JEUDI 15 OCTOBRE
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JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
FRANCE i i • i . . On an. . 8ir.»»o.
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ETRANGER-
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Espagne Un an, 13 M Pruaw Un an, 13 80
Naplee Un an, 15 m Ruwi* Un an, 13 80
r, au bureau du journal, a*»c un* Taleur »ur Paria ou un mandat tur la poeta.
CAUSERIE AVEC MES LECTEURS
ch;>rs lecteurs, Avez-vous des chasseurs parmi vos amis, ou êtes-vous chasseurs vous-mêmes ?
Dans l'un ou l'autre cas, lisez cette causerie et après l'avoir lue, laites la lire à ces amis chasseurs <lont je vous parle.
Ce n'est pas qu'elle soit amusante, aujourd'hui je u'ai pas la prétention d'être amusant, cela viendra uu autre jour, rapportez-vous en à moi.
Aujourd'hui j'ai la prétention d'être utile.
Un des souvenirs de ma jeunesse qui se rattachent avec le plus de tendresse a (Idolâtrie dont m'entourait ma pauvre mère, est la terreur que lui inspirait ma passion pour la chasse et mon guut pour les armes à feu.
Elle lisait assidûment son journal tous les matins pauvre mère— et avtc un soin dont elle ne s'écartait jamais. Chaque fois que le journal rapportait un accident causé par une arme à feu, elle me le faisait lire.
Je lisais l'article pour lui fùre plaisir. Je faisais un» pirouette sur le talon, j'allais faire claquer la batterie de mon fusil à un coup pour voir s'il gardait solidement le cran du repos, et je revenais en disant:
— Bon ! il n'y a pas de danger.
F.t pourtant ces lectures réitérées d'accidents fréquente, laissaient une trace profonde dans mon esprit, de sorte que, chasseur de la plus grande prudence, jo n'ai pour mon compte dans ma vie cynégétique, aucune imprudence à me reprocher.
Mais tous les chasseurs n'ont pas une mère comme ma mère, de sorti» que peu de chasseurs sont prudents au uu même degré que moi. Si bien que les accidents continuent de tacher d<> sang le terrain de la chasse et de fournir des faits diveis aux journaux.
J'ai été moi-même dans ma jeunesse témoin d'un de ces accidents. Cet accident a laissé un profond souvenir dans ma pensée.
LE MtmS-CîUSTO
J'avais douze ans à peine, lorsqu'un rentrant de course dans le pare de Villers-Cotterets, je trouvai ma mère debout sur le seuil de la porte.
Elle m'attendait.
C'est co qui arrivait toujours, dans les oteeonstances solennelles.
— Eh bien, me demanda-i-elle, tu sais ce qui «ai arrivé?
— Nou maman.
— Stanislas Picot s'est blessé avec son ruafl, et e*t probablement mort à cette heure.
Stanislas Picot était un jeune homme de quinze a seize ans, fils d'un fermier des environs dont j'avais bien amivent envie le sort.
Son père l'emmenait à la chasse avec lai, et tout jeune qu'il fût, il avait déjà parmi les chasseurs une certaine réputation d'adresse.
Comment Stanislas s'était il bteeaé ? où était-il blasé? c'est ce que l'on ne savait que vaguement ; son frère atné était venu au grand galop sur uu cheval qu'on n'avait pas pris le temps de seller, céwrcber M Loeomte, lu meuteur médecin de Yillers-Colleret».
De sou cote, M. Lecomle était monté A cheval et était parti au galop pour la ferme de Noue.
C'était ahjsi que ae «ommait l'habitai*)* 4e M Picot père.
Ma asrre était très liée ajaee M™ Picot, ces* qui ont lu mes métnoiaaa se tappelferont qui c'était ian« une «arrière appartenant^ cette ramifie que nous "nous •aftigiâmes taapièr» et aaai Ion» 4e l'invasion 4e 1814.
— Si je èourais jusqu'à Noue, dîs-je a ma mère, je te rapporterais des nouvelles sûres.
— Je t'attendais pour que sous y allions ousejuble, ma répondit-elle.
Elle mit son chapeau et son châle, et sous partîmes.
Moi, je n'avais rien & mettre, rien a prendre, Je ne savais guère ce que c'était qu'un chapeau, à peine ce que c'était qu'une casquette, je ne la relardai doue pas.
— Nous partîmes de «on pas le plus rapide. — M j'avais été seul, j'eusse mis dix minutes pour aller de "Villers Cotterets à Noue.
Nous en mimes vingt.
Du plus loin que nous découvrîmes la ferme, nous vimes devant la porte cette agitation, ce mouvement, ce va et vient qui est l'indice d'un malheur arrive.
Un groupe, composé de six ou huit personnes, s'était massé et cau*aii.
D'autres entraient ou sortaient.
Quelques-une, les yeux baissés vers la terre, suivaient une trace et faisaient des gestes de douleur et de pitié.
"Nous doublâmes le pas et nous arrivâmes à la porte.
Le groupe parlait de rèvénement.
Les gens qui entraient et sortaient accomplissaient des ordres donnés par le médecin ou par M. et M">« Picot.
Enfin, ceux qui les yeux baissés vers la lérre suivaient une trace, suivaient une trace de sang.
Cette piste à laquelle on pouvait suivre un homme mourant comme on peut suivre un chevreuil ou un sanglier blessés, me produisit une profonde impression.
Voici ce qui était arrivé.
La journée unissait cothmè citasse ; arrivé i un des au* gles de la ferme, Stanislas, séparé dé son père depuis une lieure, enteudit tirer un coup de fusil.
Il tourna les yeux dans 1a direction du brait et ne vit que la fumée montant d'un bas fond.
Il espéra qu'en se haussant il verrait mieux et monta sur une borne. Monte sûr cette borne, le canon de son fuaiJ
atteignait à peo de chose près la hauteur du col dn fémur ; le chien de Slaatetea, par instinct d'imitation, vonlat, lui aussi, monter sur ta borne. Une de ses pattes glissa le Ion* du bois du mail, accrocha la gâchette, et le coup partit.
La charge de plomb à perdrix tout entière entra dans la cuisse du pauvre mfam, qui eut encore la force de longer te mur et de regagner la ferma en laissant cette trace de sang qui m'avait causé une ai profonde émotion.
Sa mère eUH dans la culame; il alla tomber à ses pieds.
Trois joure après il moumit dans les convulsions du tétanos.
J'ai vu depuis deux autres accidents du même genre, qui tons deux ont amené te mort.
Coma* le premier, ils étaient produits par des foaiU partis rotempestivement et contre la volonté de leurs
Uya quinze jours je lisais dans le Siècle :
• Uu accident dit à l'ivresse, et qui a eu les suites les plus
funestes, est arrivé dimanche soir à Moulle, département
du Nord.
Le sieur François Ballard, cultivateur de celte commune, en revenant le soir du cabaret, eut avec son frère Louis une discussion "d'iajlerêt : Isa chosm s'échauJMreni au point que imnçois alla prejsdre dasjs un coin, près «l'une horlqge, «a fuf.il charge, «A saiasiaaant l'arma par te canon, \\ asktma aur la table un graaduiu p d e «rosse» le ctiiea soulevé par la secouasse retomba sur la capsule et le coup partit ; le plomb fit balle, atteignit François i l'aine et sa renversa blessé mortellement, une artère était déchirée, le sieur François Ballard succomba bientôt a l'hemorrhagie.
Derrière France»* se trouvai: son beau-frère, le sieui Lefail, et un peu plus loin le sieur Louis Ballard, le même ouup qui avait tué François les blessa tous les deux a \a cuisse plus ou moi ns grièvement, car Louis Ballard dut se mettre au lit, qu'il n'a pas encore quitte, tandis que Lefait put marcher maigre sa blessure. •
J'en étais là de ma lecture, lorsqu'on m'annonça qu'un wirrief armurier demandait A ma parter.
Une me voulait il? c'est ce que je lui ils demander.
Me montrer un fusil avec lequel les accidents involontaires étaient impossibles.
Le moment ne pouvait pas être mieux choisi.
Je le fis entrer.
C'était un homme de cinquante à cinquante-cinq an*, aux cheveux gris, aux yeux intelligents, il venait a la main un fusil a deux coupe, encore «a Mime.
On appelle en blanc un fusil dont le bois n'est pas et couleur, dont le canon n'est pas damasse, et dont les bat terics ne sont pas ciselées.
— Excuser-moi, monsieur Dumas, me dit-il, mais en désespoir de cause j'ai recours â vous — Vous £le* chasseur n'est-ce pas?
— Oui.
— Vous êtes amateur d'armes?
— Grand amateur.
— Si l'on vous faisait voir une arme avec laquelle le* accident» involontaires sont ianxtfsibk», la. pati onosnei vous?
— Triste patron, mon clier monsieur, mais «nfin dansa mesure de mon pouvoir, je regarderais çouaxac un. dawtf d'être utile à sou inventeur.
— Eh bjen, monsieur, examinez ce fusil-lA.
Il ma présenta son fusil.
La première chose que fait un chasseur quand il tu
laine un fusil est dans faire jouer les batteries.
Je fis donc ce qu'on a l'habitude de faire.
En exécutent cette manœuvre, je mis à découvert le mécanisme du fusil.
Le chien, en «'abattant , rencontrait, us point d'arrêt qui l'empêchait d'atteindre la capsule.
Tant que ce point d'arrêt subsistait, on pouvait laisser tomber le fusil, frapper avec la crosse, accrocher les buistons en sautant un fossé, ou une branche eu traversant une baie, sans avoir à craindre aucun accident.
Le danger que le coup parte, et vous emporte la main en chargeant l'un des deux canons avait disparu. Celui non moins grave que votre chien vous tue en croyant allonger la. paie pour vous caresser était complètement évité.
Maintenant quel est ce mécanisme.
Gbers lecteurs, l'ouvrier se nomme May ; il demeure, 33, me d'Argenteuil, en face la rue des Orties. Allez che» lui, ou faites-le venir ches vous, il vous montrera «on fusil et vous en expliquera le mécanisme.
Tout ce que je puis vous dire, moi, c'est que ce fusil adopté, et j'ai déjà donné l'exemple de l'adoption en achetant à M. May celui qu'il m'a apporté, tout ce que je puis vous dire, e'eat que ce fusil, adopte généralement, sauverait la vie A vingt-cinq ou trente personnes par an.
Cela vaut bien la peine d'y songer.
Ouaadje vous l'avais dit, chers lecteurs, qu'à défaut d'être amusante, ma causerie serait utile.
Alix. Dumas.