‹ Le Monte-CristoChapitre 5 sur 135 · THÉÂTRE IMPERIAL ITALIEN · texte numérisé non relu

THÉÂTRE IMPERIAL ITALIEN

PREMIÈRE RSPRÉSENTATION DE CammO^ TRAGÉDIE EN 3 ACTES, PAR MONTANELLI.

En assistant ce soip au magnifique succès de la tragédienne et du poète, nous étions au désespoir d'être obligé de remettre à jeudi prochain cette joie que nous avions de l'annoncer au public, notre numéro portant la date du jeudi 23 avril, et nous renvoyant au numéro du 30 ; mais une idée nous est venue, c'est que notre première édition «le 11,000 étant épuisée, et un nouveau tirage de 10,000 devant se faire, une idée nous est venue, disons-nous, c'est d'enlever notre propre annonce de la seizième page, et de consacrer cette page à Camma,

Nous vendrons peut-être 1,000 ou 2,000 numéros de moins, mais nous arriverons au moins les premiers, et les premiers nous dirons que jamais, ni dans if trra, ni dans Marie Stuart^ ni dans Médée, M«« Ristori n'a été plus belle, plus passionnée, plus tendre, plus poétique, plus terrible. *

Elle est heureusement douée par la nature et par le génie, la femme qui peut, dans la même soirée, avoir la • voix qui caresse et qui maudit, le regard qui enivre et qui lue.

Le geste, surtout, est merveilleux ; calme ou passionnée, M«»« Ristori peut toujours servir de modèle a un statuaire, et elle a résolu ce grand problème, d'être à la fois vivante comme un personnage de Shakspeare, et antique comme une statue de Phidias.

La fable de Catntna est des plus simples et parfaitement facile à comprendre, ce qui ne laisse pas que d'être un grand mérite, quand elle est écrite dans une langue étrangère.

L'auteur nous dit lui-même où il a pris son sujet , dans ce fragment emprunté à Plutarque, et placé par lui en tête de son œuvre.

Plutarque, Des vertus des femmes^ traduction d'Amyot.

• n ;f eut jadis au çays de Galatie deux des plus punissant seigneurs, Sinonx et Sinatus, desquels Sinatus avoit épousé une jeune dame qu'il avoit prise fille, appelée Gamma, fort estimée et prisée de quiconque la connoissoit, tant pour la beauté de son corps comme pour la fleur de son aage, mais encore plus pour son honnestetô et sa vertu, car non-seulement elle aimoit sou honneur et

son mari, mais aussi estoit prudente, magnanime, et singulièrement aimée des sujets pour sa bpnté et sa doucem* ; et qui la faisoit encore plus reMiçder et renommer, elle estoit presbtresse religieuse de Diane fl), à laquelle les Galates anciennement avoient singulière dévotion, ce qui estoit cause qu'on la voyoit souvent es sacrifices publics et solennelles processions parée et accoustrée magnifiquement. Sinorix en devint amoureux,^ il commit un malheureux acte, car, d'aguet propensé, il tua Sinatus, ei peu d'espace de temps après if alla demander Gamma eu mariage. Elle faisoit sa demeurance dedans le temple, et ne supportoit pas la malheureuse forfaiture qu*avoit commis Sinonx que d'un cœur abattu et failli, qui ne fist qu'émouvoir lès gens à pitié ; ainsi avec \in courroux couvert en elle-mesme, n'attendoit autre chose que l'oc^casion de s'en pouvoir venger ; de l'autre costé, Sinorix estoit assidu à la solliciter et prier, lui alléguant des raisons qui sembloient avoir qifelque honneste couleur, qu'il s'etoit toujours monstre plus homme de bien en toutes sortes que Sinatus, et que ce qui l'avoit induit à le tuer, c'estoit la véhémence de l'amour qu'il lui portoit à elle, non pour aucune meschanceté.

» La jeune dame du commencement lui flt'des refus qui ne furent point trop rudes, etsembloit que tous les jours peu à peu elle s'allast s'amoUissant, d'autant niesmement que ses parents et amis estoient ordinairement après à la persuader et forcer de consentir à ce mariage pour faire plaisir à Sinorix, lequel avait grand crédit et grande auctorité au pays ; tant que finalement elle y consentit ; et l'envoya quérir qu'il vinctvers elle, afin qu'en la présence de la déesse mesme le contrat du mariage fust passé,, et les espouailles solennizées. Ouaiid il fut arrivé, elle le récent gracieusement, et l'amena à l'autd de Diane, là où elle respandit à la déesse un peu d'un breuvage qu'elle avoit

f préparé dans une coupe, puis en beut mie partie, et bailla 'autre à boire à Sinorix. Le breuvage estoit de l'hydromel empoisonné; et quand elle vict qu'il l'eut toutbeu, alors, jetant un gémissement haut et clair, et faisant la révérence à sa déesse : « Je t'appelle à tesmoins, dit-elle, trèshonorée déesse, que je n'ay survescu à^inatus pour autre intention que pour voir ceste journée, n'aiant eu ne bien ne plaisir de la vie en tout le temps que j'ay vescu depuis, que l'espérance de pouvoir \m jour faire la vengeance de sa mort, laquelle aiant maintenant faite, je m'en vais gayement et joyeusement devers mon mari. Mais toy, le plus meschant homme du monde, donne ordre maintenant que tes amis et parents, au lieu de Uct nuptial, te . préparent une sépulture. » Le Galatien aiant ouï ces propos, et commençant desjà à sentir que le poison fesoit son opération etluitroubloittout le dedans du corps, se fit mettre dedans une litière, et ne sçeut si bien faire que le soir mesme il ne rendict l'âme ; et Gamma aiant passé toute la nuict, et entendu comment il estoit desjà trépassé, s'en alla volontairement et gayement hors de ce monde. »

Nous reviendrons sur cette soirée, et consacrerons un article à M. MontanelU. G'est bien le moins que nous devions à l'homme d'état dévoué, au légiste éminent, au patriote infatigable, çue son succès de ce soir vient de placer au rang des premiers poètes modernes de l'Italie.

Et par poète, nous entendons poète créateur, poète dramatique, car, comme traducteur, son succès était déjà fait par médée.

M™« Ristori a été obligée de prendre une seconde voiture pour rentrer chez elle.

La première était pleine de bouquets.

Alex. Dumas.

24 avril, deux heures du matin.

(1). La Diane celtique s'appelait Roridwen (Corlvena).

Alex. DUMAS ,

Seul propriél^e et seul rédaotetir du Mùnk-Cruio Pari». — Imprimerie de E. Brière et G*, me Sainte-Anne, M.

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JOUMAL HEBDOMADAIEE DE ROMANS, D'HISTOIEE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

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