‹ Le Montagnard; ou, Les deux républiques, 1793-1848Chapitre 97 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

des maisons, voilà tout ; mais la vie morale, la vie intellectuelle, la vie du cœur et de la pensée en avait été arrachée ; les pierres seules avaient survécu.

Heureusement la nuit vint qui jeta son voile.

Alors le marquis et Henri se dirigèrent vers la place du Palais de Justice, où devait les attendre rhomme qu'ils avaient rencontré dans le cabaret de la Franche Sans-Gulotterie»

Avant d'aller plus avant, rappelons, sans entrer dans les détails, quelques faits indispensables, afin d'en avoir fini avec le passé de cette histoire.

En quittant le village de Fontvieille et la maison du père de George, la petite troupe de proscrits, composée, on le sait, du marquis de Savernoy, du comte Henri , de Jeanne de Savernoy, de Grépaux et deBaptistin, avait fait marché avec un honnête voiturîer, qui devait les conduire à petites journées jusqu'à Lyon.

Mais dans ces tristes temps la probité la mieux intentionnée cédait souvent le pas h la peur ; aussi, à la fin de la troisième journée, les voyageurs avaient renvoyé le voiturier, s'en fiant au hasard pour continuer leur route.

Lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques lieues de Lyon, la prudence leur commanda de se

séparer; car ils avaient reconnu par euxmêmes combien il était périlleux de voyager réunis. Bien qu'ils eussent soin de se munir de passe-ports etde cartes parfaitement régulières, la susceptibilité soupçonneuse des autorités républicaines s'éveillait presque toujours à leur approche.

Le marquis était donc entré dans Lyon avec le comte Henri, tandis que Baptistin, Grépaux et Jeanne de Savernoy se dirigeaient f>ar une autre route sur Paris, où était le point de réunion.

On le voit, la jeune fille était sous bonne garde, etBaptistin, au moment de partir, avait dit au vieillard :

— Je vous réponds, sur ma vie ei sur celle de Crépaux , de mademoiselle de Savernoy ; nous sommes tous les deux de trop bons patriotes pour qu'il puisse lui arriver malheur.

Crépaux avait incliné la tête, selon son habitude, en signe de complet assentiment ; et après s'être embrassés, cette Camille proscrite, échappée déjà comme par miracle à tant de dangers et de haines, s'était recommandée à Dieu.

Le marquis devait faire un séjour peut-être prolongé à Lyon, où se prq)arait déjà dans ToDibre cette formidable insurrection qui de-

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