PREMIÈRE PARTIE
Pais tout redevint silencieux.
Cependant une scène terrible se passait dans la maison de George; mais nul bruit, nulle voix, nul mouvement ne venaient en instruire les fugitifs.
La femme Bourdin, après avoir prévenu Marianne du motif de son absence, s'était rendue chez le voiturier, comme elle l'avait dit.
Marianne était restée seule ; son oreille attentive, son cœur tremblant écoulaient chaque bruit qui venait du dehors.
Il y a de si riches trésors dans les nobles âmes, que la jeune fille n'avait déjà plus une seule pensée, une seule crainte qui se rattachât à elle-même ; tout le tumulte de son cœur, toutes ses inquiétudes, ses angoisses
remontaient vers les proscrits qui étaient venus lui demander asile ; le souvenir des dangers qui pouvaient Tatteindre s'effaçait devant ceux qui menaçaient ses nouveaux hôtes.
Tout à coup on frappa à la porte.
Son visage devint à Tinstant plus blanc que le linge qu'elle tenait sur ses genoux, et son cœur cessa de battre.
On frappa une seconde fois, mais plus rudement que la première.
— Qui est là? dit-elle.
Elle était si tremblante que le bruit de sa voix l'effraya elle-même.
— Ouvre, citoyenne, dit une voix qu'il lui sembla reconnaître, c'est un ami.
Certes il n'y avait rien dans ces paroles qui dût la faire trembler, elle sentit cependant ses membres tressaillir et son cœur se soulever comme si elle eût entendu le sifflement d'une vipère.
Elle se leva, et après avoir jeté autour d'elle un regard interrogateur, afin de s'assurer que nul indice ne pouvait trahir la présence des fugitifs, elle alla à la portie et l'ouvrit.
Cassius entra.
Il est impossible de dire l'effet que produisit sur la jeune fille l'aspect de cet homme qiit'eUe
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avait vu pour la dernière fois le jour où George avait quitté, pour n*y plus revenir, le toit pat6rn€l; son visage, aux traits cramoisis et gonflés, avait une expression de lubricité repoussante ; sa chevelure rousse et épaisse tombait le long de ses tempes et sur son front en touffes crépues, et son accoutrement maculé de taches avait ce débraillé républicain que nous avons eu occasion de signaler chaque fois que ce personnage a pris part aux scènes que nous racontons.
Il plissa sa lèvre sous un gros sourire, et entra en ayant soin de fermer la porte derrière lui.
— C'est moi, citoyenne que je qualifie toujours volontiers de déesse de la liberté, c'est le vrai républicain Gassius.
— Que voulez-vous? dit Marianne d'une voix tremblante et en reculant malgré elle devant le regard et devant les paroles de cet honune.
— Citoyenne, le (u est de rigueur! répliqua Cassius en essayant de prendre un air charmant ; la république l'ordonne, et ça me fera plaisir.
— George n'est pas avec vous?... interrompît aassitèt la jeune fille qui semblait vou-
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loir se faire une protection et une égide du nom de son frère.
— Tu tiens à ne pas nie tutoyer, déesse : c'est mal ; mais je te pardonne. Ton frère s'est envolé comme un oiseau de sa cage ; nous avons fait ensemble une première expédition qui n'a pas été des plus heureuses ; et puis ensuite il a disparu; c'est-à-dire, non; il est dans les grandeurs.
Tout en parlant ainsi, Cassius parcourait d'un regard interrogateur la pièce dans laquelle il se trouvait. Ce regard fit frémir la jeune fille.
— Ils sont cachés!... dit l'autre tout bas en s'avançant vers la cheminée.
Marianne avait le cœur serré comme sous l'élreinte d'un cercle de fer. Elle avait si peur de cet homme, de son regard incisif et effronté, qu'elle n'osait pas le rudoyer*
— Voulez... vous... vous asseoir, mon... citoyen? dit-elle d'une voix qu'elle essayait en vain de rendre assurée vi calme.
— Tu es vraiment charmante, ma déesse, répondit Cassius en lui prenant la main qu'il essaya d'embrasser, mais que la jeune fille retira précipitamment.
Cassius n'eut pas l'air de s'en apercevoir,