‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 38 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pu gagner un asile où sa vie sera en sûreté. Elle s*arréta tout à coup et son visage prit une expression subite d'épouvante.

— Mon Dieu!... il me semble que j*ai entendu...

Elle prêta l'oreille en retenant sa respiration.

— Non !... non !... je me suis trompée... Je n'entends plas rien... Oh! le silence même m'effraye... Allons prier.

Et elle se dirigea d'un pas rapide vers la chapelle où mademoiselle de Savernoy, plus calme, plus résignée, offrait à Dieu les prières et les larmes de son cœur brisé.

Petit-Pierre avait dit vrai. Il avait un de ces dévouements sans bornes, une de ces reconnaissances aveugles que n'effraye aucun danger, que n'épuise aucune fatigue, qui se jetteraient dans un torrent ou traverseraient un chemin de feu.

Petit-Pierre aussi était si triste, si malheureux, si abandonné quand la mère Ursule Pavait recueilli; il avait trouvé dans cette sainte et digne femme tant de maternelle affection, tant de bonté, qu'il était tout simple qu'il Paimât comme les anges doivent aimer Dieu, les yeux fermés et les mains jointes, et qu'en

entendant cette voix que Tépouvante faisait trembler, il partît comme un éclair en disant :

— Si je ne meurs pas en route, j'arriverai. ;

Petit-Pierre n'était encore qu'un enfant, mais il était fort comme les enfants habitués à la fatigue et aux rudes travaux.

Il fallait voir comme il courait à travers les rues tortueuses de la ville, se glissant comme une ombre le long des maisons, lorsqu'il apercevait quelques passants.

Pour faire moins de bruit sur le pavé, et surtout pour que sa course n'éveillât pas l'attention, il avait ôté ses gros souliers ferrés qu'il tenait à la main.

On eût dit qu'il comprenait que dans Orange était le plus grand danger, et qu'une fois qu'il aurait franchi les murs de la ville, nul doute qu'il pût arriver sans entrave jusqu'au marquis de Savernoy.

Celui qui connaît Orange sait à quel point ses rues tortueuses et étroites tournent sur elles-mêmes comme les anneaux repliés d'un serpent. Petit-Pierre était né à Orange ; il en connaissait donc chaque pavé. Sur chacun peut-être il y avait des larmes qu'il avait versées en tendant la main pour mendier le pain dont il vivait chaque jour. Aussi il courait

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