PREMIÈRE PARTIE
Strasbourg, Rochefort, Pau, sont dans de bonnes dispositions; une portion de la Bretagne et de la Normandie appartient au parti de la noblesse. Les armées républicaines, inquiétées au dedans par les Vendéens, au dehors par la coalition de l'étranger, ne peuvent s'occuper que très-ine£Scacement à réprimer les germes d'insurrection qui montent de toutes parts. Quelques-uns d'entre nous se dissémineront sur toute l'étendue du Midi; vous, Boisricher, — vous, Rochcfort, — vous, d'Ânthoine, — vous, Tavernay, — vous, vous, vous... vous...
Parlant ainsi, il désignait chacun du doigt.
— Votre présence à chacun sera efficace ici pour empêcher la gangrène de s'étendre et de nous ronger au cœur. Les autres se dirigeront sur Paris. Vous, Préville, vous irez à Bordeaux; vous, Santillac, dans les Pyrénées; vous, Franchegcirde , à Strasbourg; vous, Nugeac, à Rochefort; moi, je visiterai Lyon et les villes environnantes. La route est rude et longue, mes amis, les dangers sont innombrables, les ennemis acharnés; mais que le cœur et le courage ne faillent à aucun! Nous sommes aujourd'hui le 10 mai; à partir du i*' juin, chaque jour à six heures, sur la
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place qu'ils ont appelée de la Révolution , du côté qui regarde la Seine, il y aura près du parapet, appuyé à Tangle du pont, un homme vêtu comme le sont tous les jacobins; cet homme aura à la main gauche un bâton et tiendra de l'autre son bonnet rouge, quelque temps qu'il fasse, pluie, vent ou grêle.
Tous les assistants, le visiige immobile, les yeux fixés sur le marquis de Savernoy, écoutaient tous ces détails avec une niuetle attention.
Celui-ci ajouta :
— Chacun de vous en passant dira à cet homme, sans tourner la tète de son côté : Paris! puis il continuera sa roule. A vingt pas, il rebroussera chemin et passera une seconde fois d'un pas lent. L'homme pronon* eera de la même manière : Provence! Alors vous pourrez vous arrêter en toute confiance, car cet homme sera bien celui qui aura été envoyé à votre rencontre , et vous irez où il vous dira d'aller.
A son insu , le marquis avait prononcé ces derniers mots d'une voix presque basse, comme s*il eût craint que les échos de cette voàte souterraine gardassent le souvenir de ses paroles.