PREMIÈRE PARTIE
gieuses, que les règles du couvent interdisent de s'occuper des choses extérieures, et notre digne mère Ursule delà Charité a recommandé qa*en ces tristes jours, plus encore qu'autrefois, cette règle fût strictement observée.
Celle qui avait parlé baissa la tète, et le silence recommença. Nulle n'avait le cœur de parler d'autre chose.
En ce moment la supérieure entra.
C'était une sainte et digne femme, et son visage portait une empreinte de sérénité et de douce bienveillance qui attirait vers elle. Ce n'était point une de ces figures froides et sévères que prennent presque toujours les dépositaires d'un pouvoir absolu, qui aiment mieux faire peser ce pouvoir comme un fardeau que de le laisser accepter comme un bienfait. Elle portait une robe de couleur grise avec un scapulaire de serge blanche qui descendait jusqu'à ses pieds ; un ample voile noir placé sur sa guimpe retombait en larges plis sur ses épaules; elle avait un crucifix d'ébène qui, attaché à un ruban, retombait sur sa poitrine. Ce costume sévère n'ôtait pourtant rien à la douceur de sa physionomie.
Il lui fut impossible de ne pas remarquer, à son arrivée, l'inquiétude qui sortait à la fois,
184 LE HONTAGNÂRD.
comme un frémissement douloureux, de toutes ces poitrines oppressées.
Les religieuses elles-mêmes, la tète penchée sur les agnus qu'elles encadraient dans des broderies d*or et de soie, travaillaient avec une célérité fébrile qui démontrait à quel point elles cherchaient, pour donner l'exemple, â maîtriser leur agitation intérieure.
La supérieure fit quelques pas au milieu de ce silence.
— Mes chères sœurs, dit-elle d'une voix calme en parcourant d'un regard serein le troupeau attristé de ses ouailles, c'est un péché devant Dieu que de douter ainsi de sa protection et de sa miséricorde, et de ne pas attendre avec tranquillité et résignation sa divine volonté. Nous vivons dans ce pieux sanctuaire, mes sœurs, en dehors des joies et des agitations du monde. Le bruit de ses fêtes ne nous attriste pas; que le bruit de ses tempêtes n'ait pas le pouvoir de nous effrayer.
Toutes les tètes se levèrent au souffle de cette parole si digne, et les yeux se fixèrent sur la supérieure, comme si chacune des sœurs présentes eût voulu deviner la pensée secrète de la mère Ursule, ou puiser dans la