‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 71 sur 99 · I.I MORTAttHARD. 3. li · texte numérisé non relu

I.I MORTAttHARD. 3. li

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Nul gémissement pourtant ne se fit entendre, nul mouvement ne fit tressaillir la paille.

La respiration revint au vieux serviteur, mais il était comme cloué à sa place, immobile et sans voix.

La lame du sabre venait de disparaître une seconde fois dans Fintérieur de la charrette.

Baptistin frappa sa poitrine et son front de ses deux mains pour y faire remonter le sang qui s'était arrêté dans ses veines.

— Ah çà I citoyen, lui dit-il d'une voix qui tremblait malgré lui comme s'il eût été agité par le frisson de la fièvre, qu'est-ce que tu fais. . . donc là . . . avec ton sabre à . . . fourrager. . . dans ma paille ?

— Je fourrage dans ta paille, citoyen, parce que j'ai à y fourrager, reprit Gassius.

— Si on y mettait le feu? fit un autre en sortant de sa poche un morceau d'amadou et une pierre à feu.

— Mettre le feu à ma paille!., s'écria Baptistin, auquel l'imminence du danger avait rendu toute son énergie et tout son sang-froid.

— Le procédé serait un peu vif, dit Gassius avec un gros rire.

— Ahl mais, citoyen, je suis bon enfant, dit Baptistin en s'avançant le visage plein dé

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colère et de menace vers celui qui avait parlé de mettre le feu à la paille ; mais il ne faut pas que ça aille trop loin cependant. Le citoyen visite au nom de la patrie qui est en danger, à ce qu'il m'a dit; je ne m'y oppose pas, au contraire ; je l'aiderai môme si ça lui fait plaisir, et je lui payerai bouteille après, parce que j'aime de tout cœur les bons patriotes.

— A la bonne heure! voilà qui est parlé, interrompit Gassius, c'est le langage d'un vrai républicain. Voyons, comment t'appelles-tu? Je parie que tu n'as seulement pas un nom romain.

— Mais..., continua le brave serviteur qui suivait son idée , on me dit qu'on va mettre le feu a ma paille, parce que ça amusera ce blanc bec-là ; minute ! nous nous cognerons un peu avant, carrément et de bonne façon.

Celui qui avait parlé se servit de son amadou pour allumer sa pipe ; puis, comme cela arrive d'ordinaire, voyant qu'il avait devant lui un homme résolu, il fit le gros dos et n'eut pas l'air de comprendre.

— Comment t'appelles-tu? recommença à dire Cassius, qui avait encore quelques noms romains à placer.

— Je m'appelle François... Après?

Iâ4 LE MONTAGNARD.

— Comme moi autrefois. François ! En v'Ià une bêtise! quand tu pourrais Rappeler ou Mutius ou Agricola. Agricola l joli nom, grand citoyen, qui labourait son champ lui-même. Dis-moi, Agricola, tu es bien sûr qu'il n'y a rien de suspect dans ta charrette?

— Et qu'est-ce que tu veux qu'il y ait de suspect? De la paille, ça n'a pas d'opinion.

— Mais sous la paille..., reprit Gassius, qui frappa du revers de son sabre le bois de la charrette.

— Veux-tu t'y mettre? fit Baptistin, auquel ce dialogue prolongé avait donné le temps de prendre toute confiance, et si dans trois minutes tu n'es pas étouffé à ne plus jamais crier : « Vive la république ! » je paye bouteille ; veuxtu essayer... toi ou un autre?

— Merci, Agricola.

— Alors je m'en vas ; bonne chance que je vous souhaite avec les ci-devant.

Et il se mit à chanter en cherchant un fouet dans l'écurie :

Dansons la carmagnole...

Ensuite il alla fort tranquillement ouvrir la porte qui donnait sur la campagne et sortit avec la charrette.

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