JEUDI 17 SEPTEMBRE
4 repradneUam Hsat Inlcrdllca.
.lODRNAL HEBDOMADAIRE Dli ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
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FRANCE
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burMu dn Joim«l. rue Notre-Etame do Tlct*lreiU u- II.
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CAUSERIE AVEC MES LECTEURS
Chers lecteurs,
Après une absence de trois jours, pendant laquelle j'ai été regarder chasser mes amis avec une longue-vue, ne pouvant chasser avec eux, mon genou droit se refusant obstinément à plier depuis trois semaines, je reviens rue d'Amsterdam, je reprends à mou bureau ma place accoutumée, et sur le bureau je trouve, de compte fait, dix-hnit lettres à décacheter, à lire, à répondre.
C'est six lettres par jour ; moyenne, 2,190 par an.
Décidément, les éloges que l'on a donnés à M"" de Sévignô oui produit en France une maladie inconnue, endémique et contagieuse : le ty[ihus épistolaire.
Sur ces dix~huit lettres, une était importante.
Vous allez, chers lecteurs, juger de l'importance da quelques autres.
Une dame ou une demoiselle Marie, l'état social n'y fait rien, m'écrit pour me dire qu'elle est une de mes lectrices
les plus passionnées, qu'elle lit tout ce que j'écris, et que je suis pour elle le Dieu de !a littérature.
Vous voyez, voilà qui débute bien. Je me passais dQ)A la langue sur les lèvres et je trouvais que M"» ou M"» Marie avait un goilt littéraire auquel il n'y avait rien à reprendre .
Aussi continuai-je.
Le second paragraphe de la lettre parachevait as3€z bien te premier. C'était un éloge du roman le Monle-Cristo, c'était l'attente anxieuse avec laquelle M™' ou M"» Marie avait, pendant treize ans, regardé l'horizon pour voir reparaître le yacht disparu; c'était enfin la joie de ma naïve correspondante en entendant dire que le susdit yacht venait d'aborder en France, rapportant avec lui celte^ fin tant attendue.
Pour le reste, je laisse parler M"" ou M"» Marie :
. Je me suis empressée, ditr-elle, d'aller chei mrà li-
braire, retenir ma place pour achever de lire ces grandes
aventures.
» Mais quelle horrible déception : la àtiite n'est pas de vous, mais d'un nommé Leprince, qui, je crois, n'a pas t rouvé son nom jii son blason, s'il en a un, dans la hiérarchie de l'esprit. Son style est trop em-pouW, et, cher Dumas père^yax l'honneur de vous prévenir qne je ne les
aime que lôli. »
Que n'aimez-vous que rd/ï, chère madame ou chère mé^ demoiselle Marie? Si la construction de votre phrase potiTall ine le laisser deviner, je tâcherais de vous envoyer M chose, afin que votre fruit ne fût pas comme votre lettre, tâché d'un non-sens.
Continuons de lire la lettre de M™* ou M^ Marie.
• Bref, M. Leprince s'est mis, dans son héros, tout à fait en contradiction avec voire ouvrage, ce q^e Je ne petti itri pardonner.
» A l'avenir, cher auteur, avant que de conBer la flil ûb vos romans à des confrère»^ ehotiiscez-Iéshien, et sachez si leurs pensées et leufâ ibains sont assez habiles pour conduire celles d'un défunt.
» Car je ne suis pas comme votre fils, je lis vos ouvrages, moi ! et vous ?? »
Vous voyez q«ie si cela pèche par l'orthographe, c'est au moi£Kft chamànt d'esprit et délicat de formes.
Eh I BDn, M** où M"« HaHrlë, vous ne lisez pas tout ce que j'êiris, él je lé regrette, c^tte lectui^ d'aboW eût pu corriger chez vous certaines tournures de phtasc^S dont on peut attaquer la correction.
Puis vous auriez vu, chère M^« où chère M™*? Marie, car enfin, puisque je suis votre cher auteur et votre cher Puffias pèrCy vous pouvez bien m'être chère aussi à moi, — puis, vous auriez vu que dans ce même journal, où j'ai l'honneur de vous répondre, jj me plaignais amèrement de ce qu'un pirate nommé Leprince, embusqué dans la rade de Lisbonne, avait couru sus au yacht dont vous parlez, l'avait capturt et l'avait fait reparaître sous faux pavillon.
Il ne me manquait plus, après avoir été pillé, dévalisé, conduit en eaelavage jiar un forban, que d'entendre votre rorx doucereuse me dire : qne ce forban est de mes amis, et que vous me conseillez à l'avenir de mieux choisir mes amis.
Si vous n'avez que ce conseil à me donner, chère M*n« où chère M»* Marie, convenez que vous eussiez aussi bien fait de me lire au lieu de lire M. Leprince.
fiîson» en passant que j'ai voulu faire saisir M. Leprince, mais que la justice S'y eèt obstinément refusée, en disant 4ue c^étsit un pirate, c'est vrai, mais qu'il avait des Mires de fnarquê,
(S !a justice n'étail pas une dame si sérieuse, nous l'a*:cuserions de s'être permis, à l'endroit de M. Leprince, un affreux calembour.
Unejies dix-sept lettres restant est de M. Lorin. Je ne me serais pas permis de répondre à M. Lorin par la voie de mou journal, si M. Lorin eût eu la bonté d'adjoindre son adresse à son nom.
M. Lorin se plaint, m'ayant adressé, le 20 août dernier, quelques vers sur la peine de mort^ de ne pas avoir reçu ae rèpoEse de moi, et de ne point avoir \ii insérer ses ▼ers dans le Monte-Cristo,
— Cette pièce, dit-il, n'en valait peut-être pas la peine ; mais c'est égal, vous êtes décourageant. — Il me semblait pourtant que, Béïtoger mort, voua dévies être l'héritier direct de sa bienveillance toute paternelle à l'égard des derniers soldats de la phalange littéraire.
Répondons catégori^îiétbéitt aux deux premiers para- J^raphes de M. Lorin.
— D'abord, JIM répondu à M. Lorin. — Mais comme M. Lorin atatt^cfttbîfè de mettre son adresse, — j'ai répondu tout simpïéflïeBt à M. Lorin à Paris. — Ce n'est
iias notre faute, mati eeHe de )a poste, si notre lettre ne tri e«l point ^arvèDiif.
Ou'il ftadi^ \m proeés à \k pmste.
fittns smi 9ecobd paragi^aplïe, M. Lorin me dit, sous la tûtme d'un dmfx reproche, qttô j'etisie dû. Déranger mort^ tin rhiriiiér Bé àâ bftMeHlânee.
— th\ mmidient Uâin, je ne Ms pas combien Béranger recevait de lettres, moi Je Tlftbs de vous dii*e que j'en avais reçu dit huit ce malili. Hais, depuis 1833, je crois, BèraÈget ne ptiUiKU f>Ius rien, et, pendant les vingt-quâtrè* ans qui se "sont écoulés de 1833 à 1857, n'a écrit qn'un volume de chansons et deux volumes de mémoires.
Je sais bien que ce voliune de chansons et ces deux toîuffies de mémoires valent peut-être mieux que les lhil!e volumes que j'ai écrits depuis cette époque. — Mais le temps est le temps, monsieur Lorin, les années n'ont que 365 jours, les journées n'ont que 24 heures, les heures que 60 minutes, les minutes que 60 secondes. — Et , qiISnd On ITàfKIN \t hefffes sur 24, et cpn^il ÎMi ajouter à ces \i heui^ de travail la leeture de dii-hult lettres et des Vers qu'elles contiennent, on y perB quelquefois la patienta, surtdut quand les lettres sont An style de celle de ma3àme ou mademoiselle Marie, et que les vers sont mauvais.
Je ne dis point cela pour les vôtres, monsieur, , Dieu m'en garde ! je ne mêles rappelle pas ; et quand même je me les rappellerais, je ne me permettrais pas d'avoir sur eux une autre opinion que celle que vous en avez vousmême.
» Je n'ai point de prétention, monsieur, me dites-vous, — si je fais des vers ce n*est point pour de V argent^ — la poésie de commande me fait toujours TefFet d'une femme quelquefois belle, quelquefois reine, mais reiue sans couronne et femme privée de cœur ; — ce s'est pas non plus pour la gloirCy mon ambition ne va pas jusque 14; — je ne saurais répondre de l'avenir pour le moment, j'aime mieux regarder d'en bas ceux qui tentent l'ascension du Parnasse que d'être pris du vertige sur ses escarpements. Un long spectacle habitue, un beau spectacle attire.
» Je fais des vers parce que ça me dit d'en faire^ voilà tout. 0
Faites des vers si ça vous dit d'en faire, monsieur Lorin, mais ce n'est point en restant en bas du Parnasse que vous trouverez à les publier. — Ne travaillez pas pour de l'argent^ — c'est bien, — et j'aime à vous voir cette philosophie, d'autant plus que si vous faisiez des vers pour ie , Vargetit^ vous auriez une cruelle déception ; — mais faîtes des vers pour la gloire^ — ceux que vous suivez des yeux sur ces escarpements où vous craignez de vous aventurer, s'appellent: Victor Hugo, Lamartine, de Musèel, c^estpour la gloire qu'ils sont montés là-haut ; quant atti tertiges et aux éblouissements, les aiglefe ne cotthâiaisittît point cela.
Une des seize lettres restant vient de MîlaÉr, — elle est toute g^ciéu^ et toute bienveillante , èl i"^ rewfercie M. Mauclerc, son auteur.
La voici :
« Monsieur, — vmA fecerreK^ ed miéme teibps que ce billet, un fragment du Farfarello d'hier, 5 septembre, coocernant ma réponse à VArte^ journal de Florence, dont le