‹ Le Mont-TerribleChapitre 12 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Champ de bataille oà César défit Arioviste.

La suite de cette notice nous a fait reporter vers sa fin un. des principaux événements dont on place le théâtre au Mont- Terrible et cet événement est celui-là même qu'il importe le plus d'étudier. Mais de si grandes difficultés sont attachées à la détermination précise du champ de bataille où César défit Arioviste, que depuis des siècles plus de vingt auteurs de mérite ont fait plus ou moins d'efforts pour y parvenir sans avoir rien indiqué de certain et en différant souvent entre eux de la manière la plus étrange. Une des principales indications de distance fournies par César est écrite différemment selon les manuscrits et les éditions de ses Commentaires. Plusieurs des autres distances sont données approximativement et en partant de localités actuellement inconnues ou difficiles à déterminer. César lui-même ne connaissait pas le pays;, il devait s'en rapporter aux indications des Gaulois, et ceux-ci ne pouvaient pas plus le renseigner avec certitude que ne le feraient actuellement un très grand nombre de personnes instruites , lorsqu'elles n'auraient pas fait une étpde particulière et récente de la contrée et une estimation des distances. Toutefois, en analysant les chiffres et les circonstances rapportés par César, il est d'abord impossible d'admçttre la version qui place le champ de bataille à cinq mille pas du Rhin et il faut nécessairement opter pour celle de cinquante mille pas. Si ensuite on essaie d'appliquer rigoureusement ce chiffre au terrain et qu'en partant du Rhin depuis un point quelconque entre Bâle et Hombourg , à la hauteur de Mulhouse , cette distance ne peut rencontrer un lieu propre à livrer une grande bataille que ver? Arcey , au-delà de Montbéliard. Au

sud de ce lieu , on entre dans les montagnes du Jura et au nord, dans les forêts â la base des Vosges.*

Alors aussi les localités environnant Arcey n'indiquent rien qui rappelle cet événement; on n'y trouve pas de restes de camps, ni aucune tradition locale, tandis que si l'on compte les distances moins en ligne droite et dans un sens moins absolu, on arrive dans la plaine de l'Elsgau, près de Porrentruy, où les camps romains et les traditions offrent des indications .d'une grande importance pour résoudre la question.

I/application rigoureuse des distances nous a d'abord fait admettre l'opinion de M. de Golbéry , indiquant le plateau d'Arcey. Mais les fouilles que nous avons faites au Mont-Terrible , Pextension considérable des fortifications de ce camp , que nous n'avons reconnues et mesurées que récemment, les recherches que nous avons opérées sur les collines de l'Elsgau et enfin la découverte d'un nouveau camp sur la Perche, nous ont paru des faits matériels que nos prédécesseurs dans celte discussion n'avaient ni vus, ni étudiés, faisant souvent de l'archéologie en chambre et se contentant ordinairement d'une simple promenade au Mont-Terrible , sans parcourir les terrains environnants, sans même visiter les lieux où ils faisaient camper et combattre César et Arioviste, ou se copiant les uns les autres pour se dispenser de la visite des localités.

Un pareil mode de procéder en écrivant l'histoire d'un grand événement nous a paru trop léger pour l'admettre, et nous n'avons pas reculé devant plusieurs voyages, de chacun dix à douze lieues par jour, faits fréquemment à pied dans toute leur longueur, pour nous assurer de chaque position , pour en lever les plans , en calculer les contenances et enfin mesurer les distances.

Ce n'est qu'après cette étude longue et pénible que, modifiant notre première opinion, nous allons enfin essayer de fixer remplacement des camps de César et du célèbre champ de bataille.

La non existence de médailles et d'antiquités du temps de César au Mont-Terrible n'est pas prouvée complètement , en

ce sens que puisqu'on y trouve un établissement celtique qui a précédé celui des Romains, il peut se faire que plusieurs objets romains qu'on y découvre, remontent a.ux premiers temps de l'occupation romaine. On a déjà remarqué le peu de cas qu'il faut faire de ces prétendues médailles de Jules César, que tant d'auteurs disent trouvées en ce lieu , tandis que les fouilles actuelles n'en découvrent jamais. Du reste, l'absence de médailles , non pas de César, qui n'en faisait pas encore frapper à son coin, pendant qu'il commandait dans les Gaules, mais de celles du temps de la République, n'est pas plus concluante puisque l'occupation de ce camp par César n'a été que momentanée , qu'on ne s'est pas battu dans le camp et qu'il n'a jamais été d'usage aux soldats de semer leur argent. Nous retrouvons la preuve de ce fait dans les autres camps romains que nous avons explorés et où l'on ne découvre que de très rares pièces de monnaie. Il n'a pas moins fallu qu'une ou deux catastrophes ou prises du camp du Mont-Terrible, pour qu'on y perdît la multitude de monnaies des III e et IV e siècles qu'on y recueille actuellement sur le plateau seulement et très rarement dans le grand camp extérieur.

Quant aux antiquités qu'on dit avoir trouvées dans la plaine et tout près de la Pierre-Percée , nous nous tenons en garde contre leur valeur historique , non-seulement parce que nous ne les avons pas toutes vues , mais encore parce que celles qu'on nous a montrées comme venant de ce lieu, appartenaient à des temps tout modernes. Nous avons éprouvé bien d'autres déceptions lorsque nous avons voulu voir plusieurs de ces prétendues antiquités recueillies dans cette plaine, et il est facile de comprendre que la plupart des personnes qui les découvrent ne peuvent en apprécier l'âge, puisque souvent un petit nombre d'antiquaires parviennent à le faire.

On a dit précédemment que plusieurs hommes de mérite et historiens, ayant visité le Mont-Terrible et disant y avoir fait des fouilles, croyaient y avoir reconnu quatre tours murées et recueilli de nombreures médailles de César, tandis que les travaux que nous venons d'exécuter au grand jour et le cata-

logue des monnaies qu'on trouve réellement en ce lieu, indiquent suffisamment ce qu'il faut croire de ces trouvailles antérieures.

D'autres ont fait mouvoir les armées depuis leur cabinet , probablement sans consulter les cartes topographiques et bien moins encore sans visiter la eontrée même. Ils n'ont point étudié les circonstances qu'il faut connaître pour faire marcher, camper et combattre de grandes armées, composées comme Tétaient celles que conduisaient César et Arioviste.

Nous n'avons pas à beaucoup près la prétention de ne commettre aucune erreur dans nos appréciations ; notre but n'est point de critiquer nos devanciers , mais de signaler des faits , d'indiquer des monuments nouveaux, et d'essayer d'appliquer le récit de César aux circonstances locales. Les traditions populaires ne sont pour nous que des indications secondaires. Elles ressemblent à des arbres touffus qui ont cru librement pendant de longues années, sans que personne ait songé à les émonder, en sorte qu'il n'est pas toujours facile d'en tirer des sujets propres à fournir de bons fruits.

Il est inutile de rapporter ici tout ce qu'on a dit et écrit pour faire de Porrentruy la ville d'Amagétobrie, près de laquelle Arioviste et les Séquanes battirent les Eduens. La cause de la guerre provenait de difficultés au sujet des péages de la Saône , et la querelle ne pouvait se vider par une bataille dans un Heu aussi éloigné que Porrentruy du pays des Eduens. 1 Cette dernière ville peut bien offrir des traces plus ou moins nombreuses de l'occupation de son territoire avant l'arrivée des Romains ; César a bien pu battre Arioviste dans la plaine voisine, sans que pour autant en doive encore y chercher le champ de bataille qui vit la défaite des Eduens.

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