‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 31 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

quiétude de son âme le calme qui lui manquait.

— Si quelque danger véritable menaçait ce couvent, se dirent-elles tout bas, elle ne serait pas ainsi tranquille, et son visage n'aurait pas une aussi complète sérénité.

Cette réflexion mentale que chacun (il faut franchement Tavouer) eût faite à leur place rasséréna quelque peu les visages.

La supérieure, après avoir regardé un instant de son œil limpide et profond l'effet produit par ses paroles, s'avança vers une des pensionnaires :

— Ma sœur Mathilde de Bois-Richer, lui dit-elle en la prenant par la main, M. de Bois- Richer, votre père, vous attend au parloir pour vous emmener avec lui ; faites vos adieux a vos sœurs.

Mademoiselle Mathilde de Bois-Richer ne put retenir une exclamation de joie.

Un demi-sourire effleura les lèvres de la supérieure, et elle ajouta avec une expression de bonté qui ne se démentait jamais :

— Ma sœur Mathilde, ne soyez pas si joyeuse de partir, afin de ne pas attrister outre mesure celles qui restent.

— Pardon, ma mère; pardon, mes sœurs, dit la jeune pensionnaire en promenant sur

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8es compagnes un regard où perçait une expression indicible de bonheur.

Et elle alla tour à tour embrasser les religieuses et les pensionnaires ses amies.

— Encore une qui s'en va, dit une des jeunes filles en serrant la main de Mathilde et en cachant sous ses paupières deux larmes qui tremblèrent comme deux perles sur ses longs cils blonds.

Celle qui parlait ainsi et qui laissa couler ces deux larmes s'appelait Jeanne de Savernoy. C'est qu'une à une elle voyait s'éloigner depuis huit jours toutes les jeunes filles de son âge avec lesquelles elle avait vécu depuis deux années, et depuis six mois, époque à laquelle son père et son frère étaient venus l'embrasser en lui disant : « Prie Dieu pour nous, » elle n'en avait aucune nouvelle. Aussi la pauvre Jeanne était triste et brisée, triste par le pré* sent, brisée par le passé.

— Au moins tu restes, toi! murmura-t->elle en serrant les deux mains d'une jeune pensionnaire qui était assise auprès d'elle.

Et elle essuya du revers de sa main les deux larmes qu'elle sentait glisser le long de ses joues.

Son espérance , hélas! ne fut pas de longue

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