ETUDE-CAUSERIE
Chera lecteurs, Nous avons interrompu notre étude sur Alfred de Musset pour écrire la biographie de Béranger.
A tout seigneur tout honneur.
Non pas, entendons-nonB bien, que je veoille dire qu'Alfred de Musset soit un poète secondaire et doive céder le pas à qui que ce soit au monde, non, mais ce qu'on ne ferait point par conscience de soi, on le fait par convenance littéraire ou sociale.
Alfred de Musset, dans notre opinion, tient une place
■Osai élevée mais moins lai^ que celle de Bâranger. —
. AUnd de IfuMt est le poète dea eiceptions ; Béranger,
le poète des généralités. — Alfred de Musset n'adresse aux cœurs malades, aux âmes soudhtntes, — Béranger s'adresse à. tous ; — Alfred de Musset aigrit, — Béranger console.
Aussi, la pari de l'auteur du Dieu des bonnes gens lui a été meilleure sur la terre, et lui sera bien certainemeat meilleure au ciel.
Alfred de Musset est mort à 46 ans, Béranger é. 77.
Alfred de Musset avait cinquante amis ; non pas cinquante amis, cinquante admirateurs à son convoi.
Tout Paris suivait en pleurant le corps de Béranger.
Béranger était adoré, — Alfred de Musset était baV.
Noua examinerons toutes ces oppositions, nous en dirons les causes, et nous irons cbercber les sources de l'âpre talent de l'auteur de RoUa jusqu'au lac amer qui les ali- • mentait.
£n 1831, Alfred de Musset publia un second volume' d« Ce volume ne contenait que sept pièces :
LE MONTfi-€RISTO.
Les Vœux stériles, — Octave, — les Secrètes pensées de Baphaël, — Pâle Etoile du soir, — Chanson,— A Pepa, — A Juana,
Dès celte seconde publication se révèle déjà cette disposition maladive qui tirera plus tard du cœur du poète des cris si désespérés, et qui fera pour lui de la vie un de ces fruits du lac Asphaltite, vermeils et veloutés au dehors, pleins de cendres et d'amertume au-dedans.
Nous àdsons disposition maladive, parce que, pour noils, là où il y a amertume et injustice dans l'appréciation de la vie que Dieu nous fait, il y a maladie. Notre génie, c'est notre tempérament ; nous naissons arbres animés pour produire certains fruits; quelquefois la société nous greffe à l'aide de l'éducation, mais les vrais producteinrs sont les arbres et les poètes de la nature.
Seulement, lorsque c'est le corps qui est malade, 11 airive souvent que la souffrance physique épure l'ânie : quand au contraire c'est l'âme qui est atteinte, du splèeii, delà nostalgie, de la misanthropie, elle gangrène et tue te corps.
Mais, il ne faut pas plus en vouloir aux ailles malades qu'aux arbres amers ; — sans doute les ânies malades ont leurs missions comme les arbres amers leur influence, toutes deux bienfaisantes Jiettt-étre. Qfû rtadalt justice au quinquina, tant que Fbtt i ignoré que son écorce guérissait de la fièvre ?
Aimons donc le plus que bous pouvcms, restons indifférehtâ s'il nottà tet impossible d'aimer ; mais ne haïssons jamais.^
Ainsi, en 1831, c'est-à-dire à vingt-deux ans à peine, — sinon riche, du moins loin de la misère, beau, déjà applaudi, reçu en frère par tout ce qui était grand, quel droit, s'il n'a reconnu lui-même cette infirmité 'fcnt nous parlions tout à l'heme^ quel droit le poète a-t-il d9 dire de toi :
Je suis jeune ; j'arrive A moitié de ma roule, Déjà las (le marcher, je me suis retoorné. La science de l^hommc est le mépris sans doute ; C*est un droit de vieillard qui ne m*cst pas donné. Mais qu*en dois-je penser ? Il n'existe qu*un être Que je puisse en entier et constamment connaître, Sur qui mon jugement puisse au moins faire foi, — Un seul,— je le méprise,— et tee être cVJrt moi.—
Quand un auteur dit ces choses-là de lui-même,, il liiel bien à l'aise l'homme qui veut faire sur lui une conscieur cieuse étude.
Aussi, entendez l'auteur s'écrier :
A l'action I au mal ! le bien resfe ignoré. •^Allons, cherche un égal h des maux sans fenoède. Malheur à qui notis fit le sens dénaturé ; Le mal cherche le mal, et qui souffre nous aide.
éiiiquante vers plus loin, comme Escousse et Lebras,— ' antres âmes malades, — l'auteur en est au suicide :
Tu te gonfles, moii cœur ?— Des pleurst 1^^ croirais-ta y
Tandis que j'écrivais ont b âgûé mon visage ,
Le fer me manque-t-il,ou nia main sans courage
A-t-elle lâchement glissé sur mon sdn nu ?
— Non, rien de tout cela. Mais si loin que la haine
De cette destinée aveugle et sans pu leur
Ira j'y veux aller 1 — J'aurai du moins le c<5Bur
De hi mener ai bas que la honte M prenne.
Remarquez que nous ne citons pas ces ver» comme de» teautés î non. Ils sont durs, diffidle», mal tournés, mal rimé». Nous les donnons conune de» fveaveâ de cette maladie de l'&me dont nous avons parlé.
Nous aurons, Dieu merci, de magnifiques pages à opposer à ces pauvretés.
C'est chez de Musset surtout qu'éclotet fleurit la courtisane sans cœur, vampire du sang et de la fortime. — Nous avons déjà vu Portia, mais Portia n*est encore que l'épouse adultère.
Nous avons vu la Camargo, mais la Camargo n'est que la baladine jalouse, — et du moment où il y a jalousie, quelque chose palpite encore dans la poitrine de la femme.
Mais attendez, nous arriverons vite à la femme au cœur de broûée, — puis nous passerons à la femme au coeur de marbre, puis à la femme qui n'aiira feA de cœur du tout.
Voici la femme au cœur de bronze, — ce cœur fesx amolli sous un rayon d'amour :
Hi ce moine rêveur, ni ce vletix charhitan N'ont deviné pourquoi Manette est m'bHrante. Bile eëi ihtp{^ du cœur ta belle indiflt'rente ; y(A\h son mai,.— elle afrii©,— il est cruel pdnrtâht Do Yotr entre les mainà d*nn cafrird et d'un Ittê, Mourir cette sbpérbe et jeune courtisane. Mais cHëcun i ^n jour et ki ilen est venu... — Potir moi je ne crois pas h ce mât îhcônnu ; TcneZj la voyez-vous seuK», aux pieds &e ces arbres, fchercHer Vombre profonde et la friîchéttr des xAàrlMies Et plonger iiahs le bain ses m*»mbrps*éit Sueur; Je gagerais m<»s os (HJ*elle est frappé -3 *ô cœur. Regardez... CVst ici sous ces longm^s charmilles. Qu'hier encore, dans Ses bras, loin des rayons du jout^ Ont pâli les cnfsnis des plu? nob^s f unilles ; Là s')9t^rçait dans Fombre un redotUabU amour $. Ut cette Messalino ouvrait ses bras rapaces Pour changer en vieillanls ses frôles f«voris, Et répandant la mort sous des. baisers vivaces, . Cuvait dv«'C fureur ses éléniints ohéiis : i
L'or et le sang...
•Voilà la cottrtisanlik en vers, c'est |sfemiiie au cœur de hAfwté, dont le cœur vepen^nt jf^eut s'an^^Uh* et fhéme se fondre à la flamme ardente de l'amour. .
Mainltenfitnt voirf la coitrriàaûé eiï ]^rofee, -^ 1» teiritoew cœur de marbre que rien ne fond ni n'amollit
Lisez, c'est le type de tout ce que Ton a fait depuis dans Ife mêfhe genre, ca^ si l'ivraie pousse sans être semée, à plus forte raison pousse-t-elle quand on la sème.
Ceci est îtiÈVé et mâttvafs comme fond, mais c'est véritablement beau comme forme.
C'est Alfred de Mussjt qui pârTe, — son héros, — c'est lui-même.
« A peine entré. Je me lançai dans le tom^billon delà valsa; cet exercice vraiment délicieux m'a toujours été cher, je n'en connais pa6 de plus noble et qui soit plus digne en tout d'une belle lemme et d'un jeune garçon. Toutes les danses auprès de celle-là ne sont que des conventions insipides ou des prétextes pour les entretiens les plus insignifiants : c'est véritablemrent {Posséder une femme que de la tenir une demi-heure dans ses bras, et l'eAlrfttMr ainsi palpitante, malgré elle, et non saoa quelque risque ; de telle sorte que Ton ne pourrait dire si on la protège ou si on la force. Quelques-unes se livrent alors avec. une si vohiptiieuse pudeur, avec un si doux et si pur abaudon,* qu'on ne sait si ce que Ton ressent près d'elles est du désir ou de la crainte, et si en les serrant sur son ec^ur on se pâmerait ou on les briserait comnie dee roseaux* Jj'AUe* magne où l'on a inventé cette dalMe est à oeup si)ûr ub pays a^ Ton aiïie<
• Je tenaiâ danft mes bra» uKie «afi^rbe 4aMeu3e dw Aiéàtre dltalt^^ veou» à 9^ ipôiur l^.<M«air*l t dto était en costume de bacchante avec une robe de peau de
LE MONtE-CRlSTO.
pantnère. Jfamais je nV 'î^ii vu de si languissant que cette créature ; elle éiait grande et mince, et tout en valsant avec une rapidité extrême, elle avait Tair de se traîner. À la voir OB eût ditqu^elle devait fatiguer son valseur, mais on ne la sentait pais. ËUe courait comme pau* enchantement.
» 8nr son sriil était uri boliqueténôtriié, dont \éi ^tfcmift^ m'etiivraient malgré tndi. Au moinàre tiiouvéftiént de tt)6i> bras, je la sentais plier comme une Hâne' déâ Inde«^ pleine d*iine lûôlUfëM A douce el ^i synKpdtbiquë, qu'elle m'entouraitcomme d'un voile de soie embaumée. A chd^e tour, on entendait à peine un Kger {posément def Bbii collier sw oa eeintute de métal ^ elle se mouvait si divinement cpse je croyais voir un be) aslre, et tout cela avec un sourire comme une fée qui va s envoler. La musique de la valse tendre et voluptueuse avait Tair de lui sortir des lèvres, tandis que sa tête, chargée d'une forêt de cheveux uoirs Iressés en natte, penchait en arriére, comme si son eol eût été trop faible pour la porter.
» Lorsque la valse fut finie, je me jetai sur une chaise au fond d*un boudoir ; mon cœur baltait^ j'étais hors de moi. — 0 Dieu ! m*écriai8-je, comm<înt c^ est-il possible? 6 moAdtre superbe t ô beau reptile ! Gemme t^ enlaces, comme tu ondoies, douce couleuvre, avec ta peau aouple et tachetée ! Comme ton cousin le serpent t'a appris i te rouler autour de larbre de la vie, avec la. pomme dans les lèvres. 0 Mèlusine I Mèlusino t les cœurs des hommes sont à toi, tu le sais bien, enchanteresse, avec ta nioelleuse langueur, qui n'as pas Tair d'en douter ! l'u sais bien que tii perds, tu sais bien que tu tioies, tu sais bien que Ton va souffrir lorsqu'on t'aura touchée ; tu sais qu'on meurt de les sourires, du parfum de tes fleurs, du contact de t voluptés. Voità pourquoi tu te livres avec tant âe mollesse; voua pourquoi ton sourire est si doux, tes fleurs si fraîches; voilà pourquoi tu poses .si doiicement tdn bras sur nos gaules ! 0 Dieu f 6 Bieu I que veux-*u donc de nous t »
Certes, vpili de la.prosç, s^ussi Mler que les .plus beaux \%F% \ .ç'j9$t use eartd^ erotique^ ma^s q eât de l'exté^e^ La €oi;4eétj^^i si forteqa^l tendue, il uW point étonnaxKt qu'jçlla se détende avçc 1^ ^fiilini^seme^t.
Voili la glorifiration de la fQmme belle^ suave; ei.volvipr tueuse. Il était bien Jfacite de la faire bonne, mais l'esprit ou plutôt le cœur du poété n^est pas tourné à fa femmf? consolatrice, à la femme ange ; non, plus la femme sera iJëllé, phîs, sotl» mie dèéetahfé èhtelopjm, elle pùrt&rû, de ibâuvaiô îùsttnètà.
Ou autre remercierait él glgrlfieraît la nature d'avok créé un pareil type . Alfred de îfussét lainaudif. Ëcoutdns Fon anathéme :
« Le professeur Halle a dit un mot terrible : la femme à-f-îl dit, esf la partie nerVeUse de l'humanité, etl^hommue la partie musculaire. •-: Rumbotdt lui-même, ce savant se- î rieux, a dit qu autour des nerfs humains était une atnios- phèré invisible : Je ne parle point des rêveurs qui suivent le vol tournant des chauvés^sôuris de Spallanzani et qui pensent avoir trouvé uu sixième setis à là nature : telle : qu'eue ésl^ se$ mpslêres iont bien assez reHoutabteSy ses pûissahtés bien assei profondes, à celle naluré qui notés : crie^ nous raille et nous tue, sans quli faille encore épaissir les ténèbres qui nous entourent 1 Mais, quel est l^homme ^ qui croit avoir vécu s'il nie la puissance des femmes, s^il
«^jsttflto (fttUdè tme Mte ilatisdutiyflvèc Sft tnafnstrèm- Mtttcrs, i'il li'a jiRiftié senti mjfiM iibiê quoi iudéânisM- , Mi?^ tiè ^agiitflMiè éfiitt<f«Ht (tuAi AU milieu: «un bkl, tii ' hfûMiéÊf MfiMCii»fati?< iCdlMéu^ qtfl «R ^Slir !é» hl^ !
niêmé ef voltige a'ùlouf d'elle, coninîé lé j^ai-ftim deâ aloës sur l'encensoir qui se balance au vent.
» J'étais frappé^ d'une stupeur' profonde ; qu'une semblable ivresse existât quand on aimé, celst ne m'était pas nouveau ; je savais ce que c'était que céfte aùféolé dortt rayonne la bien aimée ; maïs exciter de tels bâtteraénfâ dé coeur, évoquer de pareils fantômes, rien qu'âVéC îa beattté des fleurs et la peau bigarrée d'une bété féfôce, aveé d© certains mouvements, une certaine façoii de tourner en cercle, qu'elle a appris de quelque baladin, avec lés cott- ' tours dun beau bras, et cela sans une parole, sàtiâr ùùé pensée, sans qu'elle daigne paraître te savoir! Qa'ëtsXi doiîci le chaos, si c'est là Tœuvre des sept jours ?
r» Ce n'était pourtant pas de l'amour que je ressentait et je ne puis dire autre chose, sinon que c'était de la soif. Pour la première fois de ma vie je sentais vibrer dans mou être une corde étrangère à mon cœur v la vue da ce bel animal eu avait fait rugir un autre dans mes entrailles.
baiser les siennes, de lui dire : « Ces bras nonchalants,, {aia*m'en une ceinture \ cette tête penchée, apiniie-là sur moi ; ce doux sourire, colle-le sur ma bouchie. » Mqb c&si^$ aimait le sien. J'étais pris de beautéf comme ou est pris de
vm.
— Ah 1 oh 1 dit Desgenms, redis aves valié avec Màrod»
— On'est-ce que Marco ? lui demandai-je.
— C'est cette fainéante qui rit là-bas, est-ce qu'elle vous plaît?
^ Noiif ]*é^iquai*je, j'ai valsé ave& elle, et Je Toulais sovôiF son nûm ; elle ne me pfailt pas atibrement
^ Vdus. dtes bien p(ronlt)t, dit' il eu riani; Ifatca ji'êel |Mis une Stle ordinaire : elle est entrvtenae et preé^e ma* rièeâM.de>**% Éanbassadeni^ ft Milan,^ c'est \xà de mes enile qui mè l'a «mdnée. Cepeficbàni cbntptex^ne i^eltU f»AéJti Neue ne VouslMeeendàs taûàtiv ^'autittif ^u^ à'y nmi, pMA'sJxifîm tés^^r^oi. Il ée petit ^'ou vhUminé dé larteiâfér Aoiipte iei ^ui.
i Le 8i)U]^eif fia xpïeniàéft, meis je ne fie qu'y asaieté» ; Jil ne pouvais toucher à rien, les lèvres me Aéifeillalëw
«^i^tt'a^es^vou* donc? nie dit Ma9c9; înaÉs: j» restai comme une statue, et la regardai de la tête aux f^iSk dââb liQ muet èto&mment.
Elle se mit à rire, Deegenais aussi, qui nous obser^mit de loin ] devant elle était un grand verre de criait Jaillé m toxme de coupe, qui reflé^it sur mille facettes étiM^ la&tea la lumière des lustres, et qui brillait cemie ItfB sept couleurs de l'arc-en-ciel. Elle étendit'^Q bfm nùUr chalant et^l'emplit jusqu'au bord d'un lot doré d'un vin de Chypre, de ce vin sucré d'Orient que j'ai trouvé si amer plus tard sur la grève déserte du Lido. — Tenez,. dit-eUe en me le présentant, per voi^ bamhino mio,
— Pour toi et moi, lui dis-je en lui présentant Ip vermeil DCiôn tour. Elle y trempa les lèvres, et je le vidai avec une tristesse qu'elle sembla lire dans mes yeux.
— Êst^e (|u'il est mauvais î dit-elle.
— ^on, repondis-je.
-T Ou si vous aves çixal à la tète.
— Non. .
— Ou si vous êtes las.
— Kon:
-7- Ah ! donc c'est un ennui d'amour ?
« Ëti partant ainsi dans son jargon, ses y eux (ieveuaiei|t B^rieux. Jfô savaii qu'elle était âîe Nanles. et, rhalgre e^e, eh ^arîâdf d*àtodttf , sonîtâSié lui fetîaît daBale^uf,.,^. ' «» Jhl rittttfet (ht baCèfirfrfal, ta beÏÏé îfîfrcoTesfeîfi, muette
LE MONTE-CWSIX).
ne buvant pas, appuyée tranquillement sur son bras nu et laissant rêver sa paresse. Elle ne semblait ni étonnée ni émue. • N'en voulez-vous pas faire autant qu'eux^ lui demandai-je, vous qui m'avez offert du vin de Chypre tout à l'heure, ne voulez- vous pas y goûter aussi. Je lui versai en disant cela un grand verre plein jusqu'au bord. Elle le souleva lentement, le but d'un trait, puis le reposa sur la table et reprit son attitude distraite.
» Plus j'observais cette Marco, plus elle me paraissait sin • gulière ; elle ne prenait plaisir à rien, mais ne s'ennuyait non plus de rien. Il paraissait aussi difficile de la fâcher que de lui plaire ; elle faisait ce qu'on lui demandait, mais rien de son propre mouvement. Je songeai au repos du génie étemel, et je me disais que si cette pâle statue devenait somnambule, elle ressemblerait à Marco.
— Es-tu bonne, es-tu méchante, lui disais-je, triste ou gaie? As-tu aimé? Veux-tu quon t'aime? Aimes-tu l'argent, le plaisir, quoi? Les chevaux, la campagne, le bal? Oui le plait? A quoi rêves-tu? — Et à toutes ces demandes le même sourire de sa part, un sourire sans joie, sans peine, qui voulait dire : qu'importe? et rien de plus.
• J'approchai mes lèvres des siennes, elle me doiîna un baiser distrait et nonchalant comme elle, puis elle porta son mouchoir à sa bouche. — Marco, lui dis-je, malheur i qui f aimerait.
» Elle abaissa sur moi son œil noir, puis le leva au ciel; et, mettant un doigt en l'air, avec ce geste italien qui ne s'imite pas, elle prononça doucement le grand mot féminin de son pays :
— Farse.
» Cependant on servit le dessert, plusieurs des convives
s'étaient lovés, les uns fumaient, d'autres s'étaient mis à jouer, un petit nombre restait à table, les femmes dansaient, d'autres s'endormaient, l'orchestre revint, les bougies 'Punissaient, oa en remit d'autres. Je me souvins dn souper de Pétrone^^ù les lampes s'éteignent autour des mftitres assoupis, tandis que des esclaves entrent sur. la pointe du pied et volent l'argenterie. An milieu de tout cela^ }es chansons allaient toujours, et trois Anglais, tvoîs de ces figures mornes dont le continent est l'hôpital, continuaient, en dépit de tout, la plus sinistre ballade qui soit sortie de leure maraia.
-p-> Viens, dis-je à Marco, partons. •— Elle se leva et prit mon bras.
— A demain, me cria Desgenais, et nous sortîmes de la salle.
« En approchant dn logis de Marco, mon cœur battait avec violence. Je ne pouvais pailer. Je u'avals aucune idée d'une femme pareille. Elle n'éprouvait ni désir ni dégoût, et je tie savais que penser de voir trembler ma main prés de cet être immobile.
• La chambre était comme elle, sombre et voluptueuse; une lampe d'albâtre l'éctairait à demi. Les fauteuils et le sofa étaient moelleux comme des lits, et je crois que tout y ; était fait de duvet et de soie. En entrant, je fus frappé * d'une forte odeur de pastilles tm*ques , non pas de celles que Ton vend ici dans les rues, mais de celles de Constan- ' tinople, qui sont les plus nerveux et les plus dangereux des parfums. Elle sonna. Une fille de chambre entra ; elle passa avec elle dans son alcôve sani^ dire un mot, et quel- ' ques instants après , je la vis couchée , appuyée sur son coude et toujours dans la posture nonchalante qui lui était ! habituelle.
t J'étais debout et je la i^ôgardaîs. Chôâe étrange I plus je , l'admirais, plus je la trouvais belle, plus je sentais s'évanouir les dé8ii:s qu'elle m'inspirait. Je ne iais si ce fut un tffat magnétique , sôu silence et son immobilité ma ga- •
gnaient. Je fis comme elle, je m'étendis sur un sofa en face du balcon , et le froid de la mort me descendit dans l'âme,
• Les battements du Bang dans les artères sont une étrange horloge, qu'on ne feent vibrer que la nuit. L'homme, abandonné alors par les objets extérieurs, retombe sur luimême. Il s'entend vivre, malgré la fatigue et la tristesse. Je ne pouvais fermer les yeux. Ceux de Marco étaient fixés sur moi . Nous nous regardions en silence et lentement, si l'on peut parler ainsi.
« — Que faites-vous ? dit-elle enfin ; np venez-vous pas près de mof?
« — Si fait, lui répcmdis-je. Vous êtes bien belle I
« Un faible soupir se fit entendre, semblable à une plainte. Une des cordes de la harpe de Marco venait de se détendre. Je tournai la tête au bruit, et je vis que la pâle teinte des premiers rayons de l'aurore colorait les croisées.
« Je me levai et j'ouviis les rideaux. Une vive lumière pénétra dans la chambre. Je m'approchai d'une fenêtre et m'y arrêtai quelques instants; le ciel était pur, le soleil sans nuages.
« — Viendrez-vous donc? répéta Marco.
t Je lui fis signe d'attendre encore.
» Comme un liège qui plonge dans l'eau semble inquiet sous la main qui le renferme, et glisse entre les doigts pour remonter â la surface, ainsi s'agitait en moi quelque chose que je ne pouvais ni vaincre ni écarter. L'aspect des allées du Luxembourg (sur lesquelles donnait la fenêtre) me fit bondir le cœur et toute autre pensée s'évanouit; que de fois sur les petits tertres, faisant l'école buissonnière, je m'étais étendu sous l'ombrage avec quelque bon livre, tout plein de folle poésie, car, hélas c'étaient là les débauches de mon enfance ; je retrouvais tous ces souvenirs lointains sur les arbres dépouillés, sur led herbes flétries des parterres. Là, quand j'avais dix ans, je m'étais promené avec mon frère et mon précepteur, jetant du pain â quelques pauvres oiseaux transis, là, assis dans un coin, j'avais regardé durant des heures danser en rond des petites filles ; j'écoutais battre mon cœur naïf aux refrains de leurs chansons enfantines ; là, rentrant du collège, j'avais traversé mille fois la même allée, perdu dans un vers de Virgile et chassant du pied un caillou.— Oh mon enfance, tous voilà, m'écriai-je, oh, mon Dieu, vous voilà
» Je me retournai, Marco s'était endormie ; la lampe s'é^ tait éteinte, la lumière du jour avait changé tout l'aspect de la chambre ; les tentures qui m'avaient semblé d'un bleu d'azur étaient d'une teinte verdâtre et fanée, et Marco, la belle statue, étendue dans l'alcove, était livide comme une morte.
» Je frissonnai malgré moi, je regardai l'alcove puis le jardin, ma tête épuisée s'alourdissait, je fis quelques pas et j'allais m' asseoir devant un secrétaire ouvert près d'une autre croisée. Je m'y étais appuyé et regardais machinalement une lettre dépliée qui avait été laissée dessus, elle ne contenait que quelques mots, je la lus plusieurs fois de suite sans y prendre garde, jusqu'à ce que le sens en devînt intelligible à ma pensée ; àforce d'y revenir, j'en fus frappé tout à coup quoiqu'il ne me fût pas possible de tout saisir, je pris le papier et lus ce qui suit avec une mauvaise orthographe.
« Elle est morte hier à once heures du soir, elle se Mût^ tait défaillir; elle m'a appelé et elle m'a dit : Je vais tfjoindre mon camarade, tu vas aller à l'armoire, tu vaç décrocher le drap qui est au dou, o'eet le pareil dei'autre. > Je me suis jetée igenoux ^û plramit, mm elle étendait U
ut MONTB-GRISTO.
maiû en criant, — ne pleure pas, ne pleure pas... — Et elle a poussé un tel soupir...
» Le reste était déchiré.— Je ne puis rendre Teffet que cette lecture sinistre produisit sur moi. Je retournai le papier, je vis l'adresse de Marco, la date de la veille. « Elle est morte, et qui donc est morte? m'écriai-je involontairement en allant à Talcôve *, morte, qui donc, qui donc ? »
> Marco ouvrit les yeux, elle me vit assis sur son lit, la lettre à la main :
— C'est ma mère, dit-elle, qui est mcHrte. Vous ne venez donc pas prés de moi ?
t En disant cela, elle étendit la main.
-* Silence ! lui dis-je ; dors, et'laisse^moi là.
Elle se retourna et se rendormit. Je la regardai quelque temps, jusqu'à ce que, m'étant assuré qu^elIe ne pouvait plus m'entendre, je m'éloignai et sortis doucement. »
Certes, voilà quelques pages écrites avec un pittoresque merveilleux, une forme irréprochable. Voilà un poème en quelques lignes, aussi triste, aussi fantastique, aussi émouvant que possibfe ; seulement, à la suite de' ce poème, on cherche quelques mots qiii disent :
« Je me réveillai. Par bonheur, ce que je croyais une réalité n'était qu'un rêve. »
Point. L'auteur était bien éveillé lorsqu'il a tracé les contours de ce joli monstre de velours et de soie, sphinx plus impitoyable que celui de Daulis, qui ne dévorait que ceux qui ne devinaient point son énigme.
Non, le sphinx Miarco dévore tout le monde ; — le sphinx Marco danse, soupe et raccroche le soir même où sa mère est morte, comme Portia prend sa mandore et chante une heure après que son mari a été tué par son amant.
Gomment voulez-vous que de pareilles choses soient sympathiques à d'autres qu'à ceux qui, comme le poète, ont cette fatale maladie de l'âme quileui* fiait voir la femme toujours pareille à la sirène antique, belle du haut seulement, mais du bas terminée en queue de poisson ; desi' nem in piseem formosa superne.
Et encore, si Poriia était une exception, si la Camargo était une exception, si Mariette était une exception, si Marco était une exception, non- seulement on admirerait, comme on est forcé d*admirer toujours, mais on comprendrait, ce qui ne gâte rien à l'admiration ; non, c'est un parti pris, toutes les héroïnes du poète seront ainsi ; parce qu'une femme l'a trompé, toutes seront parjures; parce qu'une femme aura manqué de cœur envers lui, aucune n'aura de cœur.
Tenez* voyez Belcolor.
U soleil parait, mX^CK 9*êveille, STRANIO, jeune palatin, et sa mattressBy MONNA BBLCOLOR, passent à cheval )
STIUMO.
Holà, dérangetol, manaut, pour que je passo.
FAÀNCK.
Attends que je ma lève et prends garde à les pas,
' STRANIO.
Chien, lève-toi plus viUs ou reste sur la place.
FRANCK
Tout beau^ rhomme à cheval, tu ne passera pas, . Dégaine-moi (on sabre ou c*est (ait de ta vie. Allons pare ceci,
(//« se battent, Stranio tombe.)
BELCOLOR è FRANCK.
Comment t'appelles-iu?
FRANCK
Charles Franck.
BELCOLOR
Tu me plais, et tu t'es bien battu.
Ton pays ?
FRANCK
Le Tyrol.
BELCOLOR
Me' trouyes*tii jolie?
FRANCK
Belle comme un soleil.
BBLCOLDOR. .
J'ai dix-huit ans,' et toi t
FRANCK
Vingt ans.
BELÛOIiOE.
Monte k cheval, et viens souper chez moi.
Vous voyez que tout cela est bien de la même famille ; mauvaise famille, sur ma foi.
Portia qui chanta, quand son mari est mort depuis une heure.
Marco qui danse, quand sa mère est morte de la veille.
Belcolor qui emmène souper le meurtrier de son amant, quand son amant râle encore.
Aussi, vous allez voir le joli ménage que cela fait.
MONNA BELCOLOR et FRANK, assU dans un kiosq^.
BELCOLOR
Dors, 6 pâle jeune homme, épargne ta faiblesse ; Po^e jusqu'à demain ton cœur sur ta matlresse. La force l'abandonne et le jour va venir, Carlo, les beaux yeui. bleus sonl las— lu vas dormir«
FRANK
Non, le jour ne vient pas. Non, je veille et je brûle ! 0 Belcolor I le feu dans mes veines circule. Mon cœur languit d*amour, et si le temps s'enfuit. Que m'importe le ciul, ei son jour et sa nuii I
BELCOLOR
Oh I Carlo ! mon Carlo ! ta lôte chancelante Va tomber dans mes mains ; sur ta coupe brûlante Tu t'endors, tu te meurs, tu t*enfuis loin de moi. Ah t Idche efféminé, tu t'endors malgré toi I
FUANK.
Oui, le jour va venir, ô ma belle maîtresse I Je me meurs ! Oui. je suis sans force et sans jeunesse. Une ombre de miù-niéme, un reste, un vain reflet, Et quelquefois, la nuit, mon spectre m'apparail ! Mon Dieu, si jeune eocor^aujourd'hui je succombe. C'est toi qui m'as tué I Ton beau corps est ma tombe I Mes baisers sur ta lèvre en ont usé le seuil, De tes longs cheveux noirs tu m'as fait un linceul 1 Eloigne ces flambeaux, enir'ouvre la fenêlre, Laisse entrer le soleil. C'est mon demie-, peut-être. Laisse-moi le chercher, laisse*inoi dire adieu A ce beau ciel si pur, qu'il a fait croire en Dieu l
• BELCOLOR
Pourquoi me gardes tu, si c'est mui qui te tue, Et si tu te crois mort pour deux nuits de plaisir ?
PftANK.
Tous les amants heureux ont parlé de mourir. Tbi, me tuer, mon Dieu ! Du jour où je l'ai rue. Ma vie a commencé ; le reste n'était rien, Et mon cœur n'a jamais battu que sur le lien ! Tu m'as fait riche, heureux, tu m'as ouvert !e monde ; ' Regarde, ô mon amour, quelle superbe nuit I Devant de tels témoins, qu'importe ce qu'on dit. Pourvu que l'Ame parle et que Tàme réponde ? L'ange des nuits d'amour est un ange muet.
zé6
i^ m^f^TÇfiif&'i^
BBLCOLOB.
CoïDbm W-Mig^foé, ce soir, au Iwïsquenet ?
FBANK.
Qu'importe ? Je ne sais. }0 n'^i plus de mémoire. Voyons, viens dans mes bras, laisse ipoi ,i*admirer ; Parle, rôveille-moi, conte-moi ton histoire. Quelle superbe nuit I Je suis prêt h pleurer. ^
BELCOLOB.
Si tu yeux t*éveiller, dis-mof plutôt la tienne.
FBANK.
Nous 9(ommes trop heureux ppur que je m*en souvienne.
Parle, parle, je veux t'entenére jusqu'au bout. Allons4 un beau baiser, et c'est moi qui le diUBDi»; Un baiser pour ta vie, et qu'os me dise tout.
BBLCOLOB, toupirant.
Qk I J0 ^'pi P#^ toujours vjku cojciimç Tof) pense. Ma famille était noble et pujsj^nle à Florence ; On npus a ruinés. Ce n'est que Te malheur Qui m'a forcée à vivre aux dépens de flieitMur. Mon cœur n'était pas fait. . .
FBANK.
Totyours la méo^e histoire ; Voici peut-être ici la vingtième catin A qifti Je la demande, ei toujours ce refrain I .Qui donc ont-elles vu d*assez sot pour y croire ? M^ Dieu f dans qnel bourbier ane 6uiB-4e donc jelé f J'avais cru celle-ci plus forte, en vérité.
bIÎlcolob.
Quand «mi fête naoïirtit. • .
FBANK.
Assez, je t'en supplie ; Je me ferai conter le reste par JuKe, Au premier carrefour où je (fi trouverai .
{SiUnee,) Dis-moi, ce jour fameux que tu m*as rencontré, Pourquoi ? par quel hasard ? par quelle sympathie T'es-tu d^ m'emmenor senti. la fantaisie ? J'étais couvert de sang, poudreux et mal vêtu.
BELCOLOB.
Je to r«i ééiè dii : in t'étiis bien battu.
. FBABfK.
Parlons sincèrement. Je t'ai semblé robuste, Tes yeux, ma chère enfant, n'ont pas deviné juste. Je comprends qu'une femme aime les portefaix ; C*est un goût comme un autre, il est dans la nature, Mais moi, sî j'étais femme, et si je les aimais, Je n*irais pas chercher mes gens àTaventuro ; J'irais tout simplement les^rendre aux cabarets, l'en ferais lutter six, et puis je choisirais. Encore un root. Cet homme h qui je t*ai volée T'entretenait, sans doute? fi était ton amant?
. HELCOLQil.
Xhâ\.
FBANK.
Cette affreuse mort ne Ta pas désolée ? Cet homme, il m'en souvient, rAlâit horriblement, L'œil gauche élaix creré, le pommeau de ré|>ée Avait ouvert le froat. la gorge était coupée : Sous les pieds des chevaux l'iiomme était étendu Comme uo lierre arraché qui rampe et qui se tratoe, Pour se sojspcodre enct^rc ^ Técori-e d'Mn chône, Ainsi ce malheureux se tenait suspendu Aux i*estes de sa vie. Ei loi, ce megrirc infâme Ne l'a p9S, de dégoâi, levé le cœur et l'âme ? Tu n'as pas dit un mot* tu n*as|^ fait i^i pas.
BIOjCOLOB.
Prétends-iw me prouver que j'aie un cœur de pierre î
FBANK.
Et ce que je le dis ne te le lève pas I
BELCOLOB.
Je bais les mots gros^f'çr^, ce n'ps^ ras ma manière; ifai'i quand il p'eu faut qu'un, je n'efi dt^ jamais de^x : Frank, tu ne m'aimes plus !
FBANK.
Qui. moi ? je vous adora !
J'ai lu je ne sais où, ma chère BelcoTore, QuA les plus ^oux moments, pour de^ amints 4ie«re«x, C« sont les entretien^ d'Hne wiit d'in^HNiife, pendant l'enivrement qui succéda an ^^aîsir. Quand tes sens apaifés sont mo» ta paur ied^ir. Quand la mm è to mnjn, §1, Vime k i'âqi? tmie, Pp ne f4it plua qu^iB être, et qu'on aentB*étev«r Ce parhm 4<^ bpnheur qui fai^ longtemps rér.er. Quand l'amie, en prenant la place de l'amante, Laisse son b'en-aimé re^^arder dans son cœur, Comme une fraîche s^urc^où l'onde est confiante {.«aisse sa pureté jrahir sa profondeur ; C'est alors qu'jim connaît le p'ix de ce qu'on nîme, Que du choix qu'on a fait on s'es'ime soi-m^me, ' Et que dans un donx sonorf» on peut fermer les yeux. ti'est ce pas, Beleolor ? N'est-ce? pas mon aorief
BELCOLOB.
Laisse-moi !
FBANK.
N'est-ce pa^, que nons sommes -heureux?
Mais j'y pense, il est temps de régler no'rt vie. Comme oo n% peiii compter sur lea joiix do hiyiffd, Nous piperons d'abord quelqu^houoète vi'eiiiifd Qui fournir» \» vio, l(9S meubje^ ei la tf^* U garde^f la nui^ et moi, j'aurai le jour; Tu pourras hp n parfois lui jouer quelque tour ;
J'entends quelque bon tour adroit et profitable. Il aura des amis que nous pourrons griser ; Tu seras le chasseur et moi le lévrier. Avant tout, pour la chambre, u'^e fille discrète, Capable de huiler une porte secrète.
Mais nous la paierons bien ; aujourd'hui, tout lO yéfid. > Quftul à içoi, \e serai le chevalier servant ; Nous ferons, à nous deux, la perlQdee fu^oigaa.
BBUCOLO&.
Ou tu vas en Hnk avec tes persifiiages, On je yai^ tt>ut à l'heure en finir aree M» Voux-rtu fair^ la paix ? Je no suis pan hftiid»t|iiy. Voyons^ viens m'embrasser.
FBANIC.
Cett^ fille «stbidiujj^!
Mon Dieu I deux jours plus tard, c'en était fait de moi !
Nous nous arrêtons ici, non pas dans, notre étude, jtrace au ciel. A ce côté gangrené d'un admirebta taleal, -^ et nous verrons plus tar4 comment cette gstp^rèpe est venue.
— à ce côté gangrené â*un a4wiraLbIe ts^ent, nous avons à opposer des pages, nous dirions presque de remords et d'expiatioD, qui atteignent à la hauteui* de tout ce qu'il y a de beau, de tout ce qu'il y a de grand.
Aussi, pauvre àme malade, nous ne te critiquons pas, nous ne te blâmons pas, nous te plaignons.
Nous disons ce que nous avons dit pour la Fiammina.
— Oh? ne jdgez pas les poètes, ces Ixions coui^s à la roue de rimagination , ces Tantales appétés par tous les désirs; ne les jugez pas à la mesure des autres hommes ; isolez-les \ étudiee-les, «<* et surtout plaignez les.
Il raille, dites- vous? — Non, il grimace. 11 rit ; — non, il souffre.
Le malheur de tout cela c'est que Vivraîe semée pousse,
— que Marco donne le$ Pitiés de marbre^ — que Beleolor donne Dalila,
El cela, au bout de viagt »Ba.
£i le puldic b)aw, Uouvq à es fruit 4u'm) loi pv^iswitA iiiw saveur acre qui, tout en {'«façaet, l'irnta; a&fi nous le répétons, il y a un te) génie dans le maître, qu'il y a in talent dans les élèves.
Maintenant, si l'on vous iji^iît que par un point Alfred de Sljisset touclie à Berap^er, vous (iepaanderiez par lequel î
Eh I mon Dieu 1 le v^iU.
Bénnger aussi peint les filles.
FrètllloD est une &He ; — LiB«He e»t bm âUe ; — la demoisolle de l'Opéra est une fille.
Seulement, corame l'ùnje de l'auttiur de Fritiilon, 4fî LûteUe»\.f^i Ùeiia Saurf de CharUé est i^ine, 8,ea llllea ■oDt de bopnss Ailes, bareuses du fihtmpagaa, et non d'er et de sang.
Ce sont des ûlles qui donnant et qui reçoivent ; mais qui ne se vendept, ni n'arrachent, e|; Béranger a su troijver 4es •ceurs d'or où Alfred de Musset n'a su troayer que des cceurs de bronze, des cœurs de marbra ou pas àa cœur du tout.
Vous avez vu ce que «ont les filles d'Alfred de Mu^et.
Tenez, vcki ce ipu B>at l«a âUes de Béiangec ;
VranOi mnû à»s banncfi l|lle5, Vofia ennuBifisPi FrptUlop.
. Àes>chniinp<, (us pins geolilles.
Ont hii baisier pBTtllDii.
«lafrétiUon,
Cette (illu
Qui frétilki.
N'a poiirtAnl qu'un colilton.
De^i fim elle eût éqiniiage, Denreiloj rtriiiiKiaiil^, E* deuk S'^is ifiU (&ul 1?" gafc, Pour quelque Tripon d'amant.
Ëul£nds-tu, Marietts t
Et toi, BelçolQr, écoute ! car voilà Béranger qui dit à Lisette ce que ^lapok te disait tout à l'heurç 4 toi.
M'^ndDr qui loujf'irs doi^ne El ru])aa3 cl b'ioiii, ])eTant moi lochifTinne Sans le meitre en coumui.
J'airusa main hardie S'égari'f sur lonsein.
Ver-.e jusqu'il la lie ^ Pour un si grand larcin.
Mairtenant à ton tour, Marco, et que l'exemple le pfoflte ; c'est l'actrice qui parle.
^oi qui suhjtiimais la puissance,
Dii l'a Irice. j'ai bien des fois
Faii sivQurcr S l'indigence
La coups oii s'enivraient les roi».
Ainsi, vois Marco. Ainsi voyez, Mariette, voyez, Belcolor, voyeï, Portia ; il arrive là-haut pour elle une cliQSe qui n'arrivera certes pas pour vous.
C'e't quesairi Pierre en senlinblle, Apr^s un ave imurla i^'ir, Dit h .'ucirice: On P' ut, ma b^Ue, Enirec ici sans coii&iiseur I. . .
0 Béranger I âme confiante et sereine ! fils épicurien du xYiif siècle, épure de Ion souffle lame douteuse et troublée de cet enfant de iiotre Gdècle à nous, qui a pris la vie ponr l'ange du mal, et qui, au lieu de se laisser conduire ■■
doucamaat par lui v^mmA T»>'i'^, a '^"mmp Jnpnh^ intt^ contre lui, et eomiDO Jacob 9 ét4 Ijsrraçs^ par)ui I
0 Béranger 1 toi qui es si grand dans ton triomphe I dis aux hommes, avec moi, que lui aussi est grand' dans sa cbate I
Michel et Sataa sont deux Dominations. Scalenupt, l'un estl'ange de la lumière, l'autre est Fange des téoélwes.
(La tuile au prochain numéro.)
LES lIOfllGÂNS DE PARIS.