PREMIÈRE PARTIE
— Eatendez-vous , cœurs énergiques et fidèles ?... Qu'importe que l'on vienne nous dire : Le jacobinisme s'étend, les émigrations redoublent, Paris chaque jour se vautre davantage dans l'ornière sanglante de la révolution , eh bien ! puisque c'est là que viennent prendre le mot d'ordre les séides qui se répandent comme un venin mortel sur le sol dévasté de la France, c'est à Paris qu'il faut aller !
Cette pensée répondait merveilleusement sans doute à toutes les pensées secrètes qui agitaient lés cœurs , car toutes les voix répétèrent, avec un élan d'enthousiasme que la plume ne saurait exprimer :
— A Paris !••. à Paris!...
Au milieu du tumulte, on entendit le marquis dire avec une expression indicible d'amère tristesse :
— 0 ma chère Provence , Dieu t'avait faite si belle, les hommes te font bien sanglante et bien dévastée!
— Oui, à Paris! à Paris! s'écria le comte Henri avec cette énergie qui appartient à la jeunesse ; nous sommes jeunes, résolus ; nous avons du courage, de la foi; nous attaquerons au cœur cette honteuse pléiade qui égorge la
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nation. Nonl il n*est point pos^ble que les cœnrs soient flétris à ce point, les courages à ce point brisés, la race humaine à ce point avilie, qu'elle se laisse ainsi, chaque jour, décimer par Féchafaud ou jeter dans d'éternelles prisons, sans tenter de relever la tête ou de se défendre, et sans essayer au moins de rendre proscription pour proscription, sang pour sang, mort pour mort! Ce qui leur manque, c'est le premier mot de la résistance, le premier cri de révolte. Ce qui leur manque, c'est de savoir que les ^orgeurs sont moins forts que les égorgés. Eh bien! ce cri de révohe, nous le pousserons au milieu d'eux ; cette résistance du désespoir, la plus invincible de toutes, nous leur apprendrons à la comprendre ; nous leur montrerons que l'on peut changer la place où s'élèvent les échafauds en un champ de bataille, le meurtre en combat ; et si nous devons tous périr, amis, dans, cette noble entreprise, au moins notre mort aura été utile à la patrie opprimée f
Des acclamations unanimes accueillirent ces paroles énergiques, et une voix s'éleva comme un grondement de tonnerre qui fit résonner les échos de la voûte souterraine.
— Puisque quelques hommes se font les
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assassins de la nation, dit-elle, pourquoi ne nous ferions-nous pas, nous, les assassins de ces hommes?
Il y eut tout à coup un silence profond.
€ar si le mot de combat résonne bien à l'oreille d'un gentilhomme, la pensée de Tassassinat révolte son cœur : puis, comme si toutes les consciences se fussent recueillies et consultées, une explosion de cris s*éleva comme la fumée tourbillonnante d'un holocauste humain, et toutes les voix $*écriérent :
— 11 faut qu'ils meurent ! ! !
Oh ! si toute la noblesse de France, au lieu de se laisser assassiner en détail ou d'émigrer à l'étranger, se fût levée en masse; si une partie de cette population épouvantée, indécise, ne se fut pas faite victime résignée ; si elle eût apporté pour combattre et se défendre la moitié du courage qu'elle mettait chaque jour à mourir, la société eut été sauvée, le 9 thermidor eût précédé la Terreur, et la France n'aurait pas eu à inscrire dans son histoire des pages de sanglantes iniquités. C'est la mollesse des honnêtes gens, l'indécision des masses qui font presque toujours la force et la puissance des minorités audacieuses et criminelles.
Quittez la Provence! allez à Paris, âmes nobles et généreuses, cœurs forls et héroïques, courages que l'adversité n'abat point! Hélas ! de Paris à la Provence il n'y a qu'une di£férence : c'est que le tombeau est plus grand; partout, comme ici, vous verrez des victimes, rien de plus. La fatalllé a posé son doigt sur le front de la France.
— Ainsi donc, mes amis, dit le marquis de Savernoy en s'avançant au milieu des assistants, que Dieu nous protège et nous guide! C'est aujourd'hui la dernière fols que nous nous retrouvons ici, la dernière fois que nous nous serrons la main sur le sol de notre chère Provence.
— Oui!... oui!... s'écria-t-on de toutes parts, allons combattre à Paris cette révolution sacrilège qui, au nom de la liberté, foule aux pieds et massacre toutes les libertés.
Le vieillard continua de cette voix calme et simple dont l'expression contrastait d'une façon étrange avec les cris énergiques et les acclamations furieuses de ceux qui l'entouraient.
— D'après les renseignements qui m'arrivent des départements ainsi que des frontières et surtout de la Vendée, ce fidèle pays de la noble résistance , Bordeaux, Toulouse, Lyon,