‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 66 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

marques réelles de la munificence des étrangers, les trouvait beaucoup moins compromettants et avait déclaré qu'il n'y avait point à craindre de visites domiciliaires.

Le jour était entièrement venu.

Au milieu du silence qui régnait dans la maison et la faisait ressembler à un lieu inhabité, la porte du dehors grinça sur ses gonds rouilles, et un homme sortit, vêtu du costume le plus séduisant du vrai patriote, cheveux plats, chemise débraillée, bonnet rouge et cocarde, avec le reste de Taccoutrement républicain.

A peine cet homme fut-il éloigné d'une centaine de pas de la maison de madame Bressieux, qu'il prit un petit chemin qui conduisait directement au village et se mit à chanter à tuetéte : Dansons la Carmagnole. C'était le complément du costume.

Cet homme, si l'on désire savoir son nom, s'appelait fiaptistin.

Après tant d'inquiétudes, tant d'a£freux dangers auxquels ils avaient échappé par miracle, après tant d'angoisses, tant de fatigues cruelles, ces malheureux proscrits ne devaient pas encore jouir longtemps dans la maison de madame Bressîeux d'un repos si nécessaire.

Il était écrit dans le livre inexorable des destinées que le sol de la Provence, qui les avait vus naitre, devait leur être, jusqu'au dernier jour^ cruel et inhospitalier.

Il semble que parfois le sort prend plaisir à s'acharner après les mêmes victimes, comme la fièvre dévorante fait d'une plaie mortelle. C'est dans ces luttes contre une fatalité invisible que se déploient les grands courages, les mâles natures auxquelles Dieu a donné l'énergie pour combattre, la force pour souffrir, la résignation pour attendre*

Baptistin avait à peine fait quelques pas sur la route qu'il tomba sur une de ces bandes armées qui , sous le prétexte d'un patriotisme épuré et d'un civisme à toute épreuve, parcouraient les campagnes, s'introduisaient dans les maisons et vivaient de vol et de pillage.

Ces hommes trouvaient à se faire délivrer dans leurs districts respectifs des passes régulières avec lesquelles ils pouvaient alors impunément commettre les plus affreux brigandages.

C'était là un des premiers bienfaits de cette révolution qui devait extirper les abus, garantir tous les droits et régénérer la société.

Par un miracle inexplicable, les nobles proscrits, dont nous suivons les pas, avaient pu voyager toute la nuit et accomplir un si long trajet sans avoir rencontré ces héroïques et infatigables défenseurs de la patrie, qui

Page 1