‹ Le Monte-CristoChapitre 79 sur 135 · LB M0NT1M31IST · texte numérisé non relu

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printtifsreBeore si rapprochéa da nous, noua Irftyereâmea un pont rustique jeté sur un ruisseau transparent ; noua gtaiyUsieà la hauteur, du commet de JaqueUe ce filet argenté tombe en cascade, humeotant d'une pluie fine et iticessania ha feuilles de ces arbres géants, qui sont les respectables lestss de U forêt vierge» Au côté opposé, un énorme bloc de granit borne lu vue. Un matin» me raconta £ane, nos mitriers vinrent tout effarés et jetant les hauis cris me prévenir que la propriété était envahie par une tribu int 'dionne gui avait établi son camp près du grand rocher et jttsait tous ses préparalifs pour s'y installer définitivement* J^ eu ces Indiens étaient-ils arrivés? Qu'est-ce qui les amenait da Canada lointain, au milieu de la civilisation? ■Personne ne pouvait répondre à ces questions.

Voici ce que c'était :

La puissante tribu des Leni-Lenapes, faisant partie des peuplades Delawares^ avait toujours chassé dans les forêts de Lokawana, et péché dans les ondes du Schuylkill, lors- ^6 les hommes pâles arrivèrent et gagnèrent pouce par ^ottce ce terrain sur lequel ils étaient nés, sur leqnel ils espéraient mourir. Les Leni-Lenapes, comme tous les au^ très, furent forcés de reculer et d'abandonner ce pays de leurs pères. Un point leur était plus cher que tous les autî« : te grand rocher de Furlrock. Il couvrait les ossements 4e leurs aïeux et de leur plus célèbre Cacique. Il fallut, comme le reste, l'abandonner aux conquérants.

C'était ce gigantesque rocher que nous avions devant les

yeux.

Maintenant, après nti siècle, la misère, la faim, Texil, avaient réduit la grande tribu à cinquante létes, et chaque année diminuait la famille.

Alors une grande résolution fut prise par ces malheureux : grave résultat d'un grave conseiî.

* t)tL Canada l*ott reviendrait aux bords de laDelaware, au rocher sacré, et l'on emporterait les ossements des aïeux, 'ou Ton mourrait où ils étaient morts.

Voilà ce qui avait amené les derniers des Leni-Lenapes au rocher de Furlrock.

N^eût-11 pas été bien simple et bien poétique de laisser tivre là, paisiblement, ces enianis de la nature dont on . avait volé rhérilage? — C'était, dans le principe, l'avîs de mot! ami Kane. — Mais les bons Indiens étaient par ihàlhetir forcés de manger pour vivre, et après avoir arraché tots les oignons de tulipes et de narcisses A deiïx * mîtles à la ronde, et les avoir avalés tout crus, faute d'au-

* tre nourriture, lô temps de laisser mourir de faim toute une tribu .parut long aux usufruitiers dû voisinage. On décida donc d'expulser les j>auvres diables. — On rassembla les gardes-champêtres des environs : les Indiens furent traqués, réunlilj eu un seul bloc, ramenés à Philadelphie,

'•i embâillés tout bus -daiift un tmifl spécial du Canada.

Kane me disait n'aToir rien vtt à fat fois de plitt giotesque

et de plus triâte 4}ue osi emballement el ce é^euL

.. Se quiXtai Kane le même soir; mais, en me quittant, il

me prévint que je serais piobablemeut chargé, le laude-

maiUy par l^s citoyens de Philadelphie» d'une mission qui

. Ae pouvait que m'êtxe agréable.

Il me laissa, bxx reste, dans Tignorance de ce que serait cette mission.

Ba effet, en rentrant i mon hôtel , je trouvai, au nom de vingi^qaatre citoyens de la ville, une iavitatioa A diner ^ur le lendemain*

U était dit, dans ia leUre, ^ue c'était le docteur Kaae qai jtfèsiderait le banquet.

A qo%eheurea, le Iwdemaia, il Tint e&ctivem^nX me .^Madreà TbAteL» et ne vmttê an «oraBt de 1* wHm-

Voici ce qu'il me raconta :

£n Amérique, on est comme on était à Rome : avocat et général. Clcéron écrivait à César : Cicero imperalor Çi$(ui imperaiori.

Le docteur Kao^, avant son célèbre voyage au pôle, avait servi en qualité d^oificier, et avait fait h guerre du Ifejdque.

Le 15 juin eut lien la batailla de la Puebla, Le oomoMn* cément de l'aSaire fut toutàravantage des Mexicains. L*aik gauche de Târmée américaine f^it complètement enfoncée par Tennenii ; un instant, le centre hil-même chaûeela; le désordre se mit dans Tannée, ei pendant un instant on crut la bataille perdue^

Le docteur Kane commandait un eseadma de dragons*

Il vit qu'il n'y avait pas un insiant A pérdl^^ et se lai»^ sur Tennemi qui se croyait A peu près certain da la victoire.

Prompt el irrésistible comme la foudre, Kane et ses dragons brisèrent les colonnes ennemies. La confiance se rétablit alors dans Tannée Américaine, et un instant après on luttait pied à pîed , homme contre homme , fer contre fer. Cette horrible mêlée aboutit enfin à une victoire qui ne se décida cependant gu'aprèâ tme perte effroyable que firent les Américains.

I^ général Taylor pouvait dire eomuie Pyrrhus après la bataille d'Héraclée :

— Encore une victoire comme celle-lA, et netis sommes perdus.

Kane s'était élancé avec tant de violence dai^s les rangs Américains, que ses compi^noos de go^re n^avaieni pale suivre. Tout*-à-coup, il se rencontia en face d'aâ officier Mexicain. Le hasard fit que Kane trouva dans est homoe un adversaire digne de lui ; c'était tine de «es natores chevaleresques comme on pourrait croire gu*^ n'en doit pas survivre à l'invention de la poudre & canon.

Les deux champions semblèfreat ^e recoa naître pour deux énoes de la même trempe. A peine se furoot ils regardés, qu'ils fondirent Tun sur Tautte comme ai chaconi»connaissait enfin l'adrersaire quHl chevehail dans la mêlée.

Alors eut lieu un de ces combats comme les chantait Homère et comme les décrivait le Tasse : tous deux jeûnes, tons deux adroita, tousdeux braves, faaiilîtfSaéB anec le maniement du sabts droit tous denx^ lima AenK AMiâi tfir d'excellents chevaux, et de plus, excellents éçuyers : c*était un spectacle merveilleux A voir que cette lutte dans laquelle le courage et l'adresse èlaienl égaux des deux parts. Mais le Mexicain combattait depuis le matin, il était A bout de forces, son bras commença de fiûbUr^ mm adversaire s'aperçut de cette faiblesse, ses coups devinrent plus pressés ; le Mexicain arriva trop tard A la parade sur un coup droit, le sabre de Kane s'enfonça dans la poitrine : le Mexicain tomba à la renverse.

Presqu^en même temps, Kane tombait de son côté, une balle venait de Tatteinâx*e à Tépanile. Des ^çasdKers Mexi- ^QUXLs, voyai^t le danger de Imv chef, av^ôaql^^WPlu 4e lui pûrier secours, ils arrivaient au galop, il #'éUieQi ^aoi^ ces par quelques ooups de pistolet, el luoe ))atte gepioe avait atteint le docteur, qui allait probaUeiB^t Ati:ae achevé à coup de sabre, si la voix de son enoeaii i^l^ijS me «'était point lait enteod^ ppur ie sauvegarder.

Le MexkaiA était leiir oapitaine« ils ohèireut.

Il leur donna (urdne de les tmasportex toup deu;t à Vouté^ où ils recuoeat les premiers soins, après gisoi toius deu £uirent portés daMis la makoa du aèmwlQ^^fmàfti^ du Meaucain.

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LE M0N9]H9UtS90.

aiuc deux blessés iuàisUnCtement, à ce point que toin de voir en eux deu^'ennemisi il &i^i semblé voir deux frères. La mère et les deux sœvM du Mexicain rivalisèrent de zèle, et il ne fallut rien moins que ce& douces mains pour accomplir le miracle d'une double guéiîson, tant les deux héros étaient durement endommagés. Ce|)endant, le miracle se fit, et trois mois Siprès, tous deux étaient rétablis.

Pendant cette longue convalescence accomplie dans la même chambre, ils s'étaient liés tous deux d'une étroite amitié, car sur leur )it de douleur, ce n étaient plus des ennemis, mais des hommes jeunes et braves, généreux et vaillants. Au bout de ces ti'Ois mois, ils s'aimaient à désirer passer leur vie ensemble^ mais la paix mit fin à cet échange de sentiment*, et le docteur Kane, parfaitement guéri, dut retourner à Philadelphie rejoindre son régiment.

A Philadelphie, Tévénement était déjà connue Téloge du courage de Kabe était dans toutes les bouches, et ses concitoyens demandaient qu'on lui offrit une épée montée en or. On se mit immédiatement à Tœuvre, et Tépée faite, on la lui donna solennellement.

Mais le docteur alors demandant le parole :

Vous donnez, dit-il, une grande valeur à une action qui n'a aucun mérite de ma part, puisque le courage d'un soldat n'est que l^accompliseement d3 son devoir. Laissez moi donc vous raconter une histoire qui vous fera comprendre quelle difiérence existe entre le simple accomplissement de mon devoir et une action grande et magnanime.

Alors, il raconta comment son adversaire mourant lui avait sauvé la vie, l'avait fait transporter chez son père, avait, au milieH de set «aufiEranoes, veiiié à ce que ses souffrances à lui fussent adoucies, H ce récit terminé, il finit enfin par demander que l'épée fdl offerte non pas à lui, mais à son adversaire*

Une triple salve d'applaudissements salus^ les paroles du docteur, et il fut décidé qu'un grand peuple comme le peuple Américain devait non seulement récompenser le courage chez les siens, mais honorer la vertu chez ses en-

Kane gar4a son épè^ montée en «ir, maiâ séance tenante, Qu vota une épée oLopaitée.ea argent à sm advereaire.

La mission dont on voulait me charger, était de v^meWoe au nom de la ville de PhiladelpJ^iie cette épée d'honnem* au Mexicain.

Il va sans dire que j'acceptai la mission.

Le temps me manque pouî vous parler des nombreuses sectes religieuses que j'ai visitées. Le résultat de mes ètodes sur oe point est qu'il fi'exisie pas lAne absurdité, si èMnoe qûielle soit, en fait d e réligâNm, qui «oit aseec Cov^ pDur quê «M fmpMM M treiive pae amt Etats-Unis de nombreux adeptes.

Je ne vous parlerai pas rtcm l^lvts de T Académie des sciences lie WiTlaàelpttie, m de son Musée d'histoire naturelle, qui est le plus grand du monde eutier. Tout cela, j'en ai peur, serait d'un médiocre intérêt pour vous.

le pa» pont Baii&noTe, et de Astltimore j'irai A Wa- AiligliQin, q«i est la capitale politique de la république.

Les quatre grandes villes des Etats-Unis du Nord ont chacune le\ir cachet particulier.

Âik)ston, on s'inTomie tl^un eti*anger en demandant; — De quelle famille est-il ? «

A New- York on demande : — Combien de dollars vaut-il ?

A Miilaéelphle on demande : — Est-il beau garçon ?

A Washington on demande : - Esir-il intelligent ?

Vous comprenez , mon cher ami , que les gens comme * jAoua ae trouvent A WashifigUm plue A Tûeeiine partout ailleum. . Baron de Huller.

PmisU1iitletl857.

Monsieur, Le 6 juillet j'ai publié, dans la Patrie^ un feuilleton sur

Le 9 du même mois, vous m'av^ lait l'iranneiir dATOos

occuper de ce feuilleton. ^

Enfin, le 13, à propos des Comp^if/nons de Jébu^ i^fùe suis laissé aller naïvement à mon enthousiasine pour votre talent. Je n'ai rien à retirer de ce que j'ai dit. S'il ra^afàllvi trop souvent m'affliger de vos défaillances, je n'ai jamaià oublié de constater vos réveils de lion. Mais ici lès dates sont tout. Se ne suis pas asset riche pour m'abonuer aux journaux, et sans un ami inconnu et terrible je ne conna^ trais pas encore votre article du 9. J'y réponds parce que je ne veux pas mie mon admiration bien sincère pour les Compagnons de Jéhu ressemble à un recours en grâce Vous comprenez^ n'est-ce pas ?

Hier seulement, à dix heures du sôir, Val reçu, sous enveloppe, l'article de votre journal. Il était accompagné de ces lignes sans signature :

« Monsievr,

« Un abonné de la Patrie et du Monte-Cristo^ qui a lu voire remarquable feuilleton d'hier (6 juillet), vous prié dp lire l'avticle théâtre extrait du Monte-Cristo, »

Je ne vous savais pas, Monsieur, une aussi pieuse tendresse pour Casimir Delavigne. Elle vient peutrétre de ee que j'ai dit que Antony et la Tour de Nesle ne mtermeni pas, et que le théâtre de l'auteur des Messéniennes vivrait. Votre citation dénature un peu mes conclusions. Elle me représente commn une sorte de serpjent Bertrand de la critique, comme un homme qui viole la tombe des morts pour les insulter. De vous, si loyal, celte malice de petit journal m'étonne et me chagrine. J'ai largement fait à Casimir Delavigne la part qui lui est due et qite vous ne lui avez pas toujours accordée. Quant A vous, Monsieur, si je doute de la postérité pour AnUmf/ et la Tmr de Nesle^ je n'en doute pas pour fftnrt 111, Christine, Mademoiselle ae Belle- Isle, pour tant d œuvres magistrales enfin, qui resteront rhonneur des lettres françaises.

Si je ne me trompe, la preimère représent^^tion des (7omédtens a eu lieu en 1820. Jie 4fHel sieck voulait donepar" 1er Casimir Delavigne, quand %l montrait Victor disespéré

« d'un siècle f)fl LBNTfiVRS. •

Vous me feriez plaieît en me l'apprenant.

Votre article se ^rmine par un immense éclat de rire, moins redoutable pourtant que cet éclat de' rire de Voltaire, entendu par Victor Hutfio» dana la mÀotorable séance de rÂcadémie française» où il parla avec tant d*éloquence de Port-Royal et deSaiôte^^ure, '

« Par la sembleu I Monsieur, je ne cixyyais pas être si plaisant que je suis I,.. »

Du reste, je me console aisément d*une ironie partie de si haut, mais je tenais à établir par lès dates que mon dernier feuilleton sur les ConmmmMS de Jéku m'a pas eu la lâche pensée d'appaiser « le courroux des dieux.»

Votre très-lmmme confrère et três-loyal admirateur,

Jules d£ PaibcARAv.

21, rue desSlartyrs.

L'explication sera £acila, et je m*étoane que M. Jules de Prémaray ne se la soit pas déjàdounée à'Jui^néme.

Le siècle de lenltwrs^ dont se phânt VûneT) n'est pas le xix« siècle qui a^ encore ^ue 20 ans et anifuel ne pense pas même Victor.

Le siècle de lenteurs est tout simpleiaent celui que lui font subir MM. les Comédiens*

Quand M Jules de PrémaiDay aium en conlme moi huit ou dix pièces jouées au Théâtre-Français, il jae s'y trompera plus.

Je fais appel, non pas aux lecteurs du Monte-Cristo^ mais aux lecteurs de la Patrie*

S'il y en a un seul qui comprenne le siècle de len leurs autrement que mtii,

j'ai tort.

AlËXAKDtifi Dumas.

lOft

LE MONTB-CRISTO.

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