‹ Le Monte-CristoChapitre 75 sur 135 · JEUDI 16 JUILLET · texte numérisé non relu

JEUDI 16 JUILLET

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LE

JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

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FRANCE

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ÉTRANGER-

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CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Ghers lecteurs,

Vous rappelez-vous où nous en étions i la un de notre dernière causerie?

Nous en étions arrivés au dèbarquemeul à Paleroie du roi Ferdinand , de la reine Caroline, des enfants royaux, de Nelson, d'Emma Lyonna, de lord Hamillon et du minislre ActOD.

Voie clair qui l'osera, dans ce triste et honteux dédale d'amour adultère et de tendresses lesbiennes.

Quaut à l'amiral Carracclolo, il letouma à Naples avec U congi du roi.

Naples, pendant ce temps, avait ouvert ses portes à dumpioanet et avait proclamé la République.

Tout ce qu'il y avait d'intellifience à Naples avait pris part à ce mouvement, GyriUo, Pagano, Henloue, Conforti, Cimarosa, Hector CarafiTa, la mai-quise San Felice, Eléonore Pimenlalâ, le prince Torella, le prince Riarlo, le marquis Carietto, le chevalier Abamonli , l'orateur Poerio.

C'èlail la lumière pourtous ces grands esprits et tous ces grands cœurs, qui jusque-là avaient vécu dans les ténèbres.

Tout cela venait d'èclore République et républicains au soleil de la France.

Pendant ce temps, Nelson faisait l'amour à Païenne.— Voulez vous avoir une idée de l'état du cœur et de l'esprit de ce double vainqueur.

Voici un autre froment d'une de ses lettres :

LE MOKTË-CRÎSÎO.

« Je loge toujours dans le palais de lady HamiltOQ ; elle est mon conseil, ma confidente, mon secrétaire, ma garde malade.— Ma santé, il e3t vrai, est altérée. Mais, tant que je respirerai, si la reine l'ordonne, je resterai ici pour la protéger. Mes pensées me dévorent et me tuent, mon seul désir est quelquefois de descendre avec honneur dans la tombe, et, lorsque la volonté de Dieu m'y appellera, je recevrai la mort comme on reçoit un ami. Ce n'est poink que je sois insensible aux richesses que mon roi et mon pays accumulent sur moi ; mais je suis prêt à quitte^* ce monde de trouble, et je n'envie personne, excepté ceux dont le domaine immuable se compose de six pieds de teri^. »

Si avant le meurtre de Carracciolo et les assassinats de Naples, Nelson enviait la mort, la mort dut alors être d«ux fois la bien-venue à Trafalgar.

Pmdmt qute N^hioh logeait chez lady Hamiltons îâdsdit des VœttX pour la monalchie napolitaine et enviait l^ morlè, un prêu*6 faisait le métief de général.

C'était le cardinal Fabrîzio Ruffo — celui que dens une de ses lettrés Nelson désirait voir peûdre^

Il avait fait tout iau monde prés du priûte François ^ fils aîné dû h>î de Naples et Théritier p^éflomptif de la couronné, pour le déteiminer à se mettre A ia tête du mouvemiiit.

Midt le t^riuce héréditaire peiMâ qUe c'était comprome ttre M |Wk Vtef audacieusemeût sa précieuse vie, que de coml^tl¥% lèH )^lMne pour la reprise du royaume de Naplitt.

Il passa procuration à Corbara.

Qu'est-ce que Corbara? demanderez-vous, chers lecteurs.

CortMira était un konnéfe bandit de TAge du prince, et qui lui iressMiblait de visage.

kSeulèment, le prince était lâôhe, et Gorbata était btave.

Trois autres vagabonds lui furent adjoints : de Césare, .RûCchecian^>e etOolonna. .. ^ .

De Césare était un ancien domestique à livrée .

Roccjieciampè, un ancien soldat d'artillerie déserteur.

Golonna avait un avantage sur eux : il n'était rien du tout.

Corbara passa pour le prince François.

Golonna pour le connétable du royaume.

Boccheciampe pour le frèi*e du roi d'Espagne.

De Césat-e pour le d-ue de Saxe.

Ce fut avec ces éléments, que l'on souleva la Calabre.

A la tête de la Calabre soiûevée, RuiTo marcha sur Napies.

Naples était bloquée du côté de la mer par trois flottes, commandées par trois capitaines renommés.

Par la flotte anglaise, capitaine Foote.

Par la flotte russe, capitaine de Kéraudy.

Par la flotte turque, amiral Bonnieu.

À l'approche de Ruffo, les lazzaroni se soulevèrent.

Les patriotes combattirent à la fois,

En mer, contre les Anglais, les Russes et les Turcs.

Aux portes de la ville, contre Ruffo et ses Calabrais.

Dans les rites, contre les lazzaix>fii.

"Les patriotes succombèrent honorablement ; une capitulation leur fut accordée par Ruffo, Foote, Kéraudy et Bonnieu.

L'article second portait :

les garnisons républicaines des deux châteaux sortiront 0joec les honneurs de la guerre, et seront respectées dans leurs personnes et dans leurs biens, meubles et immeubles.

L'article troisième portait :

Elles pourront choisir de ï embarquer sur des vaisseaux parlementaires pour être transportées à Toulon^ ou de rester dans le royaume, sans woir rien à craindre ni pour eites^ ni pour leurs familles.

Céleit clair, c'était précis, c'était net.

LeiJouvelle de celte capitulation parvint à Païenne.

Tout le monde fut furieux : Nelson tout le premier, que cela ne tM?gftrdait point.

En eJBfet, il écrivait quelques jours avant à son ami Tamiral Troubridge, qui commandait un vltiêseau du blocu».

-^ Annoncez-moi bientôt que Ton a coupé quelque^ têtes, il ne faut rien moins que cela pour, me réconforta un l^u.

Quelques têtes, c'était bien misérable, ui CaroUae ni Ferdinand ne voulaient que Naples eu fcà quitte pour t}uelqueB tétes.

Aussi, comme Nelson à cette nouvriie était parti pour Naples en disaut c

— Si ce^dant la capitulation est signée, il faudra bien qu'elle s'exécute, la reine fit venif sa chère Emma Lyonna.

fille lui confia ime lettre conçue en ces tennes :

* La Providence vous remet le soin de la tnonardiie Napolitaine, je B*ai pas le temps de vous écfi^e une lettre détaillée sur le service immense que uous attendons de vous; milady, mon amie et mon ambassaéritè^ wus expçsera mapriite et toute la reconnaissance de ^Vtè affectionnée ;

Dans cette lettre était contenu un décret du roi portant :

« Que Tintention du voi n'avait Jamais été de traiter av^ des sujets rebelteê, qu'eft conséquence, les capitulations des forts étaietti révoquées, que les pirtisans delà pï^tendue république Parttlénopéerfne étatit plijs tm moins coupables de lèse^majesté, une junte d'état serait établie pour le^ juget, et punirait les plus Coupables pat la murt, les autres par la prison et l'exil, tous par la confiscation de leurs biens.* •»

A la rigueur, le roi et la .reine pouvaient écrire ces choses, ils n'avaient rien signé, ils voyaient les événements accomplis, au point de vue de leur pouvoir abaissé, de leur dignité compromisG.

Mais Nelson !

Nelson! l'homme du peuple, Nelsoti I le flls d^un pauvre ministre de village de Burnh^mtorp, Ndson, dont la parole était engagée par la signature de son représentant, Nelson, qui dans tous ses démêlés de peuple à roi devait être calme, impartial et froid comme la statue de la justice, Nél«on sur lequel TEurope avait les yeux ouverts et dont le monde n'attendait qu^un mot pour le proclamer le défenseur de l'humanité, comme il était déjà Tèlu de la gloire, Nelson, quelle excuse avait^l, ei que répondrait-il à Dieu, quand Dieu lui demanderait compte de Texistence de tant de milliers d'hommes, et àd quels hommes? Vous allez les voir mourir — sacrifiés à un fol amour !

Le navire qui portait Emma Lyonna aborda un soir k vaisseau qui portait Nelson.

Une heure après, le léger bâtiment repartait pour Palerme avec cette seule réponse :

— Tout va bien*

Comptez les lettres qui composent ces 4Mi8 fiiorit, phn de milliers d'hommes mwrroftt que dans cet tMk mot! il n'y a de lettres.

LE MONTB-^ISTO.

Le leQdemain, h capitulation était déchirée.

Le roi Nasone, qui prétendait que Ton pouvait gouverner Naples avec trois F, Festa, Força, Farina, — fête, potence et farine, n'avait plus besoin que d'un F, força.

n allait s*en donner A cœur Joie.

Parmi toutes ces victimes que s'apprêtait à faire la haine de Ferdinand et de Caroline, il y wi avait une qui devait être sacrée à Nelson, et dont il devait défendre et sauvegarder la iétt même avant la sienne.

C'était celle de Tamiral Carrac^olo.

Nous l'avons vu conduire le roi àPàlerme, et nous l'avons vu revenir à Naples avec le congé du roi.

A Naples, il avait pris parti pour les républicains ; i! avait comba(f\L avec eux, et était garanti comme eux par le traité.'

Tout à coup le bruit se répandit que la capitulation avait été armchée des mains du capitaine Fodte par Nelson, déchirée et jetée à la mer.

QueRuflo, le sauveur de la {amilte r&ftAê^ le Charrette eatabrais, avait été appidé surle ^Mélr^yan^pour qu'il edt â entendre que la capitulation qu'il avait fttite n'était point valable.

Mais lui ne s'était pas laissé intimider, et avait déclaré ^e si la eapHutation sigaée par lui n'était pas recounnè, il quitterait Naples avec ses soldats, na voulant pas rendre laeause de Dieu complice de la cause royale.

Lady Hamilton le ohaaaa du Pùuinyaui^ ea disant qu'elle prenait tout sur elle. ^

Ruffo se retira, m disimt ans eheCs républieaii)! qu'ils B'ftvaieftt phis qa^aoa ressource, celle de la fuite.

Beaucoup refusèrent ce moyen de salut ; quelquM-UBS i^Ciléviept aux instances qui leiur fureài £iites.

Garracriolo fut du nombre.

Ses amis levaient forcé de quitter le for! sous les hdMts d*un paysan calabrais.

Trahi par un domestique, il Ait pris dans la chaaibré où il s'itait caché, ramené à Naples les Tuaitts Kéds derrière le dos et jeté en prison.

À peine Nelson sut-il son arrestation qu'il le réclama.

Ce fut un cri de joie dans Naples.

NelsoD, bien certainement^ réclamait son collègue ^ son aoqiep compagnon d'arme» du temps où les flottes an- ^^«isf ei papoUtaine étaient combinées, pour l'arracher à ]^ jflUitd d'J^» pour Vabriier sous le pavillon britan^ wque.

il a'eii étuît rp^, Nelson a:éc)amait Garracriolo jfoi;^ le ikirepeadiV'

Vmé nff voniec {m» le croire, nbeiv ieeteurf. ja I0 cor»ygends; ^ar malheor, l'hisâoire a$i là.

Ce ittt à hord io4aie du PwêiroywL où Nelson donnait à soB kna rjhosiitaUté A lady Eamilton , que Carracciolo fut transporté et que son pioQès fut instruit par we commission militaire^ présidée jat le comle de Thum.

Cimûckdo demanda le Usmyà de réunir les pièces dont il avait besoin pour sa défense.

LecOMte de Tfau» traomit i Nekon cette demande, .i|yi piraiiiiiit jiiate à la commiasion.

^ laittaie* rèpMMlit Nelaoa , quand les faita parlent , il n'y a peateMMi de i^cieuves. Instruises.

Le procée eemflaenoa i neuf beures du aatin.

k iHÎâit le f09ete de Thum vint dire A Nedson que Tac* cusè était condamné à une prison perpétuelle.

Il avait 75 ans.

— Vous vous trompez , M. le comte 1 dit Nelson , il est çendamné à le peine de mort.

Et la cour gratta le mot prison et écrivit le mot mort i 1» PUloe-

A une heure, on vint dire à Nehron que le condamné demandait , pour toute gfftce , d*étre AMâllé an lieu d'élre pendu.

— Il faut que la justice ait son cours, dit Nelson.

Une heure après, le Cv^adamné, garrotté pour le jupplicei fut descendu du Fméroyunt dans une chaloupe « et ^Mr duit à bord de la Minerw, son propre b&timent.

Pour que lûJHStice eût son cotirs complet, c était sur ftoe propre bâtiment que Garracekdo devait être pendu.

C'était le vaisseau bien-aimé de l'amiral , celui eur le^ quel il combattait de préféi^ence la tempête et l'ennemi* H l'avait toujours soigné comme un père soigne son enfant, et néanmoins, pendant le temps qu'il était reste à bord des vaibseaux anglais, il avait remarqué une foule de petitç détails de construction qui faisaient alors et qui fbnt encore de la marine de la Oranda-Bretagoe la première marine du monde. Ces détails, il les expliquait à un jeime officier napolitain qui avait servi sous l&i^ et il en était ar^ • rivé à un point important de «a démoosteation, lorsque ip greffier s'avança vers lui, le jugement & la «lain.

Carracciolo s'interrompit, écouta le jugement, — piiié, lé lecture terminée :

— Je disais donc, reprit l'amiral, — et il contimift sa ié^ monstralion à Tendroit même où l'arrêt de mort TaviMiAf terrompue.

Dix minutes après, le corps de l'amiral se batançait see^ pendu au bout d'une vergue.

Le soir, on coupa la corde, on attacha un bcmlet de trente-six aux pieds du cadavre et on le jeta ft la mer.

Douze heures avaient suffi pour rassembler la cour, per> ter le jugement, exécuter la sentence et faire disparaître jusqu'à la dernière trace du condamné.

Le surlendemain de l'exécution de GarraceielO) 0à ^ gnala une flottille venant de Sicilet '^ e^étaleai le r^ Ka« sone et la reine Garoliae qui ren traient pgeadre poaseailon de leur royaume.

Ma^s le roi Nasoae était u» prince prudent II ne repr" dait pas encore le sol de Naples comme bien attanai ; il résolut de stationner quelques jotirs daae lé pdri et de «9cevoir ses ildèles sujets sur son vaisseau.

Hent^t le vaisseau fut cmtooré de baeqoea; c'étaient des ministres qui apportaient des ordonnaiioes , e'éteiant dee députa qui venaient débiter des Itarangnee, c'étaient dee courtisans qui venaient mendter des places. Toue luiem reçus avec ce visage eouriant et patarnel d'ua[ roi qui tea^ tre dans son royaume. Quelques barques seulemeai loreat écartées comme importune^ : c'étaient eeHes qui portaient quelques ennuyeux soUiciteurt venant demander la gitftce de leur» parents condamnés à mort.

La soirte se passa ea fête : il y eut iUamiBaliOp et eeii» cert sur le vaisseau.

Or, écoutes que je vous dise, ebem l^Aeare, réiranfla spectacle qu'éclaira cette iltnmioatioB } aUeTides 411e je vous raeonta l'évésement inenlqui trenbla ce concert ;

C'était dans la auit du 30 juia au 1^ juiUet : le roi était fatigué de tout ce brait, de tontes ces adatatione, de toutes ces lâchetés, ear Nasone était honame d'esprit avant tout, et son regard voyait tout d'abord te ftmd de la cfaoasL 11 monta seul sur le peut et alta s'appuyer au beatiagage du gaillard d'arrière, et, tout ea sUBoiaat un w de ckaâsey S se mit à regarder cetta mer infinie, si calme et ai tiao*> quiHe qu'elle réfléchissait fautes les étoilee du ciel« Toat à coup, à vingt pas de lui, du milieu de cette napfe d'aaur surgit un homme qui sort de Teau }usqa*A la ceinture et demeure immobile en faee de hû. Le roi fixe les yeux sur rapparition, tressaille, regarde encore, pdUt, veatveculer, et sent ses jambes qui lui manquent; il veut appeler et «

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sent sa voix qui le trahit. Alors, immobile, Tœil fixe, les cheveux hérissés, la sueur au front, il reste cloué par la terreur.

Cet homme qui sort de Teau jusqu'à la ceinture, c'est l'ancien ami du roi, c'est le condanmé de la surveille, c'est l'amiral Carracciolo, qui, la tête haute, la face livide, la chevelure ruisselante, s'incline et se redresse à chaque mouvement de la houle, comme pour saluer une dernière fois le roi.

Enfin les liens qui retenaient la langue de Ferdinand se brisent, et l'on entend ce cri terrible retentir jusque daûs les entrailles du bâtiment.

— Carracciolo ! Cacracciolo I . . .

A ce cri, tout le monde accourt ; mais au lieu de s'évanouir, l'apparition reste visible pour tous. Les plus braves s'émeuvent. Nelson, qui, enfant, demandait ce que c'était que la peur, pâlit d'émotion et d'angoisse, et répète l'ordre donné par le roi de gouverner vers la terre!

Alors, en un clin d'œil, le bâtiment se couvre de voiles, s'incline et glisse doucement vers Sainte-Lucie, poussé par la brise de mer ; mais voilà, chose terrible ! que le cadavre, lui aussi, s'incline, suit le sillage, et, mû par la force d'attraction, semble poursuivre son meurtrier.

En ce moment, le chapelain parait sur le pont ; le roi se jette dans ses bras: — Mon père ! mon père ! s'écrie -t-il, que demande donc ce mort qui me poursuit ?

— Une sépulture chrétienne, répond le chapelain.

— Qu'on la lui di>nne, qu'on la lui donne à l'instant même I s'écrie Ferdinand en se précipitant par l'écoutille, ^n de ne plus voir cet étrange spectacle.

Nelson ordonna de mettre une barque à la mer et d'aller cber\::her le cadavre ; mais pas un matelot napolitain ne consentit à se charger de cette mission. Dix matelots anglais descendirent dans la yole, huit ramèrent, deux tirèrent le cadavre hors de l'eau. La cause du miracle fut alors connue.

L'anûral, comme nous l'avons dit, avait été jeté à la mer avec un boulet de trente-six seulement attaché aux pied». Or, le corps s'était enflé dans l'eau, et le poids étant trop faible pour le retenir au fond, il était remonté à la surface de la mer, et, par un effet d'équilibre, il s'était dressé jusqu'à la ceinture ; puis, poussé par le vent et entraîné par le sillage, il avait suivi le vaisseau.

Le lendemain il fut enterré dans la petite église de Sainte-Marie-à-la-Chaine. Après quoi, le roi fit son entrée triomphale dans la capitale, et régna paisiblement sur son ' peuple, jusqu'au moment où Napoléon lui fit dire qu'il avait disposé du trône en faveur de son frère.

Mais ceci sort de notre sujet, revenons*y.

Ce fut une curieuse et effroyable chose à voir que Naples pendant ces trois mois de sanglantes orgies.

Tout ce qu'il y avait de grand ou d'intelligent y passa.

Il y eut alors, parmi les accusés ou les condanmés , des traits de courage merveilleux.

La junte royale était présidée par Speziale.

Les autres juges s'appelaient — l'histoire est parfois cruelle, et il y a des noms qu'elle n'oublie pas — les autres s'appelaient Quidobalo, Castelcicala, Damiani, Sambuti, Savaï*elli.

Le premier qui parut devant ces juges-bourreaux était Mentone, le défenseur du château de TOEuf.

— Ou'as-tu fait pendant la république , lui demanda Speziale.

— J'ai capitulé, répondit Mentone.

Et à chaque question qu'on lui adressa, il se contenta de répondre :

— J'ai capitulé.

C'était cette capitulation de Mentone qu'avait déchirée Nelson.

— Nomme tes complices, dit Speziale à Nicolo Palumba» ou je t'envoie à la mort.

— Oh I dit le jeune homme, j'irai bien sans toi.

Il s'élança par la fenêtre , ouverte à cause de la chaleur. 11 se brisa la tête sur le pavé.

— Quelle est ta profession sous. Ferdinand? demande Speziale à Cirillo.

. — Médecin, répond celui-ci.

— Sous la république, qu'es-tu devenu?

— Représentant du peuple.

— Et devant moi, maintenant, qpi'es-tu?

— Devant toi, lâche, un héros !

Cirillo et Pagano sont conduits ensemble à la potence. Arrivés au pied du gibet , ils disputent à qui mourra le premier.Cirillo se baisse, prend deux pailles d'inégale Ion* gueur.

— A la courte paille, dit-il à Pagano.

Et, le eourire sur les lèvres , ils tirent à la courte paille à qui mourra le premier.

Heclor Caraffa était condamné , lui , à avoir la tête tranchée. Sur l'échafaud, le bourreau lui demande s'il déaire quelque chose.

— ' Oui, dit il, je désire regarder le fer.

Et, au lieu de le coucher sur le ventre, cm le couche sur le dos.

* Eléonore Pimentale, une femme admirable, quelque chose comme madame de StaëU madame Oirardin ou madame Sand, coupable d'avoir rédigé le Moniteur Parthenopéen pendant la république, est condamnée à être pendue. Par un raffinement obscène, sa potence à elle est le double de hauteur des autres.

Au pied de l'échafaud on espère qu'elle demandera sa grâce.

— J'ai ordre, lui dit Speziale, de t'accorder ce que tu me demanderas.

— Alors, répond-elle, fais moi donner im caleçon. Pendant ce temps, les bons lazaroni faisaient de leur

mieux ; ne pouvant pendre et décapiter eux-mtoes, ils attendaient en chantant et en dansant, au pied deréchafaud et de la potence, les cadavres qui sortaient des mains du bourreau, les jetaient dans des bûchers, puis lorsqu'ils étaient cuits, ils en grignottaient selon lem* goût celui-ci le foie, celui-làle cœur, tandis que d'autres portés par leur nature à des amusements plus champêtres se faisaient dessifflets avec les os des bras et des flûtes avec ceux des jambes.

C'est tm peuple si musical que le peuple Napolitain.

Cela dura trois mois ainsi.

Pendant trois mois on pendit et on décapita.

Deux bourreaux moururent à la peine, untroirièxne donna sa démission.

Quant à Nelson, à qui la ville de Londres avait offert une épée, que le roi d'Angleterre avait nommé chevalir dn Bain, baron du Nil,pair du royaume, pour Ténéiiffe, Gai vi, Vera-Cruz et Aboukir, pour cette capitulation déchirée il reçut de la reine une épée enrichie de diamants, et fut nommé par le roi duc de Broute ou du Tonnerre, avec un revenu d'un million.

Tout cela sans compter l'amoiû* d'Emma Lyonna.

Il est vrai que cet amour fut son châtiment.

Nous n'en avons pas encore fini avec l'hoinme de la Colonne de Traialgar.

{Le reste au prochain numéro.) Alex. DUMAS.

LB MONTJMaUSTO.

LES MOHICàNS de PARIS.

CHAPITRB XI.

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