CHAPITRE VII
OU IL EST DÉMONTRÉ OU'lL EST IUN'OF.REr.X , NON PAS DE RECEVOIR, MAIS DE DON VER DES REÇUS.
A peine M 11 ' I'ifine avait-elle disparu, à peine Salvator avait-il mis dans son portefeuille les dix billets de mille francs, et dans sa poche, les neuf liasses intartes et la liasse écornée, que la porte de Giba3sier s'ouvrit, et que ce digne industriel parut sur le seuil, vètn d'un simple pantalon de molleton blanc, Il tète coiffée d'un foulard et les pieds chaussés de panloulles brodées.
Les coups que la grande fLUe avait frappés à la porte, les tendres appellations dont elle les avait accompagnes, le cri d'alarme qu'elle avait poussé en reconnaissant Salvator, l'espèce de lutle qui avait ét<- la suite de cette rencontre, avaient trouble, commti nous Tarons rlit, le sommeil de l'honnête Gibassier, si bien que, roulant se rendre compte de ce qui se passait sur son palier, il avait Uni par s'arracher aux douceurs du sommeil, avait saute en bas de 6on lit, avait passù son pantalon à pied, chausse ses pantoufles, et était venu a pas de loup ouvrir la porte.
N'y entendant plusauceii bruit, il s'attendait à trouver le palier vide.
Il fut donc assez étonné de voir Salvator, nous devons même dire, à l'éloge de la prudence de Gibassier, qu'en apercevant un inconnu devant sa porte, son premier mouvement fut de la reformer.
Mais Sa I va tur qui connaissait lo forçat, aussi bien défi» guro que de réputation, qui savait la part qu'il avait prise a l'enlèvement de Mina, qui le surveillait soit directement soit indirectement depuis cette époque, n'avait pas piis tant de peine à le retrouver pour le laisser apparaître et disparaître ainsi.
Il s'opposa donc, en étendant la main, à son intention de refermer la porte, et l'abordant avec toute la courtoisie dont il était capable :
— C'est bien à monsieur Gibassier que j'ai l'honneur de parler? demanda-t-il.
— Oui, monsieur, répondit Gibassier en lo regardant d'un air aussi soupçonneux que lui permettaient de le faire ses veux encore tous bouffis, à qui ai-je l'honneur de parler?
— Vous ne me connaissez pas? demanda Salvator en poussant doucement la porte.
— Ma fui non, dit lu forçat, quoique bien certainement j'aie vu votre figure quelque part, mais du diable si je
sais où.
— Mon habit vous indique ce que je suis, dit Salvator.
— Commissionnaire, je le vois bien, mais comment vous nomme-t-ou?
— Salvator.
— Ah! ah! ne vous tenez-vous point dliabitude au coin de la rue aux fers? demanda Gibassier avec une sorte d'effroi.
— Précisément.
— El que me voulez-vous?
— C'est ce nue j'aurai l'honneur de vous dire, si vous me permettez d'entrer.
— Hum! fit Gibassier avec hésitation.
— Vous délieriez- vous de mot? demanda Salvator en se glissant entre la porte et la muraille.
— Moi ! dit Gibassier ; à quel propos mo dèfierais-ie de vous? Je ne vous ai jamais rtuu fait, pourquoi me voudrieivous du mal ?
— Aussi ne vous veux -je que flu bien, dit Salvator, et je viens pour vous en faire.
Gibassier poussa nn soupir; il croyait aussi peu au bien que les autres lui voulaient faire, qu'à celui qu'il voulait taire aux autres.
— Vous doutez ? dit Salvator.
— J'avoue que je n'ai qu'une médiocre confiance, repondit le forçat.
— Vous allez en juger.
— Alors donnez-vous la peine de vous asseoir.
— C'est inutile, dit Salvator, je suis tres-presse, et, a deux mots, si l'affaire que je viens voua proposer voc< convient, celle affaire sera conclue. •
— Comme vous voudrez, maismoi je m'assieds dit Gibassier, qui se ressentait encore, par une certaine) courbature répandue en tout son corps, des mésaventures de la nuit Là, ajoula-t-il en s'accommodant sur une r liai se ; nnu>tenant, si vous voulez bien me faire connaître ce qui nie procure l'honneur de vous voir ; j'attends.
— Pouvez-vouj disposer d'une semaine ? demanda Sivator.
— Cela dépend de l'pmplot qu'on m«» demandera k faire de cette semaine ; car, remarquer Inen nu'une n> maine, c'esl la dix-sept cent seizième partie de la vie d'un
LEQN'TE-CmSTO.
homme, en admettant la dornière statistique qui règle la moyenne de la vie d'un homme à trente-trois ans.
— Mon cher monsieur Gibassier, dit Salvator souriant do son plus doux sourire, en adoptant cette moyenne pour le reste de l'humanité, je vois avec bonheur que vous ailes exception à la règle, ot quoique vous ne paraissiez pas beaucoup plus de trente-trois ans, vous ave/, néanmoins incontestablement dépassé cet âge.
— Dois- je m'enlouor? repoudit philosophiquement et mélancoliquement à la foîa le digne Gibassier.
— La question n'est pas là, dit Salvator.
— Où est-elle alors ?
— Elle est dans ce qu'ayant dépasse l'âge fatal, vous irez selon toute probabilité jusqu'au double delà moyenne, c'est-à-dire jusqu'à soixaate-six ans ; ce qui fait qu'une semaine n'est pour vous que la trois mille quatre centième partie de la vie, et remarquez que je ne vous dis point cela pour marchander le prix de votre semaine, mais pour rectifier votre jugement sur noire propre longévité.
— Oui, dit Gibassier qui paraissait convaincu eu cet endroit, mais l'emploi de cette semaine me sera-t-il agréable?
— Agréable et profitable; vous aurez réuni, ce qui est si rare ici-bas, le précepte d'Horace, dont il n'est point probable qu'un savan t comme vous n'ait cultivé les œuvres, utile dulci.
— De quoi s'agit-il ? demanda Gibassier, qui, artiste en son genre, se laissait entraîner au pittoresque de la conversation.
— 11 s'agit de voyages.
— Ah ! bravo !
— Vous aimez les voyages?
— Je les adore.
— Voyez, cola tombe à merveille.
— El quel pays dois-je parcourir?
— L'Allemagne.
— Germania mater. De mieux en raienx ! s'écria Gibassier ; je puis d'autant mieux vous servit eu Allemagne, que je connais parfaitement l'Allemagne et que mes voyages y ont toujours été heureux.
— On sait cela, et voilà pourquoi la proposition vous est faite ; la réussite de l'affaire est mise litteralement'sous la sauvegarde de votre bonheur.
— Plaît-il? demanda Gibassier, qui, encore un peu étourdi de sa lutte avec le charpentier, avait entendu honneur.
— Bonheur, accentua Salvator.
— Très bien, dit Gibassier. Eh bien, voyons, tout cela Dévient possible ; je serais enchanté d'avoir une occasion do quitter en ce moment la Frauce pour quelques jouis.
— Voyez comme cela tombe !
— Ma santé s'altère à Paris.
— En effet , dit Salvator, vous avez les yeux bouffis, le cou violacé, le sang vous porte à la tète.
— C'est au point, mon cher monsieur Salvator, que, celte nuit, tel que vous me voyez, repondit Gibassier, j'ai failli mourir d'une apoplexie foudroyante.
— Heureusement , demanda naïvement Salvator. vous avez été saigné à temps?
— Oui, repondit Gibassier, saigné , et copieusement, même.
— Heureuse disposition pour se metlre eu voyage , on est léger.
— Oh ! très léger !
— Je puis donc aborder la question ?
— Abordez, mon cher monsieur, abordez. De quoi 3 'agil-il?
— De quelque chose de très-simple, il s'agit de remettre une lettre. Voilà tout.
— Hum! hum! grommela entre ses dents Gibassier, dans l'esprit duquel mille soupçons entrèrent de nouveau. Envoyer un homme en Allemagne uniquement pour porter une lettre, quand le service de U posto est si admirablement organise ! Diable ! diable !
— Vous dites ? dit Salvator, eu l'examinant avec attention.
— Je dis, fit Gibassier en hochant la tête, que c'est une diablesse de lettre que vous avez à euvoyer la, car, si c'é-
tait une lettre commo toutes les lettres, vous ne l'expédieriez point, je suppose, à si grands frais.
— Vqus avez raison, dit Salvator, c'est une lettre de la plus haute importance.
• — Politique, j'imamne.
— Entièrement politique.
— Mission tout à fait délicate.
— D'une délicatesse toute particulière.
— Dangereuse, par conséquent ?
— Dangereuse, si toutes les précautions n'étaient
pris.
pas
— Comment entendez -vous la précaution?
— En en que cette lettre sera tout simplement un papier blanc tout ouvert. •
— Mais l'adresse?
— On vous la dira de vive voix.
— Alors, la lettre est écrite avec une encre sympathique.
— De l'invention de la personne qui l'écrit, invention qui défie MU. Thenard cl OrIHa eux-mêmes.
— Mais la police est une bieu autre chimiste que MM. Thénard et Orfila.
— Oui délie la police elle-même, et je suis bien aise de vous dire cela, clier monsieur Gibassier, pour qu'il ne vous prenne pas l'envie d'aller vendre la lettre à M. Jackal lo double de ce qu'on vous aura donné pour la porter.
— Monsieur! lit Gibassier en se redressant, vous me croyez donc. capable?...
— La chair est faible, répondit Salvator.
— C'est vrai, murmura le forçat avec un soupir.
— Vous voyez donc, continua Salvator que vous ne risquez absolument rieu.
... — Me dites-vous cela pour obtenir de moi que j'accomplisse nia mission au rabais?
— Pas lo moins du monde, la mission sera rétribuée en raison de son importance.
— Mais, qui en fixera le prix ?
— Vous-même.
— H faut d'abord que je sacho où je vais ?
— A Heidelberg.
Très-bien, — quand dois-jc partir ?
— Le plus lot possible.
— Demain, est-ce trop tôt.
— Ce soir serait mieux.
— Je suis bien fatiguo pour partir ce soir, j'ai eu une mauvaise nuit.
— Agitée?
— Très-agitée.
— Eh bien, va pour demain matin. Maintenant combien demandez-vous ?
. — Pour aller à Heidelberg ?
— Oui.
— Y aura-t-il séjour ?
— Le temps de prendre la réponse à la lettre et de revenir.
— Eh bien, mille francs, est-ce trop ?
— Je vous .demanderai au contraire, est-ce assez?
— Je suis économe, en économisant j'y arriverai.
— Voilà qui est dit, pour porter la lettre. Mais .pour apporter la réponse ?
— (.c sera le même prix.
—Deux mille, alors; mille fraucs pour aller et mille francs
c est bien cela.
— Maintenant, ceci est réglé pour la dépense matérielle
fa U Slon elirmême 8ler ^ ^ C0OllaD0C, le prix de
— Ah ! le prix de la mission n'est pas compris dans les deux mille francs?
— Vous voyages pour une maison puissamment riche, mon cher monsieur Gibassier ; ainsi, mille francs de plus ou de moins.
— Est-ce trop de ilemandér deux mille francs?
— Vous êtes on ne peut plus raisonnable.
— Ainsi donc, deux mille francs pour les dépenses du
LE MONTfi-CRISTO.
voyage, deux mille francs pour la mission accomplie.
— En tout quatre mille francs.
— Et prononçant ce» mots, Gibassier poussa un soupir.
— • Trouvez-vous que c'est trop peu ? demanda Salvator.
— Non, je pense...
— A quoi?
— Anen.
ûibassier mentait ; il pensait à la peine qu'il allait avoir pour gagner quatre mille francs, quand il en avait, quelques jours auparavant, avec tant de facilité et sans se déranger, gagne cinq cent mille.
— Cependant, dit Salvator, cœur qui soupire n'a point ce qui désire.
— La convoitise de l'homme est insatiable, dit Gibassier, répondant à un proverbe par une sentence.
— Notre grand moraliste La Fontaine a fait une fable ladessus, dit Salvator, mais revenons à nos moutons.
11 fouilla à sa poche.
— Avez-vous la lettre ? demanda Gibassier.
— Non, elle ne devait être écrite que si la mission.
— Eh bien, j'accepte.
— Réfléchissez bien avant de prendre cette mission.
— J'ai réfléchi, — ' Vous partirez ?
— Demain, au point du jour.
Salvator tira son portefeuille do sa poche, l'ouvrit et laissa voir à Gibassier tout un nid de billets de banque.
— Ah ! fit Gibassier, comrao si à cette vue un poignard lui traversait le c<rur.
— Salvator ne parût rien remarquer, sépara deux billets des autres, et s'auressant à Gibassier :
— Il n'y a pas de marché sans arrhes, voici les frais de voyage, à votre «tour, et quand vous rapporterez la réponse à la lettre, vous aurez les deux autres mille francs.
Gibassier hésitait à étendre la main, Salvator les laissa tomber sur la table.
Le forçat les prit, les examina avec attention, palpant leur épaisseur entre le pouce et l'index, étudiant leur transparence en les interposant entre la lumière et lui.
— Excellents, dit Gibassier.
— Ah cal mais me croyez-vous donc capable de vous donner dé faux billets ?
— Non, mais vous auriez pu être trompé vous-même; depuis quelque temps il se fait de tels progrés en industrie.
— A qui le dites-vous, fit Salvator.
— Alors je vous re verrai.
Ce soir, à quelle heure serez-vous à la .maison ?
— Je ne quitterai pas ma chambre.
— Ah ! oui, la courbature.
— Justement.
— Eh bien, sur les neuf heures, si vous voulez.
— Va pour les neuf heures.
Et Salvator s'achemina vers la porte.
Il avait déjà la main sur la clef, lorsque tout à coup...
— Bon ! dit-il, j'allais être obligé de revenir do l'autre bout de Paris.
— Comment cela ?
— J'oubliais une toute petite chose.
— Laquelle ?
De vous demander un reçu, vous comprenez bien que
cet argent n'est point à moi, un pauvre commissionnaire n'a pas une dixaine de mille francs "dans son portefeuille et ne paie pas ses courriers quatre mille francs.
— Cela m'étonnait aussi.
— C'est-à dire que je ne comprends pas comment cela ne vous a point inspiré de défiance.
je commençais à en avoir, dit Gibassier.
— Allons, donnez-moi un petit reçu de deux mille francs, et tout sera dit
— Rien de plus juste, fit Gibassier, en attirant à lui son écritoire et une feuille de papier.
Puis, se retournant vers Salvator.
— Un simple reçu, n'est-ce pas ?
— Oh ! mon Dieu oui, tout ce qu'il y a de plus simple.
— Sans désignation.
— Valeur en compte, nous savons en quel compte, c'est tout ce qu'il faut.
Gibassier, soit machinalement, soit que, connaissant la facilité des billets à s'envoler, il craignit que ceux-ci ne lui èchapassent, Gibassicr^les fixa sur la table avec «on couda gauche, et se mit A confectionner le reçu de sa plus belle
Puis, il le tendit à Salvator, qui le lut attentivement et avec un sentiment de véritable satisfaction, le plia et le mit lentement dans sa poche.
Gibassier le regardait faire avec une certaine inquiétude, ce souri iv de Salvator lui déplaisait.
Mais ce fut bien autre chose lorsque Salvator, croisant les bras et regardant Gibassier en face, lui dit, en donnant a son sourire l'expression de la raillerie la plus complète :
— II faut convenir, maître escroc, que vous êtes à la fois d'une rare impudence et d'une suprême sottise. Comment, vous avez la niaiserie de croire a des coûtes pareils à ceux que je vous fais ! — Comment, vous êtes assez imbécile pour vous laisser prendre à un piège d'enfaniT c'est à ne pas y croire ; comment, vous ne vous êtes pas défié après votre aventure de cette nuit des recherches que l'on pouvait faire, vous n'avez pas songé que si l'on n'avait qu'un simple soupçon sur vous, rien n était plus facile que de vous demander une ligne de votre écriture ? mais etes-vous assez sot et volez-vous assez impudemment l'argent que vous donne M. Jackal. — Or ça, M. le comte Ercolano, asseyez-vous et ècoutez-moi.
Gibassier avait écouté le commencement de ce discours avec un étonnement croissant. Eu voyant la sottise qu'il avait faite de donner à Salvator un reçu de son écriture, il avait voulu reprendre ce reçu, et, à cet effet, avait commencé un mouvement pour se jeter sur lui; mais sans doute Salvator, qui prévoyait tout, avait prévu cette aggression, car il tira de sa poche un pistolet tout armé qu'il posa sur la poitrine du forçat, en môme temps qu'il lui disait :
— Or çâ, M. le comte Ercolano, asseyez-vous et ècoutezmoi.
Il en résulta que Gibassier, désarmé dans sa lutte nocturne avec Jean Taureau, et d'ailleurs plus homme de ruse que de lutte, jugea au commandement de Salvator qu'il n'avait d'autre parti que celui d'obéir, et tomba plutôt qu'il de s'assit sur une chaise, le visage verdatre et ruisselant de sueur.
Gibassier comprenait que, comme le maréchal de Villeroy, il en était arrivé à celte époque de la vie où la fortune nous abandonne et où l'on n'a plus que des défaites à attendre.
Salvator alors passa de l'autre côté de la table, s'assit en face de Gibrassier et renoua la conversation en ces termes, tout en jouant avec son pistolet :
— Vous avez été condamné au bague pour vols et faux bien prouvés, et vous avez failli être condamné A mort pour meurtre; seulement, le meurtre n'ayant pas été prouvé, vous avez échappé à la moit; le meurtre a eu lieu dans une maison infâme de la rue- Froidmanteau, sur un provincial nommé Claude Vincent; il a eu lieu de complicité avec la naine Bébé et avec M»« Fiflne ; je puis prouver que c'est vous qui avez porté le premier coup, un coup de chenet qui a renversé le malheureux évanoui, et comme il a été achevé par les deux coquines dont l'une est déjà pour autre cause entre les mains de la justice, et dont l'autre vous rapportait ce matin les cinq cent mille francs que vous avez volés à la comtesse Happt et que je vous ai fait reprendre, je puis demain vous mettre, vous et M"* Fiflne, entre des mains dont M. Jackal, tout puissant qu'il est, se gardera bien de vous tirer; heim! heim! croyez-vous que j'aie ce pouvoir et que vous courriez quelques risqr.es à ne pas suivre en tout mes volontés?
— Je le crois, murmura tristement Gibassier.
— Attendez, nous ne sommes pas au bout.
— Quelques jours après vous être échappé du bagn^ vous avez enlevé une jeune fille d'un pensionnat de Versailles, par les ordres de M. Lorédan de "
Vos complice», après tous avoir volé la part d'argent qui tous revenait de cette belle expédition, vous ont jeté dans un puits, d'où vous a tire M. Jackal ; depuis ce jour vous êtes sa créature dévouée, mais ai vous ni lui, n'avez pu empêcher que je ne reprisse Mina à M. de Valgeneuseet ne la misse en sûreté. Vous voyez donc, maître coquin, que je puis lutter contre vous et réussir même malgré vous. Aujourd'hui il s'agit d'une chose encore plus grave, je vous le déclare, que l'enlèvement d'une jeune fille, d'une chose à laquelle je sacrifierai, s'il le faut, non-seulement les cinq cents mille francs que je vous ai fait reprendre cette nuit, mais encore le double, le triple, le quadruple de cette somme. Or, malheur à ceux qui se trouveront entre moi et mon but, car je les briserai comme verre. Ami, on aura tout à gagner; ennemi, tout i perdre. Ecoutez-moi donc de toutes vos oreilles.
— Je vous écoute.
— Quand s'écoule le délai accordé à l'abbé Dominique pour aller à Rome ? •
— Il est écoulé à partir d'aujourd'hui.
— Quand M. Sarranti doit-il être exécuté?
— Demain à quatre heures de l' après-midi.
Salvator pâlit et frissonna malgré lui, à cette certitude donnée par l'immonde coquin auquel il avait affaire; mais il se remît comme un homme à qui il reste une suprême espérance, et changeant brusquement de conversation :
— Vous connaisses l'honnête M. Gérard de Vanvest demanda Salvator.
— Il est mon collègue et mon ami, répondit Gibassier.
— Je sais cela. Vous a-l-il déjà invité a venir visiter sa campagne?
— Jamais.
— L'ingrat! Comment, par ces belles journées d'été, l'idée ne lui est seulement pas venue d'inviter un ami à un déjeuner champêtre, dans son château de Vanves ?
— L'idée ne lui en est pas venue.
— De sorte que si l'occasion se présentait de le punir un
Ecu de son ingratitude à votre endroit, vous ne seriez pas omme à laisser perdre cette occasion.
— En vérité, non, je suis trop susceptible pour cela.
— Eh bien, je crois que celte occasion s'offre à vous aujourd'hui même.
— Vraiment.
— M. Gérard vient d'être nommé maire de Vanves.
— Il y a des gens bien heureux, murmura Gibassier en poussant un soupir.
— Bon t dit Salvator, avec de la patience, même bonheur peut vous arriver ; vous avez tenté de tuer seulement, vous, M. Gérard a tué tout â fait ; vous avez été au bagne, lui y ira probablement, s'il ne va paB plus loin. Après cela, si, victime de l'amitié que vous lui portez, vous voulez donner aux modernes un de ces grands exemples de fraternité que l'antiquité nous a transmis, et comme Nisns mourir avec votre Euryale....
— Non.
— Je crois que c'est plus prudent. Alors il faut faire de point en point ce que je vais vous dire.
— Et en le faisant?. . .
— Vous ne courez d'autre danger que d'aider un honnête homme à accomplir une bonne action. Ce n'est pas assez, je le sais, pour un esprit aussi méticuleux que le vôtre ; mais en aidant cet honnête homme a accomplir une bonne action, vous rentrerez dans une avance de dix mille francs,
avance que vous croyiez perdue.
- Ah t oui, les dix
avez bien raison, je les croyais
s dix mille fraucs que j'ai prêtés à mon
filleul.
— Justement.
— Ah I par ma foi bien perdus.
— Kh bien, ils ne le sont pas, et la preuve c'est qu'en voici deux mille que vous pouvez déjà mettre dans votre poche, — Salvator présenta à Gibassier les deux mille francs qui étaient sur la table, — et qu'en voilà trois mille autres que vous pouvez adjoindre aux premiers.
— Et pour ceux-là, demanda Gibassier, il ne vous faut pas de reçu?
— Allons, dit Salvator, vous êtes homme d'esprit.
— Oui, et c'est celalqui me perd; trop d'imagination , monsieur, tiop d'iniapi nation; mais continuez, que faut-il faire? ou faut-il aller?
— H faut aller à Vanves.
— Ce n'est pas très-loin.
— Vous alliez bien à Heidelberg pour quatre mille francs, vous irez bien à Vanves pour dix mille.
— Pour cinq mille ?
— Pour dix mille, attendu que vous aurez les cinq mille autres quand vous en serez revenu.
— Je sui8prêt à aller à Vanves, mais que doie-je faire à Vanves ?
— Je vais vous dire cela. En l'honneur de sa nomination de maire, M. Gérard donne aujourd'hui un dîner de douze couverts, il ne vous a probablement pas invité, de peur que vous ne soyez treize à table et que cela ne lui porte malheur.
— Tai remarqué, en effet, qu'il était très -superstitieux, dit Gibassier.
— Eh bien, il me semble que c'est le cas ou jamais d'aller le relancer là-bas et de lui donner une leçon de courtoisie, qu'en pensez-vous ?
— Mais je n'en pense rien, je ne vous comprend*
pas.
— Je vais alors être aussi clair que possible ; je vous disais donc que M. Gérard, votre collègue, avait aujourd'hui une douzaine de personnes à dîner, et entre autres son adjoint, son juge de paix, et trois ou quatre de ses conseillers municipaux; eh bien, pour une raison qu'il est inutile de vous dire, j'ai besoin que H. Gérard soit absent de chez lui juste au milieu de ce dîner pendant une heure ou deux, et,— et, cher M. Gibassier, j'ai compté sur vous pour l'accomplissement de ce projet.
— De quelle façon puis-je vous y aider, M. Salvator?
— D'une façon bien simple ; M. Gérard ne peut, dans sa position vis-à-vis de la police, refuser d'obéir à un ordre de M. Jackal.
— C'est matériellement impossible.
— Eh bien, supposez que M. Jackal ordonne à il. Gérard de se rendre immédiatement et toute affaire cessaute à l'hôtel de la THe-Noire, à Saint-Cloud, M. Gérard devra se rendre à l'instant même à l'endroit où M. Jackal lui aura fait dire qu'il l'attend.
— C'est mon avis.
— Alors, vous comprenez tout à fait l'affaire. Vous allez vous rendre à Vanves , chez M. Gérard, juste au moment de son dîner, à six heures et demie. Pour profiter des derniers beaux jours, on se met à table à cinq heures et dans le jardin. Vous arriverez donc là à l'entremets environ ; vous vous approcherez l'œil amical, la lèvre souriante, et vous lui direz : • Cher collègue, M. Jackal, notre maître commun, vous prie de vous rendre à l'instant même, et pour affaire de la plus haute importance, à l'hôtel de la Tête-Noire, à Saint-Cloud.
— Et c'est là tout ce que vous exigez de moi?
— Absolument tout.
— Cela me semble assez facile ; je dis assez, et je me trompe cependant.
— Comment cela?
— Oui, car je vais encourir la colère de M. Jackal. Voyons, n'y aurait-il pas un moyen plus avantageux de faire sortir M. Gérard de chez lui?
— Croyez, cher monsieur Gibassier, dit Salvator, que si je connaissais un moyen plus avantageux, comme voua le dites, je m'empresserais de vous le proposer; mais il n'y en a point de préférable à celui que je vous offre, car rem arquez qu'il ne s'agit pas seulement de faire sortir M. Gérard de chez lui, mais de le retenir dehors pendant deux heures. — Or, trois quarts d'heure pour aller de Vanves à Saint-Cloud, une demi-heure pour attendre inutilement M. Jackal, trois quarts d'heure pour revenir, font juste les deux heures dont j'ai besoin.
— N'en parlons plus, monsieur Salvator, il sera fait comme vous le désires, quoique, à vrai dire, j'aime peu à affronter la colère du patron.
— Vous pouvez l'éviter.
— Comment cela ?
— Rien de plus siihple : vous no quitte» pas M. Gérard, vous le suive» à Saint-Cloud, vous avez l'air de vous ennuyer avec lui du retard de M. Jackal, puis, an bout d'une demi-heure, vous éclatez de rire, et vous lui dites :
— Eh bien, cher monsieur Gérard, que pensez- vous de la ferre que je vous ai faite?
— Eh ! eh !
— Quelle farce? demandera-t-il ? Mais, lui direz-veus, c'est bien simple J'ai appria par la voix publique qoe vous donniez une petite fête champêtre dans votre villa de Vanve»; veus ne m'aviez pas fait r amitiu de m'invilei», j'ai trouvé cet oubli impardonnable, et je me suis vengé de «mauvais procède en voua mystifiant. M Jackal n'avait
Clc moins du jnondo affaire à vous, et je n otais cluwge rien autre chose que do voua présenter bien des compliments de sa part. ~ Sur quoi, vous lui tirerez votre révérence et le laisserez libre de rejoindre ses convives. H en résulte que voua n'aurez encouru la colère de personne, si ce n'est celle de M. Gérard, et de celle-là, je crois, tous vous sot ici nz fort peu.
Gibassier regarda .Sabrât or avec admiration.
— Décidément, dit-il, vous êtes un grand homme, M. Saivamr. et si ce n'était pas trop demander de vous, je serais honoré de vous toucher la main.
*-Oni, dit SalvatoT, vous voulez vous assurer, n'est-ce pas, de quelle force est la maiu que vous toucherez. En la voyant petite et blanche, vous croy es qu'elle est facile a briser dans la vôtre, encore une erreur dont il ost lion de vous faire revenu ; oher M. Gibassier ; je ne vous domand" que le temps de mettre un gant.
Salvator désarma son pistolet, le mit dans sa poche, passa à sa main droite un gant de couleur foncée comme les élégants en portent le matin, et tendit à Gibassier une mam qui pour la délicatesse n'avait rien à envier à une ma» dé femme.
Gibassier, plein de confiance, laissa tomber sa lourde main dans celle qui lui était tendue et essaya de l'envelopper de ses doigts noueux.
Mais à peino les deux mains so furentrelles touchées que la figure do Giliassier commença par exprimer la surprise, et passant peu à pou par toutes les nuances d'une douleur croissante, en arriva à l'angoisse la plus désespérée.
— Ah ! sacrebleu. ah ! mille tonnerres, mais vous nie brisez la main, cria-t-il. Grâce ! grâce.! grâce !
Et il tomba à genoux devant Salvator dont le gant avait craqué sous l'efibrtqu'il avait fait, mais dont le visage avait conserve son expression souriante.
Salvator lâcha la main qu'il broyait dans la sienne au moment où le sang commençait à s en échapper par dessous les ongles.
— Là, fit il, pour votre propre gouverne, M. Gibassier, et pour aller au-devant des dangers auxquels votre ignorance pouvait vous exposer, je tenais à vous prouver que si je me suis vis-à-vis do vous servi d'une arme quelconque, ce n'était qu'afin de ne vous toucha- qu'a la dernière extrémité ; vous avez désiré que je vous fiue l'honneur de tous donner une poignée de main, tachés de vous souvenir longtemps de l honneur que je tous ai fait.
— Oh sacrebleu, oui, ie m'en souviendrai, je vous le promet», dit le forçat en décollant avec sa main gauche les doigte de sa main droite incrustés les uns dans les autres — Merci de la leçon, M. Salvator, elle me profitera, et vous n'aurez pas à vous en repentir, un homme aussi bien' averti que je le suis en vaut au moins deux.
— Abrégeons, dit Salvator.
— Vos derniers ordres ? j
— A six heures et demie, vous serez chez M. Gérard, vous ne le lâcherez qu'à huit heures, et demain malin vous viendrez toucher vos cinq mille francs restant chez moi, rue Maçon, n« 4, moyennant quoi M. Pétrus, votro prétendu ttttèal, sera parfaitement quitte envers vous do l'avance que vous lui avez faite.
— Cela snfit.
— D'ici là, seulement, mettez-vous bien en tête qu'au premier mauvais tour que vous me faites, voue êtes un nomme mort, soit de mon fait, soit de celui de la Justice.
— Je vous promets de ne pas penser à autre ohose, ré-
pondit le forçai en s'inoliaant biunhlement devant Salvator, qni descendit rapidement l'eaealier et alla retrouver Jean Taureau, qu'il avait laissé en exploration sur l'expia, nade de l'Observatoire. Al*x. Dvhas.
{La tuile au pr<iehain numéro) • »■ :tin|i-- 1 ' ■ici» , h .y , ■ ' , , t .i, „ , fl
LE ROI DE6' TAUPES ET SA FliLL
A l'extrémité d'un petit village d« Hongrie , si petit qu'il n'a pas même de nom sur la carte, s élevait une chaumière on vivait une pauvre veuve avec sou lus.
La veuve s'appelait Madeleine et son fils Joseph.
Un petit jardin fruitier, au bout duquel était ua champ, formait toute leur richesse. Ils y travaillaient avec ardeur, et de la vente des fruits et de la récolte du blé gagnaient île quoi vivre — pauvrement, il est vrai, usais ai l'un si l'autre n'avaient une ambition plus grande que ce qui leur était accordé par la parcimonieuse bonté du Seigneur.
Joseph avait toujours été un bon lUs , un enfant pieux . il chérissait sa mère, la soignait dans sa vieille** et sciemment du moins, ne lui avait jauuus fait la uwùidte peine.
Il était arrivé ainsi à l'âge de vingt an».
Gelait un beau garçon de cinq pieds quatre pouces. Lion pris dans sa taille moyenne, avec de beaux cheveu* blonds. boucles, comme les enlmuineurs du seiiiéme siècle en mettent aux ange* missels. Ii avait des yeux bien fendus, bleus comme l'azur du ciel, des den ts blanches et un teint qui, à travers sou tuile, laissait transparaître la traicheur et la santé de la jeunesse.
11 avait toujours été gai et joyeux ; le dimanche , après vêpres, courant le praniea après les ménétrier* , pour qu ils donnassent le signal de la danse, et, oe signal donne, ne quittant la place que quand lo dernier luèuelriûrjiviit passe son archet sous les cordes do son violon.
Huant aux jours de la seuiaiue , c'était tout autre chus*. I-e village ne connaissait pas de meilleur travailleur tjaa lui, soit qu'il labourât sou champ , soit qu'il bêchât son jardin, soit qu'il greffât ses arbres, soit tju il taillât rosiers; car, grâce à la façon dont il ménageait lo temps et la place, il avait temps poux tout, et au milieu des poirier? des pommiers, des pêchers, place pour les Heurs
Souvent sa mère voulait l'aider, uo fut-ce que pour esserber les allées ou les plates-bandes, mais lui, en naul. lui prenait l'herbinette dos main.-,, lui dibaul :
— Mère , quand vous avez pris la peine de faire ou et©» et grand garçon comme moi, c'était avec promesse du bon Dieu que, quaud ce garcou aurait viugt ana, voua vous reposeriez. J'ai vingt ans, reposez-vous doue, lit si vous ne voulei pas me quitter, tant mieux ; asseyea-vems là, et votre vue me donnera du courage.
Et Madeleine s'asseyait, regardant avec amour son Joseph, qui se remettait à travailler en chaut. un quelque belle chanson en l'honneur de la Hongrie et da la reiK Marie-Tharése, car c'était non-seulomeiit vui bon enfan'. pour sa mère que Joseph, uni- anoure un bon nia pour h patrie.
Or, il arriva louUi-coup que Joseph, au heu ue [.m matin en chantant, de travailler eu chaulant, do revenir en chantant et do manger en ckautaut au retour sou morceau de pain sec et noir, — d'abord un chaut* plus, puis »• travailla plus, puis, enilu, ne mange» plus.
Tl restait bien encore au jardin, mais au jardin seulement. Quant à le faire rentrer à la maison cotait presqu'impoasibla.
C'était la nuit surtout qu'il se tenait assis, immobile rêvant sous une petite tonnelle appliquée <v La murai 11'qu'il avait trosseo avec de La vigne pour mettre en maui < 1 ombre, tandis qu'il travaillait et que, tout eu lisante prières dans son livre de messe, le seul qu'il ouvjauui- . lu. sa mère le regardait travailler,
Madeleine devint fort inquiète, elle vovan son pauvre enfant changer à vue d'œil, quoiqu'il n'eût aucune nu ladie de corps, mai» son inquiétude n'en était que plu ;
LU MONTB-CRlfiTO.
grande, car elle comprenait qu'il avait une maladie de eœur.
Parfois, — souvent, — nuis euûu presque toujours, elle le suivait dans le jardin ; là, elle se cacliait derrière quelque bel arbre fruitier couvert do feuilles et charge de fruits, et elle voyait soit pauvre Joseph, rêvant et les yeux lixes sur la terre, comme s'il attendait que quclquo chose en soi Ut.
Alors sa mère n'y peuvait tenir ; elle paraissait, s'approchait de lui, et, des larmes daus les yeux, lui demandait :
— Au nom du ciel, mon cher Joseph, si tu es malade dis-le à ta mére.
Nais lui, secouait la tête, s'efforçait de sourire, et répondait :
— - Non, mère ! je me porte bien.
Mais sa bouche ne se refermait pas sans laisser passer un soupir.
— Ce soupir rendait à Madeleine le courage de l'interroger de nouveau.
fr- Mais si tu n'es pas malade, mon enfant, lui disait-elle, il doit tout au moins le manquer quelque chose, autrefois ta n'étais pas ainsi. Parle, mon cher Joseph, et je ferai tout ce que tu voudras, seulement, tu redeviendras gai et joyeux comme lu étais autrefois.
— impossible ! ma mére, répondait Joseph, ma galté est partie pour toujours, et votre amour, si grand qu il soit, ne peut me donner ce que je désire.
Alors Madeleine se mettait à pleurer amèrement, car elle aimait son Joseph au-delà de toute mesura et elle ont volontiers donné sa vie pour qu'il eût cotte chose qu'il disait impossible à obtenir. Enfin, elle le pria tant doîui dire ce qu'il avait sur le cœur, elle pria tant en le suppliant, elle fut si inconsolable, que lui, tout einu et l'embrassant, laissa oebapper ces paroles qui sorlireut si péniblement de son cœtorquon eût dit qu'en sortant elU* lavaient brisé;
— Ma mére, je suis amoureux I
Mais Madeleine à ces paroles essuya se* larmes. Elle voyait son Joseph avec dos yeux do mère cl ne pensait pas nu il y eût d:ms tout le village uue tille qui ne fût ht>urcuac de 1 épouser.
— Bon ! dit-elle, si ce n'est que cela, mon enfant chéri, tu as tort de te désoler. Dis-moi seulement quelle est la fille assez heureuse pour que tu l'aimes, et quaud co ternit Bertha, la fille du magisler, ou Marguerite, la fille du bailly, j'irais la demander à leurs pareuU.
— r Ail I répliqua Joseph, ce n'est ni la tille du magisler ni la fille du bailly. Oh ! si ce n'était que Marguerite ou Bertha, je ne serais point embarrasse.
— Malheureux 1 dit la pauvre mére tu as donc porté les regards plus haut.
— Helasl oui, répondit Joseph.
— l'ne lille noble? mou pauvre enfant.
— Si ce n'était que cela, maman.
— Tu serais amoureux d'une baronne ?
— Plue haut, ma mère.
— D'une comtesse ?
— Plus liant.
— D'une marquise ?
— Plus haut. ,
— D'une duchesse?
— Plus haut, plus haut.
— D'une princesse?
— Ma mère ! s'écria Joseph, se jetant en sauglollant dans les bras de Madeleine, ma mère, je suis amoureux dp la fille du roi des taupes.
Madeleine jeta un cri.
Puis quand elle fut revenue à elle.
— Oh ! mon pauvre enfant, dit-elle, il est fou.
— Non, tua mère, par malheur je ne suis pas fou, dit Joseph. Oh ! si j'étais fou je - raisiné*! heureux.
— Mon enfant, dit Madeleine, si lu veux nous irons à la ville et nous consulterons un médecin.
— Oh ! ina mère, il ne s agil pas d'un médecin, je vous dis que je ne suis pas fou, el pour VOUS le prouver je val» vous raconter ce qui m'est arrivé l
Lauuu* secoua lalèUtiar cette affirmation, duson fils ne la rassurait aucunement. Elle savait que les pires de
tous les fous sont ceux qui ne veuleutpas convenir de leur folie.
Joseph vit ce qu'il se passait dans son cœur et quelle crainte avait la pauvre femme ; il en eut pitié.
— Ecoutez-moi, ma mére, lut dit il. et vous allez tout savoir.
Il fil asseoir sa mère près do lui, lui prit les deux mains entre les siennes et commença:
— Il y a maintenant deux mois, dit-il, qu'un matin en allant tailler mes arbres dans le jardin, je remarquai que la torro était bosselée d'une innombrable quantité de taupinières; vous savez, ma mère, combien je détestais alors ces animaux qui sont le désespoir des jardiniers ; je me mis donc le merne jourà leur tendre des pièges. Mais pendant ciuq ou six jours les pièges furent tendusinutilcmunt.
Enfin un malin je vis une taupe dans la taupinière.
— Ah ! m'ocriai-je en prenant ma bêche, tu vas payer pour tontes, toi.
Ri la dessus, je levai ma bêche pour la couper en deux. Mais jugez de mon ctonnement, ma mère, quand j'entendis la taupe me dire :
— Ne me tue pas, Jos.»ph, ce que j'ai fait c'est par ignorance; je Miis bien jeune encore, et je ne savais pas en vouant respirer l'air à la surface du sol que je te fissç du tort; si m me laisses la vie, je te promets qu'à l'avenir pas une taupe ne bouleversera ton jardin ni aucune terre qiù t'appartienne.
i. animal avait parlé d'une Voix si douce et si suppliante.
3 ne je sentis mon cœur tout omu et que je la lâchai eu lut isanl :
— Vivez.
— Je te remercie, dit-elle alors, et si tu veux me revoir, viens demain soir aussitôt que la lune se lèvera, et alors je te dirai quelque ebosi* en confidence.
En disant cela la taupe s'enfonça dans la terre. J'avais grande envie de lui dire" de rester, alln de causer plus longtemps avec elle. "Mais j'étais pris d'une sorte de terreur ; je n'avais jamais entendu raconter que les taupes parlassent. FA celle-ci avait disparu avant que j'eusse surmonte cette terreur.
J'eus d'abord envie <îe vous raconter cet événement; mais le premier jour, lorsque la pensée m'en vint je résolus d'attendre au lendemain pour avoir quelque chose de plus positif à vous dire. La taupe avait promis de me faire des confidences : c'étaient vingt-quatre heures de plus ou de
moins, voilà tout.
Le lendemain, à l'heure convenue, je me rendisau jardin, et ta je restai les yeux tantôt fixés sur l'endroit de l'horizon ou devait apparaître la pleine lune, tantôt sur la place oû la taupe avait disparu dans la terre.
I.a lune se leva au ciel, mais la taupe ne soitit pas de terre.
Je pensai que l'animal s'était moqué de moi et je m'apprêtai à rentrer A la maison, plus triste que je n'eusse cru jamais l'être pour un rendez-vous manqué avec une taupe, lorsque en jetant uu dem^r regard autour de moi, je vis s'élever du milieu d'un massif de roses uns jeune fille, belle comme la statue de la nuit. Elle avait ses longs cheveux noirs déroules, mais serrés aux tempes par une couronne aux feuilles d'or. Elle avait des yeux noirs doux comme du velours, de longs cils et de" beaux sourcils noirs, dessines en arcs invprnrhables. Le reste du costume était une longue robe on plntôl une tunique serrée A la taille par une cinturo d'or avec do grandes manches ouvertes qui laissaient voir ses bras ronds et blancs.
la lune qui se levait dans son plein éclairait son visage de sa douce et eareesante hrrrrière et me permettait de voir combien elle était belle.
— Qui étes-vous? lui demandai-je, et commec vous entrée dans le jardin T
— Je viens de sortir de terre, me rèpondtVelle ei riant.
— Vousvenea de sortir de terre, et comment cela?
— Oui, je suis la taupe à laquelle hier tu laissas la vie et qui vient te remercier de ta générosité.
Je restai tout étourdi, et la contemplant je crus que je
rêvais.
uigm,
LE MONTR-CmSTO.
— Je t'ai dit hier quo j'avais une confidence à te fairei continua- t-elle. La voici.
Je devins tout oreilles, pour écouter la belle jeune fille.
— Je suis la fille unique et la seule héritière du roi des taupes, dit-elle, lequel est en réalité un être humain ; mais un méchant magicien nous a chaugés en taupes et enfermés dans la terre, où nous vivons maintenant comme des taupes ordinaires ; seulement, il m'est permis, à moi, chaque fois que la pleine lune se lève, de reprendre ma forme naturelle de son lever à son coucher. Mais mon père n'a pas obtenu la même faveur et ne doit pas reprendre sa forme première jusqu'au jour qui la lui rendra éternellement, car nous sommes des génies, et par conséquent nous sommes immortels.
Je sentais que mon cœur volait au-devant de la belle jeune fille, et que mon âme était suspendue à ses lèvres, tandis qu'elle parlait.
— Oh I lui dis-je, si en effet vous aver quelque reconnaissance de co que je vous ai sauvé la vie, accordez-moi les quelques heures qu'il vous est, à toutes les pleines lunes
permis de passer en ce monde sous votre forme naturelle.
— Ne le désire pas, dit-elle, car au lieu d'une faveur, ce pourrait bien être un malheur pour loi; il est toujours dangereux pour les hommes de nous fréquenter nous autres pauvres créatures métamorphosées. Crois-moi, c'est pour ton bien quo je refuse de revenir. Adieu, ne pense plus à moi.
Alors, elle remonta sur sa taupinière qui était au centre du massif de rosiers et s'enfonça lentement dans la terre.
J'étendis les bras, mais ne saisis plus que l'air. La vision s'était évanouie. Depuis ce jour, ma mère, ou plutôt depuis cette nuit, je ne l'ai pas revue
Voilà pourquoi je ne quitte plus le jardin, ma mère, voilà pourquoi je passe mes nuits dehors; c'est que j'espère toujours la revoir. Voilà pourquoi, enfin, ne fa revoyant pas, je suis triste, car elle était si merveilleusement belle que, pendant cette unique entrevue, j'en suis devenu amoureux comme un fou !
Maintenant, vous comprenez comment, après cotte confidence, je me tus si obstinément. Je craignais que votre ame chrétienne, ma mère, me fit un crime de cet étrange amour!
— Oh 1 Joseph, Joseph! que vieus-je d'entendre? En effet, s'écria Madeleiue, c'est une action impie que d'aimer une taupe, futrolle la fille du roi ; car, enfin, tu ne peux désirer une femme qui sera taupe six semaines, et femme une seule nuit. Qui sait si au lieu d'être ce qu'elle l'a dit, ce n'est point quelque diablesse femelle envoyée par Satan pour te tenter.
— Hélas I ma mère, répondit Joseph, plût au ciel ; car s'il en était ainsi, elle serait revenue.
— Alors, tu le seras endormi et tu auras rêvé.
— Oh I ma mère j'ai vu bien des femmes dans mes rêves, et jamais aucune comme celle-là n'e.H re3'èe vivante dans mon esprit. Non, non, c'est bieh la fille du roi des taupes que j'ai vue. C'est bien une réalité que j'aime !
— Eh bien ! alors, tache de l'oublier, mon enfant chéri, dit Madeleine. En tout cas, c'est un sortilège, et il est bon de le chasser de ton esprit. Prie et travaille, et si tu veux te choisir une femme, que ce soit parmi les filles du village. Tu es beau garçon, Joseph, et, bien que nous ne soyons pas riches, nous avons bonne réputation, et lu trouveras une femme sage et jolie. Sois Dieux, réfléchi et laborieux comme par Te passé, et tout ira bien.
Mais Joseph secoua la téte en souriant avec tristesse. 11 voyait bien que le conseil que lui donnait sa mère était le bon et le seul à suivre ; mais il n'avait pas la force ou plu tôt la puissance d'oublier la belle jeune fille à la ceinture d'or et à la couronne d'ancolies.
La seconde pleine lune arriva depuis le moment où Joseph avait vu la fille du roi des taupes ; au fur et A mesure que l'on se rapprochait du moment où Joseph espérait revoir celle qu'il aimait, il devenait plus gai et meilleur travailleur. Seulement, de son côté, depuis qu'elle était prévenue, sa mère ne le quittait pas des yeux.
Le soir tant attendu revint.
Madeleine fit tout ce qu'elle put pour faire rentrer son fils à la maison , mais celui-ci lui déclara que , pour tous les trésors du monde, il ne quitterait pas le jardin.
— Alors, dit sa mère, je resterai avec toi.
— Restez, ma mère, dit Joseph, mais demeurez à l'écart, car si elle vient, et que vous la voyiez, vous encouragerez mon amour, j'en suis bien sûr, au lieu de le combattre. *
Le soir venu, Madeleine s'assit sous la tonnelle, et Joseph se tint debout, à dix pas de là, appuyé au tronc d'un arbre.
Madeleine pleurait et priait , ne perdant pas Joseph de
vue.
Joseph priait et espérait, les yeux fixés sur la terre.
Tout à coup la pleine lune commença de paraître, se levant au-dessus de la montagne.
Et aussitôt , à quatre pas de Joseph, une taupinière se forma, qui devint de plus en plus forte , jusqu'à ce qu'élis présentât le volume d'une petite colline de huit ou dix pieds de haut.
Alors elle se fendit par le milieu, et, au lieu d'une belle jeune fille, on vit sortir de terre une énorme taupe, grosse comme un bœuf, qui s'avança vers Joseph.
Madeleine jeta un grand cri et accourut pour tirer Joseph en arriére, mais celui-ci ne bougea point, on eût dit qu il avait pris racine à sa place.
— Ma mère , ma mère, ait il , c'est le roi des taupes, ne reconnaissez vous pas à la couronne qu'il porte sur sa
le
tête?
Et, en effet, le monstrueux , animal avait sur la tète une couronne d'or qui brillait à la' lueur de la lune.
En ce moment, la taupe était tout prés de la mère et do fils ; elle se dressa, s'assit gravement sur son derrière, et, allongeant vers Joseph sa patte colossale, qui semblait une main humaine armée de griffes:
— Viens avec moi, dit le roi des taupes d'une voix sourde et terrible. Je te donne ma fille. Tu seras mon gendre. Viens, ta fiancée t'attends.
Et il voulut entraîner Joseph en lui posant la patte sur l'épaule.
Mais la mère enlaça son fils dans ses bras en lui criant, avec un accent doux' et suppliant à la fois :
— Oh ! Joseph, Joseph, songe à ta mère , songe à Dieu, ne suis pas ce monstre !
Et en effet Joseph, effrayé lui-même à l'aspect du monstre, saisit la main de sa mère et voulut fuir avec elle.
Mais, au moment où il se détournait, de la mémo taupinière sortit une femme merveilleusement belle; comme la première fois , ses cheveux étaient flottants, et d'une voix d'une douceur ineffable elle prononça ce seul mot :
— Joseph t
Joseph s'arrêta, fasciné. Il n'y avait pas moyen de résister à celte voix et à ce regard , qui semblaient unis pour briser toute volonté humaine. 11 resta donc immobile, au lieu de fuir.
Mais ce n'était point assez; la fille du roi des taupe* voulait non-seulement que Joseph ne s'enfuit pas, mais la
suivit.
Aussi , d'une voix encore plus douce que la première fois :
— Viens, dit-elle.
Et à ce mot, entraîné comme par une force ir Jos«pli s'arracha des bras de sa mère et s'élança < de la jeune fille.
Au même instant, ils disparurent tous deux.
Le roi des taupes , à son tour, s'enfonça lentement, empêchant la pauvre mère de suivre son fils.
Au reste, la lutte ne fut pas longue. Des que Joseph eut disparu sous la terre, Madeleine tomba évanouie sur le gazon.
(La utile au prochain numéro.)
Alex. Dcmas.
Seul propriétaire et »enl rid»ctoar du JTeoJ^Orfc» Pkrte. — lnprtMri* i» E Brttrt etC*. nu Vivimm. «S.
JRCW 10 SEPTEMBRE Î8Î5V
To. h,- trud«r<l*r* rl rcproilix-lloii •«»< I ilrrd 1 1 >■ •
LE
JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES El DE POÉSIE,
niBLtÉ rr niviaà
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
On s'abonne à Parla, au bareau dn Journal, rnc Wotrv -Dame dN Victoire*. 11.
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Un an. . 8 fr. -- c.
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— Six rnnu. S 50
Angleterre. ... Un *n, 13 fr. --o.
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Lea demanda d'abonntment* doirent Mre »<lr*»»fe», (ronn, à M. Delerier, an bnrean do jonmal, ine nne râleur tnr Paria on nn mandat rur la pot M.
CAUSERIE WEC MES LECTEURS
Cher* lecteurs,
Au nombre des lettres que vous me faites l'honneur de m' écrire tous les jours, tantôt pour me dire, qu'en voulant écrire /invna/, j'ai écrit Sttélone; tantôt pour m'apprendre que le Partage de la terre, que je vous citais l'au.re jour, est une traduction de Schiller, chose dont je me doutais déjà depuis une trentaiue d'années, il y en a toujours une ou deux par semaine qui réclament la reproduction de notre roman le Comte de Monte-Cristo, dont notre journal a pris le titre.
Il y a longtemps que nous nous fussions rendu à ce désir, que nous trouvons on ne peut plus légitime, si notre volonté, toujours si disposée à accourir à votre premier
appel , n'avait pas eu 1rs pieds pris dans un traite.
Mais, aujourd'hui, le traité est expiré, et nous sommes rentres dans la propriété de notre livre.
Donc, chers lecteurs, nous empressant de nous rendre & votre demande, dans le prochain numéro commencera la reproduction du roman que vous désirez, revu, corrigé, et, qui sait, peut-être augmenté.
Nous veus ménageons une autre surpriBO, maia il nous faut le temps de nous entendre avec notre dessinateur et notre graveur.
Ne vous étonner pas non plus de voir à notre journal de jeudi prochain une nouvelle vignette ; grâce à v«us, notre échappé du château d'If commence déjà & pouvoir se vêtir
.8 MONTK-CKISTO
un peu plus confortablement ; il n'a pas encore trouvé son trésor, c'est vrai, mais vous lui donnez de si bonnes espérances qu'il a déjà trouve i emprunter dessus.
Je vous dirai confidentiellement que nous tirons a quinze mille, et que, grâce à la reproduction de Mônle-Cristo et à... bon voilà que j'allais vous dire mon secret, nous espérons dans trois mois tirer à '.rente mille.
Aidez-nous-y de votre mieux.
Vous n'entendiez plus parler de Iléjazet, vous rhercbte des yeux Prétillon, vous vous étonniez de ne pas entendre fredonner Lisette ; vous vous disiez qu'est donc devenu notre jeune duc de Richelieu, notre charmant vicomte de Létoriére, notre Geutil-bet nard.
Freullon vous a entendu de l'autre bout do U France où ellè était ; d'un seul bond de ces jolies petit» Jambes que vous eoiinaissi-%. elle s'est élancée de Marseille, de Brest et de Strasbourg, je ne saurais vous dire au juste d'o.i et est retombée, le nez eu l'air et la pointe du pied en avant, sur le théâtre des Variétés.
Vous connaissez ce nez provocateur et ce pied qui n'existe pas, — ce pied que je nierais si je n'avais dans mes curiosités chinoises une paire de pantoufles qu'il n l'haussées.
— Bonjour, Gentil -Iternard, mon ami,— quel âge as-tu ?
— Vingt ans aux prunes, — mon beau monsieur.
— Tu mens! c'est le propre des bambins de ton âge de
se vieillir. Mais tu ne nous y prendras pas. Au reste, je saurai à quoi m'en tenir, — car je t'irai revoir, — locution fausse, car, ce qui m'est arrive, ce soir, cela ue s'ap pelle pas voir.
Voilà ce que c'est que d'avoir tout Pari* pour admirateur. Les amis ne peuvent plus vous regarder que par le trou de la serrure.
— A la trentième, mon beau dragon.
— Qui, mais prenez-vous-y huit jours d avance.
Nous avions grand désir d'achever aujourd'hui notre étude sur de Musset; mais les renseignements nous manquaient sur ses dernières années, sur se* derniei* jours, sur ses dernières heures.
L'ami qui pouvait nous les donner, et qui lui est resté fidèlo jusqu'à la bu, était absent de Paris, et n'y revient que la semaine prochaine.
Ainsi donc, au prochain numéro la lin de nntre étude, à laquelle on a reproché ses trop nombreuses citations poétiques.
Que voulez vous, chers lecteurs, nous sommes de ceux qui se laissent éternellement prendre à la poésie.
Est-ce que lorsque vous donnez à dîner, et que vous faites les honneurs de votre table, est ce que vous ne servez pas à vos plus cher» convives les morceaux que vous vous seriez servis A vous-même si vous eussiez été seul !
— «fait.
— Kh bien ! j'agis ainsi. — La poésie, c'est l'aile du poulet et la rnisse du faisan, le ventre de la carpe et le dos du brochet.
Ki vous n'en voulez pas. tant mieux: je suis fort gourmand, je vous en préviens. e| je mangerai votre part et la mienne.
C'est pointant bien charmaul, les vers I — cenv qui sont
de la poésie, bien entendu, — comme ceux-ci, par exemple, que nous empruntons à ce petit volume dont nous vous avons déjà dit un mot, et dont la critique ne veut jtoint parler.
Voilà ce quec'wt'que de porter des bijoux de Froment MiMiiieeà.M Josae.
MA COl'RONKE DE LA PÉE.
Dm* le mois où le givre brille En atomes éblouissants.
Courant des pré* A la rlurmiflr.
\m . t i-rUc petite Bile, oui rompte de neuf » dix an*.
Elle etrwtv de» fleur» écluses ; I nfant qui dois apprendre un Jour Ou'il est un temps pour tonti Et qu lient un mols»rroiir les roses.
Comme une taison pour l'amour.
oli ! irael malheur ! «lit la pauvrette, La terre a perdu son trésor ; ras la plu» numide violette, l'as la pins pauvre pâquerette, l'as le plus petit boulon d'or I
Comme pour répondre â sa plainte.
File aperçoit, sortant du Loi», I ne Joe à lu taille ceinte li'nnc (fuii lande d'hyaeinlbe. Uni lui dit de sn douce voix :
Entant île h dernière aurore.
Sur ton n*uni, que liieu lustra, ■SIS Cettfe eoiirmmo incolore :
Elle ne uVtirU pis encore,
Mai> un jour elle fl. urlra.
El quand l'enfant eut atteint lige Ouc le printemps comble de dons; Qu'elle alla rêver un bocage, Dans ta ronronne de fciiulâ^e On vit s'arrondir îles boutous.
El quand, de l'amoureux poème, Ecoutant les tendres douleurs, Elle entendit le mot : Je l'aime t [liapranl le vert diadème.
Les boulons devinrent des fleurs.
Et quand, pareille à la madone.
Dans ses bras elle vil grandir Ce doux, trésor que l'amour donne.
Parmi les Ileurs de sa cuiiroune, I n fruil commença de mûrir.
Et quand, gémissante et voiler.
Elle suivit de ses douleurs L'époux sous le froid mausolée, De la couronne désolée Elle vil tomber fruil et fleur*.
Mais quand de sa Irainc mortelle, Le III a soi tour se brisa, La ronronne redevint telle Vti'bii Jour ou la dame immortelle Sur son froni d'enfant la posa.
MÛNTE-ÇfUSTO.
Je prie le poétique archéologue quia bien voulu m'ap- j prendre que le Partage de la Terre etail du Schiller, Je vouloir Lion mo dire de qui est la Couronne de la Fée.
Ou'il soit tranquille, elL- est de quelqu'un.
Alex. Di'mas.
CPAP1TRE XVIII.