‹ Le Monte-CristoChapitre 98 sur 135 · I IJ · texte numérisé non relu

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cher le rocher. Il appella au secours, ne sachant pas de

Îuel eôté U devait Mr. Toup ceip: qi^ étai^pt ^ portée ^e e la vue plutôt enpore que de la voix, et qui comprenaiept se? gestes désespérés, accoururei^t, paais déjà le rocher avait commencé de «e détacher du rivage, et il y avait à franchir une gerçure d*une certaine largeur, et qui de seseeonde en seconde continuait de s'élargir. Personne n'osait donc s^y risquer, y aveugle priait, suppliait, se jetant à genoux et appelant du secours. Le rocher vacillait, allait se détacher, Thomme était perdu, quand un jeune homme étranger accourt* voit la situation, bondit par dessus la fente déjà large de cinq à six pied», prend l'aveugle dans ses bras, et par un saut bien autrement dangereux se retrouve avec lui sur la terre ferme.

Les pieds du hardi et vigoureux jeuDe homme avaient à peine quitté le rocher, que celui-ci roulait comme un tonnerre et ne s'arrêtait qu'où il est maintenant.

Si vous n'avez pas le vertige, mon cher Dumas, avancez avec moi à Textrémité de Table-Rock, et arrivés là, risquon^nous sur un tronc d'arbre que le fleuve y a roulé, et qui trouvant un point d'appui est resté suspendu au-dessus du goufft'e.

Venez, le hasard nous a ménagé ce pont flottant entre le ciel et le précipice, c'est-à-dire entre deux abîmes.

Là seulement il vous sera possible d'embrasser dans toute son horreur la sublime majesté du spectacle que vous aurez sous les yeux.

S'il y a im endroit où il soit impossible de ne pas croire en Dieu, je vous déclare, mon cher ami, que c'est là.

Enivrés de cet indescriptible terreur, nous nagions en plein dans le monde fantastique, quand tout à coup la troupe des ciceroni que nous avions devancée et qui s'était mise à notre poursuite s'abattit sur tto«s et nous arracha à cette gigantesque Cèérie, pour nous pousser en bce d^uAe bien misérable réalité. Si jamais vous alieji aii Niag^iji?^, mon ami, soyez prévenu d'ayance, — un homme prévenu en vaut deux, -^ cjamjponuêz-vous donc comme deux ^aux lianes, aux rochers, aux arbres. Ne vous laissez pas prendre i iettrs pfomesses, ne peradettez pas qu'ils vous êa-r traînent «u Musée edmologique fsii Vqu hoi»! moaU^ une foule d'objets auxquels les pauvres sauvages n'ont 3^00929 pen^éj comme par exeinp]i^ w§ tablettes brpd.ées pour njiet- Ire leurs cartes de visite ; ce n'est pas le tout, tandis que vous serez assez enfant pour échanger votre argent contre €88 BÎâiseiias, un exrcaoiqiia vmis dèohinsra te tympan a^^c un p|pgu« 4^ JB^^bt^ie, ^uî yo^s êf^prUmr^ sa no^talrgle poujr l,e9 monta^Q^ ^ocheus^^ ^U vou^ jjquant : fy 0£fi$ revoir f/ia Normandie^ c'est le pays où fqi feçuf^jow. Enfin, pour couronner l'œuvre, le propriétaire vous offrira les vieilles pantoufles de sa femme comme les mocassins du dernier aes Mohicansf — mon ami, cet honnête homme me rappelle le gardien du château d'If qui m'a montré sérieusement la place d'où Dantès a. été jeté à ht mer, et qui a voulu me vendre des plumes et des aiguilles de Tabbé Paria <

. Vous devinez bien que je fus victime, mais non pa§r{lupe de cette horde de bandits.

Je m'élançai hors du Musée ethnologique cg^me un bouchon de'vlp de Champagne dont on ^ brisé le.§ flls dç fer s'élajiçe hpfs dp la bouteille.

Mais i ia pofie, je trouvai une mitre troupe de ces malfaitwfs. .

Par bonheur, cefle-là m'attendait pour me r§p9g.dutre à la chute, ou plutôt sous la chute.

A renwtVia/ion-ilocfc, / c'est-à-dire à l'extrémité du rocher.

Je me4aiflflflâ âmmener.

Mon cicérone me i)oussa un peu malgré moi, je dois Tavouer, oar j'ignosois complètement ce que Ton voulait faire de moi^ dans un cabinet jdana le genre des cabinets de bains.

C'était bien cela, en effet.

Jl était question de me faire troqui^r mou yêtefpeînt çop- Ire une espèce de défroque iùiperméable.

Je eommenç^i par Ijûss^ faire e\ finis ppir lutter.

Ce costume est tellement affreux qu'il enlai4issait tput^ même m^ compagne 4je voyage, la plus griacieuse, 1^ plu^ charmante, la plus jolie des Yankees que j'aie jamais vues; une seule phose me consola, c'est qu'elle avait reçu de ses parents, trop prudents pour se risquer dans un pareil trajet, la permission de m accompagner sous la chute.

Quand je vis d'ailleurs que tout le monde était aussi laid que mtoi où à peu prés, j'en pris inon pai^ti.

Riant les uns des autres, nous descendîmes par un sentier que la spéculation américaine, la plus onstinèe des spéculations, a taillé dans le roc.

Bientôt vous avez devant vous l'immense cataractQ, mais vous êtes incapable de CQjQprendre son immensité, les limites trop restreintes de vos sens s'y opposent, il vous est impossible de vous rendre compte de cette force audessus de toutes les forces connues, l'échelle des comparaisons manque.

C'est comme si Ton voulait vous faire comprendre éternité.

L'eau fouettée en poudre impalpable vous inonde, vous touchez presque du doigt la chute qui se jette avec rage dans l'abîme, pour rebondir en écume, involontaire ment vous vous .appuyez contre le roeher vertical.

Vous voudriez la repousser, Tair vous manque, la chute vous étouffe.

Mais là, cher ami, vous n'êtes encore qu'au commencement du voyage.

son saaclwuure.

8oyea assez brave pour franchir eette i)arriére.

Elancez-vous.

Voilà, gue la nappe d'eau vous enveloppe, vous couvre,* vous étreint; vos yeux sont aveuglés par dés torrents d'eàuj prenez ^rde, mon amÂ, prenez garde, le ehemin n*a plue qu'un pifidde largear, «-^ un sei^i faux pas et vous avec disparu dans uo &6S»f d'eaux SHigissantes ; rr? les ptorres ^ont glissantes, Vw^ cppwripièi ^4^ étouffosE. ^n yw^^ rapporte? pjus à yoi^,.aipf^yè gi;e vous soye?, vpus 8eri^^ perdu. Rapportez-vous-en a la main sûre de vos guides. Avancez, avancez toujours. Pîgprez-vous que v.oys pîo'ngez, que vous avez été à cinquante brasses sous la merj — maià que vous remontez, que vous^ allez atteindre la surface , — qu^ vous y êtes.

Ah I i^espirez, -— vous êtes enfin sur Têrminalian-^Roek.

Maintenant, malgré les torrents d'eau qui vous dnçleijt ia visage, — ouvrez ies yeux et repsu^dez.

Vous êtes un ajômç sur la pente d'un abîme î

Au-dessous de vous un océan /en fureur, — Carybde avec son gouffl'e, âcjila avec ses chiens ; le Maelstrom i^veç son vertige. — Rêvez tout ce que vous pourrez comprendre

Quand j'admirais les belles proportions des monuinen^ classiques de la Grèce, j'étais heureux I Quand, du sommet de la pyramide de Cheops, je contemplais le pays des Kiaraons, j'étais fier I Quand, au milieu d^ désert, je BU]^N>rtaifi la faim ai la «oif , luttais centra les tigres, tes licms at les éléphants ; — combattais ûootr^ ^es f^ég^s r^VQit§§, — l'étais grand. — Mais cette minute sublime, passée sous le Niagara, ^ je ne la âonnera^s pour rien de ee que j'ai VU, TTT pour vùÊUOBAeA émotions ipie j'ai ressenties.

A VO«B t

JtoiaDàaMuLâR.

Monsieur,

La retraite dans laquelle jûrvis depuis plusieurs années à la campagne, où je lis peu de journaux , ne m'a permis de connaître qu'hier le numéro du Monte-Cristo du 11 juin dernier, dans, lequel vous faites Thistorique de la guillotine et d'une partie de ma famille. Ce double travail offre beaucoup d'erreurs qu'il m'importe peu de relever en ce moment, mais je ne puis laisser sans réplique 1*3 dernier paragraphe, qui contient à mon égard des imputations où le ridicule le dispute à la calonmie.

Je ne me défendrai point de ma sincère admiration pour vos belles compositions dramatiques, quoique vous en fassiez un %ujet de raillerie. Il est vrai, en effet, que j'ai toujours été enthousiasmé des œuvres de votre imagination, qui est peut-être la plus brillante et la plus féconde de ce temps-ci ; que je me suis toujours senti la plus vive sym* patliie pour votre caractère chevaleresque, que je regrette de voir se démentir à mon égard. Vous pouvez donc me tourner en ridicule sous ce rapport, cela ne me surprendra point d'un homme rassasié de gloire comme vous devez rêtre , ce tribut d'hoinmages aussi obscurs que les miens doit être pour lui sans saveur.

Mais, ce que je nie formellement, c'est d'avoir professé pour Terpsychore le même culte que pour. Melpomène et Thalie , quand elles vous prenaient pour secrétaire'. Je déclaré donc n'avoir jamais mis les pieds dans aucun bal public, masqué ou non, de Turcs ou d'Auvergnats ; ainsi, le plaisant prologue que vous donnez au triste drande de l'exécution de Fieschi est de pure invention.

Permettez -moi donc, dans l'intérêt de la vérité, de rétablir les faits tels qu'ils se sont passés.

Fieschi et ses complices ont été exécutés le vendredi 19 février 1836, et non pas le lendemain du mardi gras, c onmie vous le dites. L'avant-veille de rexécution , M. le .procureur général nous envoya chercher, mon père et moi, par un garçon de bureau, avec une voiture, pour que nous nous rendissions promptement à son parquet, au palais du Luxembourg. Il était cinq heures du soir, et nous attendîmes ce magistrat, qui était chez le ministre, jusqu'à près de sept heures. En arrivant, M. le procureur général nous dit : — L'exécution n'aura pas lieu demain , mais aprèsdemain probablement; tenez-vous prêts à recevoir mes ordres. — Effectivement, le lendemain jeudi, un garde municipal, envoyé en estafette, nous apporta les ordres écrits entre deux et trois heures dé l'après-midi. Ce fut moi qui lui en donnai le reçu. Je me rendis aussitôt au parquet de la Cour royale, où je trouvai le colonel de la gendarmerie de la Seine, auquelje demandai une escorte suffisante pour protéger le transport des bois de justice, et il fut convenu que cette escorte serait rendue à l'endroit où ces bois étaient déposés vers onze heures du soir, heure à laquelle le chargement des charpentes devait conunencer.

Du parquet, j'allai de suite à la préfecture de police. M. Joli, chef de la police municipale, m'y avait fait demander pour savoir à quelle heure le matériel de l'exécution arriverait sur la place Saint-Jacques. Je lui indiquai d'une à deux heures du matin. Vous avez, me dit-il, trois cents sergents de ville éparpillés là et aux environs. Je rentrai alors chez moi et n'en sortis plus qu'au moment où les préparatifs devaient commencer.

Vous voyez. Monsieur, qu'il y a loin de tout cela à votre récit tant soit peu burlesque, à l'illumination soudaine de M. Canlair, qui, par parenthèse, n'était pas alors chef de la police de sûreté, c'était M. Allard, et enfin à ce bal orien«

tal, où la coiffure des disciples de Mahomet eût été seule

admise.

J'ajouterai que, suivant un usage établi de tout temps dans ma famille, chaque fois qu'il se trouvait dans les prisons de notre département un condamné à la peine capitale, une certaine consigne était donnée à la maison. Nos gens seuls sortaient pour les besoins domestiques ; quant à nouj3,:nous ne sortions point et cessions de recevoir. Les femmes attendaient dans la prière, les hommes dans le recueillement, le moment d'aller remplir les cruels devoirs qui nous rappelaient de temps à autre que nous appartenions à la société et qu'elle nous avait remis la plus terrible de ses missions. Je n'ai pas besoin de dire combien nous étions heureux quand la Cour de cassation ou la clé^meoce royale nous en épargnait l'accomplissement.

Vous ne trouverez pas sans doute, mauvais, ^monsieur, que je n'entrje dans aucun détail sur les yéritab)esjmptifs qui m'ont fait cesser mes fonctions! Cette question rintéfésse peu le public, et le nioment n'est pas veiiu pour moi de l'en entretenir.

Quapt aux.a\itres erreurs que j'ai remarquées dans votre article, elles sont comme celtes accum]a.lée8 dans ùue foule de récits apocryphes qui ont cours* dans l'histoire et la littérature contemporaine , où l'imagination tient j trop souvent lieu à l'écrivain des documents qui luji mandent. Pour ce qui est des tristes événements aux^uels^ mes ancêtres et moi nous nous sommes trouvés mêlés, je me sms occupe, pendant ces dernières années, à rassembler les pièces qui s'y rattachent, les témoignages qui m'en ont été transmis, les traditions qui se sont conservées dans ma famille, dont sept générations consécutives ont été vouées au ministère qui les a contraintes à voir et à obsever beaucoup de choses.

Tous ces éléments ont setvi de base à des mémoires authentiques que je suis sur le point d'achever, et que je publierai bientôt, — persuadé qu'ils ne seront sans intérêt, — ni pour la philosophie, ni pour la morale, — ni pour l'histoire.

A tous ces titres, ils pourront peut-être effacer le préjugé qui pèsera sur leur origine.

Je compte, monsieur, sur votre droiture et votre loyauté pour l'insertion, dans votre plus prochain numéro, d'une réclamation aussi légitime, et vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de ma respectueuse considération,

Sansov, Ancien exécuteur des arrêts criminels.

10 juillet 1857.

J'ai maintenu la date de ma première lettre qui ne vous est pas parvenue. Celle-ci n'en n'est que la reproduction. Je vous serais très-obligé qu'elle pût paraître jeudi prochain.

Plus la position de M. Sanson est exceptionnelle, plus nous devons d'égards à la rectification qu'il nous adresse. Elle est donc insérée dans le Monte-Cristo sans qu'il y

s'empressa de lui dire :

— Pardon, monsieur.

Alex. Douas.

rt«h*MM«

Alkx. DUMAS, Seul propriétaire et seul rédacièur du Jfonte-cwwcr.

taMh^H^i^ta

Paris. — Imprimerie de E. Brière et C% rue Viviemie, 49.

uni ItlJHKnO, 15 CBAITIMK».

JKUDl 20 AOUT 1857.

e lra<lnc(l*p et r^ndnetlon ■

JODKNAt HEBDOMADAIRE DE EOMANS, D'fflSTOIEE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE,

PAK ALEXANDRE DUMAS, SEUL

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FRANCE

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— Six màa. A 60 DéputaiUMiU. . . Un u. . 10 •■■

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CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Chers lecteurs,

Je vous écris da Pierreibnds.

Pierrefonds est un pays que j*aî découvert.

Christaphe Ckilomb de huit à dix ans, je faisais trots tieuea el demie en allaot, trois lieues et demie en revenant, total : sept lieues, pour aller jouer une heure dans let Buines.

Et les fortes têtes du pays disaient :

Voyei, le paresseux, il aime mieux vagabonder sur les mandes routes, que d'aller au collège. —Il ne fera jamais rien.

Je ne sais pas iÉMft>it grand chose, mais je sais que j'ai diablement traT^fe depuis. "

Il est vrai que ce travail n'a pas eu grandrésultatrj'euasa mieux fait, je crois, au lieu d'enlaseer volume sur volome, d'acheter un coin de terre, et d'y mettre cailloux sur cailloux. J'aurais au" moins une maiBon à moi.

Bon ; n'ai-je pas la maison du bon Dieu, les champs, l'air, l'espace, la nature, ce que n'ont pas, enfin, les autres, qui ne savent pas voir ce que je vois.

Je lisais demièrement, dans un petit volum/ dont les critiques n'ont point parlé, probablement à fianse de M haute valeur, de fort beaux vers, qu'il fjût que je voub dise, chers lecteurs. -.

Us sont intitulés : le Partage de la Terre.

Les voici : . *

JSÛ

U'MÛKÏl-CEISTÛ.

^m/Êmi^mmk^

ià tAim

Alors que le Seigneur, de sa droite féconde,

Eut, dans les champs de l'air, laissé tomber le monde ;

Qu'il eut tracé du doigt.

Comme fait le pilote à la barque qui passe, La route qu'il devait [tarcourir dans l'espace ,

Il dit : Que l'homme soit I «».

A sa Toix s*agi(a la surfece du globe ; La terre secoua les plis rerts de sa robe, St le Seigneur alors ters lui Tit accourir. Gemme des outriers demandant leur salaiie, De Téquateur en flamme et des glaces polaires, Ces atomes d'un jour, qui naissent pour mourir.

Cette terre est à vous, dit le Maître suprême : Ainsi que fait un père à ses enfants qu'il aime,

Les lots vous sont ofi^rts-.

Ckeqtte bomme a droit égal au eemmun hértt^g^; iUeiI et faites-TOUs le fraternel partage

De 1À terre et de£ mers.

iloirs, selon m t^tte ou bien son cAvàMt^ L'hemme, petit ou grand, prit sa jj^tido k terre: le noble eut le doi^on aux gothi^((M «i«etiux, Le labimreur le champ où la riHèl*e ëonile. Le commerçant la route où le elmHot toule, le fiautonier la taer oligliliaeiU ies Taisaél^tic*

béjl» éiet^ Idhgten^^ lie priaee arait le trène, Le pÊi^e la tiare et le roi la couron»e;

Et le pâtre craintif Sur les monts gazonneux les troupeaux qu'il fait paître, Quand, venant le dernier, le Seigneur vit paraître

Un homme à l'œi pensif.

yiin r^ns sur «m froiil on v^yaii flotter roB4)re; Û n^rjàait lentesient, tristp ians être iAmi)!^; Parfois il s'arrêtait pour cueillir une fleur; |a4n, aa pied du tri^ireil releva la télé. Et dit, en souriant : — Moi, je suis le poète ; N'avez-vous rien gardé pour votre fils, Seigneur ?

Dieu dit : — Tu viens trop tard! Lui répondit : — Peut-être! — Non : tu vois qu'ici-bas toute chose a son maître

De son avoir Jalonx ; , '

Hais où donc étais-tu, tête en rêves fécondé, Ifuaad on faisait sans toi le partage du monde ?

r^ J'étais jà vqs .genoux I

tton regard admirait ta splendeur infinie, Mon oreille écoutait la céleste harmonie ; Pardonnez donc, mon père, à l'esprit contempteur Qui, perdu tout entier dans l'immense piy&tlris, .S'est htissé prendre, hélas! sa part de celte terre. Tandis qu'il adorait son divin Créateur.

fet ï^ùttiErtA ttnrt est pris, ûH le Bftiître subllto^, ' IA'elfteetr06éan,fai«f)éeetiaeitte:

^e TeBX-^B 9 c'est la loi 1

Mais, en échouée, ^^na, <^ tot 4en»pa, é taiiie iieure;

Je te ircirde, mon ills, place daas m^ demeure, Et mon ciel est à toi.

\fm voy#a. cbers lecteur?, ffue Jia §m au .poète qsI en-

jS^EW la Ba^illeure.

9x*i$ il ft le» rum^.

Revenons aux nôtres.

•Gê iont de Daàgtiiftqtfôs riikres que celleé flè ftieinrefonde,

— les plus belles de France, peut-être, sans en excepter celles de Coucy.

Elles dominent un petit lac que j'ai connu étang, mais quia fait son chemin comme celui d'Enghien, et qui s'est fait lac à la maatère doni^teaucoup de gens se font nobles. EUea domineui un charmant rillage, plus charmant au- Irelbia quâbd aea maisons étaient couvertes de chaume, ipi'il tie Teat aujourd'hui avec ses villas, ©ouvertes d*ardoises. iShifi, elles sont situées entre deux des plua èelles forêts é& France, c'est-à-dire entre la forêt d^ Oorapiègne et ht forêt de Villers-Coterets.

Le château dont elles sont tes resti» a été hkÛ par un de ces hommes qui, Ton m «ait trop pourquoi, taiasent à la postérité un souVeoir sympathique.

Louis d'Orléans, premier duc de Valois, le commença ea 1380 et t^teiMM w 1407.

Les An^B diae^t : la mateon achevée^ k i»c>rt y entre. kxmi tàifisent-ils iou^rs ^ue^He «^ofte A fiaira à leurs ittaisâiis, ce ^^ul {Ut qm â'haUtude leui^ mato^ns Mubent élSk l'^ÉM «Mi àVmr elé acbev«ea.

I4 ekMiàau de Louis d'Orléans achevé, les BoiiJfguignons IfWUhirefit y entrer. C'était à peu près la même chose que ii tMH. likis aux Bôurguignoos on pouvait résister, quoii ^tee fût difQeite; et Bosqttiaux, capitakie orléaiaste. le I délénàil.

C'était au plus Ibrt des guerres entre le duc d'Orléans et Jean, ai^trÉiemmè par ses flatteurs Jean-sans-Peur.

C*é4alt lim&-.ft^fia-Fei qu'il eût fallu l'appeler.

Singulière époque que cette époque. Le roi était fou, le royaume était fou.

Lequel avait donné sa folie à l'autre, on ne sait.

Les familles des vieux barona croî«és étaient éteintes ou àppii prés. On cherchai t, sans les pouvoir trouver, les grandi fiefs aouveraiUis dep ducs de Normandie, des rois j'Ànflfelerre, des camtesd'Anjsa, des rois de Jérusalem, des comtes de Toulouse et de Poitiers. A la place de cette pvUspa^te moisson fauchée. pai^ la mort, aviait turgi une noblesse douteuse aux écussons surchargés d'armes parlantes, ou animaux monstrueux, et entourés de devises quireadaiejit plus contestable encore la noblesse qu'elles étaient chargées de soutenir.

9xm, l« wMtmatê mame les blasons étaient devenus étranges, inouïs, fantastiques.

Il y avait les hommes f^mjBaes, gracieusement attifés, trainaai àw robes de douze aune».

U y avait • les hommes-bêies au;ï justweorjfcs brodés de toutes sortes d'anim^tu;?:.

Il y avait les hommes-musiques, qui pouvaient servir de pupitres aux ménestrels et aux troubadours.

fiy a au <iat&logue imprimé de la collection de M: de Courcelles, une ordonnances de Charles d'Orléans, le fils de celui dont nous nous occupons, qui autorise à payer une somme de 276 livres 7 sous 6 deniQ9# to^Mi^ta pour 960 perles destinées à orner une rob^^

Voulez-vous savoir ce que c'était que cette rçbe* chers lecteurs ? t

Le voici.

« Sur les manches est ècript dé broderies tcwit au long le difîtde la chanson, Madafneje suis phsjoyeugç^ et^otté tout au long sur chacune desdites deux mancjies , 565 perles, pour servir à former les nettes de ladite çhap^on, qU ii y â 142 jiottes. C*est assavoir pour chaque noUe, quatre peries en quarrée. » •

Mais ceci n'était ^ie^ -et quoique les prêtres prêchjssftBnt coiitre ces inodes înboliteB, leurs «^atj^éfljes è^a^bt l^

LB MONTB-CÏUSTO.

serves surtoiu à ceux et à celles qui mettaient pour leurs toilettes le diable à contribution.

Il y avait des cornes pavtont.

Les femmes, grâces à leurs hennins, les portaient sur la tête, — les hommes, grâces à leurs poulaines, les portaient aux piedj9.

La crinoline, que nos modernes coquettes ont portée à leurs jupons, les femmes du xiv« siècle la portaient à leurs bonnets.

« Les dames et demoiselles menaient grands et excessifs étate et cornes merveilleuses, dit Juvènal des TJ.rsins, — haultes et larges,^ et avaient de chaqujB côté, au lieu de bourlôês,' doux grandes oreilles si larges que quand elles voulaient passer l'huis d'une porte, il fallait qu'elles- se tournassent de cote et baissassent. »

Or, au nombre des plus élégants cavaliers faisant la cour à' toutes ces belles dames, grasses, décolletées et cornues, — étaient le jeune roi Charles VI, et Bon frère, plus jeune encore, le duc Louis d'Orléans.

Le premier, le roi, venait d*époiiser son impudique Bavaroise Isabeau; le second, Louis, venait d'épouser sa douce et fidèle Valentine de Milan.

Elle lui avait apporté en dot Asti, avec 450,000 florins.

L'autre avait apporté à son époux l'adultère, la guerre civile, la folie.

Le pauvre jeune roi était pourtant bien gai, bien heureux, bien courtois, ne demandant qu'à rire et à s'amuser.

Après son mariage, il avait fait son tour de France^ et, gai compagnon du trône qu'il était, sa royale chevauchée. Il partait de Paris où Ton Venait de célébrer l'entrée dé la reine, entrée depuis quatre ans, maispour ce coBur joyeux, pour cet esprit couleur de rose, tout était matière à fêle. Le vin et le lait avaient coulé dans Paris par la bouche de Routes les fontaines, aiïx carrefours, les frères de la Passion avaieilt joue de f lenx mystères, à la ruô Saint-Denis, deux anges avaient pèse nne couronne sur la t^lc de la reine, nu pont Notre-Dame, un homme était descendu par une corde tendue aux tours de la Cathédrale avec deux flambeaux à la main, et pour mieux voir, pour mieux entendre, pour mieux être partout, le roi et son frcw Louis d'Oi-léans s'étaient mêlés à la foule des bourgeois, et trop pressés d'être au premier rang, avaient reçu des sergents maints bons horions, dont ils montrèrent le soir les niarques aux dames de la cour.

Paris s'était fort réjoui de cette entrée de la reine. On lui avait promis une diminution d'impôts, tout au contraire, il fallait payer la fête ; ce fût Paris qui la paya ; en outre, on décria les pièces de douze et de quatre deniers, atec défense de les passer sous peine de la corde. Or, c'était la monnaie dû peuple, le seul argent du pauvre, de sorte que le pauvre, c'est-à-dire le peuple, ne sachant plus comment ni avec quoi acheter du pain, puisque sa monnaie n'avait plus cours, cria famine, dans ces mêmes rues où les fontaines faisaient jaillir la veille du vin et du lait.

Le prétexte de ce voyage à travers la France, ce Mt d'aller à Avignon s'entendre avec le Pape sur les moyens d'éteindre le schisme.

Le véritable motifs c'était le plaisir.

Or^ pour que le plaisii fût complet, il ne prit ni ses deux tinjàm^ deux iUus^s voleurs, l^ ducs d'Aji^o^ e4 de Berry t n^ 1a ïeine> i}ui trouva isboyen de se faire dans un autre genre une illustration non moins grande que 8e#

B*tfhwd, M 9Vr4t% à Kev«89^o(L Tan fiU M9u par la â««

^e Bourgogne, — pas le duc Jean, — son père, — on était alors en paix avec lui.

Puis on gagna Lyon, la ville demi-italienne, on y passa quatre jours en jeux, bals et galanteries

Enfin, on arrriva à Avignon chez le pape. Avignon était devenue une s'^oonde Rome, aussi dissolue que la premièi*e, où Giotto peignait, où Pétrarque chantait, qxx Vaucluse murmurait. On était à la source des indulgences, con^pxent n'eût on pas péché ? Pas une jeune et jolie Avignonaise qui ne se souvint de ce passage, ditProissard.

Le schisme ne fût pas éteint du tout, mais le Pape donna au duc d'Anjou le titre de roi de Naples, et au roi Charles, la disposition de sept cent cinquante bénéfices. On passa en Languedoc.

Là commencèrent de s'éteindre les bruits joyeux des instruments — et les cris, les craintes, les murmures les remplacèrent et les couvrirent. — Le pauvre Languedoc était non-seulement ruiné, pressuré, mangé, mais encore dépeuplé par le duc de Berry, son gouverneur. Quarante mille habitants avaient émigré dansrArragon. Avide et prodigue, il prenait aux uns pour donner aux autres. — Son bouffon d'une seule fois avait touché deux cent mille livres. — Puis il aimait les châteaux aux tourelles anciennes — et faisait creuser ces dentelles de pierre que les églises du XIV et du XV« siècla jetaient comnie un mantelet sur leurs épaules . Il aimait les précieux manuscrits, les brillantes enluminures, les miniatures à fonds d'oi*, et il jettait Tor aux architectes et aux artistes. — Or, cet or il fallait le prendre quelque part, et le bon gouverneur du Languedoc le prenait où il le trouvait. — Enfin, il venait d'avoir une dernière fantaisie non moins coûteuse et bie^n autrenient folle que les autres, à soixante-six ans il. avait épousé une enfant de douze, la nièce du comte de Foix.

llfalLaîl une justice à ce pauvre peuple. Le roi tandis qu*il était retenu pendant douze jours à Montpellier parles vives et (risques demoiselles du pays auxquelles il donnait, dit Froissard, — *• annelets et fermaillets d'or, ordonna d^arrêter et de faire le procès de Betisac. — Betisac était, lieutenant du duc de Berry, il fut reconnu coupable et condamné à être brûlé vif. Le roi quitta son liarerii de Montpellier pour l'aller voir brûler vif à Toulouse.

Le duc de Berry, le véritable dilapidateur, senti t-U la chaleur du bûcher ? — J'en doute.

Pendant qu'il était en train, le bon roi Charles qui venait de faire jusiice^ fit faveur, il accorda aux abbayes de filles de joie, que leurs pensionnaires ne portassent plus de costume, sauf une jarretière d'autre coiUeux' que leur robe au bras.

Comment n'eû^on pas adoré un pareil roi, qui brûlait les voleurs et qui habillait les filles de joie comme les honnêtes femmes ?

Il était si las de fiStes, .qu'il évita xbeUee qu'on 'Vm|)9èpa* rait À son retour. -^ Sa rentiée fut teat simplement un steeple-chase. Il gagea avec son frère que partant au g»lop eB même temps que lui, il arriverait avant lui.' ',

Ce fut le roi qui gagba.

Pauvre roi, ce fut sa dernière chance au jeu. A vhig^ deux ans il avait tout osé ; à vingt^deux ans la tête était oiorteet le iaoBprlriââ.

A vingt-trois il était fou»

8és deux weloe prii^oi le reyauntp. Ltek, qtfll vèonudil de faire duc d'Orléans, prit ea fentne.

Il eet vrai que la prenait à peu pi^ée qm iroa3ad(l.

Par naalbeur le beau jeune prinee ne se cootenia point de M feminede 40a {Mre Ois^tes^le^fatt^ Il fdï efleolit ctllle de SQO cottsin Jean de BovgOgne.

LB MOJNTE-CRISTO.

L'anecdote esUelle vraie? On dit qu'un soir que Jean de Bourgogne et Louis d'Orléans avaient soupe ensemble, il passa une singulière idée dans l'esprit fantasque du jeune prince.

^ C'était de faire voir au mari le corps de sa femme moins la tête.

Ce corps était charmant, et Jean de Bourgogne envia fort le bonheur du duc d'Orléans.

Delacroix, Eugène, a fait un charmant petit tableau de ce fait qui n'a jamais acquis une valeur historique, et auquel on attribua cependant la mort du duc d'Orléans.

Nous croyons que les causes d'antagonisme politique étaient suffisantes entre les deux princes sans qu'on y mêlât une jalousie amoureuse.

En somme, les deux cousins étaient fort brouillés, lorsque le vieux duc de Berry, croyant faire merveille, décida le duc de Bourgogne à faire une visite à Louis d'Orléans.

Celui-ci était malade à son château de Beauté, charmant séjour, connue l'indique son non, perdu dans les replis de la Marne, belle et dangereuse rivière sur les bords de laquelle Frédégonde eut un palais, et du sein de laquelle un pêcheur, raconte Grégoire de Tours, retira le corps du jeune fils de Chilpéric noyé par sa marâtre.

C'était à la fin de l'automne, les feuilles tombaient.

C'est l'époque des sombres pressentiments ; Louis avait été visité de l'esprit de Dieu, depuis quelque temps il pensait beaucoup à la mort.

Il avait de sa main et fort chrétiennement fait un testament où il recommandait ses enfants à son ennemi le duc de Bourgogne. Il y demandait d'être porté à son tombeau sur une claie couverte de cendres.

II avait non-seulement eu des pressentiments, mais une vision.

Une nuit que, logé au couvent des Célestins, il allait à Matineà, il rencontra la mort en traversant un dortoir ; l'ange sombre tenait une faux à la main, et avec cette faux elle lui fit lire sur la muraille cette inscription latine :

Juvenes ac senes rapio.

Ce fut dans ces circonstances que le duc de Berry eut l'idée de réconcilier ses deux neveux. On était au conunencement de novembre.

Il conduisit le duc de Bourgogne au château de Beauté, où Louis le reçut courtoisement, puis il les fit communier le 20 et les invita à dîner pour le 22.

Le 20, ils avaient partagé l'hostie, le 22, ils partagèrent le repas.

Depuis le 17, le duc dQ Bourgogne avait tout préparé pour l'assassinat du duc d'Orléans.

Je ne sais, chers lôcteura, si ce que j'ai vu il y a deux ou irois ans existe encore aujourd'hui, au milieu des bouleversements dont Paris est le théâtre.

Ce que j'ai vu c'était une petite tourelle qui s'élevait au coin de la vieille rue du Temple et de la rue des Francs- Bourgeois.

Cette petite tourelle, légère, élégante, gracieuse, et qii contrastait fort avec la lourde maison à laquelle elle était accrochée, cette petite tourelle noire et lézardée aujourd'hui, était blanche et neuve lorsqu'elle vit s'accomplir l'événement que nous allons raconter.

Elle fermait de ce côté le grand enclos de l'hôtel Barbette, occupé à cette époque par la reine Isabeau.

Il s'élevait dans un quartier peu fréquenté à cette épo-* que, hors de l'enceinte do Philippe- Auguste et entre les

deux juridictions de la Ville et du Temple.

Il avait été bâti par le financier Etienne Barbette, dont il avait gardé le nom. Etienne Barbette était maître dé la monnaie sous Philippe-le-6el, le roi de France qui ait le plus travaillé à la monnaie de son pays, non pas pour la rendre meilleure et plus pure, bien entendu.

En général, lorsqu'on refond les monnaies, ce n'est point pour en enlever Talliage.

Cet hôtel, quatre-vingts ans après la mort d'Etienne Barbette, appartenait à un autre parvenu,

Au grand maître Montaigu. *

Montaigu était des bons amis de Louis d'Orléans. Ce dernier obtint de lui qu'il cédât son hôtel à la reine Isabeau, qui détestait l'hôtel de Saint-Paul, où elle était sous les yeux de son mari.

Tout au contraire, la voluptueuse allemande adorait son petit logis ; elle l'avait embelli à l'intérieur, agrandi au dehors, étendu jusqu'à la rue de la Perle.

Elle y éta|t accouchée, le 10 novembre, d'un fils qui était mort en naissant ; le peuple avait fort murmuré ; on la savait depuis fort longtemps éloignée de son mari, et Ton avait fait au duc d'Orléans les honneurs de cette intempestive fécondité.

On avait été jusqu'à faire un crime à la mère de cette douleur ; on avait trouvé qu'elle avait plus pleuré cet enfant qu'on ne pleure un enfant d'un jour. ,

C'était injuéte, un enfant n*a point d'âge pour la mère ; c'est son enfant, c'est-à-dire la chair de sa chair, voilà tout.

Nous avons dit que, dès le 17, Jean de Bourgogne avait décidé l'assassinat du duc d'Orléans.

Depuis longtemps il le méditait.

Dès la Saint- Jean, c'est-àdire quatre mois auparavant, il cherchait dans Paris ime maison pour y dresser son guet-apens, un de ses agents était en course à cet effets et, comme cet agent était clerc de l'Université, il donnait pour prétexte à cette location, le besoin qu'il avait d'un magasin où mettre le vin, le blé et les autres denrées que les clercs recevaient de le\ir pays, et avaient le privilège de vendre sans droits.

Le 17, la maison était trouvée et livrée.

C'était la maison de l'image Notre*Dame,,Vieille-Rue-du- Temple, en face de l'hôtel de Rieux et de la Bretonnerie, ainsi nommée d'une image de la Vierge incrustée dans une niche au-dessus de la porte.

L'homme qui devait frapper était un valet de chambre du roi ; l'histoire n'a pas conservé son nom.

L'homme qui devait trahir était Raoul d^Auquetonville, ancien général des finances que le duc avait chassé autrefois pour malversation.

Le 20, nous l'avons dit, les deux princes avaient communié à la même hostie. Le 22, nous l'avons dit encore, ils avaient dîné à la même table.

Le mercredi 23 novembre, le duc d'Orléans avait soupe chez la reine, et soupe gaiement, afin d'adoucir sa douleur, dit le religieux de Saint-Denis, dolorem studens mitigari; lorsque tout à coup le valet de chambre du roi, celui qui s'était chargé de trahir, vint dire au prince que le roi le demandait à l'instant même.

Le duc avait six cents chevaliers qu*il pouvait réunir, et dont il pouvait se faire une escorte dans les occasions d'apparat; mais pour aller chez la reine, visite mystérieuse, il ne prenait d'ordinaire qu'un ou 'deux pages et quelques

valets.

Aussi, l'assassin avait-il compté sur cette solitade, el avait-il décidé que ce serait A la sortie du duc d'Orléans

LB MONTB-GRISTO.

de rhôtei Barbette, qu'il accomplirait son crime.

Il était huit heures, lorque cette fausse nouvelle, qu'il était attendu par le roi, parvint au duc d'Orléans.

De l'hôtel Barbette à Thôtel Saint-Paul, il n'y avait qu'un pas, aussi le duc d'Orléans, comptant revenir chez la reine, y lais8a-t*ilune partie de sa suite.

II. sortit, n'emmenant avec lui que deux écuyers montés sur le méine cheval, im page et quelques valets portant des torches.

C'était de bonne heure pour un homme de cour, habitué, comme le duc d'Orléans, à faire de la nuit le jour, mais c'était tard pour ce quartier sombre, solitaire et re*

tiré.

Cependant, il ne songeait à rien, où s'il avait * quelque

pensée, c'était une pensée joyeuse. II s'en allait par la

Vieille-Rue-du-Temple, un peu en arrière de ses gens,

chantonnant à demi-voix ime gaie chanson, et jouant avec son gant.

Deux personnes le voyaient, et remarquaient ces détails sans se douter que ce joyeux jeune homme, — le duc d'Orléans était jeune encore, ayant trente-six ans à peine, —sans se douter que ce joyeux jeune homme allait au-devant de la mort qui, quelque temps auparavant lui était apparue.

Ces deux personnes étaient un valet de chambre de l'hôtel de Rieux , et une pauvre femme nommée Jacquette Griffard, dont le mari était cordonnier, et qui logeait dans une chambre du même hôtel.

Elle le suivit quelque temps des yeux au milieu de la nuit, enviant probablement le sort de ce riche qui avait des torches pour l'éclairer dans l'obscurité. Puis comme elle quittait la fenêtre pour aller coucher son enfaht, elle entendit crier : A mort I à mort !

Elle revint aussitôt vers la fenêtre, son enfant entre ses bras.

Le prince était déjà précipité de son cheval. Son chaperon avait roulé. Il était à genoux dans la rue, et sept ou huit hommes masqués frappaient sur lui à coups de haches et d'épées.

Et lui criait : — Qu'est ceci, d'où vient ceci, que me voulez-vous?

Et, pour parer les coups, il mettait sa main en avant.

Mais un cqup.d'épée lui abattit la main, — un coup de hache lui fendait en même temps la tête.

Alors il tomba; mais on continua de frapper.

La pauvre femme, qui voyait cette boucherie, criait, de toutes ses forces : au meurtre 1

Un des assassins tourna la tête, la vit à sa fenêtre, et, avec un geste de menace :

— Tai&-loi, lui dit»il, vilaine femme.

Elle se tut, épouvantée, mais continua de regarder.

Alors, de l'image Notre-Dame, elle vit sortir un homme de haute taille, avec un chapeau rouge abaissé sur les yeux, qui se pencha vers le duc, et, après l'avoir examiné avec soin, dit:

— Eteignes tout et alle^-vous en, il est mort.

Pour plus grande sûreté, un des assistants lui donna encore un coup de masse, mais il ne fit aucun mouvement.

Mais, près de lui, un enfant^ tout ensanglanté, se souleva, et, sans penser à lui-môme :

-- Ah I monseigneur mon maître, dit-il.

Un coup de pommeau d'épée le recoucha mort à côté du mort.

C'était le page, un blond enfant d'Allemagne donné au prince par Isabeau.

L'homme au chaperon rouge avait eu raison de dire

qu'on pouvait éteindre les torches et s'en aller.

Il était mort en effet, et bien mort.

Le bras droit était coupé à deux places, au poignet et au-dessous du coude. La main gauche était détachée et avait volé à dix{)as de là ; la tête était fendue à deux places, de l'œil à l'oreille en avant, et derrière, d'une oreille à l'autre.

La cervelle en sortait.

Au milieu de la consternation et de la terreur générale, ces pauvres restes furent portés le lendemain à l'église des Blancs-Manteaux.

Et maintenant pourquoi la France a-tr-elle tant aimé et tant regretté ce beau prince? Qu'avait-il fait, le débauché, l'amoureux, le prodigue, pour mériter une pareille affection ? Vivant, il avait terriblement vexé le peuple et avait été bien souvent maudit par lui.

Mort, tout le monde le pleura.

La France la première.

— Si Ton me presse d'expliquer pourquoi je l'aimais, dit Montaigne, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui ; parce que c'était moi.

Interrogeons la France à l'endroit de son deuil, elle répondra comme Montaigne :

— Je l'aimais.

La France, si souvent marâtre, fut pour lui tendre mère. Elle aima celui-ci, mêlé de bien et de mal qu'il était, et quoique ses défauts et ses vices l'emportassent sur ses vertus.

Il faut dire que ses défauts étaient charmants et ses vices aimables. L'esprit était léger, mais gracieux et doux ; derrière l'esprit était le cœur, un cœur bon et humain.

Puis ce fut le père de Charles d'Orléans, le prince poète, le prisonnier d'Azincourt ; ce fut le père de Dunois, cet illustre bâtard qui', avoc Jeanne d'Arc, chassa l'Anglais de la France ; ce fui l'aïeul de Louis XII, qu'on appela le Père du peuple.

Puis les larmes de sa femme, à qui il avait tant fait verser de larmes, firent beaucoup pour lui; quand on la vit, vêtue de deuil, tenant d'une main sonflls,lde l'autre Dunois, demander justice au roi, à la France, à Dieu, tous les adsiçtants éclatèrent en sanglots.

Les pleure appellent les pleurs.

Et moi-même, après cinq siècles, ce n'est point sans unf certaine tristesse que je regarde ces ruines , mutilées comme celui qui les a bâties, ces tours sont ouvertes comme l'était son front ; ces murailles sont trouées comme l'était sa poitrine ; ces débris sont dispersés comme cette main, ce morceau de bras et cette cervelle qu'on ne rejoignît que le lendemain au pauvre corps auquels ils avaient appartenu.

C'est que celui qui a renversé ce château, qui a éventrè ces tours était un rude lutteur.

Lui aussi, avec sa robe rouge, s'est penché sur le cadavre de la féodalité qu'il avait égorgée, et, comme Jean de Bourgogne, il a dit :

— Eteignez tout, et allez-vous en I Elle est morffe.

Ce lutteur,* c'était le cardinal de Richejîeu.

Dans notre prochain niîméro, au lieu de notre vignette habituelle, nous donnerons un dessin du château de Louis d'Orléans tel qu'il est aujourd'hui.

Puis, peut-être trouverons-nous encore quelques niQts en dire.

A{<Gx, Dumas,

Lji MdWTE-CWSTQ.

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