‹ Le Monte-CristoChapitre 99 sur 135 · ALFRED M MUSSET · texte numérisé non relu

ALFRED M MUSSET

ETUDE

Alfred de Musset est un de ces tommes que l'on ne juge bien qu'en prenant le jugement qu'il porte sur lui-même et en revoyant ce jugement article par article; voilà pourquoi nous sommes ôfilige de riiulliplîer les cifafioîis.

Au reste, il y à dans les passages que nous citous de toiles beautés que nos lecteurs n'ont pas à s'en plaindre.

Puis, nous écrivons pour cette jeunesse qui nous suit ; qui admire* de Musset et qui a raison de l'admirer, — comme poète; — donc, ce n'est jas.légèrement que nous voulons parler d un des beaux génies de notre époque. —Tout au contraire de notice illustre ami Lamartine, qui avoue n'avoir jamais lu de Musset , nous Tavons , bous , non -seulement lu, mais étudié; car nous n'avons pas voulu que cette espèce d*antipathie que nqus. inspirait Je caractère de l'homme réagit sur les œuvres du poète«

Nous allons donc laisser parler de Musset en prose et fin ver&. Il est un de ces rares privilégiés, oiaUres dans les deux langues.

C'est lui qui raccHite.

« Tai à raconref â quelle occasion je fus xxris d'abord de la maladie dû siècle.

» J'étais à table à un graâd souper, — après une mascarade,— autour de mqi, mes amis richement oostumès, de tous côtés des jeunes gens et des femmes, tous étiucelant de beauté et de joie ; à droiteet à gauche des me^s exquis, des ilacous^ des lustres, des fleurs ; au-^dessus de ma tête, u» orchestre bruyant, et eu face d^ moi ma maitresse, — créature superbe qup j'niolâtrais.

» J'avais alors dix-neu^ aus ; je n'avais éprouvé aiio^û malheur ni aucune maladie, - j'étais d'un caractère à la fois ha\Uain et ouvert, avec toutes les espéxp^ees et un cœur débordant. Les vapeurs du vin fermentaient dans mes veines, — c'était. un de ces moments d'ivresse où tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend , vous parle, de .la bien aimée. — La nature entière parait alors comme ujîjç pierre précieuse à mille facettes, sur laquelle est gravé le nom mystérieux. On embrasserait volontiers tous ceux quon voit sourire, et on se sent le frère de tout ce qui existe. Ma maltresse m'avait donaé rendez -vous pour la nuit, et je poitais lentement mon verre à mes lèvres en la regardant,

» Comme jç me retournais pour prendre une assiette, ma fourchette tomba; je me baissai pour la ramasser, et ne la t^rouyant pas d'abord, je soulevai la nappe pour voir où elle avait roulé^ — j'aperçus alors sôus la table le pied de ma maîtresse qui était posé sur celui d'un jeune homme, assis à côte d'elle;* leurs jambes étaient croisées et entrelacées et ils les res3erraieut doucement de temps en temps.

» Je me relevai parfaitement calme, demandai une autre fourchette et continuai à souper. — Ma maîtresse et sou voisin étaient de leur côté très tranquilles aussi, se parlant à peine et ne se regardant pas. — Le jeune homme -avait les coudes sur la table et plaisantait avec une auti^e femme qui lui montrait son collier et ses bracelets, — Ma maltresse était immobile, les yeux fixes et noyés de langueur. Je les observai tous deux tant que dura le repas, et je ne vis ni dans leurs yeux ni sur leurs Visages rien qui pût les rahir. Alafin, — lorsqu'on fut au dessert, je fis glisser

ma serviette à terre et m 'étant baissé de nouveau ie les retrouvai dalifi la mémo positidrt, étmlteitlenl lïçà l'un i

;r'autre.

» J'avais promi^à ma maîtresse dé la ituiiôtieï eè soir-là

chez (rile. — Elle étaîl 'fente, et par éousècpient fôtt libr^. — au moyeft d'uti vieux p^rtttt qitf l''accoittpagh«rt et luî servait de chaperon. — Coittme Je tfâversais te pértotyle, enem^appéla: » AftoftS, Obt»ve, me dit-e^lte, (nattons, tàe voîlà. ^ — Je me tnîs à rire et sol*tîb sani i»èpon<Ire. ** Au bout de quelques pas, je m'assis sur une borne. Je ne sais à qum je péûsais, -** j'étaî*' ccrtûmè abruti et devenu idiot pal- rinfldeMté de cèftte femme édrû je li'atate Jamïiîs été jateujk et sur laqniélle je n'avarâ^ jâftMris xonçu uh soupçon.

» Ce ^ùe je vehaîs de voif ne me Mssatrt aucfcm doute, je dertiéutïil comme étourdi d'un tùxip de massue et ne me rappeîle rien dé ce qui se pa^a en moi durant le temps que je restai sûr cette tn)rne^ sinon que regardant machinalement le ciel, et voyant une étoile filer, — je saluai celle lueur fugitive où les poêles voient un monde détruit et lui ôlai gravement mon chapeau.»

Voilà le récit matériel et en prose de ce qui s^est passé. Maintenant, si vous voulez ^^oir une idée de la blessure que cette trahisoù fait dans Pâme déjà malade du poète, lisez cette lameatatien en yers.

Elle est adressée à î^amartine, et Lamartine ne l'avail pas lue ; plaignons -le.

iiéiUque le gtàà^ Bvr^ tItaU ^ume^ tlà^l9Mi« fit (dicrdher tiir to nersi|ucâqiie plains iaiirttiiid Oii flmff ep képwi soo immortel jeogut ; Comme il était assis aux'i^eAs de sa HAltf eiee, Pâle fii d(^ toiurné du cOtt^ do )a Grèce, Celle qifil appelait alors sa Guiccioli Ouvrit un soir un livre où l'on parlait de lui.

Afek-vcmii dé c^ 4élilpê éoiMrvtS lA inémeiiY, Uflisrtitef et ces -wh au {Ukioe dfeS'proMHfB.

Vous souvient-il encore qui les avait écrits?

Vous étio« jeiHiO,' aWi^t voSs>, potoe ôlière^lotm;

Vous veniez d'essayer pour la première fois

Ce beau luth ç^ploré qui vibre eous vos doigts.

La Musc, que le ciel vous avait fiartcéo,

Sur votre front' r(^veur chôrdian Votre pensée ; •

Vous ne connaissiez pas, noble fils de là Francfe,

Vous ne connaissiez paï, sinon piif la sotrffrtncé,

Ce subline orguelAefiDc à qui vbaé 6(*tivië*.

De quel droU osiez- vous riAierdetct leplaift^e?

Quel ftl^le Gaaymède à ce 0!ea.voi»|K>ttaiC?

Presseutiez-vous qu'un jour voue le ^Murrieai Moindre,

Celui qui de si haut alors vevfi éooutidt ?

Non, vous avioz vingt ans, et le cœur vous l)attait.

Vous aviez lu .Lara, Manfred et/« Corsaire,

Et vous aviez écrit sans essuyer vos pleurs ;

Le souffle de Byrôn vous soulevait de ferre.

Et vous alliez à Itri, porté par ses dôtileurs ;

Vous appeliez de loin cette Âme désolée,

Pour gravd qu'il vonis porftt, vous lé sântiesi aldi.

Et comçie le .torrent dans la v^rte vallée,

L'écho de sou g^nie en yq^s ç^vAit gémi* ,

Kt luî, Itii dont TEtirôpc' encore tout àrméé

Ecoutait en tremblant les eAUvâgés conoèrte; '

Lui, qui depuis dix ans fayait sa rcnomiii^e.

fit de sa selilude einptissaH l'uiilTerf ;•

Lui, le grand inspiré de la mélancolie.

Qui, las d'être euvié, se e^ngeait (fi martyr ;

Lui, ie dernier amant de la pauvre Italiei*

Pour pon dernier exil.s*apprétaot à ptixUti ,

LE MONTE-CRISiTO.

Lui, qui se rassasieide la grandeur humaine,

Gomme un cygrne à son cftant sentant sa tiiort pvoclrtfftie,

Sur terre, autour de lui. ctterchaitponr qni mdurli^.

H écouta les vers que Usait sa maîtresse',

Ce doux salut lointain d*un jeune homme incoiiuu ;

Je ne sais st du style il comprit la richesse;

Il laissa dans ses yeux sourire sa tristesse.

Ce qui venait du cœur lui fût le bienvenu.

Poète, maintenafit que la Muse fidèle.

Par ton prodigne amo«f sftre d'Mre immûrlelle,

De la verveliie en fleurs t'a couronné le front,

A ton tour, rerois-moi comme le grand Byron.

De f égaler janMis, je n'm pas l'ospéraoee)

Ce que tu tiens du eiel, buI ne uto l'a promis;

Mais de ton sort au mien plus grande est la distance,

Meilleur en sera Dieu, qui peut nous rendre amis.

Je ne t'adresse pas d'inutiles louanges,

El je ne songe point que tu me répondras;

Pour être proposés, ces Illustres échanges

Veulent être sigtïés d'un nom que Je n*ai pas.

J'ai cru pendant longtemps que j'étate las dtf mondée,

J*ai dit que Je nittifis <îrdytAt avoir dottté,

Et j'ai pris devaBi mol poBf me »ilt ppoftinie,

Non oQBibre, qui passait pleine de tanité.

Poète, Je t'écris pour te dire que }'aii««<

Qu'un rayon de soleil est tonîbé jusqu'à mM>

Et qu'en un jour de deuil et de douleur suprême, .

Les pleurs ([ue je versais m'ont fait penser à toi !

Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse.

Ne sait par cœur le chant des snnants adorés

Qu'un soir, au bord d'un lac, tu nous as soupiré ?

Qui n'a lu mille fois, qui ne relit sans cesse

Ces vers mystérieux où parle ta maîtresse?

Ft q\il n'asanglotté sur ces divine sanglots,

Profonds comme le ciel et purs cbMtné les flots?

Hélas t CCS longs regret^des stnour» moMotigèret;.

Ces ruines du temps qu'on trouve à cha(|iie pas.

Ces sillons infinis de lueurs éphémères,

Qui peut se dire un homme et ne les connaît pas?

Quiconque iuma jamais porte une cicatrice;

Chacun Va dans le sein, toujours prête à s'ouvrir;

Chacun la garde en soi, cher et secret supplice,

Et mieux 11 efet ftrappé, mohis tl en veut guérir.

Te le dirah-Je, à toi, chaiit^ de ht 8oafflrane<7,

Que ton glorieux mal. Je Fai souffert «vt&Af

Qn^uu instant, oomme lof, dievâmt q^ crol immense,

J''ai serré dins mes bras la vie «t l'espérance.

Et qu'ainsi que le tien, mon rêve s'est enfui?

Te dirai-je qu'un soir, dans la brise embrumée.

Endormi comme toi dans la paix du bonheur,

Aux célestes accents d'une voix bien-aimée,r ^

J*al cru sentir le temps s'arrêter dans mon cœur?

Te dirdi-Je qu'un soir, resté* Seul sur Ta terre.

Dévoré comme loi d'un affreux souvenir, 0

Je me sois étonné de ma propre misère.

Et de ce qu'un enfant peut souffirlr sans movrîr t

Ohl ce que j'ai senti dans cet instant terrible,

Oserai* je m'en plaindre et te 10 racontera

Gomment expUiiucraiS'ie une peine indicibleV

Après toi^cvant toi, puis-je encor le sentir?

Oui, de ce jour fatal plein d'horreur et de charme.

Je veux fidèlement le faire le récit;

Ce ne sont point des chants, ce fie sont que des larmes,

£i je ne te dirai que ce que Dieu m'a dit.

Lorsque le labo«re<ir, regagnant sa chaomiéiie, Trouve le soir son champ rasé pur le totineiré, 11 croit d'abord qu'un rêve a faSciné ses yeux, El doutant de son rêve, interroge les eieux. Partout la nuit est sombre et la terré enflammée , Il cherche autour de lui la place accoutumée

Où sa femme l'attend sur le seuil entr'ouvert. 11 voit un peu tfè cendre au milieu d'un désert. Les enfants demî-ntis sortent ^e la bruyère Et viennent lui conter comment leur pauyre mèrlê Est morte son6 le diaume, avet; des cris, affireux ; Et maintenant, ati loin, tôttt est silencieux. Le misérable écoute et èomprend sa ruine, 11 serre, désolé, ses fils sur sa poilrine; II ne lui reste plus, s'il ne tend pas la main, Que la faim pour ce soir, et la xaoT\ pour deipaio* Pas un sanglot ne sort de sa gorge oppressée ^ Muet et chancelant, sans force et sans pensée^ Il s'assied à Tècart, les yeux sur rboriaton. Et regardant s'ionfiUr sa moisson consumée. Dans les noirs tourbillons de l'ép^se fumée, L'ivresse du malheur emporte ^a raison.

Certes, nôvigeûBSiofispaûdu? dispénséf éte-tdat oé délbut, et ne commeneeir notfe dtatioû (^*atu vers suivants, puisque les vers suivants renjrent seuls dans notr0 sfijet. Mais comment élaguer volontairement de pareils yers, quand la bouche qui les dicta est muette, quand la lyre Qui les accompagna est brisée.

Pauvres chers enfeints c^t^i iHe lisez, et qui cherchez un en«eigïïement dans ce que j'écris pour vôuâ, ne dédaignes pas cette langue m^qtie que Ton appelle la poésie. Âsl^ez vous parleront le jargon de la politiqu'O ou l^àrigot de la ^our8e ; lise» des vers ; la poésie, c'est le printemns'^ là j>oésie, e*es! la jy^unesse ; la poéâié, c*e*t t*àiïiûur; c'qst ' phxt qtte tout cehi ^tiand ce n'efst pas tout Cela, ô*6ôt lâ dotileiur, et la douleur est sainte ; c'est la fille alnéè de piéU ; la charité, Pipspé^aûce et la foi né viennent (Ju^après elte.

Voici donc les vers par lesquels, pettt-ét^, nous auriôn^s * iû côiximeno«r :

Tel, lorsqu'abandonné d'une iaâdèle amante^

Pour la première fois j'ai coqh^ la d0nle»r»r

Transperce toat à coup d'une f èche sanslanlci^-

Seul je me suis assis dans la nuit de mm &snm>

Ce n'était pas au bord d'ua laa au lUèt linpld^^

Ni sur l'hei be fleurie au penchant d s o^leaux i

Mes yeux noyés de pleurs ne voyaient que le vite»

Mes sanglots étouHés n'éveillaieût peint d'éelusffi

C'était dans une rue obscure et tortueuse

De cet Immense égoût qu'on.aiipeHe J^rts (

Autour de moi criait cette feule, rai^lense

Qui des infortunés n'entend jamais les sris ;

Sur le pavé noirci, les bla&rdes lanternes

Versaient un jour douteux plus triste que la timty

Et suivant au hasard des feux vagues et terae^^

L'honune passait dans reqibre> «àla«l où va le èfoM.

Partout reteniâssait conune une jeleëtrav^»;.

C'était pn février^ au tenps dii earaivral*

Les masques avinés, se croisant dans la fange.

S'accostaient d'une iii|Ére et é\m reft^ln banal.

Dans un carrosse eiivert, ime troupe entassée

Paraissait par moBMmts 8<ms le eiêt^vieut.

Puis, se perdait au loin dams la vUle Ins^sée,

Hurlant un hymne impv sous la réside en fea^.

Cependant les vieillards, les enfants et les feBnMfey

Se barbouillaient de lie a^ fend des caberefs»

Tandis que de la nuit les prêtresses inttiMe

Promenaient çà et là leurs spectres îAquIet».

On eût dit un portrait de la débauche antiipie.

Un de ces soirs fameux, cher au peuple fomani^

Où des temples secrets la Vénus liapudifiie

Sortait échevelée, une torche à la mam.

Dieu juste! pleurer seul par une aiuftparaiHet

0 mon unique amour, que vaus avais^l^ faitt

Vous m'avez pu tromper, voun qui Jurits la iipik$

Que vous étiez ma vie et qite Dieu le Sttvail ! t

JW

Oli 1 toi, le savais-tu^ froide et cruelle amie. Qu'à travers cette honte et cette obscurité. J'étais là, regardant de ta lampe chérie Comme une étoile au ciel la tremblante clarté ? Non, tu n'en savais rien, Je n'ai pas vu ton ombre ; Ta main n'est pas venue entr 'ouvrir ton rideau. Tu n'as pas regardé si le ciel était sombre, Tu ne m'as pas cherché dans cet aCTreux tombeau t

Lamartine, c'est là, dans cette nuit obscure.

Assis sur une borne au coin d'un carrefour,

Les deux mains sur mon cœur en serrant ma blessure,

Et sentant y saigner un invincible amour ;

C'est là, dans cette nuit d'horreur et de détresse.

Au milieu des transports d'un peuple furieux

Qui semblait en passant crier à ma Jeunesse :

Toi qui pleures ce soir, n'as-tu pas ri comme eux r

C'est là, devant ce mur où j'ai frappé ma tète.

Où J'ai posé deux fois le fer sur mon sein nu.

C'est là, le croiras-iu, chaste éi noble poète ?

Que de tes chants divins Je me suis souvenu.

J'ai mis exprès eu face l'un de Tautre les deux miroirs destinés à refléter la même douleur ; la prose, les vers. Eh bien, ne vous semble-t-il pas que cette douleui' en vers est plus grande, plus plaintive, plus désespérée. .

En^tout cas, c'est une permission de Dieu, que ces harpes Eoliennes que Ton appelle les poètes souffrent de pareilles douleurs et jettent de pareils cris. Plus précieuse que cette manne matérielle qui nourrissait les Hébreux au désert, c'est la manne intellectuelle, qui nourrit les esprits dans ce désert du monde, bien autrement stérile parfois que les jSgbl.es de, T Arabie.

Ecoutez le poète \ je vous le redis, il ne chantera plus.

A toi qui sois aim«r, réponds, amant d'Elvire, Comprends-tu qne l'on parte et qu'on se dise adieu? Comprends-tu que ce mot, la main puisse l'écrire, Et le cœur le signer, et les lèvres le dire? Les lèvres qu'un baiser vient d'unir devant Dieu ! Comprends-tu qu'un lien qui, dans l'âme immortelle. Chaque Jour plus profond se forme à notre insu. Qui déracine en nous la volonté rebelle, Et nous attache au cœur son merveilleux tissu ; Un lien tout puissant, dont les nœuds et la trame Sont plus durs que la roche et que les diamants, Qui ne craint ni le temps, ni le fer, ni la flamme, Wi la mort eUe-mème, et qui fait des amants Jusque dans les tombeaux s'aimer les ossements. Comprends-tu que dix ans ce lien nous enlace. Qu'il ne fiasse, dix ans, qu'un seul être de deux, Fuis tout à coup se brise, et, perdu dans l'espace, Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux !

0 poète I U est dur que la nature humaine

Qui marche à pas comptés vers une an certaine.

Doive encor s'y traîner en portant une croix.

Et qu'il faiUe ici-bas mourir plus d'une fois. '

Car de quel autre nom peut s'appeler sur terre

Cette nécessite de changer de misère,

Qui nous fait jour et nuit tout prendre et tout quitter,

Si bien que notre temps se passe à convoiter !

Ke sont-ce pas des moris, et des morts effroyables,

Que tant de changements d'êtres si variables.

Qui se disent toujours fatigués d'espérer, ^

Et qui sont toujours prêts à se transfigurer?

Quel tombeau que le cœur, et quelle solitude!

Comment la passion devicnt-eUe habitude?

Et comment se fait^il que, sans y trébucher,

Sur ses propres débris l'homme y puisse marcher?

11 y marche pourtant, c'est Dieu qui l'y convie ;

Il va, semant partout et prodiguant sa vie : Désir, crainte, colère, inquiétude, ennui. Tout passe et disparaît, tout est fantôme en lui. Son misérable cœur est fait de telle sorte. Qu'il faut incessamment qu'une ruine en sorte, Que la mort soit son terme ; il ne l'ignore pas, Et marchant vers la mort, U meurt à chaque pas. U meurt dans ses amis, dans son Ûls» dans son père, U meurt dans ce qu'il pleure et dans ce qu'il espère. Et sans parler des corps qu'il faut euEevelir, Qu'est-ce donc qu'oublier, si ce n'est pas mourir?

Peut-être trouverez-vous que c'est bien grave ponr an pied posé sur un autre pied, pour deux jambes entrelacées vues sous une table en ramassant une fourchette tombée. Mais la question n'est pas là, la douleur est une questionde nerfs. Il ne faut pas demander que tous les hommes l'éprouvent de la même façon : « Coupez la jambe à un Russe, il regardera le chu'urgien en fumant sa pipe ; ouvrez un panari à un Italien, il poussera des cris d'écorché.

Notre poète a prodigieusement souflfert, puisqu'eu prosç ou en vers il a écrit ce que vous venez de Ure.

Maintenant, voyons où Ta conduit cette douleur.

Prenez garde, ce que vous alle« Ure ce n'est plus de la poésie, c'est de l'histoire;— et il faut qu'en effet vous considériez ce que vous allez lire comme de l'histoire, pour que cette étude que nous faisons vous donne une idée juste du poète, homme et talent.

C'est lui qui va parler.

« Tout à coup au milieu du plus noir chagrin, le désespoir, la jeunesse et le hasard me firent commettre une action qui décida de mon sort.

» J'avais écrit à ma maltresse que je ne voulais plus la revoir ; je tenais en effet ma parole, mais je passais la nuit sous ses croisées assis sur un banc à sa porte, — Je voyais ses fenêtres éclairées, j'entendais le bruit de son piano, parfois je l'apercevais comme une ombre derrière les rideaux entr'ouverts.

•Une certaine nuit quej'étais sur ce banc, plongé dans une affreuse tristesse, je vis passer un ouvrier attardé qui chancelait,— il balbutiait des mots sans suite mêlés d'exclamations de joie, puis il s'interrompait pour chanter. Il était pris de vin et ses jambes affaiblies le conduisaient tantôt dun côté du ruisseau tantôt de l'autre, il vint tomber sur le banc d'une autre maison en face de moi, là il se berça quelque temps sur les coudes puis s'endormit profondément.

» Que* sommeil! me disais-je*, assurément cet homme ne fait aucun rêve, sa femme à l'heure qu il est ouvre peutêtre à son/' oisin la porte du grenier où il couche. Ses habits sont en haillons, ses joues sont creuses, ses mains ridées, c'est quelque malheureux qui n'a pas de pain tous les jours. — Mille soucis dévorants, mille angoisses mortelles l'attendent à son réveil, cependant U avait ce soir un écu dans sa poche, — il entré dans un cabaret où on lui a veudu Voubli de ses maux, — Il a gagné dans* sa semaine de quoi avoir une nuit de sommeil, il V% prise peut-être sur le souper de ses enfants; maintenant sa maîtresse peut le trahir, son ami peut se glisser comme un voleur dans son taudis, moi-même je peux lui frapper sur l'épaule et lui crier qu'on l'assassine, que sa maison est en f^u, — il se retournera sur l'autre flanc et se rendormira.

» Et moi, moi, continuai-je en traversant à grands pas la rue,jenedorspas;moiqui ai dans ma poche ce soir de quoi le faire dormir un an, — je suis si fier et si insensé que je n'ose entrer dans un cabaret,— e//e ne m'aperçois pas que

- iJl MONT&-CRISIO.

MMJki

si tous les malheureux y entrent^ c'est parce qu'il en sort des heureux! 0 Dieu^ une grappe de raisin écrasée sous la plante des pieds suffit pour disperser les ^ soucis les plus noirSy et pour briser tous les fils invisibles que les génies du mal tendent sur notre chemin. Nous pleurons comme des femmes, nous soufibns comme des martyrs,— il nous semble dans notre désespoir qu'un mpnde s*est écroulé sur notre tête et nous nous asseyon s dans nos larmes, comme Adam aux portes d'Eden, — et pour guérir une blessure plus large que le monde^ il^uffil de faire un petit mouvement de la main et d'humecter notre poitrine, ^ Quelles misères sont donc nos chagrins pour qu'on les console ainsi ? Nous nous étonnons que la Providence, qui les voit, n'envoie pas ses anges pour nous exaucer dans nos prières ; elle n'a pas besoin de se tant mettre en peine, elle, avec toutes nos souffrances, tous nos désirs, tout notre orgueil d'espiils déchub et Tocéan de mauxqui nous environne, — et elle s'est contentée de suspendre un petit fruit noir au bord de nos routes. Puisque cet homme dort si bien sur son banc, pourquoi ne dormirais-je pas de même sur le mien? Mon rival passe peut-être la nuit chez ma maîtresse, il en sortira au point du jour ; elle raccompagnera demi-nue jusqu'à la porte, et ils me verront endormi, leurs baisers ne m'éveilleront pas et ils me frapperont sur l'épaule; je me retournerai sur l'autre flanc et je me rendormirai.

» Ainsi plein d'une joie farouche je me mis en quête d'un cabaret ; comme il était minuit passé, presque tous se trouvaient fermés, — cela me mettait en fureur. Eh quoi, pensais-je, cette consolation même me sera refusée. Je courais de tous côtés, frappant bmx boutiques : — Du vin, du vin !

« Enfin, je trouvai un cabaret ouvert, je demandai une bouteille, et sans regarder si elle était bonne ou mauvaise, je l'avalai coup sur coup, une seconde suivit puis une troisième. Je me traitais comme un malade, je buvais par force conune s'il se fût agi d'un remède ordonné par un médecin squs peine de la vie.

> « Bientôt les vapeurs de la liqueur épaisse qui sans doute était frelatée m'environnèrent d'un nuage ; comme j'avais bu précipitamment, l'ivresse me prit tout i coup ; — je sentis mes idées se troubler, puis se calmer, puis se troubler, encore. Enfin la réflexion m'abandonnant, je levai les yeux au ciel comme pour me dire adieu à moimême et m'étendis les coudes sur la table.

• Alors seulement je m'aperçus que je n'étais pas seul dans la salle ; à l'autre extrémité du cabaret était un groupe d'hommes hideux avec des figures hâves et des voix rauques.

» Us disputaient sourdement sur des cartes dégoûtantes; au milieu d'eux était une fille très-jeune et tiès-jolie, proprement mise, qui ne pai'aiâsait leur ressembler en rien, si ce n'est par la voix, qu'elle avait aussi enrouée et aussi cassée avec un visage de rose que si elle eût été crieuse publique pendant soixante ans, — elle me regardait attentivement, étonnée sacs doute de me voir dans un cabaret, rar j'étais élégamment vêtu et presque recherché dans ma toilette; peu à peu elle s'approcha en passant devant ma table ; elle^ souleva les bouteilles qui s'y trouvaient, — et les voyant toutes trois vides, elle s'assit ; je vis qu'elle avait des dents superbes et d'une blancheur éclatante ; je lui^ pris la main et la priai de s'asseoir près de moi. — Elle 1^ fit de bonne grâce, et demanda pour son compte qu'on lui apportât à souper.

» Je la regardai sans dire un mol. j'avais les yeux pleins

de larmes, elle s'en s^jsrçut, -- et me demanda pourquoi? Mais je ne pouvais lui répondre,, et je secouai la tête comme pour faire couler mes pleurs plus abondamment, car je les sentais ruisseler sur mes joues.Elie comprit que j'avais quelque ehagrin secret, et ne chercha pas même à en deviner la cause. Elle tira son mouchoir, et tout en soupant fort gaiement, elle m'essuyai\ de temps en temps le visage...

Vous avez suivi le poète dans les péripéties de sa douleur, vous venez de voir comment il n'a trouvé d'autre remède à cette douleur que l'ivresse brutale du vin bleu dans un cabaret au coin delà rue. Comme le talent est immense, comme la poésie ruisselle partout sous sa main, il vous a montré dans ce bouge, au milieu d'un groupe d'hommes hideux, une charmante fille, très-jeune^ très-jolie^ avec de belles dents ; et comme cette fille est bonne, quand elle a vu qu'il pleurait, elle est venue s'asseoir près de lui, et, moitié triste, moitié souriante, la compatissante Madeleine qu'elle est, elle lui essuie les yeux avec sou mouchoir. Si plie pouvait faire plus pour lui, elle le ferait.-^ Vous croyez «pie l'Enfant du Siècle sera touché de cette charitè^désinitéressée, qu'il va lui prendre ces mains qui essuient les larmes d'un inconnu, qu'il va lui dire un mot qui témoigne de sa reconnaissance ...

Non. — Je vous l'ai dit : l'âme est malade, le cœur mauvais. Au lieu de ce que vous attendez, voilà ce qui arrive.

« Oui es-tu? m'écriai-je tout d'un coup ; que me veuxtu? d'où me connais-tu? qui t'a dit d'essuyer mes larmes? Est-ce ton métier que tu fais, et crois-tu que je veuille de toi? le ne te toucherais pas seulement du bout du doigt I Que fais-tu là? réponds ! Est-ce de l'argent qu'il te faut? Combien vends tu cette pitié que tu as ?... »

Lequel des deux croyez-vous qui soit selon le cœur de Dieu , de cette fille qui essaie de consoler cet homme qu'elle ne connaît pas, ou de cet homme qui insulte, brutalise, humilie celle qui essaie de le consoler?

Mais peut-être est-ce parce qu'il est ivre ?

Voyons.

Un malheur bien autrement grand que le premier arrive à l'Enfant du Siècle: son père meurt. Le cœur deux fois en deuil, il s'ensevelit dans la campagne qu'habitait son père et où i\ a rendu le dernier soupir.

tJne fille est venue essuyer les larmes d'amour mondain qui coulaient de ses yeux après la perte de sa maîtresse, un aDge vient essuyer les larmes d'amour filial qui coulent de ses yeux après la perte de son père.

Quel sera son remercîment ?

Séduire l'ange. Il faudra un long temps, il faudra surtout tm long travail : l'ange est pur.

Mais que peut la volonté contre toutes les séductions de l'art €i de la nature réunies ?

Laissons parler le poète.

Elle s'en alla èwv le balcon, je l'y suivis en silence

LE MÔNTË-GRISTO.

TÎI faisait la plus telle nuit du mon Je : Ta Tune se couclïàW et les étoiles brillai^t d'uôe C^arUé pJus viv5 sur mû cîèl d'un azur fon<5é. Pas uû BOttffl« à« vent n'agitait le* arbtes, T'air était tiède et embaumé.

» Bile était appuyée sur son coude, les yeux m ciel. Je m'étais pettché à côté d'elle et je la regardais rêver. Bientôt je levai'les yeux moi-mêm^ ; une volupté mélancolique uous enivrait tous deux. Nous respirions ensemble les tièdes bouffées qui sortaient des charmilles. Nous suivioos au loin, dans respace, les dernières lueurs d'une blancheur pâle que la lune entraînait avec elle en descendant derrière les masses noires des marronniers. Je me souvins d'un certain jour que j'avais regardé avec désespoir le vide immense de ce beau ciel ; cô souvenir ïm fit IressailUr, tout éUit si plein maintenant. Je sentis qu un liympe de grâces s'élevait dans moH cœur et que notre amour montait à Dieu. J'entourai de mon bras la taille de ma cb.èi'e maîtresse. Elle tourna doucement la tête, ses yeux étaient noyés de larmes^ son corps plia comme un roseau, ses lèvres e»tr'<>uverteB tombèrent sur les miennes, et Tunivets fut oublié. *

L'universr c'est-à-dire ce mauvais passé, cette femme sans cm^i c«tte maîtresse sans foi. Celle-là est aussi chaste que l'autre était impure.*— Ecoutea Vhyrone de bonheur qui s'échappe du cœur du poète:

« Ange étemel des nuits heureuses, qui racontera ton silence ? 0 baiser mystérieux^ breuvage que les lèvres se versent comme des coupes akàrées 1 Ivresse des sens ! 0 volupté I oui, comme Dieu tu es immortelle ! Sublime élan de la crèàtntè, cotnmuniôn universelle des êtres, volwpté trois foi* sainte, qu'ont dit de toi ceux qui t'ont vtotée? Ils Vont appelé*^ passagèi^e, ô créatrice I Ils ont dit que ta courte apparition ilîteminait lenr vie ftigiiivte, parole plus courte elle-même que le sonflle d'un moribbrid, vraie pA^ rôle de brute sensuelk) qui s'étonne de vïvre une heure, et qui prend les clartés de la lampe éternelle pour une étincelle qui sort d'un caillou.— Amour 1 ô principe du monde, flamme pr^ieuse que la nature entière, comme une vestale inquiète, surveille incessamment dans le temple de Dieu l Foyer de tout, par qui tout existe! les esprits de destruction mourront eux-mêmes en soufflant sur toi. Je ne m'étonne pas que Ton blasphème ton nom, car ils ne savent qui tu es, ceux qui croient t'avoir vu en face parce quiU ont ouvert les yeuat;— et quand lu trouves tes Vrais apôtres unis sur la terre dans un baiser, lu ordonnes à leurs paupières de se fermer comme des voiles, afin qu'on ne voie pas le bonheur.

. Mais vous, délices, sourires languissants, premières cçkressep, tutoiements timides, premiers bégaiements de l'amante ; tous qu'on peut voir, vous qui êtes à nous ! étesvous donc moins à Dieu que le reste, beaux chérubins qui planez dans l'alcôve ' et qui ramenez à ce monde l'homme éveillé du songe divin 1 Ah I chers enfants de la volupté, comme votre mère vous aimel C'est vous, causeries curieuses qui sQulevex les premiers mystères, touchers trenablants et chastes encore, regards déjà insatiables qui commencez à tracer dans le cœur, commç une ébauche craintive, l'ineffaçable image de la beauté chérie. 0 royaume, ô conquêtes, c'est vous qui faites les amants, et toi, vrai diadème, toi, sérénité du bonheur, premier regard re-

porté sur la vie, premier retour des heureux à tant d'objets indiâ^rent», qu'As ne voient plus qu'à travfsrs leur joîe ; premiers pas faits dans la nature à côté d« te blenaîmée ! qui vous peindra? quelle parole exprîmsra jamais la plus faible caresse?

<i Celui qui par une fraîche matinée, dans la force et la jeunesse, est sorti un jour à pas lents, tandis qu'une main adorée a fermé sur lui la porte sed^te,' q>ui a marché sans saveir où, regardant les teoie et les plaines^, qm a traTersè une place sans entendre qu'oji hri parlait, qui i'est assis dans un lieu solitaire, riant et pleuriant sans MèoUï, qui a posé ses mains sur* son visage pour y resp^er un ï^te de parfum, qui a oublié tout-A-co»p ce qu'il a fait sur la terre jusqu*alom, qui a parlé aux arbres de la roule et aux oiiseaut qu'il vuy^4 pas^^r, qui, enfin, au milieu dés hommes, s'est monfré un joyeux insensé, puis qui est tombe à ge^ nouîK et qui a remercié Dieu ! celui4à moi!in*a sans se jplaindre : il a- p^dssédé la femme qu'il aimmt. »

Ainsi, Dieu soit loué, voilà notre pqète lieufçux : une femme est descendue dans sa vie, un ange plane sur son cœur ; que va-t:il donner, lui, à cette créature céleste, qui. lui apporte non-seulement tous les biens qu'il croyait avoir à jamais perdus, mais tous ceux qu'il igporait, ne les ayaut jamais possédés? — A elle son amour, c'est le moins, sou re3pect, son dévouement, son cœur, son âme, son culte, ^a religion, son idolâtrie I...

Voilà ce que vous lui eussiezdpnné,vou^, à cette femme, et moi aussi.

'. Lisez les trois lignes suivantes, elles viennent immédiatement après l'hymne de bonheur qui a jailli de l'âme du ^oète.

Elles font frissonner par ce qu'elles promettent.

« J'ai à raconter maintenant ce qui adtintde mon amour tetdu changement qui se fit en moi. Oneîle raison puis je en donner ? Aucune, sinon que je rar.ente et que je pilis dire :

« Il y avait deux jottf s toi plus ni moins que j'étais l'amani ' Ide M»»* Burio», Je sortais du bain à onze heure du soir, et par une nA4% magnifique je traversais la promenade pour me rendre chez elle. Je me sentais un tel bien-être âè joie dans le corps et un tel contentement dans Pâme ^e je 'santets déjà en n^rchant et que je tendais tes bras au eîel. Je la trouvai au haut de son escalier, accoudée sur la rampe, une bougie par terre à côté d'elle. Elle m'attendait, et dés ■qu'elle m'aperçut coumt à ma rencontre, nous fumes bientôt dans sa chambre et les verroux tirés sui* nous.

« Elle me montrait comme elle avait changé sa coiffure et comme elle avait passé la journée à faire prendre à ses cheveux le tour que je voulais, comme elle avait ôté de Talcove un grand vilain cadre qui me semblait sinistre, comme .elle avait renonréîé ses fleurs : il y en avait de tous côtés. Elle me contait tout ce qu'elle avait fait depuis que nous nous connaissions, ce qu'elle m'avait vu so.uffrir, ce qu'elle avait souffert elle-même, comme elle avait voulu mille fois "quitter le pays et fuir son amour, comme elle avait iniaginé |tant de précautions contre moi, qu'elle avait pris conseil Ide sa tante de Mercanson et du curé, qu'elle s'était juré â [elle-même de mourirplutôt que de céder, et comme toutcela Ib'étaît envolé sur certain mot que je lui avais dît, sur tel Tégai*d, sur telle circonstance, et à chaque confidence un îbaiser. Ce que je trouvais de mon goût dans sa chambre, jcé qui avait attiré mon attention pàrnlî les bagatelles dont ises tables étaient couvertes, elle voulait mé le donner, que

U HOMTS.CSUSTO.

je leix^Qrtaase le soir même et que je le. misse sy* ma cheminée. Ce qu^ello ferait doréxiavaet^ le matin^ le soir, à louie heure, que je le réglà&se à ixmm) {plaisir et qu'eUe ne s6*0eudi»H plt» àe rieny et q\iei^ pto{^o& in monde ne la totiehaîeiit pa*, q«e sî làië Hvâîl fait semblant d'y croiffe, c'était pibiir m'ètoigner, itïais qu'elle voulait être hcuTeuse et se bouoher les dçux oreillea^ qu'elle yenait d'^avoir trente ans, qu'elle n'avait, paa> longtemps à ôti^e aimée de moi, --*: . £t vou&y m-'aimerez-voua longtemps? Estrce un peu wvdi cet! beltea paroles dont tous m'ivpdx si bien étourdie? -^ Et là'dessii^, les cherer l*epï*otHei^ que j^ venais thrd et que j'étais coquet, que je m^étaië trop parfumé au bain ou pas assex, pu pas à sa guise, qu'elle étai]; restée en panfouffles pour que je visse son pied nu, qu'il était aussi hlano que ; sa tnaîD, mais qi^ du re^td eUe n'éfail guère belle, qu'elle ve«iârail Vétre cent foie pltis^ qU'eUè l'avait àtè i qnini» ars. Bt eUe allait et eKê VéhaSt tétile folle d^Mmur, toute vermeille de joie, et elle ne savait qu'imaginer, quoi faite, quoi dire pour se donner et se donner encore, — elle^ oorps et âme, et tout ce qv^'eUe avait. »

Avouent que* v6il4 une ehari&aïile page «t stotout uhb charinàHte femme, et que d'une femme pareille, il faut baiâer les pieds nuâ ausëi blancs que ses maiiis.

Ecoptea, — le poète continue ;

• J'étais couché sur le sofa ; je; séhtaiis tot^beV et se détacher de moi une mauvaise' heur6 de ma vie passée à chaque mot qu'^U^ diaaitv te regardais l'astre «de Vaiaouir 6e lever sur n^on champ, et il me sertiblait qu» j'étaciB eottime un arbre plein de sève qui secoue au vent ées feirillès sé(^hes pour se revêtir d'une verdure nouvelle.

Elle se mit au piano et mo dit qu'elle allait me jouer un air de Stradella. Taime par dessus tout la musique sacrée» et ce morceau ^u'elte m'avait dégà ebanté m'avait paru tPéB^beau. — fih bien, .âit*elle quwd ellié eut fini, voua vous y êtes bien trompé, l'air est de moi, et je vou$ en ai fait accroire.

-- Il est de vous?

— Oui \ je voui» al coûté qu'M était de Stradella pour voir ce que vous en diriez, St ne joue jamais ma musique, quand il m 'arrive d'en composer ; mais j'ai voulu faire un essai, et vous voyez cps'lt m'a'réùssi, ptiîéquc vous en étiez la dupe. •

Vous vous fussiez jette au cou êe cette femme, vous lui eussiez rendu grâce à genoux de '^ous découvrir en elle tantôt une fleur, tantôt un parfum » tantôt une mélodie ; voue vous fussiez comparé à elle, quelque bon que vous fussiez, et pour l'exalter vous faisant petit.

Ecoutez rSnfant du Siéole, voici comment i) prend îa chose, lui.

c Monstrueuse machine que l'hommel Qu'y avaît-îl de plus innocent? Tu enfant un peu avisé eut imaginé cette ruse pour surprendre son professeur. Elle en riait de bon cœur en me le disant : mais je sentis tout à coup cmmne un

«nuage qui fondait sur moi , r- 3e cbangeai 4» ^iiage. «-

«Ou'avea-vous, dit-elle, que vous prepd4il ? «

• **• Rieû, jou,e-moi cet wr encore une fois^.

' 9 Tandis qu*elle jouait, je me {nromasùjUB de long, en large,

Se passais la main sur mon front comme paur en. écarter i^n )rouillard. Je frappais du pied, je haussais leaépaulep de mapïopre démenx^e , enfin ja n^'aasis à terre sur un cousmn qui étail tombé *, elle vint à moi, ^ plua je voulais hitjter avec l'esprit des ténèbres qui me saisissait, ep ee moment, plus l'épaisse nue redoublait dans ma. tête; , >

— Vraiment .lui disr-je, vous mentez si bien» quoi, eet air de vous ? Vous savez donc mentir si aisément^

» Elle me re^rda d'un air éionnét Qu'est-ce ^dp^o? âit^ elle. Une inquiétude ine>jprimahle ^peignai* sut ses titwtei assurément elle ne pouvailme croire assea fpu pMr stte faire une plaisanterie véritable d'un reproche aussi simple ; elle ne voyait là de sérieux que la tristesse qui s'emparait de moi. Mais plus la cause était frivole, plus il y avait de quoi surpreoidre. EUe voulut croire un instant que je plaisantais à mon tour; mais .quantd elle me vit t^nqoura plus pâle et comme prêt à défiaiUir, .elle resta ke lèvree outertes, le corps penché comme une atatuie.

-* Dieu du ciel, s'écria«t*el)evêst*ce possible?»

Attendez, c'est peut-âtk^e TeSet d'une mauvaise ^epeeition. Le ciel le plus pur a ses tempêtes inattendues. Vêyydiis ce qui va suivre.

« Le lendemain, Brigitte mr dit TOrame par hasai*d : — p'ai un gros liyre où j'écris mes pm#èe9^ tout» ce qui me ^asse par la tête, je ven'x vous donner à hre ce que j'y ai fecrit de vous les premiers jours où je vous ai vu.

Nous lûmes ensemble ce qui me regardait et nous y Hjoutâmes cent folies. Après quoi, je aie mis à feuilleter le livre d'une manière indifférente. Une phrase tracée en gros caractères me satnta auîé yeux. Au 'milieu des pages que je' Retournais rapidement, je Iw distii^cténïent quelques mots qui étaient assez insignifiants, et j'allais continuer quand Brigitte me dit :

-î— Ne lisez pas cela.

. » Je jetai le livre sur un meuble. 1 — C'est vrai, lui dis-je, je ne sais ce que je fiais.

— Le prenez^-vouB au sérieittx? répondit-eile en fîaiit, voyant sans doute mon mal reparaître ; reprenez le livre/ je*^ veux que tous lisiez.

— N'en parlons plus, que puis-je donc y trouver de si curieux ? Vos secrets sont à vous, ma chère. »

Vous avez vu le jour, vous av^z vu le lendamam, voici quinze jours après.

• « De rhomnae qui doute à celui qui renie,, il n'y a guère de distance; tout philosophe est cousin d'un athée.

» Je venais à me figurer que Brigitte me trompait, eUe que je ne quittais pas une heure par jour ; «je faisais quelquefois des absences assez longues, et je eonvenaia avee mdf«L même que c'était pour l'éprouver, mais a«fond ce n'était que pour me donner; comme à mon iùsu, sujet de douter et de railler.

• J'avais d'abord gardé pour moi-même les remarques que je faisais ; je trouvai bientôt plaisir à les faire tout haut devant Brigitte ; sortions-nous pour une promenade, cette robe est jolie, lui-disais, telle fille de mes amies en a, je crois, une pareille.

» Étions nous à table :

— Allons, ma chère, mon ancienne maîtresse chantait sa chanson au dessert, il convient que vous Timitiez.

» Se mettait-elle au piano :

— Ah ! de grâce, jouez donc la valse qui était de mode l'hiver passé, cela me rappelle le bon temps.

» Lecteurs, cela dura six mois ; pendant six mois entiers Brigitte, calomniée, exposée aux insuUes du monde, eut à essuyer de ma part toutes les injures et tous les dédains qu'un Ubertin colère et cruel peut prodiguer à une fille qu'il paie. »

Posons ici le livre ou plutôt laissons-le tomber. La force nous manque pour assister à cette torture morale imposée froidement par le fort au faible, par celui qui doute à celle qui croit, par celui qui n*aime pas à celle qui aime !

Au reste, deux choses ressortent de ce travail , long mais nécessaire, une maladie deTâme et une maladie de corps.

La maladie de l'âme est la cause première, la gangrène vient d'elle.

La maladie de Tâme est le doute, la maladie du corps est

rivresse.

Le doute éteindra Tâme, l'ivresse tuera le corps.

Alex. Dumas.

[La suite au prochain numéro).

LES MOHICANS DE PARIS

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