H. P. II. C. L. XIV. P. S. C
INV. IOV. STAT.
Selon les renseignements qu'a bien voulu nous fournir M. le conservateur du musée de Montbéliard , où ce monument est actuellement , la cassure de la pierre n'est pas récente. Sa surface, côté de l'inscription et côté opposé, est encore polie. On n'y remarque aucune trace d'attache, ni qu'elle ait été fixée à une autre pierre ou à une muraille. La taille et le poli sont d'une grande précision et indiquent une main habile et exercée , mais il n'en est pas de même de l'exécutien des lettres faites avec une timidité et une maladresse fort éloignées de la fermeté des lignes qu'on remarque dans les inscriptions romaines. Il semble qu'on a voulu accumuler sur cette pièce toutes les invraisemblances et l'on est à se demander si ce ne serait pas au contraire une présomption d'authenticité. Jamais un faussaire intelligent ne serait allé chercher toutes ces bizarreries. 1
« Dans le rapport fait le 11 juin 185% à la Société jurassienne d'émulation par M. le professeur Trouillat, celui-ci estime que cette pierre est une dalle cristalline de spath calcaire , -qui parait provenir d'une division du groupe jurassique de l'oolite inférieure, et il décrit minutieusement l'aspect de cette pierre.
Nous l'avons aussi examinée récemmeot au musée de Montbéliard, et tout en reconnaissant l'exactitude de sa description, nous avouons que nous n'avons jamais remarqué dans l'oolite inférieure de notre contrée aucun banc, aucune couche ayant la moindre ressemblance avec celle de la pierre de l'inscription, ce qui nous fait penser que celle pierre vient d'une autre contrée jurassique. Le travail qu'ont occasionné la taille et le poli de celte pierre, n'a pu se faire dans le voisinage du Mont-Terrible à l'époque où elle a été produite. La légère altération qui recouvre la surface de la pierre, n'indique pas un long séjour dans terre ou une longue exposition à l'air. Il n'a jamais été d'usage de polir tous les côlés d'une pierre desiinée à être appliquée contre un mur ou un monument quelconque. La nature du sol, dans les deux localités qu'on assigne à sa découverte, ne permet pas de présumer que les deux morceaux de cette dalle aient pu y rester réunis. — Cette pierre a 45 centimètres 5 millimètres de longueur, sur 37 centimètre! de largeur.
Le mémoire rédigé par une commission de la Société jurassienue d'émulation, au sujet de cette pierre, ayant été communiqué à un savant antiquaire de Bâle, M. le D r Roth, celui-ci répondit le 1 er septembre 1852 :
« ...Quant à la manière de lire l'inscription, je m'écarte en quelque sorte de Phonorable commission en ce que du premier mot j'en fais un sujet de façon que la phrase suivante se forme :
« Labienus legatus Julii CfBsaris tribuniciœ potestalis qwrtum hoc, per secundam cohortem legionis quarto decimœ, posait senatu consulte, invicto Jovi Statori. »
« Je prends la liberté de vous inviter à une comparaison de cette manière de lire avec la vôtre. Mais quant au point principal, à savoir si l'inscription date de l'époque romaine, il paraît qu'il n'y a pas le moindre doute énoncé à cet égard dans votre honorable commission, mais moi j'ai de très fortes préventions contre cette haute antiquité, j'ose même dire des preuves très évidentes de la fabrication de cette inscription dans des temps tout-à-fait modernes. Permettez-moi de vous énumérer mes préventions, chacune en particulier.
1° Sur les inscriptions réellement romaines, les nombres 4 et 14 ne s'écrivent pas IV et XIV mais IIII et XIIII.
2° Le signe qui sépare les mots dans les inscriptions romaines est toujours à la moitié de la hauteur des lettres et jamais à leur pied.
3° A la fin des lignes, ce point ne se place jamais. 4° Ce point dans les inscriptions romaines n'a pas ta forme ronde, mais triangulaire.
5° Des lettres taillées en relief sur la pierre an lieu d'y être gravées, sont quelque chose d'inouï dans l'antiquité.
» Les objections que je fais peuvent paraître insignifiantes, mais ce sont ces bagatelles-là que les faussaires ne savent pas et c'est par là qu'ils se trahissent. Si nous considérons aussi le contenu et les mots eux-mêmes de l'inscription, nous voyons s'élever les plus fortes erreurs contre les lois de Pépigraphie. LAB. L. IV L. GiES. est insupportable ; il fallait au moins T.
LABIENVS LEG. C. IVLII &ESARIS. De même les abréviations de la troisième ligne dépassent toutes les bornes
^ tracées par l'ancienne épigraphie. Elles auraient au moins dû
être écrites ainsi : HOC PER IL COHO. LEG. XIIIL Sur cette ligne Ton est de même très désagréablement frappé de voir que l'objet qui est dédié au Dieu ne soit pas nommé par son nom; de ce qu'il n'y ait pas : HOC TEMPLVM, HANC jEDEM, HOC SIGNVM. En complétant ainsi, l'activité exclusive de toute une cohorte (à l'érection de ce monument) ne sera pas beaucoup plus évidente. Mais le point principal et cardinal qui nous prouve que l'inscription est l'œuvre de la falsification, ce sont les mots TRIBVNICIiE POTESTATIS QVARTVM. Même l'année de sa mort, César n'avait point ce titre, et si l'honorable commission devait vouloir persister à donner ce titre à Labiénus, je me verrais forcé de renvoyer au passage des Annales de Tacite, 3. 56. Tiberius poteslatem tribuniciam Bruso petebat ; id summi fastigii vocabtilum Augustus reperit.
^ > J'ai fini mes objections et mes contradictions. Veuillez les
agréer avec bienveillance et soyez persuadé de ma considération distinguée. »
« Signé D r Ch.-Louis Roth. » ,
M. Mommsen classe cette inscription parmi celles qu'il regarde comme fausses ou suspectes, et il dit : « Découverte sur le plateau du Mont-Terrible, dit le Jules-César, entre lè puits et la ruine, enfoncée dans le sol végétal à 55 cent, de profondeur, gravé en relief. »
Après avoir copié l'inscription il ajoute en regard : « Legunt : Labienus legatus Julii Csesaris Tribunicia potestate IV
Hoc posuit secunda cohors legionis XIV post senatus consultum , vel post supplicationes constituas ^ Invicto Jovi Statori. »
« (De Klœckler et Maupasssant), Discussion relative à une inscription romaine présentée à la Société jurassienne d'émulation. Porrentruy, juillet 1852. 8. pp. 16. — Quod si libet
monstri hujus originem cognoscere, lege fabulas de monte isto Caesariano , apud Trouillat , Monuments de Vhisloire de Van- j cien Evéché de Bâle. — Porrentruy 1852. p. XX. 1 » j * Nous n'avons rien à ajouter à ces appréciations, aussi nous ne basons nullement sur cette inscription la probabilité de rétablissement primitif d'un camp sur le Mont-Terrible par César ou par son lieutenant, mais bien sur l'importance de cette position pour la contrée que Labiénus était chargé de protéger et de défendre, position stratégique toute trouvée et / préparée par l'établissement celtique antérieur. Cette probabilité est encore appuyée par la découverte de quelques monnaies des premiers temps de l'Empire romain. Ces monnaies et le grand nom de César attaché à cette localité, ne sont pas des preuves, mais nous allons trouver un nouvel exemple de la persistance des noms et des souvenirs attachés à certaines localités et en particulier à un lieu bien voisin du camp qui nous occupe.
On a déjà indiqué les ruines d'une villa bâtie en vue et au j pied du camp et qui, dans la contrée, porte le uom de Cérialls. On a également observé qu'on ne pouvait faire dériver ce nom des céréales de cette localité, parce que celle-ci est fort étrangère aux fruits de Cérès. Nous croyons plutôt que ce nom provient de Pétilius Cérialis qui, en l'année 61 de notre ère, commandait une légion et se distingua dans la guerre que les Romains firent alors dans la Grande-Bretagne. Il figure également comme un général de renom dans les guerres qui terminèrent le règne de Vitellius. Il était paient de Vespasien, aussi cet empereur l'employa en plusieurs occasions. Il n'est pas bien certain si c'est lui ou son fils auquel ce même prince confia un commandement dans la guerre de Judée, entre les
« Inscriptions Confœderationis helveticœ latinœ. Mittheilungen derantiq. Geselhehaft in ZUrich, Band X, i8">4, p. 1 15. — - Lors même que l'opinion de M. Trouillat sur le Mont-Terrible n'est pas appuyée sur des inscriptions, ^ nous ne croyons pas que le savant professeur zuricois ait eu le droit de prononcer un jugement aussi sévère sur l'appréciation d'un monument qu'il n'avait pas vu lui-même,
années 67 et 70, parce que déjà dans la seeonde moitié de cette dernière, Pétilius Cérialis était à la tête d'un corps d'armée dans les Gaules et fut envoyé contre les Bataves soulevés par la prêtresse Véléda et que commandaient Classiçus, Civilis et autres chefs.
Ce généra], orgueilleux et plein de mépris pour ses ennemis, négligeait les règles de la discipline, dont il aurait dû donner l'exemple, et plus d'une fois il compromit le sort de son armée, en la quittant le soir pour aller passer la nuit hors de son camp. Comme Cérialis a dû faire de longs séjours dans les Gaules, avant l'année 70, il a pu avoir un commandement au Mont-Terrible. Alors, selon sa coutume et celle d'autres officiers romains il a pu faire bâtir ou occuper une villa près du camp, pour y loger plus à l'aise que sous une tente. Nous ne trouvons pas dans l'histoire d'autre personnage de ce nom avec un commandement dans les Gaules, 1 et comme on l'a déjà remarqué, les ruines de la villa Cérialis appartiennent précisément au beau temps de l'architecture romaine, de même que dans le camp voisin on a vu des monnaies d'une époque très rapprochée.' Ce nom de Cérialis, ainsi conservé, nous paraît être une seconde indication de l'ancienneté de ce camp, soit qu'il ait été constamment occupé, soit, ce qui est plus probable, qu'il ait été au nombre des camps où l'on ne tenait
• Selon Tache, Annal, lib. XV, 74, et XVI, 17. Anicius Cérialis aurait été désigné consul, mais il ne figure pat dans les fastes de l'histoire romaine, où l'on trouve seulement un... Cérialis consul Tan 106, sous Trajan, tandis qu'Anicius Cérialis vivait au temps de Néron.
Tillemont, Histoire des Empereurs romains, t. IV, p. 83, nomme Nératius Céréalis, et non Cérialis, élu préfet de Rome le 27 septembre 352 et consul en 358 ; mais comme c'était une des créatures de Constance II, pendant que Magnence occupait les Gaules et que son frère Décence avait le gouvernement de celle province , il n'est pas probable que ce Céréalis ail pu avoir un commandement au Mont-Terrible, et qu'il ait bâti une villa dans le style du 1 er siècle.
s On peut consulter sur Petilius Cérialis les Annales et YHist. de Tacite, citées ensuite par plusieurs historiens modernes, tels que Tillemont, Crevier et autres.
qu'un poste militaire, mais qu'on réoccupait, chaque fois qu'il en était besoin, avec un plus grand nombre de troupes.
Jusque vers le milieu du III« siècle les Romains s'étaient maintenus victorieusement , mais non sans des combats incessants, sur la rive droite du Rhin; ils avaient même porté la ligne de leurs camps et de leurs ouvrages militaires fort avant en Germanie. Mais dès Tannée 235, les peuples germains reprirent l'offensive, franchirent fréquemment le fleuve pour pénétrer dans les Gaules et l'histoire indique entre les années 253 à 300 un grand nombre d'invasions dans lesquelles notre contrée fut horriblement dévastée. 1 C'est à cette époque désastreuse qu'appartiennent plusieurs trouvailles de monnaies ou de groupes de monnaies des empereurs de cette période, et l'on a vu qu'au Mont-Terrible il s'en est en effet trouvé plusieurs petits groupes. Parmi les découvertes faites ailleurs et ne renfermant que des monnaies de cette période, on peut citer un vase trouvé à Cœuve, qui en contenait plusieurs cents ; un groupe assez important à Courtetelle, un aùtre près d'Undervelier, un très considérable près du château primitif de Reichenstein , et plusieurs autres en Suisse. Il est donc encore probable que le camp du Mont-Terrible fut occupé durant cette période, et c'est pour ce motif que nous avons classé à part les monnaies de ce temps qu'on y a trouvées. C'est précisément pendant ce même temps que les Romains furent obligés de veiller sérieusement à la défense de la rive gauche du Rhin et dos chaînes de montagnes à travers lesquelles passaient les routes des Gaules en Italie. Dioclé-
i De *53 à 368, sous les empereurs Valérîeo et Gallien, les Barbares sac. cagèrent la Séquanie et les provinces voisines du Rhin. — Zozime, lib. I, p. $46. — Aurel. Victor, — Eutrope, lib. IX. — En 276, soixante-quinze villes des Gaules tombèrent au pouvoir des hordes germaniques, qui se maintinrent pendant deux ans dans le pays.— En 297, une multitude d*Al~ lemannes pénétrèrent en Helvétie et en.Séquanie. Constance Chlore les défit dans deux batailles sanglantes, prés de Langres et à Vindonissa.— Eutrope, IX, 46, — Eftmène, Panégyrique de Constantin. — Orose, lib. VIII. — M. Clerc , La Franche-Comté à l'époque romaine , croit que l'invasion de 275 ou 276 fut la première qui livra la Séquanie aux Barbares, p. 4t.
tien, de 280 à 305, s'occupa tout particulièrement de la construction de castels dans les camps romains, mais il ne fut pas le seul qui, à cette époque, donna des ordres à ce sujet.* Aussi il est possible que ce fut alors qu'on fit bâtir le castel du Mont-Terrible pour servir aù système de défense et de télégraphie. On a déjà observé que ce fort n'était pas construit en beau romain , et qu'il indiquait au contraire un travail moins soigné et fait dans un temps où l'architecture militaire avait déjà bien perdu de sa beauté. Il y a une grande différence entre la taille des pierres de ce monument et celle des murailles d'Augusta Rauracorum, d'Aventicum et même de la plupart des villas éparses dans le^pays , et sous ce rapport nous ne pouvons partager l'opinion émise dans le journal VHdvétieeniSU.
Les invasions des Barbares continuèrent durant toute la première moitié du IV e siècle. Constantin le grand les contint quelque temps, mais dans les luttes qui s'établirent entre ses fils pour la possession de l'empire, les Barbares devinrent d'autant plus audacieux , que les princes romains recherchèrent leur secours et leur alliance. Après la mort de Constantin II, son frère Constant s'empara des Gaules et y régna jusgu'en 349. Un de ses officiers , le Germain Magnence , se fi proclamer empereur à Autun , tua Constant dans un combat près des Pyrénées et donna le gouvernement des Gaules à son frère Décence , qu'il créa César en 35i . Mais Constance II , le troisième des fils de Constantin le grand , vengea la mort de son frère et défit Magnence dans plusieurs combats. L'empereur vaincu se donna la mort à Lyon et le César Décence se tua à Sens, au mois d'août de la même année 353. On accuse l'empereur Constance d'avoir excité les peuples trans-
i Zozime, Hi$t , II, 54. « Nam quum imperium Romanorum extremis if* limitibo8, Diode li an i providentia oppidis, burgis et turribus inclusum esset omnesque copias militares io iit domicilium baberent, fieri non polerat, n% barbari transirent ubique copiis hostium repellendorum causa oceurrent tibus, » — Orose dit aussi, VU, 32 : « Çrebra per limitent babitacula con** titata, burgos, vulgo vocant. »
rhénans à faire une irruption dans les Gaules au moment où il allait lui-même attaquer Magnence et l'on rapporte que les Barbares profitèrent largement de cette imprudente excitation. En cette année fatale , ils firent une formidable invasion dans les Gaules; la Séquanie, et par conséquent notre contrée, fut dévastée. 1 L'année suivante fut marquée par une nouvelle invasion des Francs et des Àllemannes, sous prétexte de venger la mort de Sylvain , officier franc, qui s'était fait proclamer Auguste et que Constance avait fait assassiner.
On a pu voir par la liste des monnaies trouvées au Mont- Terrible , que le nombre de celles qui appartenaient aux fils de Constantin le grand allait en augmentant, à mesuré qu'on se rapprochait de l'année 353. Les pièces de Constantin II , qui ne régna pas longtemps dans les Gaules, ne sont pas très nombreuses ; il y en a beaucoup plus appartenant à son frère Constant , un peu moins de Constance que de celui-ci , et un très grand nombre de Magnence et de Décence , puis la liste s'arrête à peu près complètement. La mort de ces deux princes , dont les troupes avaient dû occuper le camp du Mont- Terrible, coïncidant avec les deux invasions successives des Barbares, on en doit conclure que ce camp a été pris, saccagé et brûlé de l'année 353 à 355 au plus tard. Mais il est probable que de suite après la mort de Magnence et de Décence , les troupes logées au Mont-Terrible reconnurent l'autorité de Constance et que de là proviennent les monnaies de cet em-
i Libanius, Oralione i0> in Juliano imper. — Zoziœe , Hist , lib. II, 53. — Haller, Helvelia unter Rœm. t ï, 289.— Delacroix, Notice sur Alise, p. 44, dit que les invasions des Allemannes et des autres Barbares réduisirent la Séquanie à l'état de désert, et que lorsque le César Julien arriva alors a Besançon, il n'y trouva qu'une forteresse en ruine. — Bauduri, Numismata imper, rom., p. 401, 411, dit : « Decenlius, fralT Magnentii, Ctesar factus anoo 351, Gallias regendas accepit, sed Achnodomaro Alaœannorum rege fugatus, Treviris et etiam a Pœmenio quodam ejectus, postremo cura Magnentium desperatis rébus vira sibi intulisse comperisset, se ipse interfecit, inense augusto 353, quum aliquot menses supra bicnnum Caesar faisset, fortè etiam Augustus aliquot dies. »
pereur, employées à la solde des soldats peu avant ou au moment de la destrution du camp. 1
Comme on Ta dit au commencement de cette notice , une route romaine , venant du Rhin depuis près de Bâle , débouchait dans le bassin de l'Elsgau, presque en face du Mont-Terrible. C'était une des routes les plus courtes pour pénétrer dans les Gaules ^ après avoir passé le Rhin dans le voisinage d'Àugusta Rauracorum. Nous croyons que ce chemin fut suivi par les Allemannes et que ce furent ceux-ci qui saccagèrent le camp du Mont-Terrible. Son pillage, lors de l'incendie qui le détruisit, nous paraît caractérisé par l'absence de tout objet de prix ou qu'on pouvait retirer des cendres , tandis que ceux très petits, comme les monnaies, et ceux de peu de valeur se sont perdus dans les débris de l'incendie. — Une autre hypothèse se présente ensuite. Dans cette même couche romaine du camp, ôri trouve un certain nombre de pièces de monnaie, présumées de la fin du IV e ou commencement du V e siècle, et seulement quelques rares monnaies de Julien et de ses successeurs les plus voisins. Cette circonstance fait entrevoir une restauration du camp, après que l'empereur Julien eut refoulé et contenu les Barbares sur la rive droite du Rhin. On le vit alors restaurer les établissements militaires romains, récemment ruinés ; c'est à lui qu'on attribue la construction d'un château au passage du Doubs près du Pont-de-Roide, et ce
* Tillemoni, Histoire des Empereurs» t. IV, rapporte qu'en 354, l'empereur Constance vint en personne dans les Gaules pour en chasser les Allemannes conduits par Gondomade et Vadomaire, et qu'arrivé jusqu'à Augusta Rauracorum, il força les Barbares à traiter avec lui, mais qu'il dut revenir contre eux en juin 355.— M. Clerc, La Franche-Comté à l'époque romaine, p. 10 et 11, fixe la ruine de Besançon à l'année 555. II cite la lettre de Julien au 8 énat d'Athènes, Ammien Marcellio, liv. XIV à XVI, Libanius, in Jul. imp. f et il signale un fait très caractéristique pour notre sujet, c'est* que les numismates ne trouvent plus dans l'arrondissement de Dôle aucune médaill 6 après la mort du tyran Maxime, en 388 , et le règne de Théodose, mort en 395. La lettre de Julien au sénat d'Athènes est de l'année 356. Elle annonce alors que la ruine des villes et des forteresses des Gaules était déj* consommée.
castel porte encore le nom de son fondateur ou restaurateur. En lisant avec attention les auteurs contemporains, il y a tout lieu de croire que Julien traversa plus d'une fois notre contrée en allant de Besançon à Augusta Rauracorum ou de cette dernière ville à la première.
Il y a cependant trop peu de monnaies de ce prince répandues au Mont-Terrible pour croire que ce fût lui qui édifia le castellum ou le fit relever de ses ruines. Nous croyons plutôt que s'il y eut une restauration de ce camp , elle eut lieu sous Valentinien I , autre constructeur de forteresses et de camps le long du Rhin èt pays voisins. Car il nous paraît probable qu'entre l'incendie du Mont-Terrible et sa restauration il y eut un intervalle qui laissa au terrain le temps de se couvrir de gazon et que c'est ce motif qui a fait conserver la multitude de monnaies éparses dans le sol. Si l'on avait restauré le camp dès la même année ou peu après , on aurait infailliblement aperçu ces monnaies et on les aurait recueillies , puisqu'elles avaient encore cours. Remarquons enfin que les années 406 à 407 virent la destruction définitive des établissements militaires romains dans cette partie des Gaules, et que si l'on croit reconnaître quelques monnaies postérieures à cette date, elles ne nous paraissent indiquer que l'occupation passagère d'un, poste militaire qui pouvait être encore fort utile dans les guerres de cette époque. 1 L'absence de tout objet de l'époque burgonde dans le camp et dans le voisinage du Mont-Terrible, fait présumer que si les Burgondes et plus tard les Francs firent encore usage de forteresses romaines, comme nous en avons reconnu plusieurs preuves ailleurs, celle-ci ne fut pas cependant occupée par eux.
i On sait que, entre les années 396 à 398, après les dévastations des Aile* mannes, l'empereur Honorais ordonna aux habitants des provinces la réparation ou la reconstruction des murs de leurs habitations, et leur permit d'employer à cet usage les matériaux des édifices publics qui n'étaient plus en état de servir à leur destination.