deux prédécesseurs.
Toute succession enviable ouvre la i)orte grande aux compétitions. Les moines, usant de leur droit, nommèrent René de Marie qui n'est connu que par une médaille portantsonnom : licnaLKS de Maria abbas sancti Micliaelis avec ses insignes et son blason : écartelé au 1 et 4, chargé d"un lion issant, au 2 et 3 à une étoile d'argent avec la légende : In te Domine speraci non confundar in œlernum ; audessous de l'écu est la date MDXXllI. Mais cette élection ne devait pas avoir de résultat par suite de la volonté royale (1). En vertu du concordat passé à Bologne, en l.jl.ô, entre Léon X et François 1", le roi de France avait la faculté de nommer aux évèchés, abbayes et prieurés électifs qui n'étaient pas en possession d'un privilège spécial et n'étaient point chefs d'ordres. Il est vrai qu'en bonne logique, les quémandeurs séculiers pouvaient prétendre « gouverner aussy bien que les abbés de ce temps, qui ne résidaient point, ains suivis d'officiers, de pages et de lacquais, esloient pres({ue toujours à la cour ». L'évèque de Lisieux se mit donc sur les rangs, fort du patronage de François I" et surtout de la reine-mère. C'était .Jean le Veneur, fils de Philippe le Veneur et de Marie Blosset. Pendant un mois, ce fut entre le Mont et Blois, siège de la cour, une allée et venue de courriers. Le 10 décembre, Louise de Savoie demanda aux moines de lui envoyer par des délégués les titres et privilèges qu'ils ont sur la ([uestion de l'élection, non sans ajouter que son désir et celui du roi est de voir au I\Ionl « quelque bon, vertueux et honorable pasteur », en même temps '< personnage seur, loyal et feable au dit seigneur et à la couronne di' France •>. Trois jours après, une bulle du roi exprimait son désir de voir élire son « ami et féal conseiller l'évescpe de Lisieux », auquel il « a plus de fiance que de prélat de cestuy royaume », et cela, « attendu la grande et grosse impatience dont nous est la dite abbaye prochaine et limitrophe de nos ennemys et le temps de guerre et hostilité qui court de présent I).
Saint-Maitin-lr-Vieux de l'écuyer Jean d'Annevillc, pour mille livres tournois (1521). Une faxeur en appelle une autre. Le seigneur de Bouce> avait le désir de placer ses armoiries dans l'église paroissiale. Les moines l'autorisèrent, en 1.523, à y mettre ses armes i< en ceintures (litre), vitres ou aullrement » ; en retour, ils placeront leurs propres armoiries " en la maîtresse viftre du chœur du cosié de l'Evangile », et le seigneur déclare cpi'ils sont et demeurent " les vrais patrons du dit lieu «.
(I) Gallia Christiana, t. M, coL o31.
102 LE MOUSTIEU
A la réception de cette lettre, les moines iléputérent vers le roi Tiiomas Roussel, chantre, Michel Danneville, uumonier, et Louis de Festan, inlirmier; ils étaient chargés d'exposer au souverain le droit que possédait le couvent d'élire son abbé suivant la règle de S. Benoit, droit qui avait été conlirmé par une série de princes, depuis le fondateur Richard I", aussi bien que par les Souverains- Pontifes. Les pièces venaient à l'appui, si Itien que les religieux retournèrent avec une missive de Fram'ois l" en date du l'""' janvier, déclarant que la lettre de privilèges, le roi est « bien délibérez de ne la mettre en obly. » Mais ce n'était qu'une satisfaction i)!aloni(iue, et, de vive voix, on leur faisait savoir (ju'ils aient à élire levéque de Lisieux. D'ailleurs, à peine les moines étaient-ils de retour qu'une autre lettre du 4 janvier leur rappelait que le roi ne « doubte » pas qu'ils ne choisissent, selon son « vouloir et désir, » l'évêque de Lisieux, recommandal^le par ses « bonnes mteurs, vertus, mérites, pureté de vie et autres bonnes et louables qualités ». Enfin, trois jours i^lus tard, une dernière épitre du prince en forme de « jussion » ne cache pas le signalé déplaisir ({ue le souverain éprouverait, si l'on ne tenait compte de sa volonté.
Selon la réflexion d'un chroniqueur, les moines conclurent « qu'il falloit obéir et traiter cette affaire amiablement avec telles personnes, aux prières et vouloirs desquelles il ne faict bon contrevenir ». Donc, ils s'assemblèrent, et de la réunion Jean le Veneur sortit abbé du Mont. La vie monastique ne pouvait, hélas ! que perdre sa régularité à ce régime de la Commende, par suite du({Uél les supérieurs, « tirant les revenus, laissaient vivre les moyues à leur discrétion ». S'il faut en croire un annaliste, .Jean le Veneur se borna à envoyer des agents pour toucher les rentes, « n'en laissant aux moynes que le moins qu'il pouvoit; il n'y lit rien de bien ny d'accomodement, sinon de faire mettre ses armes en la place de celles de ses prédécesseurs. »
Nous ne trouvons ici à glaner ijue (jue^jues rares événements. Un arrêt du ijarlement de Rouen accorda à l'abbaye le patronage de la cure de Sartilly, à rencontre de l'évêque d'Avranches (1527). Les collecteurs de la paroisse de Beauvoir ayant soumis à la taille un serviteur des moines en leur manoir de Beauvoir, une sentence déclara le serviteur exempt de la taille (1527). Cinq ans plus tard les religieux bénédictins jugèrent à propos de demander aux cordeliers de l'île de Chausi-y une reconnaissance de fondation et de droits. Les cordeliers reconnurent, par acte, ijuils a\aient tHé fondés par les religieux du Mont et ne prétendaient aucun di\n[ en cette lie, où ils
restaient « selon le bon plaisir » desdits fondateurs. T'ne note postérieure ajoute : « A présent le couvent est tout ruyné, et le gouvernement jouit de tout, n'y ayant aucun cordelier. >> Au mois de mars de cette année 1532, François I" vint en pèlerinage avec son fils le dauphin, ainsi qu'Antoine du Prat, légat pour le Saint-Siège. Enfin, le 10 décembre 1535, quelques jours avant sa mort, Guillaume du Solfier, lieutenant au Mont, légua 20 livres tournois, dont la rente serait distribuée par l'infirmier aux moines qui auraient assisté à l'anniversaire qu'il avait fondé. Le souvenir en était gravé sur une plaque de cuivre, dans la chapelle de r.\nnoncialion (depuis Saint- Martin) « au circuit de l'église», avec les armes de Sollier : « Echiqueté d'or et de gueules à trois bandes d'azur, sur la l", vers le chef, un lion de gueules. »
Jean le Veneur, évêque et comte de Lisieux, abbé du Mont , devait couronner ses titres par la pourpre. C'est à Marseille, en l.")33, que Clément VII le créa cardinal du titre de Saint-Barthélémy en l'Isle. Un peu plus tard, il fut nommé grand aumônier de France. Jean se démit de son évêché et de son abbaye, entre les mains de Paul III. Pour le couvent, il démissionna en 1539, en faveur de Jacques d'Ânnebault, « jeune séculier auquel il portait aft'ection, avec condition d'en recevoir les revenus et d'en avoir l'administration, ce que le pape lui octroya par une grande bulle ». Jean décéda septuagénaire au mois d'août 1.543, suivant les uns, le 14 aoùt(l), et, d'après les autres, le 7 dudit mois (2). Selon Ciaconi et Frison, le cardinal décéda à Rome, où il fut enterré. Mais d'après la chronique du couvent du Bec, dont Jean fut abbé et qui offre toutes les garanties d'exactitude, il mourut de la fièvre, à Merla, et ses restes furent rapportés à l'abbaye du Bec, oi'i l'on fit 'pour lui des prières très solennelles : son cceur, mis dans une enveloppe de plomb, fut placé auprès du maître-autel, et son corps reçut la sépulture à Lisieux auprès des évèques, ses prédécesseurs.
Après avoir pris connaissance de la bulle pontificale, qui ratifiait le désir de Le Veneur, Jacques d'Annebault vint prendre possession du monastère. Mais bientôt « s'ennuyant des cloistres et de vivre ainsy sittué à l'escarpoulette sur un rocher, à l'air de tous les vents, il quitta en bref cette fasson de vivre». Il désigna «des procureurs et vicaires généraux et spéciaux tant au spirituel qu'au
(1) D. HuïNES, I. 217. 268 — D. Leiiov, p. 5.30-544. — Gallia Chrislima, XI, 331. — Neustria, pia, 394.
(2) Des papes et des cardinaux — Gallia pnrpiirala.
loi LE MOUSTIEU
temporel ", imur tenir sa place au Mont el lui jjorter les revenus. Le pape le til cardinal du titre de Sainte-Suzanin'.dignitéquL fut comme le couronnement de nombreux bénéfices ecclésiastiiiues. On le voit grand-niaitrt" de l'oratoire du roi, abbé connnendataire et administrateur perpétuel des abbayes du Bec au diocèse de Rouen, de Bonport et de Saint-Taurin ou diocèse d'Evreux, de Saint-Serge d'Angers, et d'autres. Jacques ne négligea pas la question de ses armoiries, qui étaient : « De gueules à la croix de vair régnant sur le tout d'un Imutà l'autre "i il les fit placeren l)on endroit dansles verrières, quitte à déplacer les l)lasons de ses prédécesseurs. Dans les comptes, on voit un payement de 100 sols par frère Jean d'Aumesnil, prieur de Sainte-Marie de Pontorson, pour « indenmilé et amortissement de la place du vieil cbasteau de Pontorsnn ». autrefois acijuis du roi par frère Hector de Lamps.
Le cardinal avait pour frère le chevalier Claude d'Anncbaull, qui jouissait d'une éclatante réputation. La valeur du capitaine et celle de ses hommes tenaient les Russes en échec auprès de la ville de Ferra, quand il fut pris d'une lièvre violente et mourut le 17 janvier, laissant un lils unique. Ses funérailles se firent avec une magnificence princière au palais d'Annebault, nommé d'Appevilla, à Rouen. Quant à Jacques, il décéda en la maison du Bec, à Rouen, le 7 juin 1558, et fut inhumé à côté de son frère.
« Quand un roy ou autres grands prennent un pied en ime chose, leurs successeurs en prennent deux : François !<"• avait mis par pièces en commende cette abbaye, et ses successeurs l'y ont continuée par droict. » Ces réflexions d'un chroni(iueur s'a]»pliquent à l'abbé François Le Roulx, qui remplaça le cardinal d'.Vnnebault après plus d'un an de vacance. François Le Roux était seigneur d'Arvor, paroisse Saint-Véterin de Gennes, en Anjou, et avait les charges de conseiller ordinaire du roi et de protonotaire apostolique, l^e roi, avec l'autorisation du pape, ayant fixé une taxe sur les bénéfices ecclésiastiques « poiu' subvenir aux grandes alVaires de France », l'abbé se mit en mesure de solder l'impôt réihuné ; à cet effet il vendit à l'écuyer François du Tîreil, sieur des Honuueaux, la terre de Montrouault, au prix de 'i.OOO livres ; par « bon mosnagement et œconomie », dit une chronique, il préféra vendre plutôt que de « diminuer la bonne chère qu'il faisoil à ses amis des biens du monastère ». Comme l'abbé négligeait les réparation.s nécessaires, à la sollicitation du ]irieur claustral Sébastien Frnault, il fut condannié par arrèl du p^nlement de liiuiin. en l.")(i!l, à exécuter les travaux d'enli-etien. l/iiiinrT siii\:iide, il iicrnuita l'ab-
LE MOUSTIEK
baye du Mont contio' celle de Saint-Melaine , à Rennes, détenue par Ârtur de Gossé, et mourut al)bé de ce couvent, le mercredi 26 mars irû2.
Artur de Cessé, évêque de Coutances, qui lut aussi abbé commendataire de Lessay et de Saint -JduIu de Marnes, prit possession du Mont le 6 juin 1570. « Il fit beaucoup de remuement et de bruit et prit noyses avec le prieur et les moyues. » La part de contributiiin povn- « les deniers du roy » fut taxée, en 1575, à 18ti() livres. Pour payer cet impôt, avec la permispion du pape , il fui décidé « en chapitre que l'on aliénerait plusieurs rentes et domaines en la baronnie de Breteville-sur- Odon. Les religieux eurent à se plaindre de l'abbé, en particu lier à propos de l'enlèvement d'une partie de l'argenterie, qui fut engagée à Rouen pour solder la taxe royale.
Pour se protéger, ils recoururent aux cardinaux de Bourbon et de Lorraine, qui défendirent de « molester » les religieux et
commandèrent d'attendre une « ordonnance par eux sur ce rendue ».
L'abbé de Gossé trouva de l'opposition, pour cette affaire, rlans le grand prieur Jean de Grimouville. C'est pourquoi il obtint du parlement de Rouen son éloignement, ce qui n'empèclia pas le roi de donner à celui-ci l'abbaye de la Luzerne (1.57'2\ et les Montois de le renommer prieur (157.5). Finalement, .\rtur fut contraint, par décision du parlement de Rouen, de rendre la vaisselle et pour cela il vendit le collège du Mont à Gaen et les bois de Meusneville, en sorte
Inlérif'tir il-' la raUiOihalL- dt.- Coutances.
10»! LE MOrSTIKR
qu"il restitua tout, sauf un calice d'or (1). A l'instar de ses prédécesseurs, Artur de Cessé plaça ses armoiries et son portrait dans les verrières du chœur. Sa mort arriva le 7 octobre 1587.
Henri II I donna le couvent à François de Joyeuse, tils de <iuillaumo de .Joyeuse et de Marie de Batarnay, elle-même fille de Claude, seit^neur de Montrésor, dont on salue Turne funéraire dans le château patrimonial. François était cardinal du titre de Saint- Pierre es Liens et doyen des cardinaux, protecteur de l'église gallicane en cour de Rome, titulaire des archevèciiés de Toulouse, de Rouen et de Narbonne; il jouissait de la commende des abbayes de Marmoulier, de Saint-Florent-lès-Saumur, de Fécamp et d'autres bénéfices. « Sitost qu'il fut faict abbé de ce lieu, François fit appeler les héritiers d'.Vrtur de Cossé pour mettre cette abbaye en bonne réparation tant es bastiraents qu'ornements, de quoy elle estoit extrêmement pauvre et ruynée. .Je n'ay point trouvé, dit le chroniqueur, ce qui arriva de ce, et si les d. héritiers furent condemuez. Ils donnèrent peut estre quelque somme d'argent, que ce seigneur serra joyeusement. 11 y eut de grands procez contre luy, de la part des moynes, qui le firent condamner de réparer les ruynes du monastère et aussy de ne pourvoir aux cures comme il prétendoit que conjoinctemeut avec eux, n'y ayant que sa voix, comme un des moynes. Le feu du ciel tomba sur le clocher, de son temps. Il lit
(1) En l.")75 le couvent « afflcfa » au sieur de Lo>selièrre 20 acres de terres, dont 15 aux landes de Bourgeil et 5 aux landes de .VIoiitil. paroisse de St Michel des Loups, à cliarge de 4 s. de rente par acre. L'abhayc présenta M . Pierre de Lancize pour la cure do Boucey. et Louis Le Boucher, bachelier en droit, pour la cure de Evrecy (oct. 1573). Le même de Lancize, curé de Boucey. fut présenlé à la cure de St. Pair de Sartilly (8 jaiiv. I.Ï77). La même année NL Jessé LesreL clerc, légua tSO livres pour son anniversaire et une messe chaque vendredi. Nicolas Lemoine. prêtre, est présenlé à révèque de Coutances pour la cure de Saint-Germain de (Jartcrets (I.Ï77): un aveu de celte époque montre bien que le patronage des cures de Carterel et de Longueville appartient à l'abhayc. et une autre pièce atteste que le prieuré de Cliausey, dépendant du Mont, possède 17 vergées de terre en la paroisse de Granville ( 1.578 i ; (luillaume Cavcy. de Uoiien, fonda une messe basse à perpétuité, à la Saint-Michel de septembre, moyeimant 43 sols de rente (pie le sacristain distribuera aux moines assistants (21 ocl. 1378). Los habitants de II igucville doivent 100 livres de rente h l'abbé, pour la « (iciïe u des landes diidit lieu |I579). On présenla à révèi|ue de Bayeux (juillaiinie Edeline pour la cure de IJomjan ( I579i. Berirand du Homme, seigneur de la Itochelle, prit en « fielTe » cent vingt vergers de la lande de Byvaye. « autrefois une forest ». pour la somme de six livres de renie, payable à la seigneurie de Genest. dépendant de l'abbaye. On attribua à M. (Guillaume Blonrlel la cure de Saint-Pair ( 1579) : à Guillaume Le Boy, celle de Sainl-Micheldes-Loups (1581); à Pierre de la Milière, celle de Saint-Michel du Marché, à Rouen (I58:j).
LE MOUSTIEH 107
refaire les trois piliers de la nef du costé du miily:ilfit rebastir le clocher et partie des cloches qu'il fit refondre. »
François de Joyeuse trouva vinjït-six nniines dans le couvent et le réduisit à treize, envoyant les autres dans les prieurés conventuels. Les deux premières années, l'abbé reçut des fermiers tout le revenu, au détriment des moines qui, d'ailleurs, se virent frustes de plusieurs acquêts faits au profit de leur manse. Moyennant 4.000 livres, plus 10 1. pour les frais, les moines firent le retrait de la terre de Montrouault au profit de la manse conventuelle (lôSg). Une sentence du présidial de Coutances, confirmée par arrêt du parlement, obligea l'abbé de payer à l'aumùnier del'alOiaye, sur la baronnie de Saint-Pair, 90 quartiers de froment et 18 quartiers d'orge (!)•
Les religieux supportaient avec peine ijue l'abbé s'octroyât une bonne partie des revenus et les réduisit à la portion congrue. Il est vrai(iue, selon l'expression d'un chroniquetu', « il rendit à S. Paul ce qu'il avait pris à S. Pierre », et, après avoir doté le couvent de cloches, il légua plus de 300.000 écus aux pauvres, aux maisons religieuses, aux séminaires et aux hôpitaux. François de .Joyeuse mourut à .Avignon, le 23 aoiit 161.5, à l'âge de cinquante-quatre ans ; son corps fut rapporté à Pontoise et inhumé dans l'église des Jésuites qu'il avait fondée. Ses armoiries étaient : « Écartelé au 1 et 4 d'azur à ?> pals d'or, au chef de gueules chargé de 3 hydres accolés d'or, qui est de Joyeuse ; au 2 et 3 d'azur, au lion d'argent, armé et lampassé d'or, à la bordure de gueules, chargée de 8 fleurs de lis posées en orle, qui est de Saint-Didier ».
A l'instar des cours d'eau, qui perdent de leur pureté à mesure qu'ils s'éloignent de leur source et entraînent dans leur cours des éléments empruntés aux régions ambiantes, les institutions les meilleures ne laissent pas que de connaître des phases de décadence ({ui appellent des réformes plus ou moins radicales. Les ordres religieux n'échappèrent pas à cette loi des choses humaines et celui de saint Benoit, le modèle de tous, eut à soulTrir de la durée et du malheur des temps, de la défaillance des hommes, parfois aussi de l'inobservance des règles et de la perte de l'esprit de pauvreté au profit de l'esprit mondain. Cette épreuve douloureuse fut encore ac-
(l) Guillaume du Cliesnay. profès, fit au roi l'aveu du prieuré de \ illainers (ICiiSi, et l'écuyer Pierre Guichard, sieur deVilliers, rendit l'aveu à l'abbé pour les fiofs deVilliers et de Pitelou, redevables tliaïun d'un lionime d'armes à la porte « soubs Belle Chair. » le jour de Saint-Micliel (160'.t). Au sujet de la présentation des cures, un arrêt du Grand Conseil décida que les moines ont le droit de présenler conjointement avec l'abbé (1614).
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crue par les luttes intestines et les doctrines relâchées du xvi^ siècle, au soir duquel les meilleurs esprits appelaient une réforme de tous leurs vœux.
Elle devait partir île la vaillante Lorraine. D. Didier de la Cour, prieur de l'abbaye de Saint- Vanne de Verdun, danssapiélé intègre et sa volonté résolue, se mit à l'œuvre. La règle de S. Benoit fut dégagée des altérations du temps et des hommes, et le religieux dut reprendre la vie de prière, de méditation, de travail et de mortifications des temps anciens. Quant à la jiartie de la règle qui avait été inspirée parles circonstances de temps et de lien, elle fut adaptée aux besoins nouveaux de l'Église. Au lieu du travail manuel et de la copie littérale des manuscrits, une plus large place fut attribuée au labeur intellectuel, entendu dans le sens personnel et approprié au caractère de chacun. C'est la genèse même du bénédictin, tel que nous le concevons en nos siècles modernes, et dont la physionomie s'est imposée à notre génération elle-même. Entre les protestations desréfractair('spusillanimes,etles réclamationsdes rigoristes comme l'intlexiblc aljbé de Hancé, on vit se dresser, dans sa sérénité et son amour du vrai, du beauet du bien, le religieux dont Maliillon p)ersonnifie le noble caractère et la mission approi>riée atix temps nouveaux.
Dom Didier, pénétré de cette lumineuse intelligence de son siècle, réforma sa propre communauté en donnant lui-même l'exemple de toutes les vertus. La contagion du bien no tarda jias à se faire sentir dans la région, et bientôt plusieurs maisons réformées se groupèrent en ime congrégation nouvelle qui rei;nt le nnm de Saint- Vanne et de Saint-Hydulphe.
Ce fut le point de départ d'une magnihipie renaissance religieuse, d'autant plus lonal)le (ju'elle rencontra des obstacles sur plus d'un point et de la jiart de plus d'un personnage considérable. Mais le souffle de l'esprit divin inspirait cette œuvre et elle devait grandir d'une façon bien consolante jiour l'Eglise et pour la France. La réforme se propagea dans les autres provinces de France et l'on vit s'aflilier à la nouvelle congrégation les abbayes de Saint-Earon de Meaux, et de saint Pierre de .lumièges et plusieurs autres maisons notables.
Mais il était tlifficile aux supéi'ieurs, du fond de la Lorraine, de tenir dans leurs mains les rênes de monastères ainsi dispersés, .\ussi virent-ils sans l'uinliii' d'envie se foi-mer à It-ui- ci'ité une C.ongrégation-sdur, qui groupa les monastères n'^l'orniés de i-'rancc» en une cumuumaulé nouvelle, pénéti'ée di'smêmesprincipeselmaicliant au
même but, riiouueur de Dieu et de l'Église, par ramendement de la discipline monastique. Il s'agit ici de la congrégation dite de Saint- Maur par suite du couvent qui fut son berceau. C'est en 1618 que cette congrégation fut inaugurée par deux bénédictins éminents, D. Laurent Besnard et son disciple D. Tarisse. Leur n'uvre se dévelopi^a rapidement et bientôt, en 1681, prit racine dans le célèlire monastère de Saint-Germain-des-Prés, qui devint coumie une ruche bénie, d'où partait, de temps à autre, un essaim destiné à fonder une nouvelle colonie monasticiue dans les endroits qui attendaient la réforme désirée. Avec l'amour de la règle et la pratique de la saine dévotion, les initiateurs de la nouvelle congrégation emportaient dans les plis de leur riil)0 le culte du laideur ecclésiastique sous ses aspects les plus variés, la sagesse du véritable esprit criticjue, fait du resi^ect de la tradition et de la recherche prudente, ainsi que la méthode de travail la plus logique et la plus féconde, dont on sait les fruits merveilleux et k-s ceuvres admiral>los, cieveuues classiques dans le monde entier.
Au Mont, cette réforme s'opéra sous l'abbé H. de LoiTaine. Henri de Joyeuse, frère du cardinal François, avant de devenir frère Ange, avait eu une fille, Catherine-Henriette, qui épousa Charles de Lorraine, duc de Guise. De ce mariage naquit Henri de Lorraine.
Bienquel'eiifant fût encore en basàge quand mourut sou l. m, ai, w,c uu ,uUsl
grand oncle
maternel, le roi Louis XIII lui concéda l'abbaye Montoise. Le pape Paul V objecta que le candidat était bienjeune. Pour tout concilier, le iière de l'enfant, M. le duc de Guise, après avoir pris le consentement du P. de Bérulle, supérieur de l'Oratoire, proposa au pape d'en remettre l'adminislration à ce même religieux, qui gouverne-
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rait l'aljljaye au profit de son fils, « jusques à ce qu'il fut en âge compétent. » Le Souverain-Pontife accepta celte clause, et le P. de Bérulle envoya au Mont le P. Jacques (iastaud, docteur en théolof^ue, comme procureur et vicaire-général « pour luy et le dit abbé Henry, n
Le P. Gastaud, après avoir constaté l'état délabré du monastère, ainsi que le relâchement de la discipline monastique, fit dresser le procès-verbal des réparations à elVechier. par l'arcliilecte du duc de Guise ; le montant des dépenses fut évalué à trenti' mille écus au mininnmi. L'archidiacre Jean de la Croix étant décédé, la charge fui confiée au profès Louis de Mathan. Le prieur claustral Guillaume du Chesnay mourut subitement à Avranches, en 1617; son corps, rapporté au Mont, fut enterré dans la chapelle de St-Aubert et de St-Sébastien. Le P. Gastaud conseilla aux moines de choisir pour prieur et pour maître des novices un l'eligieux d'un autre couvent bénédictin. Après quelque résistance de la pal't des moines, sur l'indication de D. Laurent Besnard, prieur du collège de Cluny et docteur en Sorbonne, « homme de bonne vie et de grande condition », on appela à la dignité de prieur D. Noël Georges, profès de Saint- Florent -lès-Saumur, qui avait étudié sous la direction du P. Besnard. Comme il était resté quelque temjts chez les Pères de Saint-Maur, c'était un acheminement vers l'introduction des religieux de la dite Réforme.
Le nouveau jn-ieur se rendit au Mont et, le 8 mai 1G18, « fut estably en ceste charge » par Henri de Boyvin, évèque de Tarse, neveu et coadjuteur de l'évêque d' Avranches, François de Péricard. En le recevant, les moines « l'avertirent » « de rien innover de leurs anciennes coutumes et fassons de vivre ». Néanmoins, afin de rétablir la discipline, il envoya deux religieux étudier au collège de Cluny, à Paris. De son côté, le P. Gastaud s'efforçait de « raccomoder le plus possible des bastiments, » tant au dedans cju'au dehors. Mais, en 1619, le pape révoqua « la commission » d'administrateur général des bénéfices de Henri de Lorraine, confiée au P. de Bérulle, et, par le fait même, celle du P. Gastaud. Du même coup, le Souverain-Pontife déclara Heiiri titulaire des bénéfices, non sans nommer Claude de Rets, chanoine de Saint-Jean de Lyon, comme vicairegénéral et administrateur au spirituel et au temporel. Ce chanoine, qin fut depuis archevêque d'Héraclée et de Xarlionne, à .son arrivée au Mont recueillit les félicitations dt^s religieux, avec des plaintes sur le compte du prieur c]austi:il auquel ils domièrcnt un sousprieur. D. Georges Noël était exempt de tonte ambition; aussi, â la fin de sa période triennale, — ce triennat avait été décidi'- par le
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parlement de Rouen, — il demanda à se retirer en son ancien monastère de Saint-Florent, où il fut enterré le 17 mars 1637 (1). A sa place, les moines élurent grand prieur Henri du Pont, l'un des deux moines qui étudiaient au collège de Chmy, ■< homme de bonne vie et mœurs. »
Enfin, après de longues hésitations, tout allait s'arranger pour le mieux. En 1622, sur lavis du conseil de l'abbé de Guise, M. Jean Barcillon, docteur en théologie « vertueux et pieux », vint au Mont avec plein pouvoir de traiter ce qui concernait les intérêts de l'abbaye. Il s'eilùrça d'amener les religieux à observerponctuellement la règle monastique, mais ils lui répondirent qu'ils ne sauraient s'adonner aux austérités et « avaient pris leur ply comme le camelot. » D'ailleurs, ils ne s'opposèrent pas à ce qu'on mit des pères de la Congrégation de Saint-Maur dans l'abbaye, pourvu qu'on leur baillât une pension viagère. Frère Louis de Mathan parla d'une rente de 40C) livres et plusieurs autres se rangèrent à son idée. Barcillon, plus satisfait que s'il eut « gaigné un royaume, » prit la balle au bond et fit aussitôt un arrangement devant notaire, en même temps qu'il envoyait au conseil de l'abbé la nouvelle du résultat, le pressant d'entrer en pourparler avec les bénédictins de Saint-Maur (2). Le 8 septembre, les religieux asseml:)lés acceptèrent l'union à une congrégation de S. Benoit, « bien réglée et réformée, pour pouvoir maintenir et entretenir la discipline et observance régulière en la dite abbaye, qui pour la saincteté du lieu est réclamée par toute la chrestienteté pour estre le sanctuaire du prince des anges. » Le lendemain, le contrat fut passé par devant Jean (^uyton et Charles Her-
(1) Le couvent acquit de Guillaume riilliiTt-lcs-Forges, bourgeois du Mont, 8 livres 10 sols de rente, avec l'argent ([ui provenait du remboursement de la fondation constituée par l'anniversaire de Guillaume du SoUier, jadis lieutenant du Mont (1614). On voit S livres 14 sols de rentes constituées sur Hobert du Pont, sieur de la Semendière, avec l'argent provenant de la fondation du sieur de Querolent, gouverneur du Mont. Au mois de février 1020, M"" de Vicques, veuve de l'ancien gouverneur, étant morte, fut apportée le 11 de ce mois et, suivant sa volonté, fut enterrée, près de son mari « dans la chapelle Saintc-Aime du circuit. » En 1022, le couvent acquit 6 1. 10 s. de rente, due par le sieur des Guesdris des Genests, moyennant 91 1. provenant de la fondation de frère .lean de Pontavice, moine Montois et prieur de Chanzey, — D. Leroy, p. 390.
(2) La congrégation de Saint-Maur, approuvée par Grégoire W, en marsl621, occupait 10 monastères: Saint-Augustin, près Limoges; Saint-Julien de ÎNoaillé : Saint-Faron-lès-Meaux ; Saint-Pierre de .lumièges : Sainte Marie des Blancs-Manteaux; Saint-Pierre-de-Corbie ; Saint-Pierre de Solignac; Saint- Fiacre en Brie, prieuré dépendant de Saint-Faron : la Trinité, de \ endôme. et le Mont Saint- Quentin, près Péronne.
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pin, notaires au siège de Ponlorson et du Mont-Sainl-M'nhel, en la salle du chapitre (1).
li'iiprès les clauses, sous le bon plaisir «lu jiape, du roi, de l'évèque d'Avranches et du Parlenii'nl. Taljbayc du Mont peut être unie à la Congrégation des Bénédictins de Sainl-Maur avec oljservance des offices et règle de ces derniers, et l'abbé pourra y introduire tel nombre de ces religieux qu'il voudra ; si les anciens ne consentent pas à embrasser cette réforme, ils auront la faculté d'obéir à leur prieur, qui les fera vivre « selon les constitutions anciennes». Le supérieur des religieux de Saint-Maur « présidera au chœur et ailleurs pour la direction du divin service et ciprcmonial », et, en son al)sence, le plusanciende la congrégatinn. Pom- les stalles du clurur, ils auront " les secondes hautes, de chaque costé, après les anciens. » Ils « occuperont tous les lieux réguliei's (jui aboutissent au cloistre du costé du rocher : dortoir, réfectoire, cuisine, caves, buschers, greniers et autres comnioditez desquels les anciens seront déportez, se réservant de loger au logis abbatial et autres logis qui y aboutissent, desquels logis ils auront l'entrée et sortye des dits cloistres pour aller et venir au service divin : auquel logis abl)atial et autres pourront aussy loger les d. pères, si bon leur semble, sans incommoder les anciens religieux. »
Tous les offices se rapportant à l'admiiiistration, ainsi qu'au régime et chant du chœur, tels que ceux de trésorier, hôtelier, chantre, sous-chantre, sacristain, clerc d'église, celerier, cuisinier, grenetier, appartiendront aux Pères avec les revenus et honneurs, en payant les charges accoutumées. Pour l'aumùnerie et l'intlrmerie, les frères Gilles de la Croix et Barbes continueront à en jouir. Toute l'administration de l'église appartiendra aux pères réformés, pour
(I) Les conlractaiits étaient, d'une part, .I.B. de Barcillon, prieur de Saint- Pierre de Tropiac, grand-vicaire et administrateur fiénéral pour l'abbé Mgr Henri de Lorraine: et, d'autre part, fr. Henri du l'ont, prieui-. on son nom et au nom des profès. Richard Le Théroulde et .lean de la Hache, alors au collège de (;iuny « pour y parfaire leurs estudcs » : frères Olivier Harbcs. infirmier, (iillcs de la (iroix. auninnier, Denis Gognier, archidiacre, .Ican Le Chevalier, prieur de Chau.sey et chapelain de la chapelle ■■ de Sninle-Marie-.NosIre-Dame des trente Cierges », Claude Le llov. (iilles le Cocq, Malhieu l'ery et l"ran(,ois (jiroull. Ions religieux profès. D'un commun consentement et bon gré, on arrêta les " pactions et conventions pour la pins grande gloire de Dieu. » L'abbaye renfermait alors di\-sept religieux anciens; outre ceux (|ui sont nommés ici. il y avait : Louis de .Mathan, sous-pricur et trésorier. Jacques Lanccsscur, Miolas de la Motte, Jacques de la Croix. Michel Legros et Mathieu (iery. Ils continuèrent d'avoir |)our prieur D. Henri du Pont. 11 y avait, en outre, Mcolas le Brcl. vicaire-général non nommé dans le Concordat.
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les pèlerinages, dévotions, oblations et autres choses, à l'exception de la chapelle de Notre-Dame des Trente-Cierges derrière le chœur, qui a pour titulaire le prieur de Chauzey, et le tronc de Notre-Dame- Sous-Terre, affecté à l'aumônerie. Le grand prieur ou, en son absence, l'un des anciens, « aura l'une des trois clefs du pontificat, reliiiuaire, sceau et chartrier, ainsy que de coutume. » Selon la coutume, les affaires du couvent seront traitées dans les réunions du chapitre, aux([uellesse trouveront les religieux, anciens et nouveaux, « si bon leur semble »; les anciens y auront leur place et voix délibérative suivant leur ordre de réception, ainsi qu'au chœur; les réunions seront présidées par le prieur des anciens, et, à son défaut, parle supérieur ou le plus âgé des pères réformés. Les anciens consentent à ce qu'il n'entre aucun novice « qui ne fasse profession de la dite réforme. »
Le supérieur des Pères de Saint-Maur n'aura pas de juridiction ni d'autorité sur les anciens, qui demeureront soumis au prieur D. Henri du Pont. Si ce dernier venait à s'unir à la Congrégation, les anciens piourront élire un autre prieur à la manière accoutumée. Pour « contribuer de leur part » à l'introduction des Pères, les anciens avec leur prieur remettent aux nouveaux-venus « toutes les distriljutions cjui se font à l'esglise provenant des fondations » et autres, à la charge que ces derniers satisferont aux obligations; à cet effet, on leur remettra tous les contrats. En retour, l'abbé s'engage à fournir à cha(ïae ancien, « y compris le prieur pour deux », « pour la pitance, vestiaire et autres nécessitez », la pension annuelle de 40O livres, payable par moitié à Noël et la Saint-.Iean-Baptiste. Le paiement de cette pension est hypothéqué sur les revenus de l'abbaye, « et par i>référence sur les deniers les plus clairs, » sfiécialement sur les revenus des terres d'Ardevou, de C.ancaîe, de Meloir, de Donijan et de Boutemont, dont les fermiers verseront la pension aux dits religieux. L'abbé payera en outre, connue de coutume, « les gages du médecin, chyrui'gien et ajwthyquaire, » satisfera « à toutes les charges, comme décimes, réparations et aultres choses auxquelles il est obligé par la dignité abbatiale ». 11 fournira une pension de 250 livres, comme il est d'usage, aux novices profès du Mont installés au collège de Cluny « et non ailleurs », pour y faire leurs études ; une fois prêtre, ces derniers recevront 400 livres, s'ils ratifient le présent concordat. Il devra également solder les pensions ordinaires au curé du Mont (-^00 1.), au précepteur des novices ("2001.) et au clerc d'église (60 1.), ainsi que les « autres charges accoutumées d'être payées tant sur le tronc/que autrement ». Enfin, l'abbé remet aux
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anciens» le droict qui lui appartient et cotte-morle » de ceux-ci à leur décès, « leur laissant la liberté d'en disposer unlipienienl en faveur des Pères de la Congrégation ou leurs confrères ».
Aussitôt la réception de ce concordat, le conseil de l'alibé envoya son secrétaire à l'abbaye de Corbie, où les Pères de Saint-Maur tenaient leur chapitre, en les invitant à se rendre à « la volonté du Prince et du roy des Princes « pour la réforme du monastère Michelin. Le secrétaire revint à Paris, accompagné de D. Martin Tesnière, prieur de la Sainte-Trinité de Vendôme et visiteur de la province d'Aquitaine, de D. Arsène Rolle, prieur do Saint Pierre de Corbie, et de D. Charles de Malleville, tous trois prêtres et profès de la Congrégation. Sur les instances des personnes présentes, en particulier de la duchesse de Guise, mère de l'abbé, les religieux acceptèrent de se charger du Mont suivant les conditions ainsi arrêtées. De fait, à Paris, le 11 octobre suivant, un concordat intervint entre l'abbé Henri de Lorraine et les Pères sus-nonnnés, en jirésence des parties et aussi de André Duval, « docteur professeur ihi roy en théologie », de Georges Dey, « docteur et prédicateur ordinaire du roy », et du P. Archange de Painbroc, gardien des Capucins au faubourg Saint- Honoré. Après avoir constaté les gloires de l'abbaye, « vraie pépinière de vertu », et, par suite du relâchement des temps, la nécessité d'une réforme, ce traité confirme les arrangements conclus avec les anciens moines et stipule la remise de l'abltaye à cette Congrégation. Elle sera tenue d'y avoir douze religieux de chœur, dont le nombre augmentera au fureta mesure des extinctions de pensions aux anciens. L'abbé versa dix mille livres à la Congrégation, plus trois mille six cents livres jusqu'à complète réparation » des lieux réguliers. »
L'acte soleimel, principe fécond de la régénération intellectuelle et morale de l'abbaye, était heureusement accompli. Un groupe de religieux, après avoir pris congé de J'abbé, ainsi que de M. et M"'" de Guise, quittèrent Paris pour venir au Mont (1). La pieuse colonie s'arrêta à .Vvranches, afin d'offrir ses hommages et de notifier son « obédience «àl'évêque François le Péricard. Le vénérable vieillard, alors à son manoir du Parc, fut si heureux de cet événement « (lu'il ne pouvoit contenir de pleurer ». Il obligea les Pères à demeurer un
(I) Celaient les PP. D. Charles de Malleville, premier prieur, b. Michel Pirou et I). Pliilibert Cotellc, prêtres ; les frères Josepli de la Hondio, Fiacre Bcllet, .Malliuriii de l.i Ilaic, Bernard Aiidclsort, Klieiine le Grand, Benoit de Beaiirepaire, Maurde Saint-Fiacre et Uede de Fres(|ue, '• frères cleics destinés pour le service du cieur et non encor prebstres, avec Daniel Barbe, frère convers, 'i
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jour à Avrancheis, afin de «. venir avec eux pour les mettre en possession en propre personne ». Après un moment d'hésitation, lesanciens se résignèrent au changement.
Le 27 octobre 1622, les Pères de S^-Maur ■• sortant d'Avranches, deux à deux, se mirent à cheminer vers ce Mont, et Monsieur l'évesque quelque peu après, montant à cheval, accompagné, selon sa qualité, arriva en ce Mont plus tost qu'eux, où tout le peuple estoit sur les remparts de la ville et les religieux de céans aux fenestres de cette abbaye pour voir venir cette agréalile troupe. Arrivez en ce Mont, ils montèrent à l'église, où ils furent receus des religieux, avec grande joie et allégresse. Alors, l'évesque les mena devant le grand-autel, où tous prièrent Dieu quelque temps tacitement. De là, il les mena au chœur et leur assigna leurs places. Cela faict on sonna les cloches, et l'évesque entonna l'hymne J'eni. Creator, etc., Messieurs les anciens et nos religieux poursuivirent à ( jui mieux mieux. Après on entonna un respond de S. Michel, et Idus furent proeessionnellement autour de l'église, poursuivansà chanter le d. respond. La procession finie, on fut en chapitre et de là on revint où les religieux tant anciens que modernes chantèrent l'hymne Te Deum, etc., et autres prières pour la sacrée personne de nostre roy, Louis XIIL A la fin, l'évesque ayant chanté plusieurs oraisons, il mena nos religieux par les anciens lieux ré g u liersetlesmit en pleine et réelle possession. Et finalement, après disné, s'en retourna à Avranches, se recommandant aux prières de tous ceux de l'abbaye, et particulièrement aux derniers venus, lesquels il est venu souvent revoir depuis ».
En attendant la restauration des lieux réguliers, les Pères se logèrent dans le bâtiment abbatial et firent leur réfectoire de l'an-