‹ Le Monte-CristoChapitre 102 sur 135 · JEUDI 3 SEPTEMBRE 1S · texte numérisé non relu

JEUDI 3 SEPTEMBRE 1S

mmH HEBDOMADAIBE DE EOMANS, D'HISTOffiE, DE VOYAGES ET DE POÉSÉ,,

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL. ^ '

ËTRAltOBRT

AngltlSTN. . Ud kn, I3fr.-io. 1 Pi&noDt

Belgique Ud «H, 13 SO Fortogû. . . .

E^agiw. . .' . . Un ui, 13 ao I ' Ptoim

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ftoÊftai à U. Debivier, Ru hnnau dn journal, mm dim valent «or Pati* on v

Un an, IS 60

CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Cbers lecteurs ,

Je TOUS Èi racoDté comment, lout enfant, je -venais de Villen^kiUirets iPierrefondB pour jouer dsux heures dans Ma mines. *

A cette époque je ne savais pas ce que c'était que Louis d'Orléans qui les avait bâties , — ce que c'était que de Rieuz qui les avait tenues au nom de la Ligue , — ce que c'était qu9 le comte d'Auvei^e qui les avait prises , — ce

que c'était enfin que le duc de Richelieu qui les avut faites.

Mais ces ruines ne m'en paraissaient pas moins splén-i dides.

ÏUes appartenaient alors à M. Radix de Saitite-Poix, qui les avait achetées quinze cents francs' à M. Canis, qui les avait achetées de M. Longuet, lequel les avait achetées de la Nation, lft]uelle les avait conûsquées à la maison d'()r-

Ce n'est qu'en J813 qu'elles firent retour à TEtatt achetées par lifEm^raur î M. Hl^u qui let tentft de M. ÂmOUld, gendre oi héiitter de M. de S«tlite-Foix.

L'emj^reut les paya dtux mille sept ceiSt cinquante francs. •■. . •'^

^ c^tte époque, elles étalent à peu près inconnues, et le cbiskfiiÀ notait 'pas iAéillôur peur y venir de Cotnpiègne que pour y aller de Villers-Goterets.

Arrivé à Pierrefonds par un chemin à peu près impraticable, il fallait monter aux mfnés 1?3V -un sentier à peu pvéa impossible.

.A cette épofu^il Wy AWil 9*» d'MMUef pratiquée an sommet des tours, pas de harpe éoUenim, vibrant au faite des donjons.

Les chemins n'en étaient pas ratisses, les mura épouSi^ setés, les eours esserbëes.

Citait quelque chose de sauvage et rude, comme le spécule du fnoyen-âge.

Les premiers qui découvrirent Pierrefonds,— après moi bien entendu, — furent les paysagistes; — mon vieil ami Régnier, — Jadin, — Decamps, — Fiers.

On se montrait les uns aux autres les études faites , on se renseignait, on s'orientait, et, la boussole d'une main, la palette de l'autre, on arrivait à doubler le cap de Pi^élaville ou le promontoire de Rétheuil, et Ton se trouvait en face des ruines.

U y avait alors à Pierrefonds une seule auberge : An Grand Saint Lawrent. Le saint y était représenté sur son gril au moment «ù il prie qu'on le retourne sur le côté gauche, se troutMl IliU ^i< t sur le côté droit.

Ce qui était FiftiIftflMW du sort réservé aux voyageurs^

Un joiir, vii^llft anifto qui, trouvant sans dout^^npeu vif ce feu de ItiôM^ iCteta un terrain et se fit bâtir une maison.

A partir de M fildifiêhi, Pierrefonds fut uâ pays Recouvert.

Cet artiste, c^étftit M. de IfMbé,

Gomme tous le» artistes^ il avait dit : je vais poser là ma tente pour m mois ou deux et y dépenser cinq cents francs. .

Il y est depuis If^le ans et y a dépensé cinq cent mille francs.

Vers ce tempe, W IMôfid hôtel s'établit, faisant concurrence à celui du gràïid saint Laurent, aujourd'hui disparu de telle façon que, moins heureux que l'ancien château, il n'a pas même ié Mine.

Ce second hôtel existé ttkC6re aujourd' hui -, aujourd'hui comme alors, il s^appelle VMtel des Ruiner.

Il était signalé par un drapeau blanc, qui devint tricolore en 1830.

Le drapeau surmontait cett^ inscription :

Gonué table-Terj us

Montre les ruines

Aux amateurs.

Vous le voyez, dés 1828, la civilisation avait pénéti:é à Pierrefonds. — On montrait les ruines I

Bienheureux temps où J'allais les voir, et où personne n'était là pour me les montrer.

Peu à peu la lumière et la vie pénétrèrent à Pierrefonds. Prerrèfonds était Un village, îl devint un bourg.

Ce village avs^t un étang, cet étang devint un lac.

)iién plus^ sur ce lac« Uv de l^lubé fit construire un brick de cinq ou six tonneaux.

JCe brick s'appela FArtiête.

Alors s'éleva un troisième hôtel destiné à faire concur^

reoce à l'Jiôtel des Suines comme l'hôtel, des Ruines avait ét4 destiné a faire-. cQ|i)ciâr^ce.jf rhôteljfjj^i^ gfo^d saint JLauf€ft. '\:

Il fui inaugvré sous kt détioiâfoatian ex|^Mfcve.' de Vhéteides Etrangers. ^ ,. • . . T ..i .

Donc les étrangers commençaient à affluer â Pierrefonds puisqu'un spéculateur hardi D'hkit&ittAÎiâ 4èfil^ bit'1^ fronton du nouvel édifice :

Uâlel des Etrangers.

S&poss.j«iUffs<(aila^lfc»d*fliil)éydaaaiiiii:d^s voyages d'exploration qu'il fit aux environs de sa propriété, découvrit une source d'eau Sulfureuse. ♦ . .

Dès lors Pierrefonds était complet :

Historique par ses ruines,

Pittoresque par sa position,

Sanitaire par sa source.

Plusieurs flacons bouchés avec soin furent envoyés au ministre de Tagriculture, dans le département duquel se trouvent les eaux minérales.

Ces eaux furent décomposées par M. 0. Henry, le fameux déoompositeur d'eaux ; il déclara que la source de Pierrefonds, comme celles d^Enghien, d'Uriage, de Chamouni, etc., etc., devaient leur sulfuration à la réaction de matières organiques sur les sulfates, et devaient être rangées parmi les eaux hydrosulfatées-hydi^osulfuriques ^calcaires.

Dès lors, elles eurent leurs brevets d'eaux sanitaires et furent rangées dans la catégorie des eaux aristocratiques et sentant mauvais.

Ce fut alors que M. de Flubé, pour djSiiÉier toute facilité aut malades de venir prendre les eaux, fit bâtir des bains «^ convertir sa maison en un hôtel qui a pris le titre A*Ê«t%l âm Bains.

Un Mitre hôtel vint» brochant sur le tbut, et s'intitula Grand ffôhl de Pierrefonds.

La route de Compiégne à Pietrefonds si macadamisa.

Celle de.Pierrefonds à Villers-Goterets se pava.

Le chemin de fer du Nord, qui avait déjà établi des trains de plaisirs pow Compiégne^ n'eut que cette petite Adjonction à faire»

— Et pour Pierrefonds.

t^ierrefonds qui, il y a trente ans, ëtaU encore une solitude dans le g^re de celle des Pampas ou des montagnes rocheuses, est donc aujourd'hui une colonie d'artistes, de voyageurs, de touristes et de malades, située à Textrémité d'un des fierubourgs de Ptrla.

Pierrefonds a une salle de spectacle où viennent jouer les acteurs de Compiégne, une saUe de concert où viennent chanter les acteurs de Paris et où se. font entendre M»* Ida Bertrand et M. N. touis.

Enfin, Pierrefonds, parvenu au dernier degré de la civilisation, vient d'avoir son feu d'artifice.

-^ Oiri, d»eE-*tous, un feu d'artifice , c'est-à-dire quatre chandelles romaines et un soleil cloué ôontre un arbre.

Non pas, cher lecteur, un véritable feu d'artifice avec des feux du Bengale en manière de prologue, — ses cinq actes et son épilogue.

Son épilogue était un magnifi4j^ud,bou4U6t| .\: .

Le t^ut apporté, ordennét tiré par Auggieri^ - / ».

Racontons coAment s'accomplit ce grand évémOjiWt-

Après m*étre arrêté un jour à Compiégne,, chez mon ami Villemot, le meilleur cuisinier du départetaientj dan^ la collaboration duquel je compte faire un jour te ndf^eur et plus savant livre de cuij^ine qui ail jamais 'éU&^,.)^^

U^^QNT^jCRISTO.

. Ml

à Thô^ 4ei PiQr{::£^pq4s^ pïi je jçiQ {iiexiaaia p«a Içi ippins du: monde à.nn {^d'ai;ti&ie„}e x^m i^iW^»

Deux jeimed^eaiii dd présenteniA eliefl.ifioi avœ 191e listel

de souscription . 1 ? «

Il s'agissait d'illuminer les ruines avec des feux dû Bengale. "■ ' ' '•■ ' i ' •'•:•'•. - •; ••:

Je donnai mon Ipiûsipoujc l^<;QXîitribviUoyaàîif.uyre pit-; toresque. « .,. . . . , ,' » ri. . j

Ils me o-amoi^èrwl 9I ^^ce^^^ui Vimi^ipk- ' !

Us B^Blaksiiptt.etHHMreiiist 9in»B»ieréUigie^i(iu'Âl m'était venu une iééet. ».

Je les rappéhd. ' t •- ;

— MeëéiêiiJrs,leur aém*tidài-]e, sfansi îiidHsbt^êlièa , où al-i lez- vous achetei» vos artiftceà ?"

-AP^is,. , •;•■.;■ ,

-Qlwaiaui? ., . ,. .. , . , ^. .."

— ChezHgggiferi. I. .

■ — Attendeji,..

J^écrivift fine koMTOi . - - >

— - Tenes, leoft îKd^ê) rmiëltëfc cett^ lettre A nlon amii

Désiré. '• , . : • r - ^ - • ., j

— ï^i'tèsf-cé^te irotre amî Bé ' '*

— Ruggieri en personne: — "Non-sbtilémént je fcontribueî

aiVfpp4>«^iftQfi*ip^i^iQW . ; . j

,„ );4l}4^lUïjem^..g^^arafit^]^^^HèJ(^its, . 1

.. rT^,pow»iiptvm^.,de«iao4ér^.fta, >^ cri^y4iBflf?« M. ^B,WB»€ïf. §tidèça«g^a >

— J'en suis sûr.

— Pour vous un peu, beaucoup pour.mg^,, . Ils se retirèrent en hochant la tête. Et moi, jft ^e ji^ï^ ^ wo* tf^diX .e^.I^u^f»^^fl^t. — Je cç(»fcl)iwi,flu'ii ^ 4émig|^^; il^^^^éi^vaftWt bien,*

ce cher a9ii4.^uv.-v«iiic naftffltûra^ doa fmi( â'axtifice ai Bruxelles et M^illttal^ACir.to boAlainurd dio WatortDo etlaj forétdeBoisfMtj J»<^^^)sbl6fi'qnfi^9•djèra9lg^ '

Tout ft'CDtip'jeme nii^;â rite tout seul. — Geîa m'arrive quelqtiefoisj'plùs souvenî même que lorsque je^^uis en compagnie.' ..... ; J: " i .?

Je me rappelais comment, dans la forêt de Boisfort, nonj seulemeçi IVlÂftea^ ;Umk emox^. Y^^Qa^^ «yai^nt prisj feu, et oomUbBB pea il s'en était iaUu, que Auggieri ne s'é-vaaoult en fiamme et m fumée eomioe sa msTohaedise.

Vous febtnprencz Wm; chers Hecleurs, que le bruit s'é-j tait rapidenient répandu que " M. Alexandre Dumas avaib écrit à' M. Ruggieri, et que M: Ruggieri devait ven|r. *

Il se manife^U dwj^ toualç^ enviçopaua jyioHvement inaccoutumé. ... , 1

Dea fiftcis A'élawHt ouv^rW.;

Ruggieri vieAéiiâwVil Y ,

Ruggieri ne viendra-t-il pas? 1

On venait xna^demandèp : \

— Est-il bWn vrai que M. Ruggion^i'Vië&âm^

— Pourquoi cela?* \ ^

— Parpe qi^e Récrirais â pion cousin à Attîçïiyy^à mon frère i Vïllers-Qoterçts,— à njon oncle à YiQ-sur-^^ne. j

— Bcrivez à votre oftcle à Viç-s^r-Aisa^, à, vô^i^ frère ai

Viller8rCoterirtfir4wts».ciw8w44t»tto^^^ . / j

— Et il viendra, nous pouvons y croire ? '

— 4M»i4iertaiwm0i|k^ati fl'âLétaiftavviivé. - Et chacuitf parlaU} en •emant : • ; . /

— ]Mierta>qU4lvleiidra.

Mais, me denlanderefrrot», éhers leoieûite, <5i)mmen

pouviôr-To^s tépondre avé<!rttoe pareille certitude ?

— Est-ce (jue jç ne conijais pas . mon artiste ? Vo

croyez que Ruggieri fait des feux d'artifice parce qu'il est artificier?

C'est tout le contraire.

Il est artificier parce qu'il fait des feux d'artifice. ^

Ce n'est pas un état qu'il fait, c'est un plaisir qu'il se donne.

Les ruines, d^ Pierrefonds à illuminer, et Ruggieri ne yîeudrait cas ( .

Allons clone! vous ne connaissez pas Ruggieri.

PMwch.Ç?. à m\dj précis, ojjl frappa A ma porte, ' \ . . rr Enl^ez, Ruggieri î àriai-^e.

,. l?t Ruggieri entra. , . ' «.

n y a entre nous autres une franc-macoiînerie d*art cpïi

pelouse et illuminatioi; des Tuines, . .J\,açpthaure^.di} jspUà dî^ mille personnes attendî^ieiit au bord du lac.

A hu^t bçiAre^^t dçw[ii®> l^ ojiuon du brict dôn^a le sft-

C'était une véritable nuit de ie\jx d-artificçSx noîtè,

,.soiml)rij^j^^i)^,étpileai, à ne pas vqir le bout de son ne?.

Xputrà-cQup, à iord Ô'ujie baxque . invisible jusque-là,

un feu Ifouge s'alluma. . . * . .

. Ljit)ai:(jue glissa, sur Iç, Içtc éclairant ses ranjeurs^ eçi se

reflétant dans l'eau.

Ce jçremji^rfevi éteint, une autre barpue lui suc céda à ijjcf^utfè endroit avec un f^u vert.

,!] Puis pue troisième avçc un (eu blauc, . ' '

PuJi9 ce irpisijèpae feu 3'é teignit comme les deux autres, çt cette, fqi^jiQ^lt reptça dans Tobscvirité!

ToutfA-cpjjij)^ le^ di3^ mille, specl^t.ôi^rç' poussèrent un .griindiçr^,

Les ruines, comme un spectre gigantesque, semblaient .ftçriil* de U paontagpe et se di:e8SQv dans 1^ nuit. ,j\ La pâle apjwirilio^ dui'a dix ipiuuies.

Après le premier cri poussé, chacun s'était tu.

L'apgaritiç;;^ èvs^ouie, le<§. bravos Qçjl^.tèrent.

Trois fois le fantastique mirage se reaouvela, et chaque , ^iji.^eq ifpe teipte digérante.

Pour mon compte, je a'ai rien vu de plus merveilleux . , Sqpgez-y. donc : \m la,ç,. des ruines et Ruggieri.

Le feu d'artifice i.tirèi la dar&fàr^ fusée étei»te> la dernière boite à £au brutlée^ on fit irrupl^ dana le parc de M. de Flubé.

C'était à qui f^m^y^ierait le grand artîtte auquel on devait cette magnifique soirée. .1

Je le trouvai soucieux au ifiilieu de son triomphe.

— Qu'avivons donct lui demandai-Je.

— Je nç connais pas bien les ruines, de aorte que je n'en n'ai pas tirQ tout îç parti possible, rèjpondil^ Ruggieri.

Mais, ajouta- il,' je reviendrai.

S'il revieut et que je w» e»aw*4.J?imH'^(PRd^, chers lecteurs, je yxm» pooineta 4a yau^ w, &tnei .pail à temps, pour que voua puiaaMs ymolVé

«Ml.

LE MONTE-<miSTO.

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