LA FAMILLE LAMBERT
MUME UN DEl X ACTES PAR LÉON 60ZLAN, l'epriwr.lé tîiritrc Au Vaudeville.
Telais prévenu contre le drame, un peu aussi peul-ëtre contre (lozlan. Je lui trouve d'habitude au théâtre quelque chose d'inquiet, d'entortillé, d'emmêlé, une volonté do faire de Fesprii à chaque mot, de l'effet à chaque scène effet et esprit de detaits qui nuisent parfois à l'ensemble.
Puis on m'avait dit que la pièce n'avait pas réussi, ce qui n'est pas au reste un motif pour qu'elle soit mauvaise.
D'ailleurs on m'avait donne une étrange raison.
La Famille Lambert était trop une pièce.
De mon temps, plus une pièce était une pièce, meilleure on la trouvait.
Depuis cinq ou six ans, ce n'est plus l'avis des directeurs de théâtre.
Il leur est passe par l'idée, que pour qu'une pièce réussit, il fallait la faire faire par des geus qui ne sachent point ce que c'est qu'una pièce.
LE MOXTK-CWSTO.
il n'y ait pas de mauvais rôle dans une bonne pièce, Far— punil a etc pleine d'une émotion qui, tonte concentrée en elle qu'elle est, prend souverainement le public. Il y a outre autre* scènes une scène de lettres, entre elle lafont , scène qui dure un quart-d'heure, et pendant laquelle on ne respire pas.
Ounnd on a joué M 1 »* Lambert, on peut jouer tous les rôles de femme dos drames modernes.
Il est vrai que Farvueil était à chaque représentation do M" 1 * llistori, et qu'elle y applaudissait des deux mains.
A votre tour d'être applaudie, et pendant plus de temps que vous ne croyez vous-même.
Le succès de la Famille Lambert est un d<- ces succès qui vont grandissant.
La grande a ele simple et grave ; le rôle est secomburr, il l'a pousse au premier plan.
M"* Mellecnur est une charmante enfant: je la voyais pour la première fois, et n'ai point voulu quitter le théâtre sans lui faire mes compliments.
Hravo, Gozlan! Je vous ai awdaudi des deux mains, Li- Kls au théâtre ; je vous applaudis ici avec la plume.
Alex. Di v»s.
L'exemple fut donné par le Theàtre-Français.
La pauvre M 1 »* Allan joua le Caprice du pauvre de Musset.
M™« Allan est morte il y a dix-huit mois, de Musset es t mort avant-hier.
L'une est morte à quarante et un an, l'autre à quarantecinq.
la mort a quelquefois des haines étranges ; elle se prend au talent et à la virilité. Presque jamais le génie on le talent ne vit âge d'homme.
Pourquoi la mort ne se fait-elle pas journaliste ? Il y a tant de plumes qui ressemblent à une faux, que l'on pourrait prendre sa faux pour une plume de plus.
Donc on commença par le Caprice.
Le Caprice joue, toutes les directions se mirent en « liasse de proverbe.
De Musset y passa, Octave Feuillet fut engrené, et si Dilila tarde encore, c'est que ta bouchée es! grosse.
Cela a habitue les spectateurs a une petite littéraire anodine, qui a la solidité d'une toile d'araignée sur laquelle on a secoue un peu de poudre d'or.
La rhose eut surtout le plus grand succès près de nos confrères les journalistes, qui presque tous ont essaye de faire des comédies, des dramqs et des tragédies, sans. Dieu merci, pouvoir y réussir.
D.'s bra» trop courts pour atteindre à une comédie, à un drame on a une tragédie, peuvent atteindre à un proverbes.
Tout en se haussant sur la pointe des pieds, tout en é'.endant leurs bras, nos régulateurs de; l'esprit littéraire crurent ou du moins proclamèrent que la seule, l'unique, la vraie littérature dramatique, était le proverbe à huit scènes et à quatre personnages.
Le public alla voir les Proverbes en huit «cènes et a quatre personnages.
Il trouva cela très-gentil.
Il s'y habitua mémo.
Cela lui a fait un estomac qui digère le gruau , le capillaire , le laitage; mais qui ne digère plus le» côtelettes, le beefsteak et le rosbeef.
Or, c'était du rosbeef qu'avait donné Gozlan. Dit rosl>eef concentré, tout un drame du genre de Tereta , d'Antony, de la Mère et la Fille, en deux aclrs.
Il y avait là matière à cinq actes.
Mais l'estomac du public.
Taille, Gozlau, rogue, Gozlan, coupe, Gozlan, et tâche de te faire digérer par les lions de la Bourse et les biches des Champs-Elysées.
J'avais donc, moi aussi, des préjugés contre la pièce; elle était restée dans la gorge du public, disait-on, et avait failli l'étrangler.
J'ai vu la pièce : tant pis pour le public.
La pièce est un drame intime, émouvant, douloureux -, — trop douloureux, peut-être, — vous serrant encore plus le cou que le cœur; mais c'est présenté sous un aspect neuf; c'est distingué, c'est poétique; c'est l'œuvre , non pas de ces premiers venus ou plutôt de ces cent fois venus que l'on applaudit tous les jours, c'est l'œuvre d'un homme supérieur, vigoureux, volontaire; c'est une belle et forte étude enfin.
Allez voir cela ; n'emportez avec vous aucun préjugé ; venez tout simplement avec vos yeux et vos oreilles. — Voyez, écoutez, et, si vous n'avez pas laissé votre cœur à la maison , demandez lui franchement ce qu'il pense de cela.
lit votre cœur vous répondra : Ces! très-beau ! Je no prononce pas souvent ces trois mots-là, et , quand je les prononce, ou peut me croire.
Voilà pour l'ouvrage.
Maintenant , si vous voulez voir un drame admirablement joue, allez-y encore.
Lafont est adorable de paternité : sa douleur brise le cœur; ses larmes vous mouillent les yeux.
Puis , dans les scènes où il ne souffre pas , il est simple, gai, de bon gortl ; comédien charmant, nomme du monde parfait.
Fargueil, chargé du mauvais rôle, quoique, à mon avis.
NOUVELLES DIVERSES
la littérature française vient de perdre un de ses pcètes les plus originaux et l'es plus distingués : Alfred (le Musset, laideur de Don Paez , de Roi ta . du Speclarlfi dans m fauteuil, de Frédéric et rtmicrette , — d'une f,,»ile de véritables petits chefs-d'œuvre «*niin , — est mort samedi dernier, à trois heures du malin , d'une hypertrophie du cœur.
Depuis deux jours il était sans connaissance ; il est mort sans aucune douleur, — comme on s'endort, — en poussant un soupir.
Son convoi a en lieu lundi ; après une messe a Saint- Roc h , il a eU> conduit au cimetière du Père-Laehaise.
L'Académie y avait envoyé deux de ses membres, — ou peut-être etaient-ils venus d'eux-mêmes, — Alfred de Musset était si peu académicien.
Ces deux membres étaient MM. Alfred de Vigny et Villemain.
Notre prochain numéro contiendra une étude d'Alexandre sur les poésies d'Alfred de Musset.
On parle , pour remplacer Alfred de Musset, de Sandeau et de M. laprndc.
Ou'on nous permette de parler d'un homme dont on ne parle pas et en faveur duquel on ne nous accusera pas de partialité.
Pourquoi pas Jules Janin? écrivain aussi original en prose que de Musset l'était en vers, et le seul homme capable peut-être, avec sa science de la langue, de faire un éloge complet du génie pittoresque et capricieux que nous venons de perdre.
Constatons le succès immense de Frederick au théâtre de l'Odeon. Nous n'avons pas encore vu la pièce et ne pouvons la juger. Mais nous connaissons Frederick sous tontes les faces, si cependant un génie multiple et inappréciable comme le sien ne conserve pas toujours des faces inconnues.
Au reste , nous profiterons du compte-rendu de la pièce de l'Odeon pour causer avec nos jeunes amis d'outre-scène du Second-Theatre-Français , et de la manière dont nous comprendrions sa direction.
La causerie ne sera pas inopportune, car depuis deux ou trois ans la direction de l'Odeon nous semble singulièrement comprise.
Alex. Di'.mab.
Ai.kx. Dlm.\.s
Seul propri'Hair* rt »cul rv<lact««ir du Uontc-Critto. Pari». — Iroprinwrî* d« K. Brtti» «t C\ m* Sainto-Ann», SB.
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JEl'DI 14 MAI 1857.
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LE
JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL
On «'abonne * Pari*, au bureau du Journal, me noire ihimm- dca Victoire*, n 11.
Parie.
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CAUSERIE AVEC MES LECTEURS
Chers lecteurs,
Nous en étions restes, je crois, au juge Nicholson.
Je dis, je ci ois, parce qu'il en est du Montr-Critto comme de mes livres. Je suis peut-être le seul homme de lettres de France, qui n'ait pas un volume de lui chez lui.
Il en resuite que je mets tout sens dessus dessous chez moi pour trouver un Monle-Critlo, aQn de souder cette causerie à la dernière, et que je n'en trouve pas.
Il est sept heures du matin, je n'ai personne encore pour en envoyer chercher un, de sorte que je reprends un peu au hasard.
Le juge Nicholson lient ses séances dans une misérable taverne du Strand, au loud d'une cour, au premier.
On monte a ce premier par un escalier de bois qui craque sous les pieds.
Arrivé dans la salle de» séances, on trouve un petit théâtre en face duquel s'allongent , avec un passage au milieu, les banquettes des speclaleurs-consoniniat»ura, — car il est bien compris, n'csl-ce pas, qu'on ne peut pas voir et écouler sans boire.
Au dossier de chaque banquette est adapté un récipient où le speclateur, assis sur la banquette qui Mit, po se » d'avoir la liberté des yeux et des mains, sa choppe de bière ou son verre de gin.
Autour de la muraille sont appendus. avec leurs longues perruques, les portraits des juges qui ont, tour à tour,
rendu la justice avant le juge Nicholson actuellement siégeant.
Au milieu de ces portrails est un tableau représentant lord Brougham, l'ancien chancelier, disputant nez à nez avec Punch, — le Polichinelle anglais.
Un piano, — l'indispensable piano des exhibitions anglaises, — se fait entendre. La toile se lève, et l'on assiste à une suite de tableaux vivants dont tous les personnages •ont des femmes.
Les Tableaux vivants sont toujours les mêmes. — La Défaite des Amazone*, les Femmes Israélites sur les bords de l'Euphrate, Ariadnc abandonnée dans l'Ile de Naxos; — ces dames sont plus ou moins belles, plus ou moins bien faites, — voilà tout.
Une de ces dames eût pu représenter Latone prête à accoucher d'Apollon et «le Diane. Je ne sais pas comment le metteur en scène n'a pas profite de la situaliou: il faut qu'il soit bien maladroit.
Ces dames n'étaient point des statues coloriées: il était facile de s'en apercevoir à leurs mouvements et même à leurs paroles ; quelques consommateurs, pour lesquels elles avaient des bontés sans doute, échangeaient avec elles des gestes on ne peut plus familiers et des interpellations on ne peut plus expressives.
A Londres, la police ne se mêle qu'à la dernière extré • mité des pestes et des paroles.
A huit heures et demie, les poses plastiques prirent fin; i neuf heures moins dix minutes, les consommateurs affluèrent, et, à neuf heures précises, un frémissement parcourant l'assemblée annonça l'approche du jupe Nicholson.
En effet, l'escalier en bois craquait sous les pas do ce haut dignitaire.
Il parut au milieu des acclamations de la foule. Il était vétu d'une longue robe noire et coiffe d'une immense perruque. Il salua avec dignité, alla s'asseoir devant une petite table surmontée d'un pupitre, et, d'une voix majestueuse et iinpérative, il demanda :
— : Vn verre d'eau-il<--vie et un cigare.
Celle demande excita l'hilarité générale.
Deux avocats et un greffier entrèrent derrière lui. Les deux avocats prirent place à sa droite et à sa gauche à des tables disposées d'avance.
Le greffier s'arrangea amicalement avec un des avocats pour partager sa table.
Chacun eut bientôt devant soi, sans avoir besoin de la demander, sa choppe pleine de bière.
On appela les causes.
Celle qui venait à son tour de rôle— était une conversation criminelle.
Il va sans dire que plus la cause appelée est scandaleuse, plus le public se réjouit.
A certaines annonces, la joie va jusqu'au trépignement.
L'avocat gênerai lut son réquisitoire.
En France, à la troisième ligne, les sergents de-ville eussent mis la main sur l'avocat gênera) et l'eussent mené à la salle Saint- Martin, d'où les gendarmes l'eussent conduit tout diiectementà la sixième chambre.
Mais en Angleterre, ou le mot shocking est à tout propos dans toutes les bouche* - cela ne se pa«w? pas ainsi.
Après l'expose de l'avocat gênerai vint l'appel des té moins.
Les quatre témoins qui furent entendus — un écrivain public, une portière, une mai chaude à la toilette et un cocher.— étaient joues par le même artiste— artiste de talent, que l'on peut comparera Henri Monuier.
Chacun d'eux, par la même bouche, venait faire, dans des termes qui réjouissaient au suprême degré l'auditoire, I
des dépositions qui ne laissaient aucun doute sur la culpabilité des prévenus. -
Les témoins avaient vu et entendu — cl si bien vu et entendu qu'ils avaient retenu jusqu'aux gestes.
Les gestes surtout étaieut traduits avec une scrupuleuse fidélité.
Il y avait dans le plus innocent do ces gestes pour quinze jours de police correctionnelle.
Puis vinrent les plaidoyers des deux avocats, admirables charges de ce qui se passe au Palais en pareille occasion.
Les avocats eu tendus, l'avocat gênerai fit son réquisitoire et reclama l'application de la peine
Après quoi le juge Nicholson rendit son verdict.
Ces représentations, qui sont poussées jusqu'à la p\us extrême licence, amusent fort les Anglais— ou du moins les Anglais des classes secondaires : l'auditoire me parut compose en grande partie de commis de magasins, d'employés, d'étudiants, qui viennent faire là leur cours de droit.
Quelques jours auparavant avait en lien, au beueÛcedu jugo Nicholson, une représentaient extraordinaire.
Il ne s'agissait, cette fois, de rien moins que d'un procès fait à un garde à cheval , coupable d'avoir manifeste une admiration trop vive sur le passage de la reine.
On payait quinze francs d'entrée.
La représentation s'accomplit sans que la police intervint le moins du monde.
Il est vrai qu'il y avait un antécédent, — c'est le véritable procès- fait, par Georges IV, à la reine Caroline, à propos de l'Italien Bergami ; mais au moins celui-là av.ut une excuse: il était sérieux.
Je vons ai parlé, outre une couleuvrine nous un hangar, outre un Ecossais sur un théâtre, outre un juge dans une taverne, - d'un marchand dans un magasiu, et d'un coq sous une cage.
Passons au marchand dans son magasin.
11 faut vous dire, chtrs lecteurs, — qu'après les porcelaines du Japon et de Chine, ce que j'aime le mieux, — ne pouvant pas emplir d'or les tasses à cafe de Sèvres, c'est la porcelaine anglaise. .
L'AngUis, — le peuple le moins artiste et le plus indu* triel,— je dis industriel, el non pas industrieux.— el le plus indusliiel du monde, arrive presqu'à l'art à force d'industrie.
Joignez à cela une espèce de comfort, qui signale tout ce qui sort d-s fabriques anglaises, et qui donne aux choses leur mérite spécial.
Paris en a pu juger à la dernière exposition , — tomes ces splendiiles porcelaines anglaises à (leurs peintes ou en relier, ont etc enlevées en un clin d'œil.
Personne, comme les Anglais, ne fait ces grands et magnifiques vases de toilette qui semblent des baignoires d'enfants.
Aussi, toutes les fois que j'allai à Londres, en rapportai-je quelque cuvette large comme un bassin ; quelque lampe de verre de Bohême qui semble taillée dans l'opale.
Celte fois-ci, je demandai à l'un de mes amis, — pianiste et compositeur d'un grand talent , nomme Engel, de me conduire dans un ries plus beaux magasins de Londres.
M me conduisit droit cln>z D*niel, New Bond Street, l?9, au coin de la me de Grosvenor.
Ti ois étages d'une maison immense sont encombrés de porcelaines destinées à tous les usages, de toutes les forme», de toutes les dimensions, disposées pour tous les gortts.
J etais au second, passaut en revue les trésors que renferme cet étage, demandant le prix de chaque objet, lorsque le maître do la maison, occupé près de clients arrives
avant mni, monln rapidement l'escalier, et adressa on anglais quel |iies mots au commis qui s'était charge de me piloter ; puis redescendit aussi précipitamment qu'il avait monte.
Il me sembla, au milieu do ces quelques mot», comprendre cenx-ci :
— N'édites point les prix.
Je m'informai auprès du commis.
J'avais parfaitement eut ndu.
— Pourquoi M. Daniel defeud-il qu'on me dise les prix des objets que je marchande?
— Je ne sais, monsieur.
Je continuai d'examiner les objets saus demander davantage l°s prix.
Je crus que, dans son excentricité nationale, M. Daniel , ne voulait rien vendre à un Français.
Cinq minutes après, il remontait avec un registre à la main.
— Monsieur, lui demandai -je , aeriex-vous assez bon de me dire pourquoi il est défendu a votre commis de me dire le prix des objets que renferme votre magasin ?
— Parce que votre prix à vous, monsieur Dumas, ne doit pas être le prix de tout le monde.
— Je ne vous comprends pas.
— Voici mes prix de revient, monsieur. Choisisse!, indiquez les objets, et, puisque vous m'avez fait l honneur de choisir mon magasin pour y faire vos acquisitions, payez-les le prix qu'elles me coûtent. Je n'en accepterai pas d'autre.
J'avoue que c*tte politesse me toucha.
— Mais, lui dis-je, si je prends tout \* magasin ? Xi. Daniel s'inclina avec une singulière courtoisie.
— Je le renouvellerai, dit-il.
Croyez-vous que si Waltpr Scott ou Byrnn, eussent visite nos marchands de porcelaine de Fiance, il y en eût eu un seul qui en eût fait autant pour lui?
Merci, monsieur Daniel, vous m avez donné une jouissance d'amour-propre , et j'avouo que c'est une de celles dont je fais le plus de cas.
Passons au coq sous sa cage.
J'ai dit que j'étais arrive un samedi au matin.
La journée du samedi s'était passée à voir l'élection de Sou'.hwaik et l'exhibition de Gordon Cumming • le soir, comme je l'ai racoutè, nous avions ete voir le juge Nicliolson.
Le lendemain était un dimanche.
Je savais depuis mou premier voyage en Angleterre, et il remonte a quelque chose conimo vingt-quatre ans, ce que c'était que les dimanches a Londres.
Oh ! chers lecteurs, ne le sachez jamais.
Le dimanche, tout est défendu A Londres ; quand je dis à Londres, je dis en Angleterre; quand je dis en Angleterre, je dis dans les possessions anglaises.
A Southampton, un barbier fut condamné à 2,500 francs d'amende pour avoir fait une barbe.
A Guerncsey, une aubergiste fut l ondamnco à cent francs pour avoir vendu un verre de pin.
On sait les émeutes ime causa il y a un an, a Hyde-Park, cette observance cxn.'eree du dimanche.
A Undres, anrés avoir travaille six jours de la semaine, on ne se repose ^is le septième.
— Non, ou s'ennuie.
Car les sabbalhaiieus auront beau dire, l'ennui n'est pas le repos.
Eu Angleterre, la vie s'éteint le dimanche; le dimanche •ttua joue telraochj de la semaine, cinouanta-quaire
jours retranches de l'anuee ; deux ou trois mille jours retranchas do la vie.
Le dimanche à Londres donne une idée assez juste de ce qu'était la principauté de la bello au bois dormant avant que la princesse fût réveillée.
De temps en temps on entend un psaume, ce qui n'égaie pas plus celui qui l'entend que celui qui le chante.
Le samedi soir, j'avais cause avec mon note, M. Nind, homme de beaucoup d'esprit, de celte exigence presbytérienne, et je m'étais vante de savoir tout ce que les Anglais pouvaient Taire, ou plutôt pouvaient no pas faire, pour célébrer le jour dominical.
Il avait secoue la tête et s'était contenté de dire :
— Oh ! nao, vous ne savez pas.
Et comme j'insistais.
— Moa, je couduirai vous demain chez mon frère.
— A quelle heure ?
— A trois heures.
Cela m'allait à merveille; nu reste, j'étais sûr de ne pa»
trop m 'ennuyer ce dimanche-là.
Je comptais le consacrer tout entier à faire la petite pièce qu'Emile de Girardin m'avait demandée, et qui a ete jeuee hier, soit dit entre parenthèse,— ces lignes ayant ete écrites aujourd'hui lundi à onze heures du matin.
J'en étais à ma septième ou huitième scène, lorsque M. Nind entra — Venez vous, me dit-il.
— Ou cela demandai-je?
J'avais complètement oublié le rendex-vous pria.
— Chez mon frère.
— Ah 1 c'est vrai.
Je me levai, je pris mon chapeau et je suivi M. Nind.
Nous moulâmes dans un cab.
Il a ete question d'empêcher les cabs do marcher le dimanche, comme on a empêche la poste de fonctionner; mais les partisans de la locomotinn l'ont emporte.
Nous nous arrêtâmes a Piccadilly.
M. Nind frappa; le domestique parut d'abord fort inquiet; sans aucun doule croyait-il que nous venions faire une visite à son maître, et que cette visite pouvait le déranger de ses devoirs du dimanche
Nais M. Nind le rassura en lui disant qu'il ne b'apssait pour le moment de rien autre chose que de faire voir la cour de la maison a un français.
Le.domestique nous laissa passer.
Nous entrâmes dans la cour ; ma curiosité, je l'avoue, était vivement excitée.
Je regardai tout autour de moi, cette cour n'avait rien de particulier.
Siuonqu'aumilieudelacourilyavailuncoqsonsunecage.
M. Nind me montra le coq du doigt.
Je crus que le coq était une curiosité, un coq A deux têtes ou à quatre pattes.
Point, c'était un simple coq de basse cour ; huit ou dix poules coquetaient en tournant autour de la cage, tandis que le coq, d'un air triste, les regardait fuite.
— Eh bien ? demandai-je à M. Niml.
— Kh bien ! repondit-il. vous ne voyez pas?
— Si fait, je vois un coq. mais ce coq n'a rien de particulier, si ce n'estqn'il me parait légèrement attaque du spleen.
— Non, c'est le dim niche qui le rend triste.
— Comment, c'est le dimanche?
— Ne voyez-vous pas que le malheureux coq est sous une cage, et que de là vient sa tristesse?
— Sans doute ce n'est pas amusant d'être sous une cage, mais pourquoi e*l-il sous une cagt ?
—Je vous l'ai dit, parce que c'est aujourd'hui dimanche, et que le coq de mon frère ne doit pas plus pécher le dimanche que mon frère ne pèche lui-même.
LE MOXTE-CIUSTO.
Si vous doutez do la vérité de l'anecdole, cher» lecteurs, renseignez-vous à M. Niud, Leicesler-Square, Sablonière hôtel.