‹ Le Monte-CristoChapitre 47 sur 135 · UNE FABRIQUE DE VASES ÉTRUSQUES A BOURG · texte numérisé non relu

UNE FABRIQUE DE VASES ÉTRUSQUES A BOURG

Pendant que nous sommes à Bourg et que nous parlons d'antiquités, disons un mot d'une chose qui m'a frappé.

Notre journal n'est pas un journal comme un autre, et vous me permettrez bien de mi donner la forme que je veux. Je crois que j'en arriverai à supprimer romans, histoire et traductions, et à ne plus faire que causer avec vous.

Il me semble qu'à tout prendre, c'est la chose qui vous amuse le plus, et nioi aussi.

Je revenais donc de TégUse de Brou, je rentrais dans la ville par le faubourg Saint-Nicolas, quand tout à coup, en levant le nez, j'aperçus sur une fenêtre du n® 84 et audessus de cette inscription: Charles Bozonnet, potier, des pots d'une couleur charmante et d'une forme parfaite.

Avec quelle argile étaient-ils faits? Etait-ce avec la poussière d'Alexandre-le-Grand, ou la boue de César? Je ne m'en inquiétai pas, je montai.

La femme vint m'ouvrir; je demandai le potier, il arriva les mains pleines de terre.

Je trouvai un artiste sous Tenveloppe d'un ouvrier.

Nous causâmes.

— Mais, mon ami, lui demandai-je, comment se fait-il, puisque vous dites vous-même avoir commencé à faire de la poterie comme tous les potiers, comment se fait-il que vous soyez arrivé à épurer de la terre commune et à éléganliser des formes vulgaires?

— Ah ! monsieur, me répondit-il, c'est la faute de ma femme.

— Comment, c'est la faute de votre femme ?

— Oh ! je ne le lui reproche pas, au contraire.

— Expliquez-moi cela.

— Il faut vous dire que ma femme, tout le temps qu'elle ne passe pas derrière son pot au feu ou autour de ses enfants, elle le passe à lire.

Je saluai la fenmie avec un certain respect. Elle se mit à rire.

— C'est vrai, dit-elle, c'est mon défaut, j'aime cela de passion, lire.

— Je dirai comme votre mari, madame, je ne vous en fais pas un reproche.

— Eh bien, il faut vous dire , monsieur , que tout en lisant, elle tomba sur un livre intitulé Atcanio.

— Ah! bah.

— Vous le connaissez ?

— Oui.

*- Eh bien, quand elle eut lu ce livre, elle vint me trouver, elle le tenait à la main.

— Bon I lui dis-je, te voilà encore avec tes romans.

— Oui, et celui-là, il faut que tu le lises.

— Est-ce que j'ai le temps?

— Tu le prendras.

— Mais, malheureuse, si je vais donner comme toi dans la passion de lire, que va-t-il arriver de nous? Tu peux écumer ton pot au feu tout en lisant, mais moi je ne puis pas en même temps lire et pétrir ma terre.

— Ecoute, dimanche, nous devions aller ensemble à Ceyzeriat, n'est-ce pas?

— Qpi.

— Eh bien , au lieu d'aller à Ceyzeriat, je resterai à la maison, loi aussi, et nous lirons.

— "Ce .sera amusant!

— Dame, peut-être.

— Il faut vous dire que, tout en ayant lair d'être le maître, je fais toujours tout ce que veut ma femme.

— Je connais bien des chansons sur cet air là, nion pauvre ami.

— Le dimanche venu, je restai donc. Voyons, où est ton livre? lui demandai-je.

— Le voilà.

Et elle me donna le diable de livre.

Je le pris en rechignant.

D'abord, cela ne m'amusa pas beauéoup ; il était question de toutes sortes de personnages que j'ai connus depuis, mais que je ne connaissais point alors • deM»* d'Etampes, de François I*»*, du prévost de Paris; enfin, je tombai sur un nommé Benvenuto CeUjui, un faiseur de pots de Florence, à l'exception que celui là, au lieu de faire ses pots avec de la terre, de la faïence, de la porcelaine ou du près, les faisait avec du bronze, de l'argent, de Tor. — Monsieur, à partir de ce moment-là, je ne pus lâcher le diable de livre qu'il ne fût fini, et, quand il fut fini, il s-? fit un grand boide versement dans ma tête ; il y avait peutêtre dans le magasin une trentaine de pots, de cruches et demarmites; je pris un bâton, et vli et vlan, voilà touîe la vaisselle en morceaux. C'était ma femme qui était saisie: elle croyait que j'étais fou, et elle faisait tout ce qu'elle ppuvait pour m'arrê ter, en me disant :— Charles, mais qu'est-ce que tu fais donc, Charles? — Mais elle eut beau dire, je ne m'arrêtai que quand cela fut fini. Je lui dis . C'est bien ; maintenant, je vais aller au musée de Besaccon ; elle me crut de plus en plus fou. — Bozonnet, me ditelle, Bozonnet, songe à ta femme et à tes enfants. — C'est justement à eux que je songe, lui répondis-je. Je ne veux pas qu'ils soient des ouvriers comme leur père et leur grand-père ; je veux qu'ils soient des artistes, des artistes comme Benvenuto Cellini, comme Michel- Ange. Vous voyez que ma pauvre femme ne se trompait pas tout à fait, et que j'étais au moins à moitié fou; n'importe, elle commença de comprendre. — Ah! dit-elle, ah! oui, oui, oui. Alors, imaginez-vous qu'au lieu de me retenir, la voilà qui me pousse. Le lendemain, en route pour la capitale du Doubs, et en avant. Monsieur, il y avait là des urnes de bronze, des vases étrusques, des cruches égyptiennes, tout cela d'une pâte et d'une forme à faire tourner la tête. Imaginez que je dessinais a peu prés comme notre chat ; jamais il ne m'était venu dans l'idée de toucher à un crayon. Je sors du musée, j'achète un crayon et du papier; je rentre et je me mets à dessiner : c'étaient de drôles de . dessins, allez ; je recommençais dix fois, vingt fois, trente fois; mais àja fin de la journée me voilà tout étonné que cela commençait à aller. Le lendemain, j'y retourne ; ça allait mieux que la veille. Enfin, lé troisième jour, je reviens à la maison avec une douzaine de dessins, pas bons, mais suffisants, voyezvous, pour ce que j'en voulais faire, sans compter que j'avais vu un jour dans un coin da pays une espèce de glaise et que je m'étais dit : — Tiens, tiens, tiens, voilà une chose qui pourra servir au besoin ; c'était à croire que c'était exactement la même que celle des vases étrusques et des cruches égyptiennes; j'y vais, il y on avait une mine. Dès le lendemain, monsieur, j'étais à même de deux charretées de terre, et je faisais de mon mieux pour arriver aux formes que j'avais dessinées. Les voisins me regardaient &ire et ils haussaient les épaules. — Tu vas crever de faim, mon pauvre Bozonnet, me disaient-ils ; à quoi diable veux-tu que servent des p^ots de cette forme-là? On ne peut ni faire la soupe ni aller à la fontaine avec tes pots, et ils avaient raison ; il y en avait qui étaient faits sur la forme de ces amphores, vous savez, où les Romains mettaient leur vin et qu'ils enfonçaient dans le sable. Il y avait des urnes sépiilcrales, des lacrymatoires. Tout le monde se moquait

de moi; ce qu'il y avait de pis, c'est que tout le monde avait raison ; pendant plus de trois mois, je restai sans vendre une seule de mes machines. Oh ! femme, je dis, ce n'est point cela ; il ne s'agit point de s'entêter et de crever de faim ; nous allons faire les anciens pots pour la nourriture et les nouveaux pour Tart, pour le plaisir, pour la réputation, et qui fut dit fut fait. Je me remis au métier, faisant de l'art âmes moments perdus, de sorte que, vous comprenez, l'ouvrier nourrit l'artiste ; de temps en temps il y a des amateurs, comme vous, monsieur, qui en passant voient mon exposition sur la fenêtre; ils montent, visitent mon magasin et m'achètent quelque chose, mais c'est rare.

— Eh bien 1 repris-je, si j'essayais de vous dessiner deux pendants et un milieu, est-ce que vous croyez que vous pourriez les exécuter?

— Pourquoi pas ?

— Dame, je vous le demande.

— Essayons. -

— Je vais d'abord essayer, moi.

Je pris un crayon, et je dessinai trois pots de la forme la plus pure que pût me fournir ma mémoire.

Bozonnet me suivait des yeux avec la plus grande attention.

— Oh ! oui, disait-il, au fur et à mesure que j'avançais ohl oui. " '

— Oui, oui, dit-il, quand j'eus fini.

— Quelle taille voulez-vous qu'ils aient ?

— Dix-huit àvingt pouces de haut.— Combien vous devrai-je ? *

— Dame ! Il y a de l'ouvrage.

' — Je le reconnais.

— Ecoutez, ça vaudra quinze francs.

— Le pot?

— Oh 1 non, les trois pots.

— Eh bien, va pour quinze francs, les voilà.

— Bon I vous payez d'avance.

— Et qui sait si j'aurais les quinze francs le jour où vous enverriez les pots. "^ "°

— Oh ! l'on vous ferait crédit.

— Merci, — à quand les pots ?

— Je ne peux pas vous le dire ; quant à cela, vous comprenez, û faut vous en rapporter à moi, il y en a oui s^ gercent à la cuisson, voilà pourquoi c'est un peu cher '

— Je ne trouve pas que ce soit cher du tout

-Là, reprit Bozonnet, maintenant, comme monsieur n est pas de Bourg. . . "^

— Eh bien I

— Je le prierai de me laisser son nom et son adressP pour que je puisse lu^ envoyer sa commande.

Il prit une plume et s'apprêta à écrire.

Je dictai.

Rue d'Amsterdam, 77. •

— Rue d'Amsterdam, 77, répéta Bozonnet, voilà l'adresse Mais le nom. «^^esse,

— Alexandre Dumas.

effir ^' ''°^''' "'"' '^'" ^'''''^' j'*^^^ °»éoa8é mon La plume lui tomba des mains.

d Je^'°°' ^''^'''^ ^""^ ' '^ '"''' ^'' "^ ""° °« ^"^t pas

— Mon Dieu, oui.

— Cost-à-dire que c'est vous qui êtes cause.

— Que vous avez failli mourir de faim, vous venez de me raconter cela, et je vous en fais mes excuses.

— Oh I il n'y a pas d'affront !

— Ni de rancune.

— Je crois bien. Alors, si c'est vous qui êtes M. Alexandre Dumas...

— Hélas oui, c'est moi.

^ — On fera de son mieux, oh ! femme qui est-ce qui

t'aurait dit cela que ton auteur viendrait dans notre pauvre maison, car vous êtes son auteur, oh ! vous lui en avez coûté de l'argent, vous pouvez vous en vanter, eh bien, c'est égal, on ne vous fera pas payer plus cher pour cela', ^ant on est content de vous voir.

Je donnai une poignée de main au mari, j'embrassai la femme.

Un mois après, j'avais mes trois vases, plus une carafe, un verre, un crapaud , et une couleuvre par-dessus le marché.

Le cadeau accompagnait la commande.

Maintenant, chers lecteurs, les vases sont fort beaux en reaUté, d'une coupe grave et antique ; si bien que tous ceux qui les voient dans mon atelier me demandent à quel Musée je les ai achetés, et le prix qu'ils m'ont coûté.

Ce à quoi je réponds :

— Je les ai achetés au musée de Charies Bozonnet, rue Saint-Nicolas, n» 84, à Bourg-en-Bresse, et ils m'ont coûté quinze francs.

D'où vient que je vous parle de cela aujourd'hui, chera lecteurs ?

Je pourrais vous répondre tout simplement : Je vous en parie parce que j'ai pensé à cela et non à autre chose • je vous en parle, enfin, parce que je vous en parle.

— Mais, ce ne serait pas tout à fait vrai.

— Je vous en parle pour avoir l'occasion de faire un autographe.

— Un autographe ?

— Oui.

— Voici la lettre que j'ai reçue ce matin :

« Bourg, 4 juin 1857.

Monsieur Alexandre Dumas,

» Lors de votre rapide séjour dans notre ville de Bourff vous avez daigné m'honorer de votre visite et faire acte d« présence dans mon petit atelier : non seulement, vous m avez alors acheté trois vases, mais encore vous m'avez fait espérer que lorsque vous auriez à me commander auel que chose, vous m'écririez directement : à cet effet ma femme vous donna mon adresse ; mais vous l'aurez perdue probablement,-ceci est parfaitement vrai, «puisc^e vos autres commaiides me sont venues par l'intermédiaire de M. MiUiet ; c'est pourquoi je prends la hberté de vous écrire la présente d'abord pour vous remercier de nouveau et von^ prier de vouloir bien prendre paUence encorldeux ou trois semamespourl'expédition.de vos vases

. Vous m avez porté bonheur par votre visite,'monsieur • bon nombre de mes productions sont promises, S je S '

rXr 'IT"^'^' ^' '"^' P^^P^^^ pour fouini?un; collection d objets, produit de cinq ou si^ ans de trava^?

je vous remercie donc doublement. »

. Et maintenant que M. Alexandre Dumas aura lu ce miî précède, U se dira en posant ma lettre sur sonbu^eaT

vSonsT ' ''''''"^' ^"^' "^^ ^^^^^ ^ n'exfge î^?5^

Al * ^^!? "^^ °® ^^^""'^ P^^ ^^ tout mon compte à moi • si \f Alexandre Dumas fût revenu le lendemain du Zur . • '. avait fait à mon atelier l'honneur de le^s^ter iC^^ "". '' venté n'importe quoi et prié FillLtr^^^^^^^^^ '^7^^^' un autographe; ça ne vous aurait rien comé au mlhtSL

note^ que vous prçuiez daps polira vUlç çt Qe9. environs pour les Compagnons dé JehUy que j't^i lus ayçc le piéine intérêt et le même plaisir que jV toujours i 4èyorer vos ouvrages, depuis que, grâce à ma femme, i> ai çQordu.

• Car voQs nVv)l)lierez p^,)I. Alexandre Dumas^ quo c'est en lisant vos descriptions sur Benvenuio Cellini im^ 4l^ eanio que j*ai senti bouillonner ^jx mo| Vapaour de Tart ; je ^ Ûgp ^ue ^ti& pauvves petites productiona n'étendront iojpfifili» vie4 ^ui ressemble à 4p \f, çéléb^t^. 9^ 4^ !*? «i»SfeÇ^<¥» que ïne% 4^Hvre* m'^éî W^^ÇHP^Wil* <^^V^^ cellg ^ vous avoir gQ^dè guçl(^fî ^<^%^ ÇfâëS ma. mai&ûn.

■ Ma femme et mon fila wîf^g8#«t ^ ^n% %kW9à Vm^ cères.

> Gh^rieg Pcoûiqikx^ » Potier de terre à Bourg-en-Bresscy faubourg MuO-

Niouias, N9S^. 9.

Çô que le vîa de plus clair dans, foi^t cçl^, ç'efi^ qi^e j^gp ami Çgar^s Bozonnet voulait un autographe dft moi.

0uel aiilographe lui do^per ?"

Alors J^eus une idée, c*étaît de joindre T^U^ & Vagiéable. " ^

Citait 4e vws ra^coixter gq^ hUtpîr^^ çbeç^ teSV^SW^ »* de lui en envoyer le ié3it.

Q'est ç§ çjui çera (ait.

En attendant, si vous désirez des pots de terre iÇ\\W beHe çputeur ç^ ç^éçutés avec wx\o, ^^(^aUrabJe iatelligeijce, faites çHi feUfts (aire vos jle$8ine^ et e^vpyez-l^s, §l4> foi^bourg SaintrTS'ipalaa, à Ch,arlpçPpzoiHiet, ^ Bo^ygrén-Ççenç, et rapportez-vo\}§: çn ^ lui.

dans son commerce.

Chers lecteurs, je vous donne ma P§{^ 41^^^^ fine cela n'est pas vrai.

Non, mais en faisant fiàt^ y-di ^aâà une ohoae qui mV v?ki( un jpur prafop^^mfnt ^^ucl^é,

je ve^s vôu9 ^acpnti^ ç^x\% f^^fm :

le TOPa fâ ^t 4ans un^ ^ xm9 pmédwtas fiausaries qu'U m'était iipJoHr y«nu à Vi4é§ de refmva paaà pas le çnepÛQ 4S Yar^nes poqr relever le« erreurs Âûtea par les histqiena qui ont §crit cotte magnifique histoire à% la CtntQ 4u W \ si m^^iQqua, qu'elle r^aernble à un roman.

J'^rr^yçiis 4 Sainte-Ménébould.

L'hûfiune qui inenait mp^ çhfMrràrbaAfii a^i^ta i Tantrée de }$t ville et me dexuanda, :

— Qtj ^um vous conduiva?

le çépoAdia gaps liési^ç^ :

— A l'iiôlet de Metz,

Ppujpquoi 4 rî^ôtel de )|e^ piuiftt qu'aîlleurs» Je yaia vqua }e dir^,

J V^a lu> 4ips Touvrage 4vi ili^in de Viotop Hugo, une description q^i m'ayfii( fait m^ dir^ i moi-même :

— Si jamais je passe à Sai^^ -MéQêWuld, je deaoandi^i bien certainement ^ rh6tel de Metz.

Cette description là voici :

« Sainte Menébould es^ une esses pittoresque petite ville répandue à plaisir sur la pente d'une coUioe fovt verte, surmontée; ^e gr|«)^. «rbirea. Tai vu iSaint^Ménébpuld une belle cbofg,

> C'est la cuisipe {le Yffétei dû Mets.

» C^^Uipw VJT^W euiabiBi upe aalle immense : on «es

murs occupé par clés cuivres, lautre par des. faïences, au milieu^ en face des fenêtres, la chçminée^ énorme caverne qu'emplit un ffcu splendide ; au plafond un noir réseau de poutres magAiftqueinent enfuipées, auxquelles pendent toutes sortes de choses joyeuses y des paniefç, des lampes, un garde-noanger^ et au centre une large nasse à clajres^voies où s\>4alentde^9tes hnfipézesde lard; sous la cheminée, outre le tourne-broche, la crémaîHère et la chaudière, reluit et pétille un trousseau éblouissant dSine douzaine de pelles et de pincettes, de tontes les fermes, d** toutes les grandeurs ; Fûtre flamboyant envoie des rayons dans tous hs oolns, découpe de grandes ombres sur le plafond* jette une teinte rose sur les fàleneea bleues et fait resplendir l'édiQce fantastique des casserollea eemaie une mumtUe 4e braise. Si jetais Homèra eu Rabelais, je dirais ^

-« Cette cuisine est un monde , don( cette chemtpée esl le soleil.

» C'est un monde, en effet, un monde où ^ V^\ (gute une république d'hommes, de (^mea et d'^atmaux ^ des garçoni, 4es s^rvant^a des m^^miton^ ^es roi^liers, des poêles sur les récbftuda, dea marpitça ^\4 g^Ufaént, des friiurefli qui glapissent, ^espipe%/des oarièsi^ 4^^* fipfaou qui jouent, des chats et des chiens, et le miadtrê qui surveille,

• Mens agitât molem . »

» Dans un co^n, une grande horloge à g:^^ne^f[| i poids, dit gravemept l'heurç à tous ces gens occupés ; parmi les choses innombrables qui pendent au plafbnd^J'en ai admiré une surtout, le soir de mon arrivée ; ç ç^t une petite cage où dormait un petit oiseau ; ce petit oiseau m'fi'paru être le plus admirable emblèrue de Ic^ confiance. Cet autre, cette forge à indigestions, cette eutsine effha:i[ânte e^t nuit et jour pleine de vacarme : l'oiseau dort ; on a beau faire rage autour de lui, les hon^mes jurent^ les femme^ querellent, les enflants crient, les chiens aboient, les chats miaulent, l'horloge sonne, le cpupere^ co«:ne^ la lèchefrite piaille, le toumebrocho grince, la fontaina pleure, les bouteilles sanglottent, les vitres frissonnent, les diligences passent sous la voûte comme le tonnerre , la petite boule àif^ plumes ne bouge pas \ •

Maintenant vous eemprenes , n*e8t-ea pas ^ ehers lecteurs, que la description m^vait donné le désir de visiter l'auberge.

J'entrai de plein bond dans la cuisine.

Tout était à sa place, le cuivre, la faïence, l'^arioge, le lard, la pelle et les pincettes.

Tout, excepté le petit oiseau qui é^t mort de viçillesse i onse ans.

— Grand âge pour un oiseau \ -^ Citait un çbardon-

neret.

En voyant la minutieuse attention avec laquelle j^examinais sa cuisine, l'hôtesse se ipit à sourire et nie dil '

— Je vois que vous avez lu ce que M. Victor Hugo a dit de nous ; il nous a fait bien du bien en quelques lignes : — Dieu le bénisse partout où il sera.

Que ta bénédiction passe les mers, pauvre âme reconnaissante, et que Texilé la sente passer cqnune up souffle de la patrie.

liO roi Louis XYI a passé avec toute la famille royale ; on ne se souvient de son passage que comme d'un fait historique, personne ne peut dire :

— En passant, le roi nous a fait du bien.

Au contraire, le roi fuyait, le roi trahissait son sermeQt, le roi allait chercher l'étranger pour çentrgf avç(f lui en France.

sr

LE MONTE-CUISTO.

Le roi ne faisait de bien à personne ; il faisait du mal à tout le monde.

Un poêle passe, il est incqi^nu aux gens qui lo reçoivent, îl laisse tomber, toujours iuconuu, quelques lignes de sa plume, la description d'une cuisine ; un million d'hommes lit cette description, personne hq pass^ plus sans s'arrêter à Tauberge indiquée : la fortune de Taubergisle est faite.

Et dix-sept ans après, au fond de son exil, le poète sent avec Tair qui passe, quelque chose de doux comme le frôlement de Taile.d'un ange.

C'est la bénédiction d'une vieille femme qui travei^se la mer et qui vient à lui.

Oh ! mon bien cher Victor, que ces mots qui vous étaient adressés m'ont été doux.

— Dieu le bénisse!

Eh bien ! voilà la chose dont je me souviens. Je me suis dit :

— Peut-être serai-je pour ce§ braves gens de Bourg ce que Victor Hugo a été pour raubergisl© de Sainte-Menehould, et dans dix-sept an§, exilé ou mort, peut-être la femme dira-t-elle aussi cq pii^ii^nt (îç rooi.

— Dieu le bénisse !

Al63^. Dumas.

RECiUSERIE * .

UNE PARENTHÈSE A PROPOS p£ h-S aUHO^OTINB DE MADAME

Ti'ssAyo.

Ne croyez pas que ce que nous allons vous dire à ce propos, cher lecteur, soit précisément folâtre.

Non ; mais toute chose a son intérêt, même les choses hideuses.

Or, à propos de la guillotine de M"»« Tussaud et do l'anecdote très-vêridique du Parisien qui s^va^l tente de l'essayer, j'ai reçu bon nombre de lettres.

D'abord, une dissertation fort savante sur l'invention de la guillotine, qui, au dire de lauteur anonyme de cette dissertation, u*auraii pas été inventée par M. Guillotin.

?uîsune signification, à biiile pourpoint, d avoir à donner la preuve que la f:uillotiue de M»"* Tussaud est bien la vraie guillotine de 1793 ci n'a pas ét^ cUangée pendani ses mois de nourrice chez M. Sanson*

Puis pnfin, une lettre du Parisien qui a laissé son chapeau chez M'"* Tussaud, et qui me dit que j'aurais bien dû le lui rapporter, attendu que c'était un chapeau tout flambant neuf.

Il donne même ladresse dd son chapelier, ce qui fait croire que la lettre est du chapclierelnondu propriétaire du chapeau

Mon intention était de continuer mon récit; mais vous comprenez bien, chers lecteurs, que devant de telles interpellations, je change d'avis et ouvre une parenthèse. Nous reprendrons notre récit dans le prochain numéro, à moins de nouveaux événements.

L'homme propose, Dieu dispose.

Seulement, je vous préviens d'une chose. Asseyez-vous dans votre meilleur fauteuil, accoudez-vous le plus confortablement que vous pourrez, allongez les jambes, mettez-vous à votre aise, nous en avons pour un bojt de temps à causer.

(l) la longueur de noti-e bAvw4^ge aous forço à remollro «u prochulQ numéro Ui AloMccm, Barold et Ut Grands nommés an rûbt àt ehambrt.

j SeulemeiU, chères lectrices, mettez à la pointée de voire jolie main un flacon de sels anglais. Je vais vous faire riiistorique de cette horrible machine que Ton appelle la guillotine, ce qui ne serait pas plus une raison, je Tavoue, pour que le docteur Guillotin l'ait inventée, que le nom de l'Amérique n'est une preuve que l'Amérique ait été découverte par Americ Vespnce.

Mais cette fgjs, rassurez-vous , il n'y a pas pu de passedroit. L'honneur de l'invention est revenu à l'inventeur, et si un Instant elle s'est appelée la petite Louisette, c'était à titre de sobriquet , et pas comme nom de famille.

Abordons le sujet :

Le 21 janvier 1790, l'Assemblée Nationale, qui avait déjà proclamé l'égalité devant la lui, proclamait l'égalité devant le suppHce.

Le premier qui fournit à la justice l'occasion de mettre en pratique cette égalité devant l,e supplice, fut le malheureux baron de Favras.

Il fut pendu.

Il est vrai qu'il était innocent et pendu pour le compte et au lieu et place dç Monsieur da Provence, frèrç i\x Roi, depuis Louis XVIIL

Empruntons à Prud'homme le compte-rendu de cette séance du 21 janvier 1790 :

DISCUSSION SUE LA PEINE DE MOKT. -^ LK DOCTEUE GUILtOTJ^.

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