‹ Le Monte-CristoChapitre 105 sur 135 · LA VISION · texte numérisé non relu

LA VISION

Ami, notre père est le tien ;

Je ne suis ni Vange gardien

Ni \fi jpauvais destin des Jbiommop*

Ceux que j'aime»— ^ j^ ne saii? pas

De quel G6|é s'^ vQi^t lewrs j)^

Sur ce i^p ^l9»%^ avi npu^ 9QîW^t

^ j»e evjft pi Pieit jii 4éffw>n, St \Jè.}ai^ wms^ p»r «if n aç^ Quand lua'e» epp^ tQ^{r^|C(it.

Oiù tM vas i Y serai toyjpurji»

JJMAQu'w» dernier de tçus jours, ^ùi'ini m'^s^olr sur ta pierre.

U^M le'a ecmtié Xouk oœur, Outftd tu. eerss id»ns la douleur.

Viens À saoi sans iJiquiétude.

Je te «^vnd eur le cheoua, Hai^ je ne puis toucher U «i«^ Ami , j e suis k ^çlit^ide^

Cette pièce est «m des ptas eeuiftlèlae fd# 49 Musset, une des plus mélancoliques que je connaisse au monde.

Elle doit dater de 1840 à peu près. Là, deHnssèt esrt arrivé â Tapogée de iion talent ; il ne ferti d^auséi fcèîiti «k

2lë

m MONTE-CRISTO.

cela que la Lettre à Lamartine, que nous avons citée , VOde d Malibran et l'Espoir en Dieu.

(TMinette 1 où soiit-Hs, belle muse adorée,

Ces accents pleins d*amoar, de charme et de terreur,

Qoi voltigeaient le soir sur ta tète inspirée

Gomme un parfum léger sur r^uttépine en fleur?

Où Tibre maintenant* cette toîx éplorée,

Cette harpe Tivante attachée à ton cœur?

ITétait-ce pas hier, ftlle joyeuse et follCi

Que ta Terre railleuse animait Corilia

Et que tu nous lançais, avec la Rosina,

La roulade amoureuse et rœillade espagnole?

Ces pleurs sur tes bras nus, quand tu chantais 2e Saule,

N*était-cepas hier, pâle Desdemona?

N'était-ce pas hier qu'à la fleur de ton âge. Tu traTersais l'Europe une lyre à la main ; Dans la mer, en riant^te Jetant à la nage, Chantant la tarentelle au ciel napolitain. Cœur d*ange et de lion, libre oiseau de passage, Espiègle enfant ce soir, sainte artiste demain.

L'espoir en Dieu est une de ces haltes que le poète fait sur la suprême hauteur de la vie : arrivé là du voyage, et mesurant son génie, il comprend que, voyageur étemel, il pourra aller plus loin, mais ne montera pas plus haut. Ji'horizon est encore grand devant lui, seulement il en devine les bornes. Arrivé là, il laisse tomber autour de lui, toutes les armes aveclesquelles il a combattu. Doute, irréligion, science, désespoir, et conmie Molae au Sinaï, il n'a plus qu'un désir, qu'une espérance, qu'une aspiration, c'est de voir Dieu, dut-i) être aveuglé par le buisson ardent.

Le poète le dit lui-même : Il ne peut plus, surtout il ne veut plus vivre dans cette nuit qu'il s'est faite autour delui; toutes les raisons qu*il s'est données pour ne pas croire ne lui suffisent plus ; il croit malgré lui, ou, s'il ne croit pas encore, il doute déjà ; mais ce doute est l'opposé du doute de sa jetinesse ; il a commencé par douter de Dieu ; à cette heure il doute du néant. Remarquez qu'il a trente ans à peine.

Il est vrai qu'à trente ans il est déjà arrivé au deux tiera de sa vie.

Tant que mon faible cœur, encor plein de jeunesse, , A ses Illusions n'aura pas dit adieu , Je Toudrais m'en tenir à Vantîque sagesse, Qui du sobre Epicure a fait un demi-dieu. Je Tendrais TiTre, aimer, m'accoulumer aux hommes, - Chercher un peu de îolê et n*y pas trop compter Faire ce qu'on a fait. Etre ce que nous sommes El regarder le ciel sans m'en inquiéter. Je ne puis. — Malgré moi l'infini me tourmente, Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir, Et, quoi qu'on en ait dit, ma raison s'épouvante De ne pas le comprendre et pourtant de le voir ! Qu'est ce donc que ce monde et qu'y venons-nous faire. Si, pour qu'on vive en paix, il faut voiler les cieux. Passer comme un troupeau, les yeux fixés à terre, Et renier le reste, est-ce donc être heureux ? Non, c'est cesser d'être homme et dégrader son âme. Dans la création, le hasard m'a jeté ; Heureux ou malheureux je suis né d'une femme . Et je né puis m'enfuir hors de l'humanité

.. Aldrs le poète creuse tous les systèmes, interroge tous j^ philosophes ; il passe en revue les Manichéens, le ; théisme, Platon, Aristote, Pythagore, LeibnitE, Descartes.

Montaigne, Pyrrhôn, Zenon, Voltaire, Spinosa, Locke, Kant.

Et comme aucun ne lui a appris ce qu'il désire savoir, il

s'écrie :

Voilà donc les débris de l'humaine science,

Et depuis cinq miUe ans qu'on a toi^jours douté.

Après tant de fatigue et de persévérance,

C'est là le dernier mot qui nous en est rest^ î

Ah I pauvres insensés, misérable cerTeQe,

Qui, de tant de façons, avait tout expliqué.

Pour aUer jusqu'aux cieux, il vous foUait des ailes ;

Vous aviez le désir, la foi vous a manqué.

Je vous plains, votre orgueil part d'une âme blessée ;

Vous sentiez 1^ tourments dont mon âme est remplie,

Et vous la connaissiez, cette amère pensée

Qui fait frissonner l'homme en voyant rinflnl.

Eh bien, prions ensemble, abjurons la misère

De vos calculs d'enfants, de tant de vains travaux.

Maintenant que vos corps sont réduits en poussière.

J'irai m'agenouiller pour vous sur vos tombeaux.

Venez, rhéteurs patens, maîtres de la science.

Chrétiens des temps passés et rêveurs d'aujourd'hui,

Croyez-moi, la prière est un cri d'errance ;

Pour que Dieu nops réponde, adressons-nous à lui.

11 est juste, il est bon sans doute ; A vous pardonne

Tout; vous avez souffert, le reste est oublié.

Si le ciel est désert, nous n'offensons personne ;

Si quelqu'un nous entend, qu'il nous prenne en pitié I

A toi que pul n'a pu connaître Et n'a renié sans mentir, RépondsHnoi, toi qui m'as lait naître.

Et demain mç feras mourir.

Puisque tu te laisser comprendre.

Pourquoi fais-tu douter de toi ?

Quel triste plaisir peux-tu prendre A tenter notre bonne foi t

Dès que l'homme lève la tète, Il croit t'entrevoir dans les cieux ; La création, sa conquête, N'est qu'un vaste temple à ses yeux.

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