PREMIÈRE PARTIE
sant glisser entre ses doigts tremblants les grains de son chapelet, elle disait des Pater et desi4ve.
Le comte de Savernoy, impatient et plein de fièvre, sonna une seconde fois.
La sœur touriëre entr'ouvrit de nouveau le guichet, et dit d'une voix qu'elle essaya de rendre aussi calme et aussi indifférente que possible :
— On y va... on y va...
Et elle se dirigea vers la porte, tout en jetant dans le sombre corridor qui conduisait au parloir de la mère Ursule un regard interrogateur; mais elle ne vit rien, n'entendit rien ; alors elle se décida h ouvrir la porte.
A peine la porte fut-elle entr'ouverte, que le comte la poussa pour se faire un passage et entra comme l'eût fait un fou.
— Jeanne!... ma sœur!... s'écria-t-il d'une voix qui tremblait comme son cœur, il ne lui est rien arrivé, n'est-ce pas?... elle est toujours ici!...
— Qui?... quoi?... balbutia la sœur tourière en baissant les yeux de peur que M. de Savernoy ne lût dans son regard la triste vérité qu'elle n'avait pas le courage de lui apprendre; je... ne sais... pas... Vous parlez de...
92$8 LE «OlfTAGHARD.
— De mademoiselle Jeanne de Savernoy F interrompu Petit-Pien'e, qu'une fièvre intérieure dévorait autant que le comte Henri*
— De... mademoiselle... Je n'ai pas... bien entendu.. • Entrez... entrez... Madame la... supérieure va... venir... Ah!... tenez... la voici... qui arrive.
Henri, qui venait de Tapercevoir, courut audevant d'elle.
— Madame! madame!... cria-t-il, dites-moi bien vite que Jeanne...
— Vous arrivez trop tard, M. le comte, répondit la supérieure d'une voix empreinte de la plus profonde douleur.
— Trop tard!... répéta le comte, dont les bras retombèrent lourdement le long de son corps, et dont le visage devint blanc; trop tard!...
— Hier, un quart d'heure à peine après le départ de Petit-Pierre, des soldats sont venus avec un ordre d'arrestation. Tout ce qu'il était possible, M. le comte, de faire pour la soustraire au triste sort qui la menaçait... je l'ai fait. .. un instant j'ai espéré la sauver ; car nul d'entre eux ne la connaissait; mais ces hommes ont inventé une cruelle fable, que Dieu la leur pardonne ! ils ont raconté que le mar*