PREMIÈRE PARTIE
darée ; déjà elle s'enfuyait comme s'enfuient en ce monde tant de douces choses et de chères illusions.
A peine mademoiselle Mathilde de Bois- Richer était-elle sortie que la vieille religieuse qui remplissait les fonctions de tourière entra et dit à la supérieure que quelqu'un demandait au parloir la sœur Anaîs de Préville.
— Anaïs! dit Jeatine d'une voix douloureuse, oh ! mon Dieu !
Mademoiselle de Préville était celle de ses compagnes à laquelle elle avait dit avec tant d'effusion : « Au moins tu restes, toi!... m
Toutes deux se levèrent, et Jeanne, qui pleurait, accompagna son simie jusqu'à la porte de la salle.
— Je vais revenir, lui dit Anaïs en l'embrassant comme s'embrassent deux jeunes filles qui donnent toutes les fibres de leur cœur aux élans naïfs de cette mutuelle tendresse.
Jeanne, lorsque la porte se fut refermée, s'appuya contre le mur, et, pour que l'on ne vit pas ses larmes, elle se cacha le visage dans ses mains.
— Voyons, mon enfant, lui dit doucement
la supérieure en allant à elle et en lui prenant les mains avec une maternelle affection, pour* quoi vous attrister ainsi? Ne reste t-il pas ici un cœur pour vous aimer et une mère pour veiller sur vous?
— Je le sais, je le sais, ma mère, dit Jeanne d'une voix bien triste, en appuyant sur Tépaule de la supérieure sa tête humide de larmes ; mais il ne dépend pas de soi de ne pas être triste et de ne pas souffrir ; je suis triste et je souffre.
— Voulez-vous, mon enfant, reprit la mère Ursule, que j'écrive au marquis de Savernoy , votre père? Je lui dirai votre tristesse, votre inquiétude, vos larmes, et il viendra vous chercher, puisque vous ne trouvez plus dans cette demeure le Calme et la confiance qui appartiennent à celles qui sont sous la protection de Dieu.
Il y avait dans les paroles deja supérieure une nuance de reproche, mais si affectueuse, si tempérée par la bienveillance, que c'était encore de la tendresse et de la bonté.
Jeanne hocha la tête et murmura :
— Mon père, la dernière fois que je l'ai vu, m'a dit : «Prie pour moi, et attends; » je prie et j'attends.