‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 75 sur 99 · PREMIERS PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE

son ouvrage à peine commencé. Sa figure était pensive et s'inclinait sur sa poitrine ; dans ses yeux il y avait des larmes qu'elle laissait couler le long de ses joues sans y faire aucune attention.

Cette jeune fille s'appelait Marianne,la sœur de George*

Gomme le jour commençait à baisser, la pièce dans laquelle se tenaient ces deux femmes était aussi sombre que silencieuse.

Au bruit que fit la porte en s*ouvrant, et à Tapparition subite des cinq personnages inconnus qui entrèrent à la fois, toutes deux poussèrent un cri d'effroi.

— N'ayez aucune peur, mesdames, dit le marquis de Savernoy en étant son chapeau et en découvrant son noble front de vieillard, autour duquel, dans la demi-obscurité, reluisaient ses cheveux blancs comme une auréole ; nous entrons dans cette maison, non pour y apporter le pillage et la douleur, mais pour y demander asile et hospitalité.

— Vous êtes. malheureux... proscrits peutêtre! s'écria la jeune fille avec cet accent du cœur qui est l'instinct des âmes généreuses ; soyez les bienvenus ici.

Il semblait déjà à Marianne que ce n'étaient s. 15

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plflA des éti^ngers qui étaient devant eile.

La soufFraHee est un lien my^érieitx qui unit tes cœurs ; et depuis le dépao^t de soii frère, la pauYre jeune fille avait bien souifèrtf, car cette maison, où elle était née, était devenoe toiità coup tl*i8te et morne.

George était le flambeau qui ranimait; en partant, il semblait avoir emporté loindts cette mailsoni la vi« et la joie. Le vieillard avait maudit le républicain, le père avait pleuré le fils... double angoisse, double désolation dans son cet^ur.

Plus â*un mois tétait écoulé depuis le jour où George, emmené par Cassius, avait quitté liB toit paternel, et depuis ce temps il n'avait plus reparu.

Chaque jour, des bruits sinistres traversaient les campagnes, comme font les grondements du tonnerre qui présagent la tempête.

Que de tristes journées! que de nuits plue tristes encore se passèrent dans cette humble cabane entre le vieillard qui attendait et la jeune fille qui priait tout basi

Jamais le vieux père n'avait prononcé un mot; sa douleur était en lui et ne parlait à personne.

Un soir cependant que tous deux étaient

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tristes, silencieux, assis prés de l'àtpe où fumaient quelques charbons à demi •éteints, le vieillard prononça ces seuls mots, qui avaient traversé son cerveau comme un éclair de douleur mortelle :

— S'il était mort!...

— Oh ! mon père ! avait répondu la jeune fille en joignant les mains et en s*agenouillantprès du vieillard, quelle affreuse pensée vous est venue!...

Le vieux père, sans détourner la tête et Qomme s'il se fùt'parlé à lui-même, répéta lentement ces trois mois :

— S'il était mort !...

Et il ajouta :

— Blessé peut--ètre... quesais-je, moi?

La jeune fille laissait parler son pèr-e-et ne disait rien.

Lui, se pencha vers elle et lui prit la iéte dans ses deux mains avec plus de tendresse et d-affeciion qu'il ne l'avait fait depuis longtemps.

— Vois4u, ima pauvre Manianae, lui dit-il enauite en l'attirant à lui, il est impossible que je reste plus longtemps ainsi. L'inquiétude dévore ma vie ; on a parlé de ces malheureux prisonniers massacrés dans Arles,

comme si cette viile eût été jalouse de la triste célébrité d'Avignon. Le nom de mon fils a été prononcé, et c'est un affreux malheur ! Mon fils... devenu assassin, victime peut-être, lui aussi, de sanglantes représailles!...

«— Mon père !... mon père !.«. vous mé faites peur !...

— Sais-tu, Marianne, reprit le vieillard d'une voix acre et vibrante, que j'aimerais mieux qu'il fût mort, que de savoir qu'il eût trempé dans ces lâches assassinats ? Mon sang frémit à cette pensée; mon cœur se soulève.. • Malheur!... malheur!... malheur sur nous, ma fille! S'il en était ainsi, je fermerais la porte de cette maison maudite, je te prendrais par la main, et je fuirais bien loin... bien loin d'ici !•••

Il y eut après ces paroles un cruel silence ; le vieillard semblait réfléchir.

— Cet homme qui s'appelle Cassius, dit Marianne avec une énergie de voix et une expression de visage que nul n'eût pu supposer à cette nature frêle, a été le démon de mon frère! C'est lui qui l'a entraîné d'ici, mon père ; oh ! cet homme... je le hais...

— Ma fille, interrompit tout à coup le vieillard, il faut que j'aille à Arles.

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