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LA BALLADE DE ROI

De Senti» Jusqu'à Rlois, vague sur vague roule. Le dvlujre incessant des conquérants du nord. Et par l'effroi chassé, devant la Sambrc roule, Route aussi Franc sur Franc, pour éviter la mort.

Car dan h ce beau pays Autrefois si prospère,

Pus un fort dont les niurs n'aient croule 1 sous leurs coups;

Pas un (II* orpbelin qui ue regrette un pire,

Pdg une femme eu deuil qui uo pleure un époux.

Moines, prêtres, barons, couverts du leurs armures. Vont à Charles leur roi demander du secours, Tandis que, derrière eux, groud. ut loiulaius murmures De tonnerres, de p»s, retentissants el sourds.

0 roi, dirent ensemble et cbefs couverts de mailles

Et prêlres revrius de leurs saints ornements,

A notre aide, venex car, il n'est ni murailles, »

Ni buueliers. ni fer, qui résiste un Normand.

Xoos tombons devant eux. comme sous la tempête Tombent les blés broyés sur le bord dessillons. Vainement, pour lutt-r, nous relevons la tête. Vainement pour prier, nous nous agenouillons.

Nous appelons à l'aide et le ciel et I» terre,

Mais traits partis de l'arc. m:iis chants vibrants dans l'air

Demeurent impuissants. El fléchis et prières

S ctnousseul en lonebaut ces cœurs durs comme fer.

El pendant que barons et cleic* versaient des 'armes, Semblables aux vautours, fauves mis des tombeaux, Se rapprochaient toujours redoublant leurs ularim s. Les étendards de R(<u portant du noirs corbeaux.

Lors, le roi répondit : Malheureux que nous sommes, Où le nombre ne peul, que puis-jr seul, hélis I La force d'un monarque est dans les nobles hommes Qui partent son épée avec leurs mille bras.

Ouaud un peuple, oubliant ce qu'il était naguère. D'un passé glorieux Jette en fuyant le faix.

Quand la guerre fait peur a des hommes de guerre, CÏ'St qu'impie est la guerre et que Dieu veut la paix.

Kobles barons, rentre* au fourreau votre glaive: Huinri pieux, ail' x avec messes et croix Vert le terrible Rou pour loi demander trêve, II dir* que Je suis prêt A subir ses lois.

J'offre de lui céder le fertile rivage, Qui de l'Eure s'étend Jusqu'au mont Sainl-Mieaef.. J'offre de lui donner ma «Ile aux doux visage. Cille, l'enfant béni que j'ai reçu du ciel.

En échange il n'aura qu'A jurer sa parole, De rester satisfait de ce hrse terrain.

Il n'aura qu'à baiser la croix, pieux svmbolc. En me reconnaissant pour seigneur ïtiieraiu.

Assez, et si quelqu'un trouve mieux, qu'il le dise. Pour moi, j'y rêverais en vain. — fouûleor.

Loi», en procession sortirent de l'église.

Les bcigirsdu Seigneur, à la houlette d'or.

Et sans s'èpouv.inl?r des brillantes fanfares.

Ils prirent le clu-min du camp de la terreur.

Rail les reçut debout, au milieu des barbares

Que sou front dépassait comme un front d'empereur.

L'archevêque des Francs, prélat pieux et sage, Adrossaul la parole au terrible vdnqueor :

— Pourquoi, dit-il, o Rou, la «itère et la rage Aux bords où peul régner le calme du Seigneur?

Pourquoi semer ta mort dans les plaines fécondes; Pourquoi de mille feux ct-t horizon fumant ; rouri|iini les noirs coursiers foulant les gerbes blonde* Quand ainsi parle Charle a Rsn, le chef normand :

— J'offre de te céder le fertile rivage.

Qui de l'Eure s'étend jusqu'au ruont Saint-lticbel ; J offre de le donner ma fille au doux visage, Cille, l'enfant béni que j'ai reçu du ciel F

En échange, In n'as qu'à Jurer ta parole De rester satisfait do ce large terrain ; Tu n'auras qu'a baiser la croix, pieux symbole, En me reconnaissant pour seigneur suzerain.

— Au conseil I dit le chef. Et tous se réunirent Pour discuter la paix qu'offrait le roi des Francs ; Nais le pére et le OU et I E>prit Saint bénirent Ceux qu ils avaient livres à ces durs eouqtié.anls.

nou revint, et parlant au prélat doux et sage '

— J'accepte le terrain a titre de duché;

De l'Eure à Saint-Michel Je prendrai le rivage. Et Glllc belle ou laide, eu dessus du marché.

Quant a jurer ton Dieu, soit ; moi, j'ai l'a me bonne ; Eu matière de Dii-n, Rou n'est pas ex'geanl.

Le Dieu du roi des mers est celui qui lui donne Le plus de fer, du bois, de terre» et d'argent.

Va donc dir.- a ton roi qu'il tienne sa promesse ; Qu il me livre la côle aux 0o<s lumntlueux, Par-dessus le marché sa «Ile, el. par la messe, Il aura dons son gendre un flls respectueux.

Ainsi fut convenu. Rou Tint vers la rivière Qui se perd dans In Seine au dessus de Vcrnon ; À Saint-Clair il trouva le roi Charle, sou père. Ayant à ses côtés tous ses preux de renom.

Entre les mains de Cbirle il posa sa main nue. Et la foule aussitôt cria joyeusement ; Mais une tanne aux yeux de Charle était venue. Si fort Rou lui serrait la main dans son serment.

— Baise le pied du roi, maintenant, dit le prélre ; C'est le dernier hommage A rendre a ton seiaueur. Rou fronça le sourcil, mais parul se soumettre,

Et le front enflammé d'une sombre rougeur,

11 prit le pied du rot, comme si de sa boucho H voulait l'approcher, vassal obéissant ; Les Normands le suivaicldo L'ur regard farouche. Grinçant les dents de rage A l'acte avilissant.

Mais lui, le chef du Nord, loi, l'homme noble et libre, Lova si haut le pied de son seigneur et roi, Que Chutes, chancelant et perdant l'équilibre, En arrière tomba, jetant un cri d'effroi.

Voyant le bandeau d'or rou'er hors de sa tête. Le chef normand sourit, et fier so relevant, Comme un mât qui, courbé par la lourde tempête. Se redresse malgré le tonnerre et le vent •

— Meure, s'ccria i il. cnntmné pir la Dèvre, Celui qn». huit ni l'exemple que \o\\à, Pftl-ce po'ir un ducli \ lonclieniil de a \ bouche Le |»ied qui Utilement dcv»nt lui retula.

Aucune parole ne peut exprimer l'excitation que causa parmi les convives normand* celte rude ballade, gâlee , comme elle l'est par noire pauvre traduction de la langue romane, dans laquelle elle mt chaulée. Au reste, le chant lui-même lit peut-être moins d'ellel que la reconnaissance du ménestrel, et lorsqu'il arriva vers la lin de son chant, plusieurs voix firent entendre un bruyant murnnfre, que fa présence royale empêcha seule de devenir le cri :

— Taillefer, notre Normand Taillefer !

— Par noire patron saint Pierre, mon cousin le roi, s'écria Guillaume, après avoir fait entendre un rire franc et cordial, j etais bien sûr qu'il fallait une langue aubsi libre que l'est celle de notre ménestrel gueirier, pour choquer notre oreille. Excuse en faveur de son cœur coura-

Ple sujet hardi qu'il a choisi, et puisque je sais bien a visage du duc devint grave et soucieux) et puisque je sais bien que rien, excepta des nouvelles urgentes et importantes de mon orageux duché, n'aurait pu faite venir jusqu'ici cette mouette riuieuse, petmetlez que l'officier qui est derrière nous, nous amène cet oiseau qui, je le crains, est aujourd'hui un oiseau aussi bien d'augure que le chant.

— Tout ce qui te plaît me platt, répondit sèchement le saint roi.

El il donna l'ordre au serviteur d'amener Taillefer au duc.

Traduction d'ALEXANiiRB Dumas.

{La tuile au prochain numéro.)

LES GRANDS HOMMES EX ROBE DE CHAMBRE

OCTAVE «UGLSTE

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