PREMIERE PARTIE
regarda un instant l'enfant, hocha la tête, et remonta à cheval.
— Mon garçon, lui dit-il, je pourrais t'appréhender au collet pour te prier de venir expliquer devant les autorités les plus proches comment à ton âge tu as une bourse remplie d'or, et la fantaisie d'acheter un cheval au milieu de la nuit ; il y a évidemment du louche ; mais cela me dérangerait, et je n'aime pas à me déranger. Bon voyage !
— Pour me mener aux autorités, il aurait d'abord fallu m'attraper, dit Petit-Pierre en remettant l'or dans sa bourse et en reprenant sa course.
Le voyageur le regarda en continuant de hocher la tête et en murmurant :
— C'est un petit voleur ou le messager d'un ci-devant...
Puis quand il l'eut perdu de vue au milieu de l'obscurité, il donna un coup de talon à sa monture et partit au petit trot.
Évidemment le cheval allait moins vite que Petit-Pierre. Aussi le pauvre enfant sentait la fatigue courir dans ses membres comme un frisson, et sa respiration était si violente, si impétueuse, que s'il ne se fût pas arrêté parfois, il fût tombé à la renverse*
Petit-Pierre continua pendant plus d'une lieue encore, tantôt courant, tantôt marchant ; mais il n'avait pas calculé ses forces et ses forces le trahissaient.
Sa tète devint tout à coup pesante comme si elle eût été de fer, un nuage épais passa devant ses yeux; il porta ses deux mains à son front, voulut marcher encore, mais il chancela... un bourdonnement étrange criait dans ses oreilles. Un instant encore, il resta debout, mais semblable à un homme ivre ; puis, s'affaissant sur lui-même, il tomba en travers du chemin en murmurant d'une voix faible :
— Madame la supérieure... je ne puis... pas... aller plus loin.
Pauvre enfant ! il lui semblait que celle qui l'avait envoyé le regardait et lui faisait signe d'aller... d'aller toujours.
Il resta sur la route près d'une heure sans mouvement, les yeux fermés ; on eut pu croire qu'il était mort, si ce n'étaient les mouvements inégaux qui soulevaient sa poitrine et faisaient trembler sa chemise,
Quand il reprit connaissance, il regarda tout autour de lui. La vie revenait avant la mémoire; et ses yeux inquiets, étonnés, semblaient interroger les vastes plaines qui l'en-