‹ Le MonteCristoChapitre 122 sur 144 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'ahmviïb.

Le 2\ février 1815, la vigie de Nolrc-Danie-dc-la-(îaide signala le trois-mâls le Phuraon, venant de Siuyrite, Tricste et Naples.

Comme d'habitude, nn pilot*^ entier partit aussitôt du

t)ort, rasa le château d'If, et alla aborder le navire entre e cap de Morgiou et l'Ile de Rion.

Aussitôt, comme d'habitude encore, la plate-forme du fort Saint -Jean s'était couverte de curieux : car c'est toujours une grande affaire à Marseille que l'arrivée d'un bâtiment, surtout quand ce bâtiment, comme l^J > haraon,& été construit, greè, arrimé sur les chantiers de la vieille Phocee, et appartient à un armateur de la ville.

Cependant ce bâtiment s'avançait ; il avait heureusement franchi le détroit que quelque secousse volcanique a creuse entre l'Ile de Calasareigne et l'Ile de Jaros ; il avait double Pomèguc, et ii s'avançait sous ses trois huniers, son grand foc et sa brigantiue. niais si lentement et d'une allure si triste, que les curieux, ave>. cet instinct qui pressent un malheur, se demandaient quel accident pouvait être arrive à bord. Néanmoins les experts en navigation reconnaissaient que si un accident était arrivé, ce ne pouvait être au bâtiment lui-même ; car il naviguait dan» toutes les conditions d'un navire parfaitement gouverne: son ancre était eu mouillage, ses liaubans de beaupré décroches ; et près du pilote qui s'apprêtait à diriger le Pharaon par l'étroite entré'.' du port de Marseille était un jeune homme au geste rapide et à l'<eil actif, qui surveillait chaque mouvement du navire et répétait chaque ordre du pilote.

La vague inquiétude qui planait sur la foule avait particulièrement atteint un des spectateurs de l'esplanade de Saint-Jean, de sorte qu'il ne put a' tendre l'entrée du bâtiment dans le port ; il sauta dans une petite barque et ordonna de ramer au-devant du Pharaon, qu'il atteignit eu face de l'anse de la Réserve.

En voyant venir cet homme, le jeune inariu quitta son poste à cote du pilote, et vint, le chapeau à la main, s'appuyer à la muraille du bâtiment.

n'était un jeune homme de dix-huit â vingt ans. grand, svelte, avec de beaux yeux noirs et des cheveux d'ebéue : il y avait dans toute sa personne cet air de calme et de résolution particulier aux hommes habitués depuis leur enfance â lutter contre le danger.

— Ah ? c'est vous, Dantés ! cria l'homme à la barque ; qu'est-il donc arrive, et pourquoi cet air de tristesse répandu sur tout votre bord !

— Un grand malheur, monsieur Morrel ! répondit le jeune homme, un gi-and malheur, pour moi surtout : à la hauteur de Givila-Yecchia, nous avons perdu ce brave • api taine Leclére.

— Et le chargement? demanda vivement l'armateur.

— Il est arrive a bon port, monsieur Morrel, et je crois que vous serez content sous ce rapport ; mais ce pauvi-e capitaine Leclére. . .

— One lui est-il donc arrivé ? demanda l'armateur d'un air visiblement soulage, que lui esl-il donc arrive, à ce brave capitaine ?

— Il est mort.

— Tombe à la mer ?

Non, monsieur ; mort d'une fièvre cérébrale, au milieu d'horribles souffrances.

Puis, se retournant vers ses hommes :

— Holà hé, dit-il, chacun à sou poste pour le mouillage!

L'équipage obéit , au même instant, les huit ou dix matelots qui le composaient s'elancerent les uns sur les écoules, les autres sur los bras des vergues, les autres aux drisses, les autres aux liallehas des focs, enfin les autres aux cargnes des voiles.

Le jeune marin jeta un coup d'cei) nonchalant sur ce commencement de manœuvre, et, voyant que ses ordres allaient s'exécuter, il revint à son iuterlocuteur.

— Et comment ce malheur est-il donc arrivé t continua l'armateur, reprenant la conversation où le jeune marin l'avait quittée.

— Mon Dieu ! monsieur, de la façon la plus imprévue : après une longue conversation avec le commandant du port, le capitaine i/cclére quitta Naples fort agite ; au bout de vingt-quatre heures, la fièvre le prit , trois jours après, il était mort. Nous lui avons failles funérailles ordinaires, et il repose, décemment enveloppe dans un hamac, avec un boulet de trente-six aux pieds et un à la tête, à la hauteur de l'Ile del Giglio. Nous rapportons à sa veuve sa croix d'honneur et son épec. C'était bien la peine, continua le jeune homme avec un sourire mélancolique, de faire dix ans la guerre aux Auglais pour en arriver a mourir comme tout le monde, dans Sun lit !

— Dame ! que voulez-vous, monsieur Edmond ? reprit l'armateur, qui paraissait se consoler de plus en plus, nous sommes tous mortels, et il faut bien que les anciens fassent place aux nouveaux ; sans cela, il n'y aurait pas d'avancement; et du moment que vous m'assurez que la cargaison . . .

— Est eu lion étal, monsieur Morrel, je vous en réponds. Voici un voyage que je vous donne le conseil de ne point escompter pour v'^OOO fr. de bénéfice.

Puis, comme ou venait de dépasser la Tour ronde :

— Range à carguer les voiles de hune, le foc et la brigantine ! cria le jeune marin ; faites penaud !

L'ordre s'exécuta avec presque autant de promptitude que sur un bâtiment de guerre.

— Amène et cargue partout !

Au dernier commandement, toutes les voiles s'abaissèrent, et le navire s'avança d'une façon presque insensible, ne marchant plus que par l'impulsion donnén.-

— Et maintenant, si vous voulez monter, monsieur Morrel, dit Dantés voyant l'impatience de l'armateur, voici votre comptable, M. Danglars, qui sort de sa cabine, et qui vous donnera tous les renseignements que vous pouvez désirer. Quant à moi, il faut que je veille au mouillage et que je me lie le navire en deuil.

L'armateur ne se le lit pas dire deux fois. 11 saisit un câble que lui jeta Danti s, et avec une dextérité qui eût lait honneur à un homme de mer, il gravit les eclieloos cloues sur le flanc rebondi du bâtiment, tandis que le jeune homme, retournant à son poste de second, cédait la conversation à l'individu qu'il avait annonce sous le nom de Danglars, et qui, sortant de sa cabine, s'avançait effectivement au devant de l'armateur.

Le nouveau venu était un homme de vingt-cinq à vingtsix ans, d'une figure asstz sombre, obséquieux enveis ses supérieurs, insolent envers ses subordonnés: il en résultait qu'outre son titre d'agent comptable, lequel est toujours un motif de répulsion pour les matelots, il était généralement aussi mal vu de l'équipage qu'Edmond Dantès au contraire en était aime.

— Eh bien, monsieur Morrel, demanda Danglars, vous savez déjà le malheur, n'est-ce pas ?

— Oui, oui. Pauvre capitaine I-eclère ! c'était uu brave et honnête homme ! répondit l'armateur,

— Et un excellent inariu, surtout, vieilli entre le ciel et l'eau, comme il convient a un homme charge des intérêts d'une maison aussi importante que la maison Moire! et fils, ajouta Danglars

LE

MONTR-CniSTO.

-rr -r-i — :

— Mais, dit l'armateur, suivant des yeux Dantès qui cherchait son mouillage, mais il me semble qu'il n'y a pas besoin d'être si vieux marin que vous le dites, Danglars, peur connaître son métier, et voici notre ami Edmond qui fait le sien, ce nie semble, en homme qui "n'a besoin de demander de conseils à personne.

— Oui, dil Danglars en jetant sur Dantès un romani oblique où brilla" mi éclair de haine, oui, c'est jeune, et cela ne doute de rien. A peine le cajiitaine a t il ete mort qu'il a pris le commandement sans consulter personne, et qu'il nous a fait perdre un jour et demi à l'Ile d'Elbe au lieu de revemr directement à Marseille.

— Quant à prendre le commandement du navire, dit l'armateur, c'était son devoir comme second , quant à perdre un jour et demi à l'Ile d'KIbe, il a eu toi t : à nmins ijuc le navire n'ait eu quelque avarie à reparer.

— Le navire se portait comme je me porte, et comme je désire que vous vous portiez, monsieur Morrel ; et cette journée et demie a été perdue par pur caprice, pour le plaisir d'aller à terre, voilà tout.

— Uantès, dit l'armateur se retournant vers le jeune homme, venez donc ici.

— Pardon, monsieur, dit Dan t**, je suis à vous dans un instant.

Puis, s'adressant à l'équipage

— Mouille! dit-il.

Aussitôt l'ancre tomba, et la chaîne fila avec bruit Dantès resta à son poste, malgré la présence du pilote, jusqu'à ce que cette dernière inano-uvre fût terminée ; puis alors :

— Abaissez la flamme a mi-mat, mette* le pavillou en berne, croisez les vergues! eria-l-il.

— Vous voyez, dit Danglars, il se croit déjà capitaine, sur ma parole !

— Et il l'est de fait, dit l'armateur.

— Oui, sauf votre signature et celle de votre associé, monsieur Morrel.

— Dame ! pourquoi ne le laisserions-nous pas à ce poste? dit l'armateur. Il est jeune, je le sais bien, mais il me parait tout à la chose et fort expérimenté dans son état.

En nuage passa sur le front de Danglars.

— Pardon, monsieur Morel, dit Dantësen s'approrhant ; maintenant que le navire est mouillé, me voici à vos ordres : vous m'avez appelé, je crois ?

Danglars lit un pas eu arrière.

— Je voulais vous demander pourquoi vous vous étiez arrêté à l'Ile d'KIbe ?

— Je l'ignore, monsieur; c'était pour accomplir un dernier ordre dd capitaine l.eclerc, qui, en mourant, m'avait remis un paquet pour le grand-marechal Ilertrand.

— Lavez- vous donc vu, Edmond?

— Oui.

— Le grand-maréchal ?

— Oui.

— Morrel regarda autour de lui, el tira Dantès à part.

— El comment va l'empereur? demanda-t -il vivement.

— Bien, autant que j'ai pu en juger par mes yeux.

— Vous avez donc vu l'empereur aussi ?

— Il est entre chez le maréchal pendant que j'y étais.

— Et vous lui avez parle?

— C'est-à-dire que c'est lui qui m'a parlé, monsieur, dit Dantès en souriant.

— Et que vous a-t-il dit ?

îl m'a fait des questions sur le bâtiment, sur l'époque de son départ pour Marseille, sur la route qu'il avait suivie et sur la cargaison qu'il portait. Je crois que s'il crtt ele vide, et que j'eu eusse ete le maître, son intention eut été de l'acheter ; mais je lui ai dit que je n'étais que simple second, et que le bâtiment .appartenait à la maison Morrel ( >l fils. — Ah ! ah ! dit-il, je la connais. Les Morrel sont armateurs de père en lils. et il y avait un Morel qui servait dans le même regimentque moi lorsque j'étais eu garnison à Valence.

. n'est pardieu vrai ! s'écria l'armateur tout joyeux ;

c'était Policar Morrel, mon oncle, qui est devenu capitaine.

Dantès, vous direz à mou oncle que l'empereur K e«t «ou. venu de lui, et vous le verrez pleurer, le vieux grognard Allons, allons, continua l'armateur en frappant amicalement «ur l'épaule du jeune homme, vous avez bienfait Dantès, de suivre les instructions du capitaine Leclére et de vous arrêter à Nie d'Elbe, quoique si l'on savait mie vous avez remis un paquet au maréchal et cause avec l'empereur, cela pourrait vous compromettre.

— Eu quoi voulez-vous, monsieur, que cela me compromette? dit Dantès : je ne sais pas même ce que je portais, et l'empereur ne m'a fait que les questions qu'il eut faites au premier venu. Mais, pardon, reprit Dantès, voici la santé et la douane qui nous arrivent ; vous permettez n'est-ce pas ?

— Faites, faites, mon cher Dantès.

Le jeune homme s'éloigna, et comme il s'éloignait, Danglars se rapprocha.

— Eh bien ! dcmanda-t-il, il parait qu'il vous a donne de bonnes raisons de son mouillage à Porlo-Ferrajo ?

— D'excellentes, mon cher monsieur Danglars.

— Ah! tant mieux, repondit celui-ci, car c'est toujours pénible de voir un camarade qui ne fait pas son devoir.

— Dante* a fait le sien, répondit l'armateur, et il n'v a rien à dire. C'était le capitaine Leclére qui lui avaitordorine cette relâche.

A propos du capitaine Leclére, ne tous a-t-il pas remis une lettre de lui ?

— O'ti ?

— Dantès.

— A moi, non. En avait-il donc une ?

— Je croyais qu'outre le paquet, le capitaine Leclére lui avait contienne lettre.

— De quel paquet voulez-vous parler, Danglars ?

— Mais de celui que Dantès a déposé en passant à Porto-Ferrajo.

— Comment savez-vous qu'il avait un paquet à déposer? demanda Morrel.

Danglars rougit.

— Je passais devant la porte du capitaine qui était entr ouverte, et je lui ai vu remettre ce paquet et cette lettre à Dantès.

— ii ne m'en a point parlé, dit l'armateur ; mais s'il a cette lettre, il me la remettra.

Danglars réfléchit un instant.

— Alors, monsieur Mortel, je vous prie, dit-il, ne parlez point de cela à Dantès ; je me serai trompe.

En ce moment, le jeune homme revenait ; Danglars s'éloigna.

— Eh bien ! mon cher Dantès, êtes-vous libre ? dem&nd»

l'armateur.

— Oui, monsieur.

— La chose n'a pas été longue.

— Non, j'ai donné aux douaniers la liste de nos marchandises ; et quand à la cousigue, elle avait envovè avec le pilote côtier un homme à qui' j'ai remis nos papfers.

— Alors, vous n'avez plus rien à faire ici?

Dantès jeta un regard autour de lui.

— Non, tout est en ordre, dit-il.

— Vous pouvez donc aldrs venir dîner avec nous?

— Excusez-moi, monsieur Morrel, excusez-moi, je vous prie, mais je dois ma première visite à mon pore. Je n'en suis pas moins reconnaissant de l'honneur que vous me faites.

— C'est juste, Dantès, c'est juste. Je sais mie vous êtes bon fils.

— Et. demanda Dantès avec une certaine hésitation, et il se porte bien, que vous sachiez, mou père?

— Mais je le crois, mon cher Edmond, quoique je W l'aie pas aperçu.

— Oui, il se tient enfermé dans sa petite chambre.

— <>la prouve au moins qu'il n'a manque de rien pendant votre absence.

Dantès sourit.

— Mon père est fier, monsiour, et crtt -il manqué de tout, je doute qu'il eut demandé quelque chose à qui qu* ce soit au monde, excepté à Dieu.

— Eh bien ! après cotte première visite, nous comptons j sur vous.

— Excusez*-moi encore, monsieur Morrel ; mais, après cette première visite, j'en ai une seconde qui ne me tient, pas moins au cn-ur.

— Ah ! e'est vrai, Dantès, j'oubliais qu'il y a aux Catalans quelqu'un qui doit vous attendre avec non moins d'impatience que voire père : c'est la belle Mercedès.

Dantès sourit.

— Ah ! ah ! dit l'armateur, cela ne m'étonne plus qu'elle soit venue trois fois me demander des nouvelles du Pharaon. Peste! Edmond, vous n'êtes point à plaindre, et vous avez la une jolie maltresse !

— Ce n'est point ma maîtresse, monsieur, dit {gravement le jeune marin, c'est ma fiancée.

— C'est quelquefois tout un, dit l'armateur en riant.

— Pas pour nous, monsieur, répondit Dantès.

— Allons, allons, mon cher Edmond, continua l'armateur, que Je ne vous retienne pas; vous avez assez bien fait mes affaires pour que je vous donne tout loisir de faire les vôtres. Avez-vous besoin d'argent?

— Non , monsieur ; j'ai tous mes appointements de voyage, c'est-à-dire près de trois mois de solde.

— Vous êtes un garçon rangé, Edmond.

— Ajoutez que j'ai un père pauvre, monsieur Morrel.

— Oui, oui, je sais que vous êtes un bon fils. Allez donc voir votre père : j'ai un fils aussi, et j'en voudrais fort à celui qui, après un voyage de trois mois, le retiendrait loin de moi .

— Alors; vous permettez?... dit le jeune homme en saluant.

— Oui, si vous n'avez rien de plus à me dire.

— Non.

— Le capitaine Leclère ne vous a pas, en mourant, donne une lettre pour moi?

— Il lui eût cte impossible d'écrire, monsieur ; mais cela me rappelle que j'aurai un congé de quelques jours à vous demander.

— Pour vous marier?

— D'abord ; puis pour aller à Paris

— Bon

vous voudrez, Uantes ; le temps nous prendra bien six semaines, et nous ne nous i émettrons guère en mer avant trois mois... Seulement, dans t rois mois, il faudra que vous soyez la. Le Ph'araon, continua l'armateur en frappant sur l'épaule du jeune marin, ne pourrait pas repartir sans son capitaine.

— Sans sou capitaine! s'écria Dantès les veux brillants de joie ; faites-bien attention à ce que vous dites-la, monsieur, car vous venez de repondre aux plus secrètes espérances de mon rceur. Votre intention seiait-elle de me nommer capitaine du Pharaon?

— Si jetais seul, je vous tendrais la main, mon cher Dantès, et je vous dirais : c'est fait ; mais j'ai un associé, et vous savez le proverbe italien : * Che a compagno a padront. • Mais la moitié de la l>osogne est faile au moins, puisque sur deux voix vous en avez déjà une. Rapportez-vous-en à moi de vous avoir l'autre, et je ferai de mon mieux.

— OJi! monsieur Morrel, s' écria le jeune marin saisissant, les larmes aux yeux, les mains de l'armateur, monsieur Morrel, je vous* remercie au nom de mon père et de NJereodès.

— C'est bien, c'est bien, Edmond, il y a un Dieu an riel pour les braves gens ! Allez voir votre père, allez voir Moroédés et revenez me voir après.

— Mais vous ne voulez pas que je vous ramène a terre?

— Non, merci ; je reste à rejjor mes comptes avec Dauplara. Avez-vous été content de lui pendant le voyage?

— C'est selon le sens que vous attachez à cette question, monsieur. Si c'est comme 1m>h camarade, non: car je crois «ju'il ne m'aime pas depuis le jour où j'ai eu la bêtise, à la suite d'une petite querelle que nous avions eue ensemble, de lui proposer de nous arrêter dix minutes :i l'île du Monte-'Yisto pour vider cette querelle; proposition que j'avais eu tort de lui faire, et qu'il avait eu, iui. raison do "refuser. Si c'est comme bon comptable que vous me

i, bon! vous prendrez le congé aussi long que îdrez, Dantès ; le temps de décharger le bâtiment

faites cette question, je crois qu'il n'y a rien à dire et ne vous serez content de la façon dont sa besogne est aile.

— Mais, demanda l'armateur, voyons, Dantès, si vous étiez capitaine du Pharaon, garderiéz-vous Dauglars avec plaisir?

— Capitaine ou second , monsieur Morrel , répondit Dan'és, j'aurai toujours les plus grands égards j>our ceux qui posséderont la confiance de nies armateurs

— Allons, allons, Dantès, je vois qu'en tout point vous êtes un brave garçon. Que je ne vous retienne plus ; allez, car je vois que vous êtes sur des charbons.

— J'ai doue mon congé? demanda Dantès.

— Allez, vous dis-je.

— Vous permettez que je prenne votre canot?

— Prenez.

— Au revoir, monsieur Morrel, et mille fv>is merci.

— Au revoir, mon cher Edmond, bonne chance?

\jO jeune marin sauta dans le canot, alla s'asseoir à la pouj>e, et donna l'ordre d'aborder à la Cannebière. Deux matelots se penchèrent aussitôt sur leurs rames, et l'em- Iwircation glissa aussi rapidement qu'il est possible de le faire au milieu des mille barques qui obstruent l'espèce de rue étroite qui conduit, entre deux rangées de uavircs, de l'entrée du port au quai d'Orléans.

L'armateur le suivit des yeux eu souriant jusqu'au bord, le vit sauter sur les dalles du quai et se perdre aussitôt au milieu de la foule bariolée qui de cinq heures du matin à neuf heures du sair, encombre cette fameuse rue de la Cannebière, dont les Phocéens modernes sont si fiets qu'ils disent avec le plus grand sérieux du monde, et avec cet accent qui donne tant de caractère ace qu'ils disent : — Si Paris avait la Cannebière, Paris serait un petit Marseille.

En se retournant, l'armateur vit derrière lui Danglars, qui, en apparence, semblait attendre ses ordres, mais qui, en réalité, suivait comme lui le jeune marin du regard.

Seulement, il y avait une grande différence dans l'expression de ce double regard qui suivait le même homme.

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