PREMIÈRE PARTIE
lèvres terreuses, d'où semblait dégoutter le fiel qui débordait en lui.
Une voix intime lui dit tout bas :
— Marat, l'ami du peuple, le gardien des libertés publiques, les accuse.
— Te joins-lu à nous, citoyen? dit un patriote; nous allons en députation défiler devant la tribune nationale et dire à tous la volonté du peuple!
— Je la leur dirai, moi... du haut de la tribune! dit George; je suis membre de la Convention.
— Un conventionnel î... s'écria-t-on de toutes parts. Bravo!... bravo!... à notre tête le conventionnel!... A bas les girondins!... Vive Marat!...
Et deux hommes, qui semblaient les meneurs de cette multitude agitée et vociférante, le prirent aussitôt par le bras et l'entraînèrent en criant à tue-téte :
— Vive la Montagne ! A bas la Gironde ! C'est ainsi que George fit sa première entrée
à la Convention, escorté par cette horde exaspérée et hurlante qui semblait lui dicter la voie dans laquelle il devait s'engager, s'il ne voulait pas, lui aussi, être renversé par le torrent.
C'était là encore un bien autre tumulte, une bien autre agitation ; mais le grondement de ces voix qui s'élevaient menaçantes contre le faisceau de la Gironde était plus mortel que celui du canon, qui retentissait par toute la ville d'échos en échos.
Les jacobins armés avaient envahi les tribunes, et, penchés en avant, brandissant les uns des piques, ceux-là des sabres, des couteaux, des pistolets, couvraient la voix des orateurs, soit par des trépignements frénétiques, soit par des huées railleuses.
C'était une tempête humaine, déchaînée et menaçante, au milieu de laquelle les girondins, calmes et froids, écoutaient éclater l'orage d'un front impassible, mesurant déjà d'un œil découragé, mais hardi et résigné, l'abîme au fond duquel allait les plonger la colère du peuple.
On eût dit que la vengeance céleste frappait de démence tous les acteurs de cette saturnale révolutionnaire.
Lorsque George entra, Danton disait de sa voix de colosse :
— Il faut justice au peuple, à ce peuple sentinelle avancée de la république l
George, en entendant ces paroles, avait