I.p doniesti.il'" - empressa d'obéir, connue s'il îecomiais
sait à Salvator le droit de commander, et s'cloignanl tout courant, revint un instant après avec un encrier et une plume.
Chacun signa.
Salvator prit le papier, le remit dan» sa poche, caressa de nouveau Brésil, noua les quatre coins de la servietle qui contenait le squelette de l'enfaut, et saluant (a société :
— Messieurs, dit-il, je vous rappelle que c'est demain à quatre heures de l'aprés-midi que l'on doit exécuter un innocent; je n'ai donc pas de temps à perdre; aussi, après vous avoir remercié de votre bonnne assistance, je vous demande la permission de me retirer.
— Pardon, monsieur, dit le notaire, vous avez dit, je crois, que le nom de cet innocent était Sarrau li.
— Je vous l'ai dit, oui, monsieur, et plus que jamais, je vous le redis.
— Mais, continua !e notaire, est-ce que le nom de notre hôte, M. Gérard, n'a pas, il y a deux ou trois mois. été mêle dans cette affaire.
—En effet, dit Salvator, oui, monsieur, il y a ete irêlè.
— De sorte, interrompit le médecin, qu'on pourrait supposer que votre M. Giraud est tout simplement...
— M. Gérard ?
— Oui, firent les assistants d'un mouvement de tête.
— Supposez tout ce que vous voudrez, messieurs, dit Salvator; au reste, demain, nous en serons, non plus à la supposition, mais a la certitude. J'ai l'honneur de vous saluer. — Viens, Brésil.
Et Salvator, suivi de son chien, s'éloigna rapidement, laissant tous les convives de M. Gérard dans un étal de consternation difficile à décrire.
At.c.v. Dt ma*.
{La suite a» prochain numéro.)
CORRESPONDANCE
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Le lendemain, je fit» réveillé eu sursaut un peu après le point du jour. Des gens couraient en criant, je prêtai l'oreille et crus entendra ces mots terribles :
— Un homme dans 1rs rapides !
Je saute à bas de mou lit, je m'habille a la hâte et t o m'élance vers le théâtre de l'événement, ou je suis entraîne en quelque sorte par le courant d'une foule consternée.
Sur la rive américaine un pont conduit à Goat-Island par-dessus la branche du fleuve, qui deux cents pas plus loin forme la chute américaine, et qui produit en passant à l'endroit que nous indiquons ce que l'on appelle les Rapides, parce que l'eau y passe avec impétuosité par-dessus un lit de rocher et forme une quantité de petites cascades, de tournants et de remous qui engloutissent les arbres qui qui y tombent et les brisent comme des allumettes, si gigantesques qu'ils soient.
Lorsque j'arrivai à Goat-Island, le* bords des rapides étaient couverts de milliers de spectateurs auxquels s'offrait une scène déchirante.
A vingt pas au-dessus de la chute perpendiculaire, un jeune homme était accroché à un tronc d'arbre et suppliait par des gestes de desespoir que Ton vint à son secours.
Alors je m'informai et j'appris que la veille à deux houresdusoir il avait eu l'imprudence de s'embarquer avecdeux amis dans un canot afin de traverser le fleuve Malgré h»? efforts rament», le courant avait saisi .m ,•,.„.
versé l'embarcation, peu d'instants après elle avait disparu et avec elle deux de ceux qui la montaient.
Le troisième s'était accroché à un tronc d'arbre.
C'était celui à l'agonie duquel noiu assistions. Il se nommait Avry.
Figurez vous, cher ami, les mille morts qu'il a aouffer tes depuis la veille onze heures du soir qu'il était accroché à cet arbre, résistant à un fleuve tout entier, qui vingt pas plus loin va se précipiter dans un gouffre.
Il avait crie toute la nuit ; mais le tonnerre de la chute avait étouffe sa voix ; au jour seulement il avait été vu, cl chacun s'était précipite vers lui.
Mais un ahluie, et quel abîme, le séparait de ses sauveurs?
Certes, l'émotion était grande,— si grande que si chacun avait pu abandonner un certain nombre de jours de sa tm pour sauver celle de ce malheureux, personne n'eût refuse la terrible aumône.
Par malheur, la mort n'accepte pas ces sortes de marches,— et elle planait, visible et hideuse, autour de ce mallieu roux.
l'n des spectateurs, M. Porter, cria de toutes les forces de sa poitrine :
— Mille dollars a qui le sauve !
l'iie autre voix répondit comme un écho :
— Moi aussi, je donue mille dollars.
Je demandai le nom du second, personne ne put m le dira; la seule réponse fut :
— C'est un homme du Midi.
A cette offre do deux mille dollars, c'est-à-dire de di\ mille francs, routhousiasine d*e la pitié gagne la foule.
— Ou'il tienne une heure encore, qu'il tienne une heure seulement, et nous le sauverons, crient une vingtaine de voix.
Mais comment, pour soutenir ses forces, faire dire au malheureux qu'on s'occupe de son salut.
I n jeune artiste, mon camarade de voyage, M. flke. ■lui n'avait pas mille dollars à offrir, eut alors uue idée qui valait bien mille dollars.
II prit un pinceau, et en lettres gigantesques écrivit sur un mur :
— wi: WII.L SAVE voi .
Ia- malheureux, voyant que c'était à lui que l'on parlait, suivait chaque lettre des ytux.
Avant même que l'inscription fui complètement achevée, il faisait si»ne qu'il ne comprenait pas.
Alors Ulke prit son pinceau décrivit en français :
— ON s'oCClU'E IIE VOLS SALVER.
Mais la langue française était aussi inconnue a lVtraugci que la langue anglaise.
Eu allemand, lui criai-je. en allemand.
Et II ko écrivit sur le mur :
— win bkttkn unai.
— Nous le sauverons.
Cette fois il a compris. Il exprime sa joie -ai des gestes «pii .semblent dire :
— Ûh ! s'il y a des Allemands, je suis sauve.
En attendant, une locomotive avait déjà été expédiée a Huffalo. Au bout d'une demi-heure . lie revint avec un bateau de sauvetage.
Après avoir été solidement attache à une corde, le bateau est lance, le courant le jette a gauche, le jette adroite, le soulève, mais il résiste.
Seulement il ne va pas dans la bonne direction.
Puis après quelques minutes, il s'arrête tout a coup.
Le» cordes s'étaient enroulées dans N-s rin hei.s ctlecaiint était invinciblement immobile.
LK MUNTE-CHUiTO.
Les regards désespères de ce malheureux s'arrêtent sur le bateau ; on voit qu'il comprend parfaitement qu'il n'y a plus d'espoir à attendra de ce côté-là.
La foule aussi le comprend et ne s'entête point à des efforts inutiles.
Ou propose de faire un radeau, et chacun accept-.» en se mettant à l'ouvrage, femmes et enfants, — pauvres et riches, — faibles et forts, — tout le monde travaille a la lois.
Mais la construction d'un radeau demande un temps moral, — uu temps pendant lequel les forces du naufragé s'epuiseront. — Depuis la veille, dans l'eau, sans nourriture, entouré de hurlements prés desquels ceux des chiens do Scylla ne sont qu'un murmure, — quelques minutes suffiront peut-être pour lui enlever ses dernières forces.
Cette crainte fait naître une idée : ou remplit un baril de quelques vivres, on le confie au torrent. Gomme s'il était conduit par une main invisible, il va droit nu tronc d'arbre où se cramponne le naufragé : il le voit arriver , tend le bras pour le saisir avec une expression qui indique sa reconnaissance pour ceux qui envoient co secours. Mais le bras a beau s'étendre, il s'en faut d'un pied qu'il n'atteigne le baril ; - lo baril passe, — et cinq minutes après va s'engloutir dans l'abîme, tout à la fois déception et menace.
En attendant le radeau s'achève, — le naufragé suit des yeux le travail sauveur, — il se cramponne du nouveau au tronc de l'arbre et attend.
Enfin le radeau achevé, muni de cordes, est lance sur le fleuve.
Ce fut un moment d'auxieté terrible, cher ami, au paroxysme de laquelle vos drames, si terribles qu'il soient, croyex-moi. n'arrivèrent jamais. — Par bonheur, l'attente l'ut courte, les poitrines se fussent brisées en telenaut leur haleine. \a>. radeau est dans L ligne du tronc d'arbre; il descend rapidement, il approche, — Avry se prépare, — tout le monde l'encourage, — pas delà voix, nul n'ose parler, — et l'on entend le mugissement de la chute qui re clame celte proie, qu'on veut lui enlever, — mais du geste, — au moment où il passe près de lui, il saute dessus, plisse, tombe, mais se cramponne — Des cris de joie pousses par mille bouches couvrent un instant les hurlements de la cataracte. Le naufragé est à genoux sur le radeau. — il se croit sauvé, il lève les mains et les yeux au ciel avec un regard de reconnaissance infinie, mais au même instant l'accident qui a déjà jiaralyse le canot se reproduit, los cordes «'enroulent autour d'uu rocher, le radeau reste comme à l'ancre sur un abîme. Tous les moyens sont employés pour deioulcr les cordes. — on y atlèle deux, quatre, dix, vingt chevaux ; — le rocher, comme une dent mal assurer dans son alvéole, remue, s'ébranle, sombre. — Le radeau n'est plus retenu, il se meut, il remonte le fleuve, il lutte pendant cinq ou six minutes contre le courant, l'n nouveau cri de triomphe perce les airs, célébrant la victoire de l'intelligence humaine contre la force brutale; mais un nouvel obstacle inattendu, et celte fois insurmontable, s'oppose à ce qu'il aille plus loin. Hue chute de quatre pieds arrête le radeau, il est impossible de lui faire franchir ce mur liquide. — Avry s'épuise en efforts désespérés mais inutiles. Là c'est la force conlie la force, et la force humaine ne peut rien contre la colère d'un fleuve.
Au milieu de cette anxiété suprême, un nouveau cri se fait entendre :
— Mille dollars de plus pour de nmncaux e.-siis- qu'on -iiuu' ou qu'on ne le sauve pas
Une deuxième locomotive est lancée vers Buflalo, et revient avec un second life-boat, qui, de nouveau, est attache et prêt à être lance. Cette fois il est temps : les forces du uaufragè s'épuisent visiblement. — Toute la journée s'est passée dans ces tentatives inutiles ; le soleil baisse et touche à l'horizon. Le soir commence ; il est six heures : depuis trente-deux heures, Avry est entre la vie et la mort.
Le bateau part; il navigue lentement, retenu par des cordes dans la direction du radeau; il approche. — Avry dénoue les lanières avec lesquelles il s'est attaché. Encore un instant, le bateau sera à sa portée, il s'avance sur l'une des extrémités de son radeau : il tend les mains, le même silence se reproduit; toutes les poitrines etouflènt. Encore un pied, les mains d'Avry loucheront le bateau sauveur ; ses doigts crispes s'étendent vers lui.
Tout à coup, le devant du radeau est brusquement soulevé par un bouillonnement qui semble venir du fond du fleuve. Avry perd l'équilibre. — Il est précipite dans los Rapides.
Alors, avec ce courage suprême, inouï, surhumain, que donne la présence et la conviction de la mort, il essaie do lutter en nageant contre la courant ; pendant quatre ou cinq brasses, il demeure immobile. Mais bientôt il perd sur le fleuve. — Ses forces épuisées l'abandonnent au gouffre. — Lo torrent le piend, le roule, le précipite, l'abîme !
A quelques pieds de la chute, par un dernier effort, son corps prcsqu'enlier est sorti hors de l'eau. Son regard s'ot tourné vers la rive gauche, — fait un geste désespère d'adieu, — et disparaît.
I* gouffre l'a dévore !
Tous les yeux alors se tournent vers celle rive gauche, à laquelle personne, jusque-là. n'a songé. — On voit nue femme à genoux qui. au moment où le naufrage disparut, tombe comme foudroyée.
Mon ami, cette femme qui était là depuis le matin, priant Dieu, et à laquelle personne n'avait fait attention,
C'était sa mère I
Tout à vous !
Bahon lit Mi Li.tn.