PREMIÈRE PARTIE
édifice de médiocre architecture et d*un aspect assez triste. Certes, celui qui Tavait construit ne s'était en rien préoccupé de ]a beauté extérieure du monument; il avait b4ti un couvent, Toilà tout. Les murailles avaient ces tons moisis et indé6nissables que donnent les années qui passent. Les années noircissent les pierres et blanchissent les tètes.
Les événements de ce drame marchent trop vite pour que nous puissions nous arrêter longtemps amx détails extérieurs pu intérieurs.
Le couvent de Notre-Dame-de-Bon-Seco]^rs n'était pas une de ces retraites sévères, implacables, semblables à l'intérieur d'un tombeau, et dans lesquelles un froid mortel suinte, pour ainsi dire, des murailles et se glisse en frisson douloureux dans l'àme comme dans le corps; une de ces demeures enfin d^ns lesquelles on entre pour n*en sortir qu'au jour de sa mort...
Ce n'était pas non plus une de ces pieuse^ retraites fondées pour des personnes royales et enrichies ^e leurs dons. La commup^uté était pauvre. Son revenu le plus clair était le travail des religieuses qui, à l'aiguille et sur le métier, faisaient de merveilleux ouvrages. Joignez à cela les auni|5nes des fidèles, les secours delà Providence, et vpus comprendrez
que les sœurs de Bon-Secours menaient une yle sobre, laborieuse, mais douce et paisible, comme il convient à celles qui habitent dans la maison de Dieu, existence bien éloignée de la grasse et luxurieuse oisiveté à laquelle se laissaient aller les bénédictines , les visitandines et les autres communautés dotées par d'opulents bienfaiteurs»
Seulement, depuis vingt ou trente ans environ, les familles riches et nobles de la Provence y envoyaient leurs filles jusqu'à l'époque de leur mariage, afin qu'elles y prissent ces précieuses habitudes d'une vie paisible, réglée, sévère pour soi-même, bienveillante pour les autres, par lesquelles la jeune fille se prépare aux saints devoirs de la mère de famille. I^es unes y restaient deux ou trois ans, d'autres davantage encore.
La mère Ursule de la Charité, supérieure du couvent, avait su comprendre admirablement ce mélange du monde qui venait ainsi s'asseoir au milieu des servantes de Dieu, et elle était adorée de ses ouailles.
Depuis que les premiers symptômes révolu* tionnaires bouillonnaient en France, semblables au cratère d'un volcan prêt à éclater, jusqu'au jour où la terreur déploya ses ailes
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funèbres et saDgIantes, la mère Ursule passait des nuits sans sommeil ; la prière même ne pouvait parvenir à calmer l'inquiétude qui la dévorait ; car elle ne se dissimulait pas quelle immense responsabilité pesait sur elle, comme supérieure du couvent.
Chaque jour, d'affreuses nouvelles venaient la glacer de terreur ; c'étaient des incendies, des pillages, des massacres, d'horribles et infâmes violences qui ne respectaient même pas les demeures du Seigneur; car, à cette époque terrible qui amoncelait sur toutes les parties delà France tant de cadavres égorgés, les couvents eux-mêmes n'étaient pas assez séparés du monde pour qu'jl n'y pénétrât pas cette fièvre d'inquiétude et d'agitation qui planait sur la société tout entière.
La vieille horloge venait de sonner midi.
C'était l'heure habituelle de la récréation des pensionnaires ; mais, comme autrefois, un joyeux bourdonnement ne s'éleva pas dans l'intérieur du couvent; l'heure sonna et nul écho ne répondit.
Cependant les pensionnaires et les religieuses étaient déjà réunies dans une salle appelée la promenade d'hiver et qui s'ouvrait sur le jardin.
L'uniqae ameublement de cette pièce se composait d'une longue table massive en bois de chêne, grossièrement sculptée, et de quelques bancs à dossier également en bois de chêne, rangés symétriquement le long des murs. 11 y avait une place réservée pour la supérieure. Aux fenêtres, des rideaux de serge verte, jaunis par le tempst, laissaient entrevoir la perspective de hauts murs blancs peints à la chaux ; il est vrai que le long de ces murs grimpaient des lierres dont les membres tordus semblaient des serpents cachés sous les feuilles, et autour desquels s*enroulaient quelques volubilis et quelques cobaeas.
On apercevait aussi^ à travers les carreaux et par la porte entr'ouverte, des tilleuls qui s'allongeaient parallèlement jusqu'au fond du jardin.
Iles religieuses et les jeunes filles étaient assises silencieusement sur les bancs. Bien qu'elles ne parlassent pas, leurs visages inquiets et agités semblaient s'interroger, et on eût dit qu'elles écoutaient leur silence.
Enfin l'une des jeunes filles dit d'une voix bien basse :
— A-t-on des nouvelles de Paris?
— Vous savez, ma sœur, dit une des reli-