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CHAPITRE XIU

l'aërolithei

Le lendem^D de la scène q ie boulevard dès Invalides, d sèment pmbré, présentait, à c l'aspect d'une forOt touJTue di fat entre à. cette heure-là à P girard ou la barrière des Pai voyageur ait eu la faotaisis une de ces deux barrières qui

ne ramènent d'aucun endroit ; ce touriste-là, disons-nous, se fiVl cru certainement à cent lieues de Paris, tant le spectacle de ces quatre longues rangées d'arbres hauts, forts, vigoureus, fantastiquement éclairés par la lune, offraient, avec leurs froQts lumineux et );^urs pieds sombres, tU mage d'une armée de soldats géants faisant sentinelle mtour des murailles d'une ville babylonienne.

Mais le personnage sur le front duquel se projetait l'ombre immense ne paraissait nullement atleint de la surprise qui eût assailli, à son entrée, un habitant d'une de nos lointaines provinces arrivant à Paris. Tout au contraire ces o.nbi«ufie9 allées que nous avons comparées à t^e forêt des Ardennes, ne paraissaient offrir au personnage qui animait cetlg atystérieuse solitude qu'un spectacle qui lui était familier, et nous dirons plus, à la façon dont il recherchait les ténèbres les plus profondes dans cette obscurité, un ^ile qui était favorable à ses desseins.

Il parcourait le boulevard comme un hoBune contraint, pour une importante raison, à cette promenade nocturae, prêtant une attention toute particulière aux ohje's qu'il rencontrait sur son chemin, regardant au-4epsoi)s et audessus de lui, devant et derriéi'e, à droittt et à gauche, errant mélancoliquement , et tout «u contraire de l'ami Pierrot, évitant les rares endroits où se basait le cl«ir de lune.

A première vue on eàt été iiort embarrassé pour dire à quelle classe de la société appartenait ce personnage j mais en l'étudiant avec attenLion, eo le suivant dans les méandres de sa promenade, en observant ses gestes, en l'accompagNant dans ses allées et ses venues, en remarquani le som avec lequel il examinait tel ou tel objet, pluIAt que tel ou tel autre, on eilt su bieutût à quoi s'en tenir sur la cause qui l'avait, à cette heure avancée de là nuit, conduil au boulevard des Invalides.

L'objet qu'il paraissait examiner avec le plua d'attention, et vers lequel, bien qu'il s'en éloignât de temps en temps, il semblait invinciblement attire, était la grille du parc de la comtesse Happt.

Se glissant le long du nuir, et avançant la tête avec précaution jusqu'à toucher les barreaux, il plongeait son rer gard scrutateur dans le petit bois, qui foimait une espèce de massif, à dix pas de l'autre côte de la grille.

Deux iiorames seulement pouLvalent avoir un motif plausible, ou un intérêt suffisant pour se promener, à miniiii) devfmt la grille de Begioa.

yn amoureux ou im wileur, .,„^ ,

. . — --, oai juaiejai-!s'(i olhisiisi iiiuveb allaa ,uBbnoH

LE MONTË-GHISTO.

ifllMl I

d'un

L'amoureux, parce qu'il est au-dessus des lois. ; Le voleur, parce qu'u est au-dessous. Or, l'homme en question n'avait nullement 1 aspect

amoureux.

D'ailleurs, l'amoureux qui eût eu un motif plausible de se promener là, c'était Pétrus, et l'on sait que Salvator lui avait enjoint, ou de rester chez lui, ou de se promener

partout ailleurs.

Disons que Pètnis avait religieusement observé la prescription de Salvator, dans ce qu'elle avait de plus sévère, et était resté chez lui.

n est vrai qu'il avait été tout à fait rassuré par Salvator, qui était passé à l'atelier dés la veille au soir, et lui avait montré les cinq cent mille francs, que, selon sa promesse, lui avait apportés et remis à neuf neures précises maître

Baratteau.

Nous avons dit que le promeneur nocturne n'avait rien d'un amoureux , ajoutons qu'il n'avait surtout rien de Pétrus.

C'était un homme de moyenne taille, qui, vu de dos ou .ar devant, présentait des deux côtés une surface arrondie. .1 était habifié d'un long vêtement qui lui descendait jusqu'aux talons, et qui, tombant à pic de son col sur ses souliers, ressemblait bien plus à une lévite, ou à une robe de Persan, qu'à une redingote ordinaire ; il était coiffé d'un chapeau bas de forme et large de bord, ce qui lui donnait l'air d'un ministre protestant , ou .d'un quaker américain ; enfin, sa figure était emboîtée dans un épais fourré de favoiis, qui, remontant jusqu'au dessus du nez, tandis que sa chevebire s'abaissait jusqu'au dessous des sourcils, ne laissaient à découvert qu'une très-minime portion de sa figure.

Puisque ce n'était pas Pétrus, c'était donc le comte Er-

colano ***.

Puisque ce n'était pas un amoureux, c'était donc un voleur.

C'était tout à la fois le comte Ercolano et un voleur. ' Ce point clairement posé, nos lecteurs devinent ce qu'il atténuait, et comprennent pourquoi la grille du jardin de la comtesse Rappt attirait plus particulièrement son attention. •.M

En arrivant sur le boulevard dès dix heures et demie, il en avait battu les coins et les recoins, les allées et les contre-allées, puis il s'était tenu à l'écart, après avoir bien étudié Iqs lieux, enfin il avait reconduit au loin le dernier passant suspect qui s'était attardé dans ce quartier désert; dés la nuit tombée et une fois bien assuré aêtre le maître de la place, il était revenu se promener mélancoliquement sur la chaussée dans l'allée contiguë au parc de la comtesse Rappt.

- On pouvait le surprendre d^ trois façons différentes, et c'était pour parer à ce triple danger qu'il était venu dès dix heures du soir s'embusquer devant la grille, pour étudier de plus près les moyens d'attaque et liBUr opposer efficacement ses moyens de défense.

1» On pouvait venir de droite ou de gauche et lui tomber dessus à l'improviste tandis qu il échangeait les lettres contre les billets, mais un compagnon de la trempe de celui que nous mettons en scène n était point fait pour se lais-^ ger tomber dessus même inopinément; nous avons dit d'ailleurs qu'il avait étudié minutieusement l»^s Ueux et s était assuré que nul coin ne pouvait receler une embuscade; d'ailleurs, pour ce cas, car c'était un homme d'une haute prévoyance que le comte Ercolano, pour ce cas, il avait, passée dans une ceinture complètement cachée sous sa grande lévite, il avait une paire de pistolets à deux coups et un poignard long et bien affilé; il pouvait donc espérer défendre sa fortune ou tout au moins la vendre si cnèrement, que ceux qui voudraient lui porter atteinte auraient à s'en repentir.

Par conséquent, il n'avait rien à craindre de ce premier

côté.

2o II est vrai que d'autre part le danger était plus

grand.

Le danger était plus grand du côté de la rue Plumet où était située la grande porte d'entrée de l'hôtel de.la Mothe- Houdan, celle devant laquelle s'arrêtaient les voitures : on uouvait avoir fait cacher dans l'hôtel derrière cette porte

une demi-douzaine de gaillards, armés de fusils, de sabres et de hallebardes ; dans sa prévoyance le comte Ercolano rêvait les armes les plus fantastiques, et cette demidoÎLzaine de gaillards pouvait foncer sur lui tandis qu'il échangerait les lettres contre les billets. Mais c'était un homme d'une fécondité d'imagination

Eeu commune que le comte Ercolano ***, et un gentilomme de sa force ne devait pas être arrêté longtemps par un pareil obstacle.

Il alla donc î pas de loup explorer la rue Plumet comme il avait exploré le boulevart, et après s'être assuré que la rue était entièrement déserte, il étudia la porte de la rue qu'il avait déjà laborieusement examinée la veille.

Le but de cette étude était de s'assurer qn'aucw changement dans son économie n'avait été pratiijiié depais vingt-quatre heures. •

La porte était dans le même état que la veille.

C'était une immense porte de chêne à deux battants et i quatre panneaux ; de chaque côté, entre le panneau du haut et le panneau du bas, était un boutcm de fer ÛB la grosseur d'une orange.

Le comte Ercolano *** commença par toucher les boutons pour s'assurer de leur immobilité , après quoi il tira de sa large manche un engin de fer qui aurait eu la forme d'un 8, si les extrémités de ce 8 n'eussent présenté au sommet et à la base un cercle parfait au lieu de l'ovale, et si ces deux cercles, au lied de se toucher, n'eussent été à une certaine distance l'un de l'autre, ce qui donnait à cet instrument, vu verticalement, l'apparence suivante | ; il appliqua ce huit ou cet S fermé sur les deux boutons de la porte, c'est-à-dire qu'il enclava chacun des boutons dans chacune des extrémités de l'engin ; l'eugin alors s'adapta, tellement aux boutons, les serra au collet si étroitement et avec tant de précision, que le maître chanteur fit clapper sa langue d'un air d'orgueilleuse satisfaction :

— Oui, fit-il, songeant à l'illustre forgeron, ami et conseiller du roi Dagobert, parodiant sans respect le couplet bien connu d'un vaudeville fort à la mode à cette époque :

Du haut du ciel, ta demeure dernière.

Grand saint Eloi, tu dois être content.

En effet , cet ingénieux instrument appliqué à la porte faisait, par devant, le même effet cfae les barres de fer font par derrière , c'est-à-dire qu'en tirant la porte à quatre chevaux on n'eût pas même réussi à l'ouvrir.

Mais le troisième péril, le plus grand , le plus véritable, tout en venant toujours de l'hôtel, ne venait pas de la rue Plumet.

Le traquenard par lequel pouvait être le plus aisément pris le comte Ercolano ***, c'était, sans contredit , la grille même par laquelle la conférence devait avoir lieu.

Aussi, une fois son engin adapté à la porte de la rue Plumet, le comte Ercolano *** regagna-t-'il le boulevard, qu'il inspecta de nouveau avec un soin plus minutieux que jamais, car l'heure approchait , si lente que fût sa marche.

Onze heures trois quarts venaient de sonner. Il n'y avait donc pas de temps à perdre.

L'aventurier passa et repassa devant-la grille, plongeant son regard, aussi avant qu'il pouvait, dans le jardin touffu comme un bois.

Mais il n'est pas plus de bois pour la lune que de grand homme pour son valet de chambre. Le comte Ercolano**', favorisé par ce guide céleste, put donc fureter de l'oBil dans les plus épaisses profondeurs du jardin, et s'assulrer qu'il était aussi désert que le boulevard.

Cependant ce jardin, momentanément désert, pouvait tout à coup, et en un instant, se peupler, d'un monde de valets armés jusqu'aux dents. Ce fut du moins la pensée de notre compagnon, aussi s'empressa-t-il de parer à Tévénement.

Il empoigna d'abord un à un, et les uns après les autres, tous les barreaux de la grille, pour s'assuter qu'ils avaient, ainsi que les boutons de fer de la porte, coi^servé leur immobilité habituelle ; en d'autres termes, il voulut s'assurer qu'à l'aide d'un barreau mobile, enlevé à un moment

LB MONTJt-GMSTO.

iAmém*

donné, on n'aUait pas s'élancer snr lui et lui (aire rendre gorge.

y^rés un examen approfondi, il acquit cette certitude.

Restait la porte de la grille, qui, remplissant son devoir de porte, pouvait s*ouvrir à la première réquisition d'un ou ae plusieurs habitants de l'hôtel.

Notre compagnon Vébranla d'un bras vigoureux ; la porte parut fermée comme la veille.

Il eut la preuve qu'elle était non-seulenlent fermée, mais fermée à double tour, en passant le bras de l'autre côté de la grille, et en s'assurant que le pêne était profondément entré dans la |pàche, etgue la giche était solidement scellée

dans la muraïUft. -^

— C'iilsègal, tiit-il en essayant vainement de passer la tête entipBeux barreaux, pour joindre la preuve de la vue à la preuve du toucher, je, n'ai qu'une confiance très-restreinte-dans la solidité dés gâches ; hélas I j*en ai tant vu tomber autour de moi I

Et, ce disant, • il tira de la poche de sa lévite une manière de. chaîne de tourne-broche de quatre ou cinq pieds de long.

Puis il l'enroula autour de la gâche, prenant le bouton du pêne pour point d'appui ; revint la passer autour d'un desnarreaux, en fit autant de Tautre extrémité de la chaîne, repassa un double tour à la gâche et au bouton ; puis, ramenant à lui les deux bouts de la chaîne, il fit un de ces ncDuds dits à la marinière , %tms songer (on ne songe pas à tout) que ce nœud, fait par le comte Ercolano ***, pou* vait, dans un cas donné, compromettre le digne capitaine Monte^Hauban.

— Oue Baltasar Casmajou,qui'm'a enseigné les premiers éléments de la serrurerie, soit placé à la droite de saint Eloi dans le ciel, murmura le reconnaissant aventurier, en passant, pour plus grande sûreté, un cadenas dans les anneaux soudés aux deux extrémités de la chaîne.

Et il leva vers la voûte étoilée un regard reconnaissant.

En baissant les yeux, il aperçut à tit)is pas de lui une ombre blanche.

C'était la comtesse Rappt.

L'ange du repos, qui veille invisiblement autour des tombes, ne foule pas plus doucement le gazon que ne l'avait fait la jeune lemme. *

En éifet, elle étidt arrivée si doucement à trois pas de la grille, que, quoique l'oreille du comte Ercolano *** fût des plus exercées, celui-ci ne l'avait pas entendue venir.

Bien qu'il fût préparé à cette rencontre, et cela de longue main, la vue inopinée de la jeune femme produisit sur lui tout Teffet d une apparition. Il ressentit une commotion semblable à celle dont il eût été atteint en touchant le fil d'une pile vol talque, instiftctivement, il bondit de deux pas en arrière, et regarda autour de lui, comme si cette subite apparition devait être le signal d'un danger.

Mais ne voyant rien que la forme blanche, n'entendant , d'autre bruit que le murmure du vent dans les feuilles, il fit un pas pour s'approcher.

Mais il n acheva pas même le premier pas.

— Hum ! hiun ! nt-il, si c'était un homme déguisé en femme, et que cet homme lâchât sur moi un coup de pistolet bien chargé.

Diable! on a vu des choses semblables, et ie pires mêmel

— Est-ce vous, madame la comtesse ? demanda t-il en s'effacant derrière un arbre.

— C'est moi, répondit Règina d'une voix si douce, que le timbre de cette voix dissipa tout soupçon et toute crainte dans l'esprit de l'aventurier.

Aussi s'approcha-t-il aussitôt et s'inclinant avec respect :

— Madame, dit-il, je suis votre respectueux serviteur. Mais comme Réçina n'était point venue dans le but

d'échanger des politesses avec le comte Ercolano ***^ elle se contenta de répondre par une légère inclination de tête et avançant son bras à la portée de la grille :

— Voici, dit-elle , les cinquante premiers mille francs, vous pouvez vérifier si les billets sont bons et si le compte y est.

— Dieu me garde de compter après vous, dit l'escroc.

en mettant les premiers cinquante mille francs dans sa poche droite.

Puis, regardant tout autour de lui, et tirant une lettre de sa poche gauche :

— Voici la lettre, dit>il.

La princesse, moins confiante que le comte Ercolano, prit la lettre, réleva sous un rayon de la lune, et, bien assurée que c'était son écriture, elle la mit dans sa poitrine et tendit à l'aventurier une seconde liasse de cinquante mille francs.

— Même confiance, madame, dit celui-ci, en lui remettant la seconde lettre.

— Dépêchons, dit Régina en prenant la lettre avec dégoût, et en la soumettant comme la première à l'épreuve de la lune, épreuve qui continua sans doute de la satisfaire, car elle présenta au comte Ercolano *** une troisième liasse de billets.

— Toujours confiance, répéta celui ci.

Et la troisième liasse de billets, suivant les deux premières, amena la remise de la troisième lettre.

Arrivé à la sixième, et au moment où il venait de la remettre à la comtesse, l'aventurier crut avoir entendu un bruit pareil au froissement des feuilles ; si léger qu'il fût, ce bruit fit passer un frisson par tout son corps.

Ce bruit 1 elfraya d'autant plus qu'il n'en pouvait deviner la cause.

-- Un instant, princesse, s'écria-t-il en bondissant en arrjère, m'est avis qu'il se passe quelque chose autour de moi, permettez que je m'en assure.

Et disant cela il lira et arma un pistolet sur le canon duquel, se réfléchit un rayon de la lune.

En voyant le pistolet à la main du bandit, Règina fit elle même un pas en arrière en poussant un faible cri.

— Ce en, si faible qu'il fût, pouvait être un signal. Et l'escroc gagna la chaussée pour voir de plus loin.

— Oh ! mon Dieu, murmura Règina, s'en irait-il pour ne pas revenir.

Et elle le suivit des yeux avec anxiété.

Le bandit recommença ses recherches, tenant toujours son pistolet d la main.

Il traversa le boulevard, regarda au loin, aussi loin que son œil put voir, retourna dans la rue Plumet pour s'assurer que la porte était toujours bai^ricadée» et ne faisait aucunement mine de s'ouvrir.

Les choses étaient dans l'état où il les avaient laissées.

— C'est égal, dit-il en revenant sur ses pas ; j'ai certainememt entendu un bruit quelconque. C'est donc un mauvais bruit puisque je n'en connais pas la source, si je m'en allait tout bêtement, j'ai déjà trois cent mille francs dans ma poche, ce qui est un assez joli denier, d'un autre côté, les deux cent mille livres restant sont diablement tentantes ..

Puis, regardant autour de lui d'un air qui indiquait qu'il commençait à se rassurer :

—Après tout, continua-t il, je ne vofs pas pourquoi je m'effraie 81 fort d'un bruit si léger; l'affaire a trop bien commencé, par ma foi, pour ne pas finir de même, reprenons la conversation où nous Tavons laissée.

Et Taventurier, après avoir jeté de nouveau à droite et à gauche un regard fauve et tortueux, comme celui de la hvène, revint à la grille, où la pauvre Régina, tremblante à l'idée que le misérable allait s'enfuir avec ses quatre dernières lettres, attendait debout, les dents serrées et se tordant les mains de désespoir.

Elle respira en voyant l'aventurier se rapprocher d'elle, et levant les yeux au ciel avec une profonde expression de reconnaissance :

— Oh I mon Dieu, murmura-t -elle, je vous remercie.

— Excusez-moi, madame, dit-il, mais j'avais ci-u eu tendre un bruit menaçant. Il n'en est rieu, tout est tranquille autour de nous,'et si vous le voulez bien, nous allons continuer. Voici votre septième lettre.

— Et voici votre septième liasse.

Le comte la prit, et tandis (^^u'il la mettait dans sa poche à côté des six premières, Régina soumit la lettre au même examen que les précédentes.

— Dècidénient, pensa l'aventurier en tirant la huitième lettre, cette comtesse Rappt est d'une suspicion outra-

ii\^.\r\.i-H i J'J'IT < 1'

pi^tioi^ tputç la j?QUte53fi ^^ W^Q h loyi^uté ^m^gift^ej?, enfin!'

Et tirant 1^ neuvième lettre, il dit en manière de vengeance contre cette suspicion de Régine :

— Neuvième épltre de la même au même.

Le visage de Regina, pâle comme la lune qui rèclair^it, s'empourpra fi cette injure des tons rouges dii soleij covtT chant.

Elje écKangea vivement la neuvième lettre ccmtre la neuvième liasse, et, après avoir non moins soigneusement que les autres regarde cette lettre, elle la mit dans sa poitrine.

— Elle y tient, pensa l'aventurier en empochant |es billets.

Puis d'un ton gouailleur :

— Dixième et dernière lettre, dit-il, au même prix aue ses sœurs ainées, quoiqu'elle les vaille toutes 31 elle seule ; mais, vous savez nos conditions pour celle-ci, donnant, donnant.

— C'est juste, dit Régina en lui tendant la dernière liasse en même temps qu'elle allongeait lamain ver^ la dernière lettre, donnez et prenez.

— Confiance qui m'honore, dit l'aventurier en donnant la lettre et en prenant les billets, là !

Et raventuriei respira joyeusement.

On n'entendit pas même le souffle de Régina ; elle s'as-^ surait que la dernière lettre était bien de sa main comme les neui autres.

— Et maintenant, continua l'impudent coquin, il est de mon devoir, madame la comtesse, de vous donner, après que vous m'avez enrichi, un conseil de galant honune ; croyez-en rexpérience d'un vieux routier, aimez toujours, n'écrivez jamais.

— Assez, misérable ! nous sommes quittes, s'éfaia la comtesse, et elle s'éloigna rapidement.

En même temps, et comme si ces mots eussent été un signal convenu entre elle et quelque puissance supérieure^ le comte Ercolano *** sentit tomber sur sa tête, pareil a un aérolite descendu dû ciel, un objet d'une telle grosseur et d'une telle pesanteur surtout, que Taventurier fut étendu sur ]e sol avant même de s'être aperçu qu'il était tombé!

ÂLBXANPRB Dumas.

{La suiU au prochain numéro.)

LES GRANDS HOMMES EN ROBE DE CHAMBRE

et

OCTATB AUQUSTB.

Le soir, Antoine alla visiter ces malheureux— les yeux baigné? de larmes, il essayait de les consoler — mais ceuxci, au contraire, voyant l inquiétude de leur général, et comprenant la responsabilité qui pesait sur lui, surmontaient leurs souffrances, lui montraient un visage satisfait, et, lui baisant les mains, le suppliaient de se retirer, de prendre soin de lui-même et de ne point se fatiguer ain^ pour eux.

De son salut et de sa vigilance dépendaient, lui disaient ils, le salut de l'armée ; tant qu il se porterait bien e pourrait demeurer actif, ils croiraient leur vie sauve.

Ils l'appelaient leur chef suprême, leur imperator, leur père.

Ce qu'il y avait de remarquable, c'est que ce respect pour leur chef, ce dévoûment, cette obéissance, cette respectueuse affection étaient communes à tous, aux officiers comme aux soldats, aux nobles comme aux gens obscurs, tous mettant avant leur vie l'estime et les bonnes grâces d'Antoine.

Au moment où Flavius Gallus fit la fatale échaulfourée, les Parthes, fatigués de cette poursuite, où, gr$.ces aux bonij^s dispo^* >nB d'Antoine,' îlg perrlaient ftùtant

4'hommfia iJUa Ipa Ti.nmAin<i^ allafftnt sa rPtirar. CfttfP ^^^

îoM'ç iP^tteD^fW* IpifPjr^il tput leixr courase, pt lei^r jp^ pira un tel mépris pour' les Romains, qulis passèrenj!^ n4ii autour du caqap . d'Antoine, persuade^ (jije le lendemain ils trouveraient lés' tentes désertes et pourraient tout piUer a loisxr. .

Aussi, à la ploînte du jour^ apparurent-ils, ]^ccourant, comme djps y^iitouj-s à upe .çuréé* de tous les .'pofrjts 4e Thorizon : — aulahf que pouvait Jes compter l'œU iiiquiet d'Antoine, ils devaient êtrg quarante pjiue au moins*. Le roi, certain que désormais les Romains ne pp]i|vaîpnl hii lechapper, avait envoyé jusqu'à 3a garde, Ouant à lui, U ne parut jamais, > . .'

Antoine demanda une robe noire ; il voulait haranguer ^es soldats sous ce costume ^e deuil, ço^iptant leur iûspirer un plus grand intérêt ; jnais^^es amis l'en empèclièrent, ils craignaient Je dècouragepieijt. Antoine parut donc, mais avec sa cotte d'^irniejj de général. - . . - '

Alors il fit un discoure dans lequel il ÎÔna'fbKcétiX (;/iii avaient fait face à rennemi -, 'décLara qu'il Rimerait mieux être au nombre des* Blèésès et inême dps morts, que de devoir la vie à la fuite, comme la devaient beaucoup de ceux qui étaient autour de lui.

Maissdors les soldais l'inlerffompire&t parleiiri eris. — Ceux qui avaient vainca disaient .

'^ Nous voilà,^iiouft vaincrons Mcore, — aie cenfiOBoe en nous.

Ceux qui avaient fui disaient :

r- Nous reconnaissoM^<M|t#^' lâcheté ; '--punis*DOtts, dé* cime-nou8. • î' ^b '^ ■

Bt tous ajoutaient :

— Au nom. des dieux, sois calme, bannistoute tristesse §f, c^M^y^&hoa espoir ; avec* toi et près de toi^ apu^ monrf£([ï^ tous sans une plainte depuis le premier jusqu'au 4^ nier.

Alors Antoine, levant les njains et les yeux au ciel :

— 0 dieux, dit-il, si nies prospérités passées doivent être opatrehalancëes par quelque malheur, faile^:le tomber sur moi seul, et donnez à tous ces braves gens qtjl m'en tourent salut et victoire ! ,

Les Romains demeuTèrent au même endrpit. Antoine avait panse que l'armée avait besoin d^un jour pour se reposer. D'ailleurs, il fallait mettre les blesses en état da suivre la retraite. Les plus forts marcheraient avec le^' autres, les plu^ faibles seraiept portés par leurs caïa^r^es s^ des brancards formes avec les piques et les épées!

Le surlendemain Antoine se mit en marche.

Les Parthes, pleins de confiance, et croyant avoir affaire à des hommes découragés, se présentèrent aussitôt pi^ charger ; à leur avis, il ne s'agissait p^us d§ coml]^t, — -' de boucherie et de pillage.

Leur élonnement fut grand lorsquUsse virent

par une grêle de traits et qu'ils trouvèrent les Eômaigs aussi courageux- e4 ^ussi.4pres au coinbat que Tenssent jétè dos troupes fraîches. Ce furent eux alors qui, découra^ef^ débandèrent leurs arcs et cessèrent de poursuiyre Antoioe.

Par malheur, vers le milieu de la journée, ils ei^^ent ^ descendre quelques coteaux dont la pente était 'rapide; dans celte descente il lei^r fallut, de crainte de jdesordre, ralentir leur marché Les Parthes s'aperçurent bientôt de cette difficulté de la position et revinrent à la charge. Ces terribles flèches de quatre pieds de long, qui faisaient tant d§ ravages parmi les Bjoniains et qui perçaient de part en parties cavaliers et les fantassins, armés à la légère, volèrent de nouveau, mais les Romains employènmt une manœuvre encore inconnue des Parthes. Les légionnaires firient face à l'ennemi, enfermant dans leurs rangs Tinfanterie légère Le premier r^ng mit un cenou en terre et s'abrita derrière ses boucliers, le secôna fit d^ même, élevant ses boucliers au-dessus de ceux du premier rang, le troisième resta debout, s'abritant toujours derrière les bon-, cliers, et par cette manœuvre, que les Grecs appelait la synaspûmey Qt les Romains la tortue, ils présentaient une surface aus^i impénétrable que l'eût été le toit d'une maison, les flèches des Parth.es, ^ vieoureusement lancées quelles fussent, glissaient sur cet^ surface d*airain et ^'écartaient impiiissanteé,

Cette manœuvre eut en outre un avantage auqud n©

LE MONTE-CMSTO.

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