CHAPITRE XII
ou MAITRE PIERRE-NICOLAS BARATTEAU I^TUDIE LE CODE CIVIL ET LB GODE PKNAL SOUS LA DIRECTION DE SALVATOB.
Le soulagement apporté dans l'état moral et physique du digne M« Baratteau ne fut pas long, car presqu'aussitôt Sàlvator reprît :
— Dites-moi, continua Sàlvator, à quelle peine serait
condamné un officier public qui aurait soustrait un testament?
^ Mais je ne sais, je ne ma souviens pas, dit le notairç, dont lès yeux se fermèrent comme pour échapper i^ux regards ardents du jeune homme.
— £h bien 1 dit Sàlvator en étendwt la m^a- y^ts uu livre dont les feuilles étaient divisées en cinq cov^eurs différentes, si vous ne le savez pas, je vais vous l^appfg^dre, si vous ne vous en souvenes plus, jei vais voun çnia-' fraîchir la piémoire.
— Oh I dit vivement le notaire, c'est inutile.
— Je vous en demande pardon, d\t Sàlvator, pteq^çt Je. Code, c'est au contraire de toute nécessité, d'ailleurs^ ce ne sera pas long i san^ être notaire, j*ai fort étudié ce livre, et u avirai besoin que 4'iin iaslant pour y trouver ce que je cherche. Art. 254. . ., article 254, duCo^Q pénal, 1^vrelîï.
M« Baratteau §s$ay^ d^s^rréter Sàlvator, car il connaissait aussi hiçn que lui T^rticl^ eu question , mais Sàlvator écarta la mam qu'il étendait pour lui reprendre le Gg^e, et trouvant enfin Tartipl^ q^'û ch^chait :
— 254, dit-il, c'est cela, hum I écoutez bien. La recommandation était inutile, le notaire écoutait du
« Quant aux soustractions, destructions, enlèvement de pièces, ou de prppëdures criipinelles, ou ^'autr^s papiera, registi*es,actes où effets conteuus dans des âi^chives, greffe;^, ou dépôts publics, ou remis à un dqpofûUw^ It^r%i ^ cette qualité, le^ PW^W serpnt coiitre le^ gréfiÇer,' arpliivisie, notaire, ou autre ^épositairq négligent, dé trois mois à un an d'emprisonnement, et d'une apaende d^ cent francs à trois cent^firancs. »
— Penh ! sembla dire M^ Baratteau, supposons le maximum de la peine, c'est-à-dire un aju de prison, et troiscénts francs d'amende, j'£^urais encore fait là une assez bonne affaire.
Sàlvator lut sur le visage de M. Baratteau, comq;ie dan? un livre tout grand ouvert.
— Attendez, attendez, honnête monsieur Baratteau, dit-il, il y a encore un article qui concerne le même sujet.
Me Baratteau poussa un soupir.
— Article 255, continua Sàlvator.
Et il lut :
« Oiiiconque se sera rendu -coupable de soustraction,
enlèvement ou destruction, mentionnés en Ts^rticle précédente, sera puni de la réclusion. »
— Bast, sembla dire le notaire, appelons la peine em-
Erisonnement ou réclusion, c'est exactement bonnet lanc ou blanc bonnet ; en supposant toutefois que Ton ait retrouvé l'autre testament, ce qui me paraît impossible, attendu que M. de Valgeneuse m'a assuré l'avoir jeté au feu, j'aurais toujours fait une excellente affaire.
Par malheur pour le di^e homme, Sàlvator ne le laissa pas longtemps dans cette inquiétude. "
En effet, comme on va voir, la position i^'était pas tout à fait telle que se la faisait inaître Baratteau.
Sàlvator reprit le second paragraphe de l'article 255.
« Si le crime est l'ouvrage du dépositaire lui-même, — lut-il, — il sera puni dçs travaux forcés à temps »
La figure du notaire se décomposa si rapidement et si complètement, que Sàlvator eut peur de lé voir tomber du haut mal, et étendit la main sur la sonnette pour appeler du secours.
Mais le notaire l'arrêta.
— Ou'allez-vous faire, s'écria t*il ?
— Je vais envoyer chercher un médecin, vous ne me paraissez pas bien, mon cher monsieur.
— Ce n'est rien, ce n'est rien, dit le notaire, ne faites pas attention, je suis sujet à des faiblesses d'estomac, j'ai eu tant d'affaires aujourd'hui que je n'ai pas pris le ttmps de déjeuner.
— Et vous avez eu tort, dit le jeune homme, il està,bon de faire des affaires, mais pas au détriment de sa santé, e^ si vous youlez déjeuner, j'attendrai patiemment que voug
I£ yONTS^43l]STO.
plaide, eptpi, a#pçt»Qt \m «^^^ désu^yolture 4e maniéyp^, qui n'était peut-4tre destiaôe qu> cacher une timidité
réelle.
C'était Alfred de Musset.
Parmi uous, peu le connaissaient personn^lement, peu
de vue, peu même de nom.
. On lui avait préparé ^x^e table, un verre d'eau, deux
bougies.
Il s'assit, et autant que je puis me le rappeler, il lut, non
pas sur un manuscrit, mais sur un livre imprimé. Dès le début, toute cette assemblée de poètes friasonaa ;
elle sentait qu'elle avait affaire à un poète. En effet, le volume s'ouvrait par ces vers, que l'pp nous
permetU-a de citer, quoiqu'ils goient connus de tout le
monde.
Je n'ai jamais aimé, pour ma part, ces bégueules Qui ne sauraient aller ao Prado toutes seules, Qu'une duègne toujours, de quarliur en quprli«r, Talonne comme fait sa mule un muletier; Qui s'usent, à prier, les genoux et la lèvre. Se courbent sur le grès, plus pâles dans leur lierre Qu'un homme qui, pt ds nus, marche sur un serpent, Ouqo'un faux monuayeur au moment qu'on le pend. Certes, ces femmft^-ft» pour mener cette vie Portent un cœur châtré detcmte noble envie. Elles n'ont pas de sang et pas d'entrailles ! Mais Sur ma tête et mes os, frère, jb vous promets Qu'elles valent encor quatre fois mieux que celles Dont le temps ?e dépense en intrigues nouvelles. Celles-là vont au bal, courent les rendez-vous. Savent fiaps un manchon cacher un billet doux, Serrer w ruban noir sur un beau flanc qui ploie, Jeter d'un balcon d'or une échelle de soie, Çuiyro l'imbroglio de ces amours mignons . Ppiissë^ tiçns une nuit comme des champignons ; Si charmantes, d'ailleurs! Aimant en enragées Les moustaches, les chiens, la valse et les dragées. Majs, ob I la triste chose et l'étrange malheur, Lorsque dans leurs ûlets tombe un hoinme de cœur ! Frère, mieux lui vaudrait, comme ce statuaire Qui prenait dans ses bras son amante de pierre, Réchauffer de baisers un marbre I Mieux vaudrait Une louve enragée en quelque âpre forêt I, . . Vous le voyez, il n'y avait pas à s'y tromper, ces vers étaient à la fois bien faits, bien pensés, ils marchaient d'une allure fière et hardie, le poing sur la hanche, la taille cambrée, splendidement drapés dans leur manteau
espagnol.
Ce n'était ni du Lamartine, ni de l'Hugo, ni du de Vigny; c'était une fleur du même jardin, c'est vrai ; un fruit du même verger, c'est vrai encore, mais une fleur ayant son odeur à elle, un fruit ayant son goût à lui. Un 'arrièregoût de Byron, c'était incontestable, mais à cette époque Byron agissait sur notœ poésie, comme Walter Scott sur notre prose.
Il continua cette pièce, intitulée Don Paëz.
Dès la première moitié de cette pièce ^ toutes les qualités et tous les défauts du talent d'Alfred de Kusset s étaient fait jour. Un style àlui, mais une grande négligence dans ce style ; peu de souci de la rime, ce qui est un tort d'autant plUB grand que chez les rares pièces bien rimées d' Afred de Musset, cette richesse de rime, au lieu de nuire au sens de la phrase ou à l'allure du vers, ne lui donne au coàtraire, au sens qu'unep lus grande fermeté, au vers qu'une plus ferme allure.
L'enjambement, comme c'était la mode de cette époque, y est fort cultivé ; plue tard, excepté dans les pièces familières, le poète s'est corrigé de ce défkut,
La description du conit)at d'Etur avec don Paèz fit grand effet ; la voici :
Cûinr90 on voit 44fm l*ét^3 M' l^% harhM hmckM,
Deux louves remuant les feuilles dessechéest
S*arréter, face kface, et se montrer la dent;
La rage le^ excitii au pQmbat ; çe|idnéai|t
Elles tournent en rond leiHetnent et s'atiandMi -,
Leui^s mufiesiraaigris Vun ^rs Tauire sa teoëent.
Tels, et se renvoyait de plus sombres regaids,
Les deux rivaux penchés sur le bord de^ remp«#ts
S'observent ; par instant entre leur inaina rapides
S'allume sous Tacier un éclair homicide.
Tandis qu'à la lueur dos flambeaux incertains,
Tous vienn 'nt, h voix basse, agiter leur^ destins.
Eux muets, haletants, vers une mort hfttivé,
Pareils à des pécheurs courbés sur une rive^..
Se poussent à fattaqoe, et prompts à liposter,
Par Tinjure et Ip 1er tachent tie s'exciter.
Eiur est plus ardent, mais don Paez plus {etï\)ç.
Ainsi que sous son aile un cormoran s'enferme.
Tel il s'est enfermé sou3 S9 dagpe. Le mur ,
Le soutient; ^ la voir on dirait à coup.^u^
Une pierre de'plus dans l^s pit^rres gothiques
Qu'agitent les falots en spectres (ai^i^stiquas*
Il attend. Pour Etur» tantôt. d'un pied ]\'ipih
Comme un jeune jaguar, ep crisEit il bpndit ;
Tantôt calme à loisir, il le touche et le rifiUe,
Comme pour l'exciter à quitter la itiuraille. "
Le manège fut long. Pour plus d'un coup perdu,
Plus d'un bien adcessé fut aussi bien rendu,
Et déjà leurs cuissards, où. dégouttaient' des larqies,
Laissaient voir clairement qu'ils saignaient sous leurs armes.
Don Paez, le premier parmi tous ces débals,
Voyant qu'à ce métier ils n'en finiraient pas :
A toi, dit-il, mon brave, et que Dieu te pardonne I
Le coup fut mal porté, mais la botte était bonne,
Car c'était upe botte àlui rompre du coup,
S'il Ta vait attrapé, la tSte avec le cou.
Etur l'évita donc, non sans peine, et Tépéo,
Se brisa sur le sol dans son eflfbrt trompée;
Alors chacun saisit au corps son enneini^
Comme après un voyage on embrasse un amj.
—Heur et malheur! on vit ces deux hommes s'étreindrf^
Si fort que l'un et l'autre il faillirent s'éteindre.
Et qu'à peine leur cœur eut pour un battement
Ce qu'il fallait de place en cet embrassement«
—Effroyable baiser I ou nul n'avait d'envie
Que de vivre assez long pour prendre une autrp yie^
Oïl chacun en mourant regardait l'autre, pt s|,
|£n le faisant râler, il râlait bien 9^nmf
Oîi pour trouver du cœar les routes les plus surfis,
Les mains avaient du fer, Ips boiiche^ des morsnres.
—Effroyable baiser! le plus jeune en mourut;
Il blêmit tout à coup pommp un piort, et l'on crpt.
Quand on voulut après le tirer à ]^ porte, ,
Qu'pp ne pourait jamais, tant Tétreinte ^ïi forte,
Des bras de l'homicide ôter le trépassé.
—C'est ainsi que mourut Biur do Guadassé.
Tout incorrects qu'ils fussent, ces vers avaient une qualité, ils étaient vivants. Le r^cit, au lieii de s'allanguir au rhythme et à la rime, devenait plus vif que n'eût été la
E^rose ; les contours des individus se dessinaient bien dans eur âpreté ; c'était im allié qui arrivait aux poètes pittoresques et imagés, ennemis de Tépithéte banale et de la périphrase classique.
Qu'on se rappelle qu'un instant auparavant, on avait siBlé dans Christine le mot cheval faisant rime.
•— C'est bien ; descends de ton cheval, Flatte le cou nerveux de ce noble animal.
n est vrai que le lendemsin, le mot chevi^ enfermé dans le vers, passait sans difficulté.
» C'est bien, tu fais ce que JQ veux ; Descends de (on cheval, flatte son cou tierveux.
1^8 MQNflKiiiipilO.
Il 6tl vmi que tu faiê ce ifwji vww ètxtit un3 obi^Fllle ; mais en France, où Ton siffle presque toujoui^ \\m h^r* diesse, on ne siffle jamais une cheville.
Au tb#^t|*0, IfL plupart 4^ ces ver^ que uou^ vepions
d'»pp)^u4^f e^ss^n( été ci^utôs.
Pès aetl# pï»îni^^ pièce, 4u re^te, ou remarquaii dQ qe^ ^ipipaldea apostrophes contre Tamour et contre l^s femmes, où jaillit dans toute sa yigueur le côté mis^thro' pique du talent d'Alfred de Musset. A cette époque, ce n'était qu'un reflet des boutades de l'auteur de Don Juan ; depuis, quand le poète eut véritablement souffert, au lieu de sortir du caprice, de Timitation ou de la fantaisie, elles s'élancèrent du plus profond du cœur, tout imprégnées de larmes, et quelquefois vertes de fiel ou rouges de sang.
Amour, fléau du luoode, exécrable folie»
Toi qu'uD lien si Irèie h la vol4p<é lie,
Quand par tant d'autres nœuds tu liens à la douleur 1
Si jamais, par les yaux d*una fomme saos cœur,
Tu peux m'entrer au ventre ut ra*empoisonner l'Orne,
Ainsi que d*ui|e |ilaie on apraobe une lame,
Plutôt que comme.un Uche on ma vote §n souffrir,
ie l'en arracberai, quand j'en devrais mondr !
Rappelez- vous ces vers quand vous lirez cette plaint^ pleine à^e sanglots, que cinq ou six ans plus tard le poète adi'esse à I<iamartine.
Où Voq vit dès le premier abord que le poète excellerait, c'était dans le détail des beautés féminines. Bous sa plume, le nu qui se dessine un peu trop hardiment, frissonne et palpite, comme font les chairs sous le pinceau du Titien.
Oh ! dans cette saison de verdeur et de force, Où la chaude jeunesse, arbre à la rude écorce, Couvre tout de son ombre, horizon et chemin, Heureux, heureux cc\\i\ qui frappe de la main Le cou d'un étalon rétif, ou qui caresse Les seins itineelantM d'une folle maîtresse.
L'épithète est inagni&que ; elle fait passer son pubjonc* tif en le poétisant , je ne Tai vue nulle part ; elle appar* tient bien au poète.
Cependant les rideaux, autour d'elle tremblant, La lai^aient voir pAmée aux braç de son amant ^ Çg,\\ humide, bras mort, tout respirail en elle Les longueurs de T^mour, et la rendaient plus belle. Sa tête, avec Met ieins, roulaient dans ses cheveux, Pendant que sur son corps mille traces de jfeux, Que sa jooe empourprée et ses lèvres avjiUi, Qui se pressaient encor comme en des baisers vides 6t son cœur f;ro3 d*amour, plus fatigué qu*éieinl, Tout d'une folle nuit vous eût rendu certain.
Les imagea sont crues, mais la passion les fait excuser ; ce n'est point du libertinage à froid conune dai^s P(amy, ce ne sont plus d« fausses imitations de Tantiqulté copmie dans Bertin. I-es poètes du dix-huitième siècle eussent rendu indécente la Vénus pudique. Nou, dans les descriptions que nous venons de reproduire, le poète a la fièvre, son pouls bat cent vingt-cinq fois à la minute; on n'en veut pas, quelle chose qu'il dise, à rbomme qui a le délirc^.
D'ailleurs, tous ces tableaux là sont si ravissants ! Vous avez vu du Titien tout à l'heure, voilà de TAlbane maintenant :
— Cf^mme elle est belle au soir au rayon de la lunci
Peignant sur s^n col blanc sa chevelure brune !
Sous la ircssed'ébèneon dirait è la voir,
.Une jeune guerrière avec son casque noir,
Son voile déroulé piic et s'affaisse a terre.
G^mme elle est bello et noble, et tomme avec piysicre
L^atlente du plaisir et Je momcni venu
Font, sous son collier ef'or, fiisonner son sein nu /
A coté de ces personnages ei^ pteiae Ivmûèrp, U y avilit une admirable ent^nte du cjaip-robscur, témoin qqs vers de Portia :
Qui ne sait que la nuit a 4es puissances telles Que les femmes y sont, comme les fleurs, plus belles, Et que tout vent du suif qui les peut eCQeprei Leur enlève un parfum plus doux à respirer.
Dans ce premier volume du jeune poète, ITiéroïne es t * déjà la femme sensuelle, mais sans cœur, enivrant»,, mais infidèle. La Marco de V Enfant tt» siècle, la Belodor de Frank.
La Juana d'Orvado est infidèle à son amant. La Portia, plus excusable* ne Test qii^à son mari ; il est vrai quo le poète à le soin de nous montrer les circonstances aggravantes.
La main de Portia vient de tuer son mari, il Teulève, ils sont sur les lagunes, on vient de perdre Venise de vue.
—Portia, dit l'étranger, un vent plus douç coinmençp • A se faire sentir. Chante moi ta romance.
Peut-être que le seuil du vieux palais Luigi
Du pur sang de son nmiire était encore rougi;
Que tous les serviteurs sur les draps funéraires
N'avaient pas achevé leur dernière prière.
Peut-être qu'à Tenlour des sinistres apprêts.
Les moines, s'agttant comme de noirs cyprès,
Et mêlant leurs soupirs aux cantiques des vierges.
N'avaient point, sur la tombe, encore éteint les cierges.
Peut-être de la veille avait-on retrouvé
Le cadavre perdu, le front sous un pavé,
Son chien pleurait sans doute et le cberqbait encore.
Mais quand Salti paria, Portia prit sa mandore^
Mêlant sa douée voix, que l'écho ratait.
Au murmure moqueur du flot qui l'emportait.
Après ces deux poèmes et la comédie de la Camargo^ de la Camargo qui fait tuer son amant dans un moment de jalousie, venaient les Chansoneémetlreen musique.
Elles ont été mises en musique en grande partie, comme l'indiquait leur litre, par le pauvre Monpou. Poète et compositeur sont morts aujourd'hui, mais les vers et la musique de TAndalouse sont dans toutes les bouches.
L'Anda louée, grâce à la musique de Monppu, est devenue la plus. populaire des chansons de de Musset. Grâce d une strophe retranchée, elle était sur tous les pianos.
Il était, en effet, difficile de faire chanter par une jeune fille :
Qu'elle est si^perbe en son désordre, Quani) elle tombe les seins nus, Qu'on la voit béante se tordre Dans un bdiser de rage, et mordre En criant des mots inconnus.
C'était, ce côté sensuel, si émiuent, comme art, dans de Musset, qu'à défaut de la pudeiu', lart mettait un voiLs à ses tableaux, c'était ce côté sensuel qui le sépai'^tdes poètes de repoque. Lamartine, Hugo, de Vigny, n'avaient rien de pareil dans leura œuvres. L'auteur des Méditations était rêveur et tendre, — Pauteur des Qips et Ballades était sombre et sévère, — Tauteur d'/T/od, gracieux et prude.
Byron lui-mônje, qui brisa tant de préjugés dans ses poèmes, n'atteignit jamais à la nudité des tableaux de de Musset. Dans Byron, toujours quelque magnifique voile de pourpre, quelque splendide écharpe d'Orient est jetée si adroitement sur l'héroïne, que, comme une draperie de peintre, elle cache ce qu'elle doit cacher.
Les héroïnes dWlfred de Musset, elles, sont franchement
LE MONTEMSUSTO.
nues, et quand par hasard ellea onl la chemise, — la che« mise est tellement froissée déchirée, mise en lambeaux que, comme dans certaines statues de Pradier, la chemise est plutôt restée pom* laisser voir que pour cacher*
Le nom de Byron reviendra souvent dans cette étude. De Musset n'a rien pris aux poètes de l'antiquité, ou quand il leur a pris, la pensée est défigurée par la forme, et son cœur, gros d^amour, plus fatigué qu'éteint, est une vague réminiscence du vers de Suétone.
Et la$êata virii, ied non $aUata receuit.
Si vague que soit cette réminiscence, petit-étre n'en trouverait-on pas un second exemple.
De Musset n'a rien pris aux poètes nuageux 'du Nord, ni aux Niebelungen, ni à Ossian, excepté à ce dernier une seule pièce, imitée de loin, souvenir resté dans la tête plutôt que traduction copiée sur le livre.
Cette pièce appartient à sa seconde publication, intitulée Poésies diverses^ et qui eut lieu en 1 83 1 . La voici :
Pâle étoile du soir, messagère lointaine.
Dont le front sort brillant des voiles du couchant,
De ton portail d'azur, au sein du firmament,
Que regardes-tu dans la plaine ?
La tempête s'éloigne et les vents sont calmés ; La forêt qui frémit pleure sur la bruyère ; Le phalène doré dans sa course légère, Traverse les prés embaumés, Que cherches-tu sur la terre endormie?
Mais déjà vers les monts je te vois t^abaisser ; Tu fuis en souriant, mélancolique amie, Et ton tremblant regard est près de s'effacer.
Etoile qui descends sur la verte colline. Triste larme d'argent du manteau de la nuit, Toi qui regarde au loin le pâtre qui chemine, Tandis que pas à pas son long troupeau le suit, Etoile, où t'en vas-tu dans cette nuit immense? Cherches- tu sur la terre un lit dans les roseaux ? Où t*en va^tn si belle à l'heure du silence, Tomber comme une perle au sein profond des eaux ? Ahl si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux, Avant de nous quitter, un seul instant arrête. Etoile de Tamour ne descends pas des cieiu.
Peut-être est-il curieux de mettre en regard de cette irai- • tation la traduction d'un vieux poète classique, dont, par une ces étranges anomalies dont VAcadémie seule donne l'exemple, Alfred de Musset devait devenir le confrère.
Baour-Lormian, quelque soixante ans auparavant, avait publié les chants d'Ossian, comme il avait publié la JérU" salem délivrée^ — comme il avait publié cinquante mille vers à peu près oubliés.
Si oubliés, que lorsque Ponsard lui succéda à l'Académie, il chercha vainement un exemplaire de ces poésies. — Chamerot, Techener, Leclerc, se mirent inutilement en quête, — tout avait disparu. — Un dernier espoir restait au récipiendaire. — Baour-Lormian avait légué à im vieux domestique tout ce qui lui restait de volumes de lui. Il lui en restait beaucoup, à ce qu'il parait.
Ponsard s'inquiéta du domestique. Il était parti en Amé-« lique avec son bagage, le croyant de placement plus facile là-bas qu'ici. '
Ponsard lui écrivit, offrant de lui payer un exemplaire des œuvres de son maître ce qu'il voudrait.
Le vieux domestique répondit qu'il était désolé, mais ipi'il avait vendu aux épiciers de New-York toute la pacotille au poids. *
Ponsard dût >e résigner. «-L'auteur de Mnhomt ff ei à'Amasis^ seniblait avoir tout emporté avec lui dans son tombeau.
Si Ponsard avait eu Tidée de me venir trouver, je lui eusse donné cent, deux cents, quatre cent vers de Baour Lormian, conservés non pas dans ma bibliothèque, mais dans ma mémoire, et entr'autres ceux-ci, puisés à la même source que nous venons de citer.
Ainsi qu'une jeune beauté,
Silencieuse et solitaire,
Du sein du nuage argenté,
La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit. Tu 'glisses dans les airs où brillo ta couronne,
El ton passage s'environne Du cortège pompeux des soleils de la nuit. Que fais tu loin de nous, quand l'aube blanchissante
Efface à nos yeux attristés Ton sourire charmant et tes molles clartés, Yas-tu comme Ossian, plaintive et gémissante,
Dans l'azile de la douleur,
Ensevelir ta beauté languissante, Fille aimable du ciel ! connais-tu le malheur?
Alfred de Musset n'a rien pris non plus aux Allemands modernes, ni à Uhland, ni à Goethe ni à Schiller.
Nous le répétons, Byron seul avait aidé de Musset dans sa forme.
Et lui le sent bien, voyez plutôt dans la dédicace du Spectacle dam un fauteuil^ — dédicace adressée à son ami Tatet, mort comme lui
Je ne fais pas grand cas pour moi de la critique,
Toute mouche qu*eUe est, c'est rare qu'elle pique.
On m'a dit l'an passé que j'imitais Byron :
Vous qui me connaissez vous savez bien que non.
Je hais comme la mort Tétat de plagiaire.
Mon verre n'est pas grand— mais je bois dans mon verre,
C'nst bien peu, je lésais, que d'être homme de bien ;
Mais toujours est-il vrai que je n'exhume rien.
Je crois que c'est plutôt la faute de la critique que la faute de de Musset, s'il s'accuse de ressembler à Byron.— rLa critique, brutale comme toujours, lui aura brutalement dit : vous imitez Byron.
Et de Musset, qui n'avait jamais sciemment imité le poète anglais, à brutalement répondu non !
La critique eût dû dire : Vous avez des analogies de tempérament avec Byron, vous êtes son parent, — vous êtes de sa famille, — vous marchez parfois de la même allure que lui.
Le poète alors se fût étudié lui-même et n'eût pas répondu : non !
Mais elle lui a dit : Vous êtes son ombre, — vous êtes son reflet.
Le poète, qui sentait sa valeur , a répondu :
— Vous mentez, je suis un corps.
Et il avait raison.
Qu'on dise à un homme : Vous avez les cheveux noirs comme un tel, ou vous avez les yeux bleus comme un tel.
Il l'admettra.
Mais qu'on lui dise : vous êtes tout le portrait d'un tel, fût-ce de son père, il niera.
Et cependant voilà une chose qui n'est point niable pour quiconque a lu le Don Juan de Byron.
C'est que voici deux ou trois strophes de Mardoche qui sont bien de la famille du poète anglais.
Heureux» un amoureux! — Il ue s'enquôle pas Si c'est plage ou gravier dont s'altarde son pa«. On en nt. — C'est hasard s*il n*a heurté personne, Mais sa folie au front lui met une couronne, A ré|)aule une pourpre et devant son chemin La flûte et les flambeaux comme un jeune Romain. Tel était celui-ci qu*à sa mine inquiète On eût pria pour un fou, si non pour un poëtc. Car vous verriez plutôt une moisson sans pré. Sans serrure une porte, et sans nièce un curé.
Que sans manie un homme ayant l'amour dans Tâme.
xuv.
Muses I depuis le jour où John Bnll en silence Vil jadis p»T Brummel en dépit de la France, Les gilets blancs proscrits et jusaues aux talons ; (Exemples monstrueux), traîner les pantalons. Jusqu*a ces heureux temps où nos compatriotes Enfin, jusqu'à mi-jambe, ont relevé leurs bottes, Et ramenant au vrai tout un siècle enhardi, Dégagé du maillot le mollet du dandy I Si jamais retroussant sa royale moustache, Gentilhomme en plein vent fit siffler sa cravache ;
D*un air tendre et rêveur si jamais merveilleux, Pour montrer une ba^ue, écarta ses cheveux. Oh 1 surtout, si jamais manchon aristocrate Fit mollement plier la douillette écarlate, Ou si jamais, pareil à Tétoile du soir, Put, sous un voile épais, scintiller un œil noir, 0 muses d^Hélicon I 0 chastes Piérides ! Vous qui du double roc buvez les eaux rapides. Dites, ne fut-ce pas lorsque, la canne en Tair, Mardoche en sautillant passa comme un éclair.
Nous ne nions pas que le verre soit à de Musset, mais à coup sûr cette fois le vin qu'il nous fait boire est tiré de
la cave de Byron.
Maintenant , dirons-nous, sans Byron est-ce que de Musset n'eût point existé ?
C'est comme si vous me disiez, sans Rubens aurionsnous Delacroix ?
Certainement vous auriez Delacroix, sans telle ou telle nuance, sans telle ou telle teinte.
Ou encore, qui sait ?
Si Rubens n'avait point existé, Delacroix aurait trouvé telle ou telle nuance, telle ou telle teinte.
Il eût été le premier qui Teût trouvée, voilà tout, an lieu d'être le second qui s'en soit servi.
Supposez que la peinture n'ait point été inventée avant M. Ingres, ni la poésie avant M. de Pongerviile.
Certes, M. de Pongerviile n'inventera pas la poésie, ni M. Ingres la peinture.
Mais qu'il n'y ait eu ni peinture avant Delacroix ni poésie avant de Musset, Delacroix et de Musset inventeront la peinture et la poésie, attendu qu'ils sont par eux-mêmes, et qu'ils seraient par conséquent, quand même d'autres n'auraient point été.
Ainsi donc ce premier volume, de de Musset, révélait un poète, un mâle, un générateur.
n était bien jeune, cependant, mais la génération avait mûri vite :
Hugo, publiait à vingt ans, Lamartine à vingt trois, de Musset était de 1810, il avait vingt ans à peine.
Écoutez ce que le poète dit de lui-même sur la première page de son livre.
Ge livre est toute ma jeunesM
Je l'ai fait, sans presqu'y songer.
il y parait, je le confesse,
Et |*aurais pu le corriger.
Mais quand l'homme chance, sans cesse
Au passé, iiourquoi rien changer f
Va t'en pauvre oiseau passager.
Que Dieu te mène h ton adresse !
Qui que tu sois, qui me liras Lis en le plus que tu pourras, Et ne me condamne qu'en somme.
Mes premiers vers sont d'un enCant, Les seconds d'un adolesceni.
Les derniers à peine d'un homme.
Gomme toujours, la critique a dit de de Musset que sa première publication était la meilleure.
La tactique est connue, quand la critique n'essaie pas de tuer l'auteur avec les autres, elle essaie de le tuer avec lui-même.
La critique a dit la même chose d'Hugo, exaltant les odes et Ballades au-dessus des Feuilles d'automne et des Orientales ; la même chose de Lamartine, mettant les Méditations poétiques au-dessus des Harmonies^ delà Chute d'un ange et de Jocetyn ; la même chose de Béranger, en louant ses premières chansons au détriment des dernières.
La critique mentait.
3ans chacun des hommes que nou3 venons de citer, il y a eu progrès.
Dans de Musset surtout ; c'est cequenous essaierons de démontrer dans la suite de cette étude.
Alexandre Ddmas.
jiLa suite au prochain numéro.)
CORRESPONDANCE
Mon grand ami.
Washington, 15 Juin.
Ne vous attendez pas à chaque ville que je' traverse recevoir une description détaillée de cette ville. Toutes les villes des Etats-Unis se ressemblent absolument : des rues droites, des squares réguUers, nar-ci, par-là semés d'églises, ont paru aux Yankees ridéai des beautés d'une ville ; ajoutez a cela que les styles dans lesquels sont bâtis tous les édifices publics n'offrent qu'un mélange absurde de tous les styles du monde, ce qui veut dire qu'il n'y en a point du tout ; — ajoutez à ce que nous avons dit, un encombrement d'omnibus, de camions, de ballots de marchandises, et vous aurez l'exacte représentation d'une ville américaine. Or, quand vous vous serez fait une idée de cette ville, il ne vous restera pas les moindres frais d'imagination à faire pour vous représenter toutes les autres.
A ces i-ègles, je ne connais qu'une exception, — c'est Washington, la cité^siége du gouvernement, et des représentants du peuple."
Dans leur orgueil, les Yankees avaient fait le plan de Washington pour être la capitale du monde ; c'est pourquoi on y trouve ces distances énormes, ces avenues désertes, ces squares fantastiques existant seulement sur le Sapier des architectes ; enfin, ces rues gigantesques, mais ans lesquelles il n'existe que trois ou quatre maisons, que leurs propriétaires, de crainte tLe mauvais voisinage, eussent pu b&tir A un kilomètre Tune de l'autre .
Un jour, les habitants d*un bom*g de TAttique s'avise* rent de b&tir à leur village d'énormes entrées.
Diogène les vit.
— Prenez garde, mes amis, leur dit-il eu hochant la tête, un jour ou l'autre votre ville se sauvera par ses portes.
A Washington, c'est déjà chose faite,
Parmi les établissements publics que je me promettais de visiter, je citerai le Smithsonian-Institution.
Smithson était un enfant naturel du duc de Northumberland. Il légua dans son testament une somm&de trois millions de francs à TAcadémie de Londres, pour que la susdite Académie établit tme institution quelconque qui portât son nom.
L'Académie, — ^bégueule comme Test toute Académie, — accepta, mais du bout des dents.
Froissé par le peu de cas que la vénérable dame faisait de son legs, Smithson ût, sans rien dire, un autre testament, dans lequel il léguait les trois millions aux Etats- Unis, où il n'avait jamais mis le pied.
Après sa mort, le second testament fat ouvert, — > mais l'Angleterre s'opposa à son exécution ; — im procès s'ouvrit qui se termina, après vingt ans, en faveur de TAttièrlque. L'Angleterre fut forcée de laisser partir l'argent et d'en payer les intérêts cjui avaient plus que doublé lé capital. Avec les sept millions auxquels se montait ït legs, l'Amérique fonda le Smithsonian-Institution.
L'édiûce construit dans ee but, étonne par son extérieur insolite aux Etats-Unis surtout : c'est un château moj^énâge, avec tôufs et tourelles, avec des fenêtres étroite^, percées sans symétrie, — le tout d'un aspect agréable et ne manquant pas de caractère^ — mais tdut au contraire de nos bâtisse^ du moyen-âge, — placé dans un pays plat au lieu d'être perché sur un roc.
En outre, Tintérieur de cette construction pittoresque, que l'architecte semble avoir faite pour la gloire de 1 art et pour sa réputation personnelle, ne répond malheurcument pas le moins du monde à sa destination. — A force d'escaliere en limaçon, de coins et de recoins, de cellules et de corridors, il ne reste plus de grandes salles pour l'exposition des collections.
Il en résulte que Washington possède des collections très-riches, mais pour la plupart emballées dans des cais«ses, dont pKis de la moitié n'a jamais été et qe sera jamais debaUée.
Le Capitole de Washington se trouve sur une jolie colline à 1 extrémité de la ville, au bout de Pensylvania-Avenue. Il est entouré d'un jardin bien ombragé. D'après le plan primitif, le Capitole devait former le centre de la Cité ; de ce centre partaient toutes tes rues de la ville qui devaient rayonner dans tDus les sens. I.e plan, une fois accepté, les membres du gouvernement avaient compté sur le patriotisme des Américains, qui, liour revêtir la nouvelle capitale de toutes les splendeurs possibles, devaient acheter dès ten*ains et y bfttir des palais. Vous savez, mon cher ami, que ce n'est pas le patriotisme qui fbrme la base des passions du Yankee, lequel, avant tout, calcule ce qu'une affaire doit lui rapporter. Or, les Américains, trouvant que les tnaisoîis ne se lonerÀient pas avantageusement a Washington, supprimèrent cet élan de patriotisme et laissèrent leur capitale inachevée.
Le Capitole, où siège la cour supfême des Etats-Unis, le sénat et la chambre des représentante, est d'uhe constrtiction grandiose et magnîuque en style dorique et en marbire blanc.
Au milieu de la construction se trouve une rotonde renfermant huit gi^ands tableauic historiques, depuis le débarquement de Christophe Colomb jtlsqu'à là soumission du général anglais.
Consignons en passant, mon cher ami, que ces tableaux sont remarquablement mauvais, manquant tout à la fois de ded&în, de coloris, et surtout de tîonceptioti artistique.
Les frontispices et les statues qui décorent les façades de l'édifice laissent encore plus à désirer. -^ reSpèrats qu'ils porteraient au moins remprelnte dé l'art danis sa naïve enfance ; mais totjt au contraire, c'était le mauvais goût dans sa décadence la plus avancée.
Le Patent Offlcfe, également d'une grande et belle construction, t^îiférme tes collections les pins variées t celle des modèles de tdutèfs les inventions tôutelles sur lesquelles le gouvernement a accordé des brevets d'inrenllon, ert très-^remarquable, et peut*èlt^ unique au monde, tandis que eelte des curiosités ressemble à l'un de cés museës comme on en taisait il y a trois siècles, et dans lesquels on entassait tout sans syartème et sans choii, dans t*uniqUe biii d'exvîitéi' l^ètonnément du badâUd.
Cela n'emjlèéhe point (Juô celte collection ne i^euferme à côte dfe niaiseries sans valeul» dé Véritables trésors, dont on pôutt^it tlrôr un admirable )^^nl.
Le cwàtaguô Vendu à la pôtte est écrit dans un stylo. ... afltéirtcàiû, ^ tant "prié, — Je suis allemand , je ne ifouVé pas d'autre mot.
Je n'en citerai qu'un exemple pris au hasard. Tout le monde sait ce que c est qu'un kanguroo. Voici dans quels termes le catalogue parle de cet animal :
Kanguroo , pu le miracle de l'Australie.
« Dans cette partie du mcHide la plus reculèe^la nalttre û'eSf
S lu à créer les choses les plus miraculeuses ; elle y fait es cerises qui ont le noyau en dehors, et un anfanal monstrueux et aussi grand que le plus grand grenadier
Î[ui aurait une tête de lapin et une queue aussi grosse que e pied d'un lit. — Il fait des sauts dontquatre franchissent un mille tandis que trois ou quatre jeunes kanguroos jpassent leur tête au travers de son estomac pour voir ce qu4l se passe.de nouveau sur le chenitin< '■»
Et dans ce genre sont faileS ft tous monientêiteB descriptions de choses qui ne valent pas un coup d^œiL
il y a chefc vous, je crois, cher ami, un t>rôverbe qui dit : Qu'il ne faut pas aller à Rome sans voir le t)ape.
J'appliquai votre proverbe à l'Amérique, et je me dis :
Il ne faut p'as aller aux Etats-Unis sans voir le Président.
En conséquence, le soir nous allâmes à While-House , c'est-à-dire à la maison Blanche, résidence du Présiiknt.
On entre chez le Président des Etats-Unis conune on va chez nous acheter des allumettes chez Tépicier du coin.
Pas de laquais galonnés, pas de valets de pied pour vous annoncer.
Là le proverbe est renversé.
— Pas de suisse, mais de l'argent.
Nous entrâmes tout droît au ^on.
Noua y étions à peine depuis quelques inflta&t&t lorsque la porte s'ouvrit et qu'un petit honuneY bidoiUé eB.iiDir, ae précipita dans la chambre.
C'était le président d'un des plus grands Etats du liioiidi^^ M. Pierce.
— How do you do ? dit-il, en serrant la maia de l'ambassadeur.
L'ambassadeur me présenta à lui.
— How do you do ? répéta-tril en me serltint la inaln ft mon tour en répétant la phrase traditionnelle.
Madame Pierce apparut à son tdur, .
— How do you do ? ditr^lle è l'ambassadeur.
— How do you do ? me dit-elle.
Voilà, cher ami, tout ce que je vous dirai de notre conversation, et croyez bien que pour vous j'en écréme là phrase la plus spirituelle.
Tout et toujours à vous .
Baron w Mv&lbr.
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