‹ Le Monte-CristoChapitre 26 sur 135 · CORRESPONDANCE ET NOUVELLES DIVERSES · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ET NOUVELLES DIVERSES

Mon cher père,

Je t'ai promis un article sur Alfred de Musset, je te l'ai promis long et consciencieux, c'est te dire qne je n'ai pu le faire en huit jours. Ne compte dessus que pour le numéro prochain. Il faut bien quinze jours pour apprécier un des plus grands talents, ou, pour être plus vrai, un des plus grands génies de ce siècle.

Je t'embrasse.

Alexandre Dumas f ils.

Pour accomplir la promesse mie nnus avions faite à tns lecteurs, nous avons ete lundi derni3r à l'OdeoU pour entendre la piècp de notre confrère Victor Séjour. ^

Dés aujourd'hui nous pouvons dire de Frederick, — non pas qu'il y a ète aussi tiea i que dans le Joueur, Richard d'Arhnglon, Kean ou Ruy-Blap, mais qu'il a ete aussi beau qu'il pouvait l'être dans les oomliiious du rôle.

Entre le troisième et le quatrième actes, nous somrties sorti pour acheter la brochure ; nous ne comprenions pas bien la pièce, et nous craignions de faire supporter à l'auteur les inconvénients d'un défaut d'acoustique ; mais la pièi;e n'était pas encore imprimée.

Nous attendrons de pouvoir la lire pour en donner notre opinion ; ca»* d'y retourner nous n'en avons ni le t^mps^ ni surtout la force.— Allez voir Frederick â^nw André Gé^ tard, me disait un dé mes amis, — il a une très belle agonie.

C'est vrai,— mais Tagonie eët un peu longue,— nlle dure cinq actes.

Fredérfck, artiste dans un autre genre de la taille et de la valeur de Talma et de W^ Mars, n'a pas le même benhear qu eux à la fin do sa carrière.

Eux ont fiai par les œuvres les plus fortes qu'ils «iest jouées.

Talma par Sylla, par 7â Démence de Charles VL par Jat}e Shvf^, f ^

. M*'» Mars , par la dudiesfe d$ Guiic ,. Dona Sol , M"« de

Belle-Isle.

Frederick est obligé de se débattre dans des (guvres comme h Vifux Caporal , in Bonne Aventure et àndré démrd. — Frédéric en est arrivé à regretter, non plu.s ses gi'andes créations romantiques qui, développant les différentes faces de son génie , en avaient fait l'artiste' emiflent que vous savez ; Frederick en est arrivé à regretter Paillasse et le Cht/fonnier.

Il y a quelque chose de profondément attristant dans la vue du génie aux [irises avec cette mort lente, avec cette agonie sans fin que lui font subir des œuvres médiocres retombant éternellement, et l'une après l'autre, sur lui, pareilleeau rocher de Sisyphe. Frederick, comme Porthos, enseveli sous les débris de la grotte de Beilelsle, finira par y Succomber eo disant (^mmé Porthos : — trop lour.l I

Ce sera son dernier soupir, et alors seulement on appréciera le géant que les directeurs de Paris auront tue à coups de massue.

Les auteurs, nous nous entendons, ceux du Vieux Caporal ^ de la Bonne Aventure et à^André Gératd^ n'auront ete que

LE H0NTE43UST0.

Mais sans attendre plus longtemps, nous pouvons parler des deux décorations qui sont charmantes ; cette fois c'est non-seulement de la décoration, niais de là peinture ferme, solide, admirablement éclairée.

La première représente l'atelier du graveur, avec sa fenêtre au nord et son jour froid, destiné a ménager la vue de Tartiste ; elle est plantée' d'une façon- pittoresque et permet de voir de. tous les points de la salle les artistes dans tous les coins et recoins où les besoins du drame les forcent de se réfugier.

— Deux sous, dit-elle, c*est trop cher pour moi. Et retirant sa pièce de deux sous de la corbeille de la fleuriste, elle la donna au pauvre.

Un pendant à ce que raconte h Figaro est difficile A Irpuver, et cependant nous croyons l'avoir dècoutért, moins pacieux sans doute, mais tout aussi touchant.

Il existe dans la rue de Vaugirard un de ces petits res^ taurânts au plat et même au demi-plat, ou Ton peut à la rigueur, sinon dîner, du moins se rassassier pour dix 80U8.

Tous les jours, un vieux curé qui a trente sous à mettre

m ue oc rci.ugici. ^ xuub ics juuiti, uu vicua i;uru 4U4 a iicuic ouua n uavi»»a«9

La seconde est un ^on, les tons roses brochés d'argent k à son repas, y vient dîner avec deux (lauvres, rencontrés

du premier plan font valoir les tons acres et vifs d'une serre qui en fait le lointain et dans laquelle pousse entremêlée de fleurs la végétation luxuriante des tropiques. On aimerait à habiter ce salon ; on serait heureux de vivre éternellement dans cette serre.

Ges décorations nous avaient tellement frappé que nous sortîmes exurès pour chercher sur l'affiche le nom du peintre qui les avait faites.

Le nom était absent.

Mous nous informâmes, et nous apprîmes alors qu'elles étaient de Hoynet.

Cela nous expliqua cette grandeur â*enàemble et cette perfection de détails qui nous avaient frappé.

Mais pourquoi ne pas mettre le nom ae M. Moynet sur Tafflche ; — * pourquoi ne pas maintenir cette fraternité qui existe quandl'art est porté à ce degré-là entre le poète, le comédien et le peintre?

Ce serait un tort à des directeurs de croire qu'ils sont quittes envers le peintre quand ils lui ont payé de pareilles décorations le pnx convenu.

J'en appelle à Fechter, artiste lui-même, et dont nous avons reconnu la main hwile dans la mise en scène de l'ouvrage.

Le Figaro, dans son dernier numéro, raconte une charmante anecdote que nous reproduisons ici, non pas peutêtre dans les mêmes termes, nous n^avons pas le numéro sous les yeux, mats, nous en sommes certain, dans le même sentiment : ^ ^ '

Une petite fille de douce ou ^piatoree ans s'apj^rocne de la bouquetière du pont des Arts, et jetant une pièce de deux aous dans sa corbeille :

• -T Donnez*moi un bouquet de violettes, madame, et rendez*moi un sou, dit-elle.

-» Mademoiselle, répond la marchande, les violettes sont renchôries depuis Tannée dernière : elles coûtent deux sous.

L'enfant réfléchit, et secouant sa tête à demi- tournée du côté d'un pauvre qui étendait la main vers elle :

par lui ou auxquels il a donné rendez-voup. Ce qui met le repas de chacun de ses convives ainsi que le sien à dix sous.

Moyennant ces dix sons, chacun a une soupe, un morceau de pain et un plat.

Il y a cinq ou six jours, il arrive avec ses deux pauvres, les fait asseoir et se place au milieu d'eux . •

Au moment où il porte à sa bouche sa première cuille-* rèe de potage, la porte s'ouvre, et un troisième pauvre, auquel il avait donné rendez-vous^ mais qu'il avait oublie, parait.

Le prêtre lui fait signe d'entrer et le force de s'asseoir à sa place. .

— Mais vous, mon père, lui dit un voisin.

-* Moi, je dînerai demain, répond le prêtre ; je puis attendre, j'ai dinè hier.

L'anecdote nous a été racontée par un artiste de VOdéon, — Noailles d'Aunay, — qui mange parfois dans le môme restaurant que le bon prêtre et ses pauvres.

n vient de paraître à Paris, en espi^nol, un charmant

C' urnal de modes intitulé ta Caprichoia^ rédigé par ■« Serrano de Wilson. Il est particulièrement destiné i faire briller à Madrid un reflet des modes françaises aussitôt leur apparition à Paris. — Chaque numéro contient, outre un article spécial sur cet important sujet, des nouvelles, des poésies et de la musique. — Comme le rédacteur est femme et a vingt ans, ses compatriotes de Madrid, de Seville, de Cordoue et de Cadix peuvent être sûres qu'elle ne se trompera point en leur indiquant ce qu'il y aura de plus gracieux et de plus seyant dans les modes françaises.

On s'abonne, moyennant dix francs par an, rue Tailbout, no 73.

Alex. Duius.

Alex. DUMAS.

Seul propriétaire et leal rédactaur da JfoNlt-Criito.

Paris. — Imprimerie de E. Brière et C*, rue Sainte- Anne, 55.

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ipi Teite dus les bireiix de l'ÉCHO DES FEUILLETONS, qoai lahqoais, 21. i Paris.

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