PREMIÈRE PARTIE. Î
cette fournaise ardente dont je sentais le feu dévorant sans en voir les flammes!.. .Je vais donc m'asseoir à côté de ces grands régénérateurs dont les noms ont si souvent retenti à mes oreilles; je vais donc donner mon bras qui est jeune, mon cœur qui est fort, mon sang qui est chaud et bouillonne, à cette œuvre qui se fonde!... je vais donc combattre chaque jour pour la liberté ! Oh ! ce bruit! cette foule! ce canon qui gronde!... Tout cela parle en moi avec des voix inconnues. Je veux encore rester ainsi immobile à écouter et à entendre ! Oh ! la vie républicaine m'entre par tous les piores.
Et George, en proie au délire de son enthousiasme, tendait les mains aux flots tumultueux de la populace qui se tordaient en hurlant autour de lui.
— Vive... vive la Montagne !..• criait-on de toutes parts. Â la Convention!... à la Convention!...
Il sembla au jeune républicain que (ous s*adressaient a lui et rappelaient ; il s'élança en criant :
— Vive la Montagne !... à la Convention !... On a toujours dans la foule des amis ou des
ennemis inconniis.
Aussi un de ces hurleurs de carrefour qui criait à tue-téte, voyant un jeune homme au visage énergique, à la voix frémissante, le prit par le bras, en Tentrainant avec lui :
— Oui ! ... oui ! ... les girondins sont traitres à la patrie; ils vendent la république à l'étranger.
— Les girondins, répéta avec étonnement George, qui à son tour saisit violemment le bras de celui qui avait parlé ainsi, les girondins traîtres à la patrie?... Pétion, Guadet, Vergniaud, Buzot, Valazé, eux, les défenseurs de la république , devenus lâches à ce point! C'est impossible!... Eux, les idoles de toute la Provence révolutionnaire! Eux, les démolisseurs du vieux trône monarchique !...
— Marat les accuse, dit l'autre, et Marat, l'ami du peuple, ne peut pas se tromper.
Comme tous les fanatiques révolutionnaires, George avait l'enthousiasme, et l'enthousiasme se forge des héros et des dieux inattaquables. Marat avait un piédestal dans sa pensée ; mais aussi il n'avait pas vu cette figure hideuse, mutilée par la lèpre, ce visage repoussant sur lequel Dieu semblait avoir voulu mettre l'empreinte de son cœur haineux et sanguinaire ; il n'avait pas vu cet ignoble coryphée de la Convention avec son ricanement féroce et ses