‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 93 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

lesquels il professait une adoration aveugle, et qui devenaient pour ainsi dire ses pensées, son âme, son intelligence;

Entre Robespierre, cet adroit courtisan de la république, cet intrigant ambitieux, cet ambitieux audacieux et intrépide, 3ont Tunique logique était un coup de hache ;

Entre Danton, ce colosse du crime qui osait dire dans son cynisme républicain, en parlant des massacres qu'il avait organisés : J'ai regardé mon crime en face, et je l'ai commis^

Entre Saint-Just, cet apôtre inflexible des théories constituantes et révolutionnaires , aussi inexorable et impassible qu'elles ;

Entre Camille Desmoulins, ce brouillon sanguinaire, ce fou furieux ;

Entre Billaud-Varennes et Gollot d'Herbois, ces lâches incendiaires de l'esprit public.

De l'assassinat de Marat il tomba dans les orgies révolutionnaires.

Il assista à l'action la plus infâme qu'une race maudite et abandonnée de Dieu puisse faire, à la violation des tombeaux, à la profanation des autels.

Statues des saints, statues des rois, sceptres et couronnes, mitres et crosses pastorales, attributs de la royauté et de la religion , il vit

Sjl4 LE MONTAGNARD.

tout cela foulé aux pieds, et resta impassible et muet, lui , le fils de ce siècle lâche , impie et athée, qui tomba de la débauche de Louis XV dans les égouts sanglants de la terreur.

Il ne détourna pas la tête avec horreur, quand il vit étendus sur les dalles et arrachés de leurs tombeaux les corps de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV ; 11 ne frémit pas de honte et d'indignation lorsqu'un des dignes sans-culottes qui travaillaient à cette œuvre patriotique essaya si la lame de son couteau était de même dimension que celle du couteau de Ravaillac ; il ne leur cria pas : « Lâches !.. • infâmes I... profanateurs!... »

Satellite insensé de la révolution , il ne se jeta pas au-devant de ces violateurs de tombeaux éclairés par des torches résineuses, et 11 ne se voila pas le visage d'indignation quand ces nobles débris de la vie, que la mort avait à moitié respectés, furent jetés dans la chaux

vivp.

Frappe ta poitrine, George!... où est donc ton cœur? Lève les yeux au ciel, George, et redemande à Dieu ton àmel...

Le mois d'octobre fut un mois terrible; trois dates vivront éternellement dans l'histoire , lel2, Iel6etle5i,

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Le 13 fut la dévastation des caveaux de Saint-Denis.

£t c'est au 16 que nous sommes arrivés maintenant.

Ce jour-là, comme pendant presque toute cette funeste année, le ciel était brumeux et couvert de nuages gris. Un vent aigre et bumide sifflait dans les hautes cheminées des maisons, et, par un de ces étranges rapprocliemenis de la destinée, le souffle furieux d'un orage qui grondail: an loin secouait violemment les marronniers des Tuileries et jonchait le sol de leurs feuillesjaunies ; ces fb-uilles elles-mêmes, entraînées en tourbillons, tanlàt s'élevaient à des hauteurs prodigieuses, tantôt retombaient avec uo bruissement plaintif qui semblait un gé-missement descendu du ciel.

Ce jour- là les sections, presque toutes armées, parcouraient les rues, sans cependant avoir été officiellement commandées ; les gardes civiques en uniforme étaient réunis par groupes, et celle lie de la populace, fange de toutes lessociélés, quelles qu'elles soient, s'agitait et courait, les cheveux en désordre, la poitrine haletante, de carrefour en carrefour, de bouge en bouge, avec ce hurlement fréné-

tique que le tigre fait entendre quand il lèche du sang.

C'était jour de fête ; c'était jour de meurtre.

Tous les cœurs jacobins battaient d'aise, toutes les âmes honnêtes se voilaient de deuil*

Pendant que ce flot débordé encombrait les abords delà Conciergerie, du pont au Change, de la place de la Révolution, ou se rangeait, haie vivante et tumultueuse, le long des quais, deux hommes s'arrêtaient à l'entrée d'un cabaret situé sur la route à deux cents pas environ d'une des barrières extérieures.

Avant qu'ils en eussent franchi le seuil, un de ces deux hommes se détacha de l'autre, et, s'approchant de la fenêtre, regarda dans l'intérieur de la taverne.

Sans doute cette inspection, quelque rapide qu'elle fût, le rassura ; car il fit un signe de la main à son compagnon et tous deux entrèrent.

Ils allèrent droit à une table et s'y assirent.

Pendant que le garçon était allé chercher ce qu'ils avaient demandé, le plus âgé se pencha vers l'autre et lui dit bas à l'oreille :

— C'est bien ici, n'est-ce pas?

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