‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 11 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— Je ne puis pas.

--Ehbien! je vais vous porter, dit rhomme; passez seulement vos deux bras autour de mon cou et que Dieu nous soit en aide !

Le marquis tourna ses yeux éteints vers ce libérateur inconnu.

— Merci... merci..., reprit-il, vous vous perdriez sans pouvoir me sauver... Je n'ai plus de forces... vous le voyez... même pour soulever mes deux bras... Ces hommes ne tarderaient pas... à... nous atteindre; et vous payeriez... de votre vie... votre... généreux... dévouement.

Le marquis avait prononcé ces dernières paroles en s'arrêtant à chaque mot.

— Qu'importe ? dit l'inconnu , je suis fort.

Et il souleva dans ses bras robustes le vieillard dont la tête retombait blême et inanimée, ainsi qu'une branche à moitié coupée par la hache du bûcheron.

Mais au même moment on entendit les pas des jacobins qui remontaient.

— n n'est plus temps, murmura le marquis ; monsieur... laissez-moi... Dieu veut que je meure... je mourrai... Partez... prévenez mon fils si vous le pouvez... et remettez-lui

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Hne petite clef que vous troaverez dans ma poche à droite.

-* Malheur ! dit rhomme en laissant retomber le corps sur le lit ; car Gassius et ses compagnons rentraient chargés de bouteilles de vin.

D'un mouvement plus prompt que réclair, il mit la main dans la poche droite du marquis, en retira une petite clef, pois se penchant une dernière fois sur le mourant :

— Espérez encore, M. le marquis, lui dit-il à voix basse.

Et avant que la lumière n'eût trahi sa présence, il disparut par la porte extérieure; puis glissant le long de la maison, il se perdit bientôt dans l'obscurité, derrière des touffes de broussailles.

11 était temps ; car les nouveaux hôtes de la Mtmwi'Jaune vinrent prendre possession du cabaret.

Ce fut alors une confusion de paroles, de rires et de chants qui insultaient honteusement à ces deux hommes morts gisant sur la pierre, et à cet homme mourant qui attendait silencieux et résigné que la volonté de Dieu éteignit le dernier sou£Se de vie dans sa poitrine.

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Ici eoBimence une 4e ces scènes terribles à raconter que la révolution a écrites dans ses hideuses annales.

Aussi, avant de la retracer, nous tenons à ce que Ton sache bien qu'elle n'a pas pris naissance daas l'imagination de l'écrivain, et qu'elle est gravée ineffaçablement comme un hériU^e de tenreur dans plus d'un souvenir. Le passé est une leçon, et nous vivons dans un temps où il est bon d'en rafraîchir la mémoire à quelques-uns.

Le produit de la nouvelle excursion avait été rangé sur la tal^e; alors ees hommes avides de vin autant que de sang se vautrèrent à l'entour.

Cassius^ levant son verre, porta le premier toast.

— A la république une et indivisible ! et au citoyen Robespierre, son digne représentant sur la terre!

Les toasts suivirent, comme dans la mer une vague en suit unie autre.

Chacun de ces hommes, réveillés un jour républicains par la grâce seule de leurs passions, personnifiaient dans leurs libations cette république naissante qui se ma sur la France, semblable au torrent déW'lè qui

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dévaste au loin les campagnes, ne laissant autour de lui que ruines et débris.

— Mort aux riches et aux nobles! disait celui-ci en emplissant son verre qu'il avalait d'un seul trait, car la révolution était un livre de mort dans lequel chaque couteau devait apporter sa goutte de sang.

— A l'extinction de tous les privilèges ! . . . hurlait le colosse récemment baptisé Scévola par Cassius.

Insensés qui ne comprenaient pas qii'ils usaient, eux, du privilège des bétes féroces, qui, la nuit, versent le sang au milieu des forêts.

— A la liberté!... criait un autre, oubliant que la liberté n'est pas une prostituée que Ton traîne ainsi de cabarets en cabarets dans la lie du vin qui découle des verres, et dans les ruisseaux de sang qui découlent des blessures.

— A la mort des monarchiens, qui payent des soldats pour assassiner le peuple I... s'empressa d'ajouter un autre.

Évidemment, celui qui portait ce toast répétait une de ces phrases toutes faites que les jappeurs de clubs hurlaient d'une voix tonnante, et avec lesquelles on enivre les tètes

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