OPHÉLIE
Oui, monseigneur.
HAMLET
Tirez sur lui tous les verroux, Qu'il ne fasse du moins 1 insensé qu'en famille.
En disant à la reine :
Un rat ! mort. — Je parie Un ducat, qu'il est mort.
Voilà donc les deux grandes lignes que nous tracerons à Tartiste, en le laissant, bien entendu, maître des détails.
Nous sommes revenu trois fois sur Hamlet,— c'est beaucoup, et cependant, ce n'est point assez. Hamlet est avec Yflliade et la Dwine Comédie, la plus grande œuvre qui ait été exécutée par un homme, et elle a l'avantage d'être plus humaine que les deux autres. Tant qu'il restera dans le cœur des peuples, une étincelle du beau, du grand, de la poésie, du pittoresque, Hamlet sera un objet d'étude et d'admiration pour les esprits élevés, et un tournoi splendide où les acteurs de tous les temps, de toutes les époques, de tous les siècles, essaieront teurs forces.
Pour le moment, le tenant est Bouvière.
Alex. Dumas.
RECAUSERIE.
Chers lecteurs, Ne me demandez ni ordre ni méthode dans ce que je vais vous raconter ; ne me demandez pas même d'être clair; je sors d'une espèce de rêve, poussé dans certaines parties jusqu'au cauchemar. Supposez que vous lisez quelque chose de pareil au S marra de Charles Nodier, et que vous suiviez, bon gré, mal gré, en chemins de fer, en paquebot, en stage-coach, en ballon, à cheval, en barque, un Méphistophélès quelconque, vous entraînant au sabbat sur ses traces.
Tout ce que je vais essayer de faire passer devant vos yeux, vous le verrez, je vous en préviens, comme je l'ai vu moi-même, à travers le brouillard , à travers la poussière, à travers les ténèbres, à travers la fumée, à travers la vapeur et, par hasard, à travers le soleil.
Parti lundi soir, j'arrive dimanche matin. Pendant six jours j*ai fait quelque chose comme cent lieues par jour, par tous les moyens de locomotion connus, — et au moment où j'arrive, au moment où, sortant du bain, j'étends la main ou plutôt la jambe vers mon lit afin de refaire
connaissance avec le sommeil, oublié ou à peu prés, pendant toute une semaine, une voix me crie : — Eh bien 1 oui, il s'agit drôlement de vous mettre au lit, M. Brière déménage , il faut que demain, avant sept heures, il ait son journal fait. Alerte I alerte!
— C'est bien, il l'aura.
Oui, il l'aura, M. Brière ; mais il me laissera lui dire deux mots sur son prote.
Déménagez, monsieur Brière , allez demeurer où vous voudrez ; transportez vos ateliers de la rue Sainte-Anne à la rue Vivienne, si bon vous semble; exigez de moi de passer les jours et même les nuits ; mais, au nom du Ciel, monsieur Brière, ayez un prote qui, quand je prends la peine de mettre en vers les ballades de Bulwer, pour donner plus de grandeur et de caractère à ma traduction, ne me fasse pas rimer roule avec roule.
Mettez-vous un peu de mon côté, chers lecteurs, et fâchons-nous de compte à demi.
Voici la première strophe de la ballade de Rou, telle qu'elle doit être imprimée ;
De Senlis jusqu'à Blois, vague sur vague roule. Le déluge incessant des conquérants du Nord ; Et par l'effroi chassé dovant la sombré houle Roule aussi Franc sur Franc pour éviter la mort.
Admirez un peu le travail qu'il a fallu à un prote pour aller découvrir la ^anifrre là-dedans, et pour mettre au lieu de devant la sombre houUy
devant la Sambre rouUf
Sans compter qu'il a découvert une chose nouvelle en géographie, c'est que la Sambre, qui prend sa source à Nouvion et se jette dans la Meuse à Namur, coulait entre Blois et Senlis.
Il n'y a que les protes pour découvrir ces choses-là et que les correcteurs d'épreuves pour les laisser passer.
Ce n'est pas tout ; sur trois fois qu'il y a Bou dans la ballade, le prote a mis une fois Rou, une fois Bau et une fois jR^.
Enfin, pour couronner l'œuvre, il m'a fait un magnifique hiatus dans la dernière strophe.
Celui qui imitant.
Au lieu de
Celui qui reniant.
Avouez, M. Brière, que c'est cependant une chose bien . triste, plus triste encore que de déménager, qu'un auteur ne puisse pas quitter sa pauvre phrase un instant de vue, sans qu'elle soit dénaturée, torturée, estropiée, poignardée, décapitée, rendue folle, inintelli^le, absurde, insensée, par celui-là même qui est chargé de la redresser au cas où elle sortirait contrefaite des mains de son crés^teur.
En typographie, c'est l'orthopédiste qui fait les bossus.
Enfin I
Revenons au voyage, au musée de M»» Tussaud, à la fêle de la reine Victoria, aux promeneuses de Haymarket, aux jardins de Cremorn, aux paquebots monstres, aux dîners de Blackwall, aux courses d'Epsom, à l'exposition de Manchester, et suivez-moi si vous pouvez.
Il y a douze jours, j'avais quelques amis à diner, un phrénologue américain, un médecin hongrois, un réfugié italien, et parmi eux un négociant germano-anglo-indien fort aventureux, fort aimable, fort millionnaire, ce qui, chez lui, qualité étrange, au lieu de gâter la chose, l'embellit.
Il se nomme M. Young, marquis de Badaour.
C'est le nabab pur sang.
Au dessert il leva son verre.
— Messieurs, dit-il, un toast.
On connaît la solennité de pareilles paroles ortitnt de
no
LE MONTE-CMSTO.
la bouche d'un Allemand ou d'un Anglais.
Or, quand TAUemand est Anglais ou l'Anglais Allemand, ees paroles sont doublement solennelles.
On fit silence.
— A ceux, dit M. Young, qui viendront avec moi mercredi prochain aux courses d'Epsora.
— Bon, dit une voix, pour aller aux courses d'Epsom, il eût fallu s'y prendre il y a un mois. Vous ne trouverez plus une chambre à louer dans les hôtels, plus une voi • ture à louer dans les écuries.
— Aussi, répliqua M. Young, il y a un mois que je m'y suis pris. J'ai retenu deux étages de London Coffee House, et un de mes amis a dû louer une calèche où nous tiendrons facilement douze. Je puis donc offrir à chacun de ceux qui me feront raison de mon toast une place dans ma cstléche, une chambre dans mes deux étages \ pour tout le reste, et les courses d'Epsom passées, chacun sera libre comme Tair.
Mon fils et moi fîmes raison a,u toast; c'était pour moi une occasion de voir, non-seulement les courses d'Epsom, mais l'exposition de Manchester.
C'était pour mon fils celle de voir les courses d'Epsom, l'exposition de Manchester, et par dessus le marché l'Angleterre qu'il ne connaissait pas.
— Où est le rendez-vous ? demandai-je.
• — A lundi soir, sept heures et demie, dans la cour du chemin de fer du nord.
Il ne fut pas dit autre chose.
. On vida son verre là-dessus ; l'engagement était bien autrement sacré que s'il eût été passé devant notaire.
— Le lundi, à sept heures et demie du soir, nous étions, Alexandre, M. Young et moi, dans la cour du chemin de fer ; à huit heures moins un quart, nous montions en wagon ; à trois heures du matin, nous arrivions à Calais ; à trois heures et demie, le paquebot s'éveillait, toussait, se mettait à nager, et, à travers la Umpide transparence de l'atmosphère matinale, nous abordions à cinq heures du matin à Douvres, sans avoir perdu de vue les côtes de France.
Je retrouvai sur la jetée, au même endroit, presque sur la même marche, mon homme de la coulevrine, celui de l'autre voyage; mais quand on a vu une coulevrine une fois, fût-ce la coulevrine de la reine Anne, et que Ton a payé deux shellingspour la voir, on n'éprouve aucunement le besoin de redonner deux autres shellings pour refaire au bout d'un mois connaissance avec cette même coulevrine.
Au lieu de suivre mon cicérone, j'entrai au buffet.
Je voudrais bien qu*un savant hygiéniste, mon ami Place, par exemple, qui dans ce moment est chargé, sous le rapport de l'hygiène, de faire l'éducation des Bruxellois, voulût bien me dire ce que l'on peut prendre dans un buffet, à cinq heures du matin, après avoir fait quatrevingt-dix lieues en chemin de fer et dix ou douze Ueues en bateau à vapeur.
Il n'est point que vous sachiez, chers lectem-s, que la mer furieuse d'avoir, à la suite de je ne sais quel cataclysme, séparé deux peuples destinés à si bien s'entendre dans l'avenir, fait incessamment rage entre Douvres et Calais, et est plus fatigante^ pendant les deux heures ou deux heures et demie que l'on met à la traverser dans sa plus étroite largeur, qu'elle ne l'est quelquefois quand on va de Porthmouth à New-York, et de Lorient à Buenos- Ayres.
Je ne dis pas cela pour moi, j'ai le bonheur de regarder du haut du pont la mer avec un suprêm^e dédain ; elle ne m^a jamais produit qu'un seul effet, c'est de me donner de
l'appétit; plus elle est grosse, plus elle me creuse. Cependant, comme il est difficile de manger au milir-
de gens qui font tout le contraire, on en arrive, en me tant pied à terre, à des dépravations d'estomac qui vuu> épouvantent quand on y réfléchit à téta reposée*
A peine si j'ose dire ce que je demandai en entrant a. buffet.
Je demandât une tasse de café à la crème.
Le café à là crème est rarement bon chez aou ; une foi^ engagé sur les grandes routes, il né l'est jamais; mais e arrivant en Angleterre, c'est un breuvage qui n'a plus d^ nom.
Peutr-être me demanderez-vous, chera lecteurs , pourquoi je m'arrête suv de pareils détails, ayant tant de choseà vous raconter; vous êtes injustes, en ce que c'est poii^ vous, ce que j'en fais ; en efTet, il n'y a rien d'impossible ^ ce qu'un jour ou l'autre vous alliez en Angleterre, à ce qiir vous ayez faim en arrivant à Douvres, et à ce qu'ayant faim. vous demandiez comme moi une tasse de café à la crème.
Je fis hommage du mien à un fort bel épagneul qui, erraientre les jambes des voyageurs, indiquait par les prévenances qu'il semblait avoir pour eux, sans' distinction di sexe, de nation ni de rang, qu'il appartenait à la maison ai; même titre que certains garçons de restaurant qui, n'étac: point payés par l'établissement lui appartiennent cefiendant et vivent des pour-boire qu'ils reçoivent. Le chien iii<^ regarda en animal qui ne demande pas mieux que de séparer le fait de Tintention, et ne voyant rien d'hostilt sur mon visage, il se contenta de me tourner dédaigneusement le dos, sans même faire ce que j'avais fait, c*est-cV dire approcher ses lèvres de l'affreux breuvage.
Maintenant que j'y réfléchis, je lui sais gré de cette modération. Il avait le droit de me mordre.
A six heures nous quittâmes Douvres, à neuf heures ud quart nous étions à London Coflee House.
Nous touchions juste pour là fête ou pour l'anniversair? de la naissance de la reine Victoria, je ne sais pas bien. — A partir du moment de mon arrivée à Londres, j'entrai dans un tel tourbillon, que je n'eus même plus le temps de demander l'heure qu'il était.
M. Young avait à voir ses amis, nous les nôtres. Il nous donna rendez-vous à cinq heures, à l'hôtel ; nous dînions avec lui à Blackwall.
Le dîner, comme la chambre, comme la calèche, était commandé de Paris.
Nous primes un bain et nous sautâmes, Alexandre et moi. dansi une voiture.
Nous sommes en général émerveillés, nous autres Français, de voir le train dont vont les voitures à Londres — nous en faisons honneur, tant que nous n'avons i>as payé nos cochers, à une race de chevaux supérieure à la nôtremais quand nous avons prononcé le sacramentel how muck qui veut dire combien^ le mystère nous est expliqué — ^la rapidité ne vient point de ce que le coursier est croisé arabeou anglais, elle vient de ce que le cocher est payé au mille, et que plus il parcourt de milles dans la journée, plus il gagne de shellings .
Chez nous, où il est payé à la course où à l'heure — il marche quelquefois à la course, à l'heure jamais.
Là bas — il va vite — mais il va cher.
On peut hardiment compter le double du prix de la France.
Consignons un fait en passant -— c'est que presque jamais un cocher anglais n'accroche, et que si ce malheur lui arrive, au lieu d'mjurier son accroché ou son a(;cro*
LE MONTE-CaUSTO.
cheiu', chacun salue Vautre en riant comme pour dire : quels imbéciles nous sommes ; et poussant son cheval qui en arrière, qui en avant, le décroche comme il peut , sans le moindre échange de mauvaises paroles ou de coups de fouet.
Les cochers d'omnibus surtout sont merveilleusement adroits. Ils conduisent des colosses qui sont dans Tordre des voitures ce que les léviathans sont dans l'ordre des poissons ; un coup de leur queue ferait sombrei* immédiatement le cab le plus solide. Eh bien, ils connaissent leur force et n'en abusent pas. Assis à quinze pieds de terre, graves comme si lairs sièges étaient d.es trônes et leurs véhicules des états, gantés et cravatés comme des gentlemen, ils paraissent condescendre par complaisance à vouloir bien conduire dans leurs voitures les passants là où leurs plaisirs ou leurs affaires les appellent.
Quand on arrive à Tlle d'Elbe on vous prévient que vous allez tout trouver un tiers au-dessous de la nature.
Quand vous arriverez à Londres, soyez prévenus que vous trouverez tout un tiers au-dessus, — jambon, roesbeef et beefsteaks compris.
Au reste, Londres, qui est grand deux fois comme Paris, est vile vu, à la surface, bien entendu. — Quand vous avez remonté trois rues à droite, que vous les avez redescendues à gauche, — Haymarket, — Régent Street, — et Oxford Street, — vous avez tout vu, — en fait de rues.
Il y a une énorme ressemblance entre la Belgique et TAngleierre, — Londres est une gigantesque Bruxelles.
Alexandre avait d'ailleurs ses idées arrêtées sur Londres, — il y allait pour acheter du papier, de la porcelaine et du plaqué, — les courses d'Epsom et Texposition de Manchester ne venaient que secondairement.
Il en résulta qu'au bout d'une heure nous nous dédoublâmes, nous donnant rendez-vous à Hyde-Park pour quatre heures ; il sauta dans un cab, je restai dans mon coupé, —il tira à droite, moi à gauche. '
Qu on ne donne point une mauvaise interprétation à ces deux mots à gauche.
J'allais voir le musée de M»»* Tussaud, et Alexandre en faisait fi.
Chers lecteurs, heureusement pour vous, vous ne vous rappelez probablement pas le boulevard du Temple tel que le chanta le pauvre Désaugier. — Eh bien, sur le boulevard du Temple s'élevait le salon de Curtius, où Ton m'a conduit quand j'étais enfant et où je suis retourné jeune homme, — ^j'avouerai que toutes ces célébrités en cire, depuis la chaste Suzanne jusqu'à Papavoine, avec leurs yeux fixes et leurs vétemen48 toujours trop larges aux biceps et trop étroits aux coudes, ont laissé un profond souvenir" dans mon esprit, — on les retrouve encore, il est vrai, aux foires de province, mais isolées, éparpillées, — solitaires, — et tristes de leur solitude, — qu'il y a loin de là à cette brillante réunion dont elles faisaient partie du temps du café deVEpi-Scié — et du théâtre de Bobèche.
Quand je pense que c'est sur ce même boulevard du Temple, que j'ai rencontré Hugo pour la première fois, dans la baraque d'un homme qui montrait un squelette de sirène, dont il prétendait avoir refusé la veille vingt-cinq mille francs, au gouvernement français.
Eh bien ! le musée de madaracTussaud, c'est le royaume des figures de cire, présidé, comme la bataille d'Austerlitz, par les trois empereurs : l'empereur François , l'empereur Alexandre, l'empereur Napoléon. Tout souverain proscrit, .tout grand criminpl égaré, toute célébrité qui craint de fondre au grand soleil peut aller frapper à la porte de
madame Tussaud, elle pratiqpie l'hospitalité sur une grande
échelle.
Au reste, quand la montagne ne vient pas à M*»» Tussaud, madame Tussaud n'est pas plus &ére que Mahomet^ elle va à la mont^ne. Son musée est non-seulement le musée des hommes, mais des choses. Elle a acheté les ordres de lord Wellington après sa mort; elle a acheté la voi-^ ture de Napoléon après Waterloo; elle a acheté la chemise de Henri lY après la révolution de 1830; elle a acheté jusqu'à la guillotine de Louis XVI.
Aussi son musée est-il divisé en deux exhibitions bien distinctes : celle que tout le monde voit moyennant deux shellings, et celle qu'on ne voit que moyennant quatre shellings.
Celle-ci est insidieusement appelée le Musée des Horreurs^ titre qui, vous le comprenez bien, pique vivement la curiosité des visiteurs, à qui l'on se garde bien de dire que pour leurs deux première shellings ils ne verront qtie des choses agréables, comme Wellington sur son lit de parade, Tom Pouce en costume de général et Henri VIII et ses sept femmes.
S'il n'en a eu que six ou s'il en a eu huit, — une de moins ou une de plus que Barbe-Bleue, — pardonnez-moi, je n'ai pas le teraps.de chercher.
Si bien qu'une fois engrainés de deux shellings, trouvant insuffisantes les choses agréables que l'on a vues, on se décide, moyennant deux autres shellings, à voir les horreurs.
Le même motif qui a porté M"»« Tussaud à mettre lord WelUngion sur son lit de parade au nombre des choses agréables^ Ta portée à mettre Napoléon sur son lit de camp au nombre des horreurs.
Décidément M™« Tussaud cache là-dessous quelque épigramme historique.
Il va sans dire que je sacrifiai mes quatre shellings; deux pour voir les choses agréables, deux pour voir les horreurs.
Je dois avouer une faiblesse, je n'ai jamaig vu guillotiner personne.
Mais j'ai toujours désiré voir une guillotine au repos, à l'état inofFensif.
J'ai conduit dans ma vie tant de gens à l'échafaud, que c'est bien le moins que je sache commentim échafaud est fait.
J'en ai vu en gravm'e, c'est vrai, mais la gravure laisse un souvenir bien vague.
J'étais donc tiré malgré moi yers la guillotine de M™* Tussaud, ou plutôt vers la guillotine d^ M. Samson, comme le dit une inscription clouée à la muraille.
Eh bien, je vous jure que c'est une mécanique fort ingénieuse, et dont le citoyen Guillotin avait le droit d'être fier.
Celle de M™« Tussaud ne laisse rien à désirer. Elle est complète, le panier attend à droite, la bascule est baissée, le couperet est levé, il n'y manque absolument que le condamné.
On n'a pas même fait sur lui l'économie de substituer de la sciure de bois au son auquel il a droit.
Voir le condamné d'Henri Monnier.
Dernièrement, cette guillotine toute prête tenta un Parisien. Il voulut voir comment on était sur cette bascule, et le cou pris dans cette lucarne : en conséquence, il releva la partie mobile de la lucarne, se coucha sur la bascule, pa^a sa tête par la lunette, et une fois là, abaissa la partie supérieure de la lucarne au niveau de son col. Il croyait qu'une fois la lucarne abaissée, il n'y avait plus qu'à la relever, et à retirer la tête en arrière comme fait un colimaçon qui veut rentrer dans sa coquille.
Le Parisien était dans Terreur.
LB ftONTSMmiSTO.
Une fois la tête prise dans la lucarne, la tête doit y rester jusqu'à ce qu'elle tombe.
La guillotine est une chose sérieuse.
Un petit ressort qui s'échappe sournoisement de luimême fixe le dessus de la lucarne, et comme ce ressort n'est connu que de l'exécuteur, le condamné parvlnt41 à délier ses mains, ne parviendrait pas à faire jouer le ressort.
Il- fallait tout prévoir !
Or, notre Parisien, après être resté cinq minutes sur sa bascule, la tête à la lucarne, voyant que Ton ne voyait rien que le son qui garnit le fond du panier, et que cette vue était peu variée, essaya de relever le dessus de la lucarne poui' retirer sa tête, continuer sa visite, remonter dans son cab et rentrer &^n hôtel.
Il se figurait reffet qull ferait, en France, en racontant à table d^hôte qu*il avait essayé la guillotine de Louis XVI et qu'il avait passé sa tête par la même lucarne où le petitfils de saint Louis avait passé la sienne.
Seulement il ajouterait : , .
— ^ Mais moi, pas bête, je l'ai retirée.
11 avait déjà fait sa phrase, comme vous voyez. . Seulement il avait compté sans son hôte.
Quand il voulut relever la lucarne, la lucarne se refusa à tout mouvement.
Le Parisien insista : la lucarne tint bon. . Il comprit alors qu'il y avait un ressort et chercha le ressort. •
Mais alors il lui vint une idée qui lui fit pousser une goutte de sueur à chacun de ses cheveux.
C'est qu'il pouvait se tromper de ressort et lâcher celui qui, au lieu de faire relever la lucarne, ferait tomber le couteau.
Alors il se serait décapité tout seul, sans avoir la moindre envie de suicide, sans compter qu'il ne pourrait plus raconter, dans ce monde-ci du moins, qu'il avait essayé la guillotine de Louis XVI.
Or, il lui semblait que dans Vautre, le récit ne ferait aucun effet.
Le parisien, imbu de cette idée qu'il pourrait se tromper de ressort, pensa cpi'il n'avait rien de mieux à faire qu'à appeler.
n appela.
On ne vint point.
Il cria.
Les visiteurs entendant ses* cris s'approchèrent.
^One diable fait là cet honune? demanda un de ces bons Londrins que Punch désigne sous le nom de eockney.
— Oh I lui répondit un autre visiteur d'un esprit plus actif, cette bonne madame Tussaud ne sait qu'inventer pour la satisfaction de son public. Elle a pensé que la vue de la guillotine sans patient était dénuée d'intérêt, et elle a loué un brave jeune honmie, qui fait semblant d'être criminel; seulement, conune on ne guillotine pas à Londres, elle a poussé la vérité historique jusqu'à louer un Français pour représenter le patient.
— A l'aide, au secoiirs, criait le Parisien.
^ Très bien, très bien, jeune homme, répondait l'Anglais, vous jouez merveilleusement votre rôle, bravo.
— Mais monsieur, criait le patient, ce n'est pas un rôle, je vous jure. Je suis là par acccident.
. — Oh 1 oui, bravo, c'est comme celaqu'il faut continuer.
— Que dit-il demandaient les autres visiteurs qui s'amassaient en foule.
— Cc'est une leçon qu'il répète, seulement, il la répète bien.
— Messieurs, messieurs, au nom du ciel criait le Pari -
sien d'une voix qui allait s'affaiblissant. Messieurs, délirrei moi, mais faites bien attention, ne vous trompez pas >!> ressort, Messieurs, oubliez que vous êtes Anglais et me; Français, tous les hommes sont Jfrèrês, messieurs, à Taide, au secours.
— Oh bravo ! bravo, répétait l'Anglais.
Et chacun d'applaudir et dé battre des mains.
Enfin, les applaudissements, les bravos et lés'battemeoîi
•de mains firent si grand bruit ; qu'un dès employés de IV-
•tablissement accourut, fendit la foiiléét péàètra jusqu'à::
captif, auquel il demanda à quelle sorte de plaisanterie il
se livrait.
Au premier mot qu'il entendit, le patient comprit qui lui arrivait du secours. *; *
Il parlait un peu anglais, l'employé de rétaLIissemeL: parlait un peu français'. ' . Les deux interlocuteurs finirent par s'enteÉdre.
L'employé commença par expliquer la chose aux celieux, qui ne voulaient pas, à toute force, qu'on rendit ipatient à la liberté.
De son côté, le patient criait qu'on le délivrât sans r;^ tard, à l'instant même. '' '
• — Monsieur, lui dit l'employé, un peu de patience ; un de nos visiteurs est allé chercher sa femme qui est resté près du berceau du roi de Rome, je vous demande de demeurer jusqu'à ce que cette dame vous ait vu; quelque? secondes de plus, quelques secondes de moins ne sôntpoint une affaire.
— Mais je ne veux pas rester une seconde de plus, moi, je ne suis pas ici pour amuser votre public, je suis ici comme les autres, pour mon argent.
^ Patientez, monsieur, patientez.
— . Mais cela vous. est bien aisé à dire, vous, — j'étouffe, j'étouffe, je vais avoir un coup de sang, à moi, je..., j^ai... ouf!
— Où est-il, où est-il, demandait la femme, en fendant la foule.
— Le voilà, dit le mari.
— Tu m'avais dit qu'il criait, pourquoi ne crie-t-il plus je veux qu'il crie pour moi comme pour les autres.
— Vous entendez, monsieur, dit l'employé traduisant le désir de sa compatriote ; — madame vous prie de crier.
Mais le patient ne soufflait plus le mot.
Vous êtes Français, monsieur, et en votre qualité de Français, vous êtes trop galant pour refuser quelque chose à ime dame, monsieur, deux ou trois cris, voilà tout.
Non-seulement le patient ne criait plus, mais ne bougeait plus.
On eut alors Tidèe qu'il s'était trouvé mal.
On fit jouer le ressort, -» on le tira de sa lunette, — on le mit sur ses pieds.
n s'affaissa sur lui-même.
Conune on Tavait présumé, il était complètement évanoui.
On lui fit respirer des sels, on lui jeta de l'eau glacée au visage, enfin, à la grande satisfaction des spectateurs, il rouvrit les yeux.
Son premier mouvement en revenant à lui fut de porter ses mains à sa tête. En sentant qu'elle était encore sm* ses épaules, il poussa un grand cri de joie, et sans réclamer son chapeau qui l'attend toujours, il s'élança hors des murs de M»« Tussaud. Alex. Dumas.
{La suite au prochain ntméro.) ^
Alex. DUMAS.
Seal propriétaire et senl rédacteur da Ëfantê-Critto. ParÎB. — Imprimerie de E. Brière et C*, nie Sainte- Anne, 55.
I" iNNia. N- ».
UN MIIHERO, 15 CBIHTIHES.
JEUDI 1 1 JLIX 1857.
e (radattUB cl rcprainetln amai Interdites.
JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
•■ •'•borne A P«rlii. •■
FRANCE
Pwii On «. . 8rr.--e.
— Six mois. 4 SO
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CAUSERIE AVEC MES LECTEURS
Chère lecteurs.
Rien ne me retenait donc plus à Bourg, mes renseipnements étaient prêts, elle lendemain matin, je quittai la capitale de la Bresse, la rivale du Mans, par la diligence de MÂcon.
Le même soir j'étais à Paris.
Une fois à Paris, le désir du Césarme revint en tête— ou plutôt, pour être vrai, le désir du César ne m'ayant pas quitté, une fois à Paris, je me préoccupai d'obtenir du mu?ée de Besançon la même faveur qu'en avaitobienue mon magistral.
Mais à Besançon, je ne connaissais personne.
Ah I si Nodier n'était pas mori I
D'ailleurs, si Nodier n'était pas mort, c'eût é(c chez lui que j'eusse vu la statuette de César, et non chez mou magistrat.
Je me rappelai tous mes souveuirs.
Alors il mf> revint à l'espiit que je devais avoir une con- ■ naissance à Besancon
Mais j'hêsilai fort. .\ celle i-rtnnaiss.ince J'avais ivndu uu service. 11 y a uni- chose (l'io j'idexiii-iiuiciilL'i-— c'i'sl qu'il n'y a pires t'uuemis que ceux à qui l'on a rfudu des services.
Si l'homme se contenlall d'être ingrat, il sérail dans son droit.
J'écrivis en tremblant à ma connaissance de Hesançon —
LK MONTE-CailSTO.
et j'attendis, je Tavoue, sans grand espoir.
J'étais injuste envers Ayasse, — ' Bon, voilà que j'ai laissé échapper son nom — par bonheur je ne fais d'ordinaire ces sortes d'indiscrétions que pour ceux dont j'ai du bien à dire.
Reprenons donc.
J'étais injuste ; Ayasse n'avait jamais laissé échapper une occasion ffe me donner de ses nouvelles et de me re mercier en même temps. Aussi, je dois le dire, chacun© de ses lettres m'avait toujours produit une sensation d'è tonnement, qui dénote que je fusse devenu un terrible misanthrape, si Dieu ne m'eût point donné un si bon estomac.
Ayasse me répondit poàte pour poste.
Il avait, ma lettre à la main, été trouver M. Vuiileteii Ma demande m'était accordée.
Dans trois jours je recevrais mon petit César, aVéc un(? notice sur sa mutilation, et sur la manière doùt il était passé de la boutique d'un maréchal-ferranl au musée dé Besancon.
En effet, la statuette n'avait ni bras ni jambe». En outre, à plusieurs endroits la den i du temps ou de la . lime avait laissé sa trace.
Ces mutilations lui donnaient, aU teftte^ un Èàt d'antiquité qui lui allait à merveille.
Je les avais donc facilement laisaéei Stli^ té eoâfiple du tempd^ — je me trompais^ Je devais les mettre sur celui des homme»/ Le temps n'est qu'inflejiible— les hommei sent., qui me donnera un mot pour dire ce que sont les hommes? Je le mets au concours.
*Voici ce qui était arrivé au pelit César ; Il y â une vingtaine d^années, un paysan possédait deux ou trois arpents de> terre et detix ou trois vache» aS village de Voray.
Ne m3 déminiez pas le nom de ce digne homrtie -, il est resté inconnu.
Vous allez voir que le malheur n'est pas grand. Le susdit paysan venait tous les jours à Besançon vendre son lait.
Un jour, en bêchant son champ, sa pioche heurtât un corps dur.
Plus le champ est petit, plus son propriétaire le caresse. Son champ, c'rst le véritable enfant du paysan. Il laisse partir son fils pour l'armée plutôt (lue de vendre son champ.
Il y a plus, si son fils a pris un bon nunïéra, il le laissé se vendre à celui qui en a pris un mauvais, pour arrondir son champ.
J*ai fait un roman là- dessus qui n^est pas le plus mauvais de meà romans :
Conscience.
Notre paysan heijrla donc quelque chose de dur. Il fut étonné I il ne croyait pas avoir laissé dans son champ une seule pierre.
Il fouilla du bec de sa pioché, et fit si bien qu'il déracina une espèce de chose ayant forme humaine ; seulement cette forme humaine était réduite à une hauteur de douze à quatorze pouces.
Que l'on mo pai'donne de parler d'après l'ancienne mesure ; je n'ai pas encore eu le temps d'apprendre la nouvelle.
D'ailleurs, je suis bien aise de dire, en passant, que comme il y a parfois dans les choses^ dans les hommps et dans les institutions qui dis[).'\raiss:;nt, corUiines choses, certains hommes, cert;ûnes institutions que je regrette, je me cramponne le plus longtemps que jo puis à ces
institutions, h ces hommes, à ces choses.
Eh bien I j'avoue que j'aimais autant le pied de roj, l»* pied composé de douze pouces, qui me rappelait Ja Aénérahle mesure du pied de Chaîlemagne, quête» trentetrois centimètres qui ne me rappell«?nt rien du tout.
Je ne suis pas de ceux qui croient que le progrés ne peut marcher qu ert abattant tout ce qu'il rencontre sur sa route.
Le propre» doit, avant tout, conserver, ne fût*ce que pour établir, au bénéfice de ce qui est, une comparaison
AVec ce fjui a été.
Il est vrai que, sur ce point, les progfOTiiléé ne Wfll pa :^ toujours d'accord avec le progréî*.
Ouand nous relisons aujourd'hili PàuH/mî» fltfiitîer. qui était certainement un progrf^sslst^^ HôtM idfnrtlM féii* étonné» de la haine avec laquelle il potirltiit rielix fchâteâti:^, tietin dotijoti», tlellle» tours.
Ilpretidle^ pierfM potif de» idées, wmiTfli âdil Vnithaiïe prenait des tnmiHn» ft Vênl pour dèi pçéahf*.
jidire pftynnn lira drnic fle terre Htt* IbrrtW hUifiiliie féduU*^ A une hautetlr de douié êti ijtitttôtltf podCM.
C'Ptîtlt fmtre César.
C'élpit hlen la peine d'étfe César, À^àihif fcod^ttîirfepa- ^tié, ien «Htles, la Crerf?^ l'Bgtfte, l'Afrir|Wf pmt ^iro dî«-tieuf Cent» ans apte» Wttrésènfé paf tiii» flg««lf« ^ue CharlVmaghé ottt ômiterle de iofi pied.
Bh f mon ftflu, ëbakspeare^ le gtàûA j^imêUfiU, fc'at-11 pà» dit :
A qupUc fln grossière Nous pouvons arriver ; en suivant la pou^^sière D'Alex ndie le Grand, encha'ine état. bIcnlAt Ou peut la trouver drnchi» à la iftaincriin ruiiàod.
HOllATl(f.
Cctel trop stfttilemclit enviéagcf les cWses.
HAMLET
Ifats non. tien (}nô de .«Impie en ces tnéfnmorplioséSr
Pien qu'on puisse nier Tiens. Al.xandrc est mort ;
Oft le me! au tomb au ; li, tous en sont d'accord,
H rpdev'rcnt pn«s» 6fc el sa cendre est de terre,
Ef Ja terre rsf arçîle. et sans plus de mystère,
De rarjîile qui fui Alexaiulre-lc-Grand,
Un polier pei t bien faire «n pot. au dem«araiit.
i;imp(^rieux César, mort, redevenu boue;
I^eul remplir lin* fente où la bise se jeiie, .
PI rnrfcîle, qui tint en suspens rnnîvèfs.
Va plalrcr un vieux mur rongé ()ar ies hivers'.
Or, avouez, chers lecteurs, que niîéut vaut êncofé pour César être représenté par une figurine de bronze de la Iongiieur du pied de Charlemagne, que par une truelléc de bbîie plâtrant un vieux mur.
L'homme, qui ne savait pas ce que c'était que César, tira sa figurine de terre, comme il eût fait d'une rave, et la rapporta à la maison, après s'être assuré que c'était du
cuivre.
Le lendemain, il prit son seau à lait d une main, son César dé Taulre, et comme d'habitude s'en alla à Besançon. ' i '
En passant à Moires, devant la boutique d'un maréchal-
ferrant, il entendit son nom prononcé.
Il se retourna.
I^ maréchal-f errant, qui était un de ses amis, rappelait.
11 était tout sithplement question de boire un verre de
vin.
Mais, pour boire un verre de vin, il fallait que notre homme rentrât dans la libre disposition de ses deux mains.
l6 Sô^^tE-fttsTO.
ni
Celait chose facile
Il posa ewi s^au boue l'établi, son César dc^us.
Tout en trinquant, le maréchal-feiTaal vit 1« Gràar.
— Tiens, qu'as tu donc là ? demanda-t-il.
— Un bonhomme en mivre que j'ai u-ouvé en bêchant ma terre et que je vais vendre a U ville.
— Si c'est du bon. cuivre, il est inulile de le porter plus loin , dit le maréchal-fen-ânt. )e té l'achèterai ausiî bien que le premier quincaillier vend.
— Oh I je né demande pas mieux ; ce he seia paS jplus chef pour ua àmi, — le cuivre est du cuivré.
— Seulement, reste à savoir s'ù est bon.
— Éprouve.
Le maréchal ferrant prit une lime de la main droite, le César de la maîA gauche, él lui 'donna cinq ou six coUps de lime derrière la tète et autant sur la poitrine, pouf a'asSurer de la qualité du cuivre d'abord et que le cuivra était du même aloi dans toute la longueur de la etaluelte.
— Eh bien î Ût le paysan en voj-an*. voler soua la lime la poufisiéi'e dorée.
— C'est du cuivre, tout de même, ilt le maréchalferraût.
— Et du bon, hein 1
— Du cuivre est du cuivre.
— Allons ! voilà monsieur qui va marchander.
— Non, et la preuve, tiens , combien peut-il y avoir de cuivre U-dedanst Deux livres, peut-étref. .
— Oh 1 il y a plus que cela.
— La preuve, c'est que je t'en donne^ du premitr coup, trente boub.
—1 Tu en mettras bien quarante.
Et, en effet, aprée une discussion d'un instant, le Biaréchal en rait quarante.
I.e paysait, enchanté de sa j^ouraèe,>'eQ alla vendre son lait à BesatiËon, priant le boB Dieu de lui envoyer souv^t de pareilles aubaines.
Le maréchal-ferrant avait -son plan -. c'était de faire du César de la soudure. .
Ph I Shakepeare 1 Shakspe.are I , En c<H)8équence ^ chaque Tois que le brave homme avait besoin de limaille de cuivre, il prenait A mdme.
Il lui lima d'abord une jambe, -^ puis l'autre.
Un braS', - puis l'autre.
Qnant A cehii-lÂ, l'bistoire b conservé son oem.
Léguons ce nom à l^Fostérité :
Jl s'appelle Vibï-, '
. ij. était en Uraia d'attaquer le côrp», lorsqu'on aiatlquairê de BewuiçoB.-aooMnéM. Hcdueli passa par hasard. . De ten[^M «a tempB il fatsùl une towmèe par la ville, ghlbADt teM n qm lui ^ctaiMtDt ATett tnie vatew artistiqnfe;
°-Avei^vdînqiRilqiie«fa(itefoiiPfaoi, Vityr Un -4amRB> ^"-t'il ed ^tMiik
*» Mon-, mmi^TOt Riductj n'ov.
■^ Eomment, p«s la plus petita «taïlM ~ '^ Pas la ptni pe'tito.
St il eanttntiHit de ttnnr la nviniH tNi vainqueur de Pha^le et ite Manda.
«■Rient
— Absolument rien.
^ Maift qae diable ténet-vi^in ttooé-tt & laitutàn t **■ A la mtiiii, ma Httw; a-ls'on, A l'antre? '
— Uoé bamboche.
-^ Mon'irei-raoi 11 bawboche, Vlry.
— Oh f la voM, mobfthnïr ftodnbt. Ça TX%n i pas l'air an PTcraiet abord , mais c'est du fameux cuivre, allei.
L'antiquaire, aVec i;etlè intûiUofi dd TaîvhébliDgue, tressaillit en touchant le bronze sacré.
Il reconnut une merveille d'art tronquée, mutilée, mais gat^bm la tiian)\ie tadtlébiA tlu isbff-aiftaAV»
— Combien voulez vous de ce morcesa -ai cwvreî deaanda M, }t«dïtet.
— Ah ! je vous préviens qu'il faudra le payer theri car c'est do faraeax cuivre,
— Je vous demande combien vous en veulèt ? — > J'en voux six franoB.
— Les voiyi. , ....
M. Reduet jeta les six francs sur rétai)li et ae saûrâ avec son César.
M. Reduet mourut quelque temps après cette acquititioa; il -avait un trée-beau rabiaet de curiosiiés qui fat Ysnda A M. Champy, de Dijon,
n y a qujitre aas* M. Cbaœpy ût, A «on tour, «anoncer la vente de son «abfnA.
M. Vuilleret, de Besançon, qui savait que le toAe du César se trouvait dans le cabinet de U. (%am{fy, partit pour Dijon, et fit l'acquisition de ce chAtnunt Antique pour cent cinquante franca.
Hors de tonte atteints profone, grâtie A'cette 'demiAre mutation de mains, la merreilteusè figurine ko trouve ftiainlenant sonB vitrine au musée de Besançon.
Ce fut ainsi que, grâce i\ la reconnaissance d'Ayosse, et grilce à la courtoisie de M. Vuilleret, jeme trouve proprié taire d'une épi-euve du torae de César, épreuve d'autan plus précieuse qu'il n'a été lire qu'à soixante exemplaires.
Que cela ne vous entraîne pas à rendre service, (;hcrs lecteurs, et laissez-moi ces aortes de sottises. Vous ne tombe rez pent-étre pas toujours sur un cœur aussi reconnaissan qu'Ayaase et Btu- an homme auni courtois que M. Vuilleret. Alex. Dumas.