THEATRE DE L'AMBIGU-COMTQT'E
Première rcpré»enlation de uc* Viveuss de Paihs, drame en cinq . actes et tiuit UMeaux. de Xavier de Uontépin.
Les voilà donc revenus pour le théâtre dê l'Ambigu, ces lieaux soirs du vrai succès, ces soirs de fête où la salle gorgée de spectateurs comme uu Cirque romain, se passionne pour les aventures qui se déroulent sous ses yeux, Tremit et pleure, et sèch"-, dans les éclats d'un joyeux rire, ses larme» encore mal essuyées.
Dans notre dernier numéro, nous avons constaté le succès.
Nous allons dire aujourd'hui pourquoi le succès est venu.
Tout le monde a ln le roman de notre ami Xavier de Montépin.cc qni nous dispenso de faire l'analyse du drame, car le drame est littéralement tiré du livre, sauf le huitième et dernier tableau on les nécessités du dénouement ont amené d'importantes modifications
Le livre renfermait an plus haut point trois qualités précieuses et rares : la verve — l'intérêt de cœur— la galté vive et frauche.— Ces qualités se retrouvent dans la pièce, et le jeu des acteurs leur donne uu nouveau et puissant relief.
Rarement, en effet, un drame, et même une comédie, ont été, je ne dirai pas mieux joués, mais aussi bien joues, sur aucun théâtre de Paris.
La troupe de l'Ambigu est remarquable et composée d'artistes d'élite, mais à cette troupe il manquait une perle, une étoile.
L'étoile attendue, la perle sans lâche, ou plutôt le diamant pur, r eRt mademoiselle Page, la plus charmante, la
plus gracieuse, la plus sympathique des jolies femmes et des grandes artistes,
Dans le rôle de cette adorable Comtesse Berthe, qui chaque Boir l'ait couler tant de larmes, mademoiselle Page a trouvé sa meilleure création et son plus beau triomphe, et certes, jamais triomphe ne fut mieux et plus complètement mérite. — Non contente de prodiguer les trésors de sa jiràce exquise, de sa distinction sans pareille et de sa beauté radieuse, la jeune comédienne marche sur les traces de notre grande et pauvre Marie Dorval. Elle e*t magnifique au quatrième tableau ; au septième elle est sublime, elle a des cris partis du cnuir et qui vont droit au cœur, elle a de merveilleux et irrésistibles élans de passion et de desespoir.
Hravo, Page ! bravo, mon enfant ! votre talenl est en prc. grès immense, et vous suivez la voie véritable.
Dumaiiie, lui aussi, vient de faire un grand pas en prouvant qu'il était capable déjouer autre chose que ces mélodrames à lourd tapage el ces rôles insensés d'où la vérité semble soigneusement et rigoureusement bannie , aussi bien par les auteurs que par les artistes. — Il s'est monuv véritable et excellent comédien dans une pièce qui est une comédie bien plus qu'un drame, — il a compris que les grands effets s'obtiennent aussi bien par des moyens simples et naturels que par les clameurs frénétiques et les gestes violents. — Les applaudissements enthousiastes du public lui ont prouve qu'il avait atteint le but. — Dunuin<j a joué en maître la scène de la provocation au sixième tableau. — Je ne sais rien de plus beau que son second : — Vous en mes menti II
Le septième tableau a été pour lui, comme pour made moiselle Page, uu triomphe.
Laurent,— Cabirol, — est, comme toujours, le plus gai, le plus irrésistible, le plus amusant des comiques : — mais cette fois, au moins, il avait à interpréter un rôle taillé pour lui en pleine étoffe , un rôle plein de cœur et de naturel, et dont tous lo3 mots portent comme les balles d'une sarbacane.
Maurice Coste est un artists de beaucoup de talent, — nous le savions déjà, — il vient de nous le prouver de nouveau.
Mademoiselle Marty, — Violette, — joue avec une verve et un esprit étourdissant son second tableau. Celle-là aussi est une vraie comédienne.
Tous les autres ont fait leur devoir et rontribuè, chacun pour sa part, et dans la mesure de son rôle, au magnifique succès de l'ouvrage, — succès mérité ; — succès retentissant, qui, en dépit des injures anonymes et des attaques basses et envieuses, durera pendant cent soirées, tout au moins, et commencera une ère nouvelle pour le théâtre de l'Ambigu.
Notre ami Montèpin, d'ailleurs, ne s'endort point sur ses lauriers, et il écrit dans ce moment pour mademoiselle Page un immense drame à spectacle : la Reine des Voleurs.
Nons souhaitons à la Reine des Voleurs le succès des Viveurs de Paris, et nous croyons que le succès ne manquera ni à la pièce ni à sa ravissante interprète.
Alex. Dcjias.
Albx. DUMAS, Seul propriétaire et seul rédacteur du JMonu-Critto.
P»ri». — Imprimer» de E. Brifcrc et C; me Virieni*. 49,