THEATRE-FRANÇAIS
Reprise des Comédiens de Casiuir Delavjgne. .
Cette fois, nous ne ferons pas la guerre au Théâtre-Français; les Comédiens joues au théâtre de la rue Richelieu ne sont pas seulement une reprise, c'est une réparation.
Tout It^ monde connUU r^nt^cdotç i^lative a la leclure et au refus des Vêpres SirHirnms par le comité de la rue Richelieu, Ce refus nous valut U»8 Comédiens,
L'auteur dos ilfssénieithes , sur dix voix, n'en obtint, 'e crois, que trois poiir la réception (Je sa tragédie.
A ctrttc époq\ie, Ivs comédiens étaient obligés de consi-
gner par écrit sur leur bulletin le«nolif de leur réception ou de leur leJiis.
Une des dames de la Comédie-Française, la belle Mtt« B..., jeta dans Turue un bulletin eoziçu en ot*^s termes :
Je refuse celle ouvrage qui est mal écrite
L auteur lui-même a. dans les ComéUiens, consigné ce fait, qui acquit à cette époque ua caractère incontestable d'authepticité. .
La dame qui avait exprimé d'une Xaçon si maUieureuse son opinion littéraire sur l'ouvrage, était une médiocre linguiste, mais une agréable comédienne.. Ou avait eu tort de l'enlever à son milieu en Vadmettaat à faire partie d'un comité de lecture, voilà tout.
Les Vêpres Siciliennes^ refusés au Théâtre-Français, obtinrent un immense succès à l'Oileon-
Les Comédiens suivirent les Vêpres Siciliennes et obtinrent un succès non moins grand.
Supposez rOdeon fermé, et c'est une supposition permise à l'endroit d'ui théâtre qiii n'est si souvent qu'entrouvert, Casimir gardait dans sqn tiroir les Vêpres 5/c/liennes, et ne ftiisait pas jouer les Comédiens, c'est-à-dire une de ses meilleures , sinon sa meilleure pièce.
Il est vrai que si la Comédie-Française avait reçu les Vêpres Siciliennes^ Casimir Delavigne ne faisait pas les Coméd'ens,
A quelque chose refus est bon.
A la mort de Casimir Delîîvru:ne, je crois, la Comédie- Française reprit cette spirituelle satîrr. La représentation de la semaine dernière n'a donc été que la reprise d'une repr'se.
Aussi, n'estrce point de la comédie que noiis allons nous occuper aujourd'hui, mais i'un de nos confrères en critique, qui consacre son feuilleton du l'indi à une savante et consciencieuse appréciation de la comédie de Casimir Delavigne.
Que diable, ce n'est pas le tout que de s'occuper des auteurs ! 11 faut aussi avoir .quelques louanges et quelques encouragements pour les critiques qui maintiennent ou ramènent ces messieurs dans la bonne voie par leui's judicieuses appréciations.
Par malheur nous ne nous vendons encore qu'à dix ou douze mille, de sorte que le retentissement ne sera pas aussi grand que nous le .voudrions.
Voilà des circonstances, où nous regrettons dte ne pas nous tirer à 80,000, comme le Times, ou à 35,000, comme le Siècle.
Si nous voulions faire comprendre tout ce que cet article de notie confrère a de remarquable - au li-eu de l'extrait que nous allons en mettre sous les yeu.\ de nos lecteure, nous serions obligés de le citer en entier. Ce serait bien heureux pour nos abonnés, nous en convenons, mais cela pourrait avoir des ooosèqueaces fâcheuses pour hghs, que l'auteur poursuivrait sans aucun doute en contrefaçpn.
Voici la situation et les vers qu'attaque particulièrement le critique, avec uue éloquence qui indique la conviction.
Heui'eux J^t ^uwie» cçinvainqus ! tîommf aux pauvres d'espijpit le royaiimades (ieux Jour sera ouv^t — et ils auront le pas sur ces derniers,, car ils y auront double droit.
Sautons pardessus les trois premiers actes et abordons le quatrième.
— Le poète — Victor— qu après d'interminables débats les qQra$aifij& lîdj^iapm déjouer ^ \jp^rq\ikJm^ flu'il l'a pu a contenu sa colère et son indignation,— se donne, en
LE MONTË-ChlSTO
Un, le plaisir de dire une bonne fois à l'an d'enlr'eux, le plus impertinent de la troupe, et ce n'est pas peu dire, tout (^e qu'il a depuis longtemps sur le cœur. —Vous refuse» de me jouer — pourquoi? Vous craignez qu'on sifQe mon ouvrage—maïs c'est le mien et non pas le vôtre. Vous parle* de vos devoirs envers le public — mais comment les irem plissez-vous? Comment nous traitez-vous, nous autres pauvres auteurs? Votre superbe indifférence se joue de nos chagrins, de notre désespoir, de notre misère ; vous nous étouffez au berceau.
Oui, par votre indolence, * Le théâtre avili marche ii su décadence. Oue de vieul manuscHis, qui sonl encor nouveaux. Dans vos cartons poudreui ont trouvé leurs tombeaux. Que d'enfants inconnus du vivant do Wurs pères» En paraissant au jour, sont nés sexagénaires. Et mutilés par vous quand vous nous les offrez. Réduits a votre taillo, énervés, torturés. Ne rendent à l'oubli, qui soudain les réclame, Que des corps eo lambeaux, sans vigueur cl sans Ime Contre tant de dégoûts, que peuvent les auteur?? Déttépêréu mfn iVnn iiècJê de lenteurt , ils ravalent leur muse aal jeut do vau<)éviUe, Aux tréteaux de la farce où votrç orgueil Textlr; Aiosi périt en eux, dès leurs premiers essais. Le germo des beaux vers et des nobles sucées. Tout périt ; vous frappez noire littérature Dans sa. gloire passée et sa splendeur future. Je le sais, ma franchise est un crime h vos yeux ; le vois que je tue perds, mais ynime cent fois mieux Tenir du travail seul une obscure existence, En creusai»! un sillon vieillir dans Tindigence, Sans espoir de repos, de fortune et d*honneur, Que mendier de vous ma gloire et mon bonheur. Adieu.
Certes, voilà des vers biçn tournés, verveux ; Casimir Detevigne en a rarement fait de meilleurs ; c'est qu'il était ioutenu par ce sentiment qui met le cœur du lion dans lé . corps delà colombe,— parla colère, . , .
Oh!- la colère est une Muse inconnue des Grecs, c'est ' rf«li,*niàiB bien- G.(^^a:^fe des moderne3.
Aussi n'est-ce pùini la forme que blâmP; le oiitique donk nous ««ôns l'honneur de nous ocçujper. •. ... ffe^t W fond— c'est la pensée I . . . i
5 y à'wrtjttt «a de ces ters qui lui 'pàr^ît refnféxitie^ hne idée éminém'ûumt fuisse ; .' ^ : :
- e^srîcehii^ : : i '-' : . -'• ■'" ^' ''. ' '' •• ' \
'' Je' votiii dertmndi*' toute* votre àtteiition^'^fr qui mè
Jisez; "■.'*' -*' -- -• !
PiMpérés enfin d'un »ièch de lueurs, r :
Écoutez, cette fois, ce n'estplws moi, cestle critique qui t^arle.'
Ah I si je pouvais parler comme cela, jé serais bira heureux.
• Que vous semble-t-il d'im siècle de lenteurd.
» Le dix-neuvième siècle 1 le siècle de la rapeur M du télégraphe électrique, le siècle de tant de prodigieux enfeulements littéraires, le siècle des grands poètes , des grands peintres, des grands statuaires^ et encore et surtout le siècle des gmnds capitaines et des grands législateurs, des batailles épiques des Iliadeê gu'Hémire n'itwaitermt pas^ dit quelque part Théophile &aatîer — le siècle des marches rapides à travers tous les mondes-^marches tantôt éclairées par le flambeau de la science, tantôt par l'éclair des épées — vous l'appelez dans votre mesquine colère de poète wn siècle de lenteurs} »
Nous nous arrêtons.
Vous comprenez, n'est-ce pas? .
Le critique a .cru que le poète en ëcrivatit ce vers
Ùéêûipérés enfin d*utk siècle de lenteur t,
apostrophait le dii^-neuviejne sièiUe.
Slupfte^ génies.
— Oh I bienheureux pendus, disait un Italien qui sor tait de disputer avec Sully, en s arrêtant devant trois cadavres qui se balançaient coquettement au bout de leurs cordes sur la place de la Grève ! bienheureux pendus qui n'ayez plus affaire à H. de Sully?
Hèlas ! on ne peut pas dire des pauvres auteurs : — Oh bienheureux morts qui n^aurez plus affaire à M. Jules de Prémaray ! •
Car c'est M. Jules de Prémaray, chers lecteurs, qui vient de faire contre ce malheureux vers :
Béeêtpêréi enfn d^un tiêelê de lenteurs,
Télbqûente sortie que j'ai eu l'honneÀt de mettre sons vos veux. •'"
Voua n en croyez rien.
Achetez là Pattie du luridl 6 juillet, et si vous aimet à rire—vous n'aurez ^ perdu votre arjgent.
Car je ne vous ai cité qu'une démi^^olonite du feuille* tefi de rilluitté' 6rïtii|ûé;et trou^' 9X^% dix colonnes de la
même force »
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Alexandre Dumas.
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Alex. DCMAS.
Senl propriMaire et ieul rédactsur du Monts-Cride.
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PétIb. — Imprimerie de E. Bri^re et C% Tue Viviwme, 4&.
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