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CHAPITRE VI

Les triumvirs avaient dit que, sut le point de quitter Rome, ils ne voulaient pas laisser d'ennemis derrière eux.

Ce fut a peu près les mêmes paroles que dirent dix-huit j)rès '

tembre.

siècles après les hommes qui llrent les massacres de sep-

El en effet, les massacres de Rome achevés, il était temns do tourner les yeux vers la Macédoine ou établit bïutus et Cassius avec une armée.

Avant de marcher contre Bnitns et contre Cassius, Octave pensa qu'il était bon d" bien relier leur position de rebelles; il les traduisit donc en justice, eux et leurs complices, comme ayant cause la mort d un homme non seulement revêtu des plus hautes dignités, mais grand entre tons les hommes.

Il les assigna en conséquence à comparaître devant lui, nommant comme accusateur de lirutus, Lucius Conlicius, et comme accusateur de Cassius. Marais Agrippa Naturellement les accuses ne comparurent point. Octave força les juges de les condamner par contumace ; mais lorsque ln héraut du haut de la tribune ajourna Brutus à comparaître et qu'A cet ajournement le silence seul répondit, une longue et douloureuse plainte s'ele\n des rangs du peuple, qui lit en passant frissonner Octave sur sou tribunal.

Ceux qui-pardèrent le silence baissèrent la tète.

Publius Silicius pleura et eut l'imprudence de ne point cacher ses larmes.

Ces larmes étaient un crime qui fit mettre Publius Silicius an rang des proscrits.

Au moment ou ces choses se passaient A Rome, Dru lus était à Athènes; condamne à mort à Rome, Athènes lui faisait un triomphe.

Disons eu quelques mots ce qu'était Athènes A cette époque.

Athènes était le rendez-vous do toute la jeunesse aristo-

cratique de Rome; c'est la que se débattaient les divers© « doctrines religieuses et sociales qui occupaient le inonde.

Horaire, qui y était à celte époque; — nous reviendrons A Horace dont les poésies nous donneront plus d'uo. renseignement historique que nous cherche! ions en vain dans. Plutarque. Dion ou Ajqiieu; — Horace nous dit, dans sou èpltre à l'iorus, ce qu'on y apprenait. — Il m'est arrive, dit-il, d être eleve a Rome ej d'y apprendre tous les maux que la colère d'Achille avait fait souffrir aux Grecs. Ce' te excellente ville d'Athènes ajouta beaucoup à mon insrrwc lion ; j'appris In comment on peut distinguer la ligue droite de la limie roui be et a rechercher la vente dans les bosquets d'Aca Jemus. •

Ces jardins de l'Académie où Servius Sulpicius faisait enterrer son collègue Marcelin» comme étant • le lion le plus célèbre de l'univers», ces jardins de r Académie qui llrent une impression si profonde à Cireron lorsque la première fois il les visita eu compagnie de Quinlus Ci cent son frère, de Lucius Cicero son cousin-g. nnain, et de ses amis Pomponius, Atticus et Pison, étaient encore alors le rendez-vous île toutes les grandes intelligences humaiues, qui venaient pour ainsi dire y boire la philosophie aux sources du passe. Il est vrai que ces grands ombrages étaient devenus de simples 'tosquets ; il est vrai que ces arbres dont parle Horace n'étaient plus ceux qui avaient ombrage Platon et ses disciples. Ces beaux arbres, ces vendables platanes dont Pline nous donne les giganlesqu -s dimensions avaient éle coupes par Sylla lorsqu'il fit le siège d'Alliéues. Sylla les avait ttaiU's comme des hommes, il n'avait pas plus respecte leurs cimes qu'il n'eut respecte des têtes.

Aujourd'hui les bosquets eux-mêmes, qui du temps d'Horace avaient succède aux grands arbres abatl-is par Sylla, aujourd'hui ces bosquets ont disparu, à peine saiton vous indiquer dans l'Athènes du roi Olhon, où étaient ces jardins que Lucius Sulpicius appelait comme nous l'avons dit : le lieu le plus celébr.; de l'univers. Cependant, si vous voulez le visiter, modernes voyageurs, faites-vous indiquer un champ ouvertda cinq acres d'étendue, appelé encore aujourd'hui par ceux qui le cultivent Xciillit/mia.

— Ne cherchez point la trace des murs dont l'entouraient Hypparque et Ciinon, car la Irace même de ces murs a disparu ; mais vous y trouverez encore les trois ruisseaux qui descendus de l'Anehesmus y coulaient au temps de Platon. Près de ce champ vous verrez deux monticules, deux petites chapelles qui marquent peul-èlre les emplacements des autels et des sanctuaires qui Be trouvaient dans l'antique enceinte, si toutefois elles n'indiquent pas la place de la tour de Timon et de la maison de Platon I*s seuls arbres que vous y trouverez a cette heure, sont quelques oliviers epars qui rappellent qu'Athènes était la ville de Minerve et que l'arbre de Minerve était l'olivier.

Or tout ce qui se passait à Rome avait son retentissement A Athènes ; la nouvelle de la mort de César y arriva comme un coup de foudre. Nous avons dit que c'était surtout l'aristocratie romaine qui étudiait à Athènes; or l'aristocratie, qui avait pris Pomuee pour chef, elail par le fait même a:iii-cesarienne.

Ce fut donc parmi toute cette aristocratie nnc joie que personne ne se donna la peine de cacher

Sur ces entrefaites arriva, adresse a son (Ils, un nouveau livre de Cicerou intitule be Offrais , c'est-à-dire Drt Devo>rt.

Ce livre traitait, comme l'indique son titre, des devoirs de l'homme envers la société ; la morale la plus républicaine respirait dans ce livre, et Ciceron avait eu le temps d'y intercaler cenains pacages par lesquels il indiquait donner un plein assentiment à l'assassinat de César quoiqu'il ne Tût point complice de cet assassinai, les meurtriers n'ayant point voulu lui révéler le complot à cause de la faildesse de son caractère

D'abord dans le premier livre il attaquait violemment César. • 11 arrive à bien des hommes, disait-il, d'oublier la justice lorsqu'une fois la passion de la gloire, des honneurs et du commandement s'esl emparée de leur âme. C'est ce que dit EnniuB : — Ou importe le serment lorsqu'il s'agit d'un trône!

• On peut s'étendre bien plus loin... En général, pourlout ce qui n'est reserve qu'au petit nombre, il s'otablil une si

grande rjvalite qu'il est difficile do conserver intacts les droits sacres de la société. C'est ce que vifiit de nous prouver la témérité de César qui a renverse toutes les lois divines et humaines pour arriver à ce rang qu'il croyait faussement lo premier. •

Co n'était pas tout : après avoir attaqué dans son premier livre César vivant, dans son troisième livre, Ciceron glorifiait, sans les nommer, Cassius et llrutus, en exaltant l'assassinat politique dans les circonstances ou César avait été assassiné.

— Ainsi, disait-il, entre nous et les tyrans pas de société, mais bien plutôt un abîme. Il n'est pas injuste de dépouiller, si vous le pouvez, celui qu'il est bien de tuer. C'est un devoir d'anéantir celle engeance sacrilège, d'anéantir cette peste contagieuse. On coupe un membre dés que le sang cesse d'y circuler et d'y porter les esprits vitaux, parce qu'il tient au corps entier; donc, et de même, il faut retrancher de l'espèce humaine ces bêles féroces qui n'ont rien de l'homme que le visage.

A R^me, déjà, ou tout le palriciat et tout l'ordre des chevaliers étaient pompéens, une pareille morale avait excité grandes sympathies.

Nais à Athènes, toujours traitée par le sénat plus favorablement que les autres villes; à Athènes, que la nature démocratique de sou ancien gouvernement avait faite glorieuse dans la paix et dans la guerre ; à Athènes, où la cause de la liberté reunissait tous les esprits, tontes les opinions, le traite de Ciceron excita une admiration qui atteignit l'enthousiasme quand on sut que Brutus et Cassius venaient de débarquer au Piree.

Elle ordonna que tous deux seraient mis au nombre des héros qui avaient le mieux mérite des hommes, et qu'une statue leur serait dressée auprès de celles d'Harmodius et d-'Aristo^iton.

Ils allaient prendre le commandement des provinces qui leur étaient confiées, et leur arrivée a Alhèues coïncidait a peu près avec l'arrivée d'Octave à Rome.

Cassius, plus homme de guerre que Brutus, fut chargé par conséquent, de 1 organisation de l'armée qui se rassemblait en Syrie; il ne fit que poser le pied dans la capitale de l'Altique Brutus, plus homme politique, meilleur orateur que Carsius, resta à Athènes pour attirer a lui les esprits de to ite cette jeunesse, dont les parents étaient les principaux à Rome.

Brutus avait des antécédents, on se le rappelle. Gendro de Caton, il avait vaillamment combattu pour la cause aristocratique à Pharsale, et recherche par César après la bataille, ne s'était jamais rallie a lui.

Puis celait un peu pour lui-même aussi que Brutus séjournait à Athènes. Plus qu'homme politique encore, Brutus était homme d'étude et de science ; il aimait les pures extases de l'esprit, les spéculations abstraites de l'intelligence. — 11 eut de fréquentes conférences sur la philosophie avec Cratipes et Theomnesles sans que cela nuisit aux séances publiques, dans lesquelles il tent a d'inculquer dans le cerveau ou plutôt dans le cœur de toute celte jeunesse les principes slolques d'un patriotisme courageux.

Ces étroi ts de Brutus poitérent leurs fruits : lorsqu'il quitta Rome il fut suivi par un bon nombre de ces jeunes gens qui l'accompagnaient comme volontaires.

Au nombre de ces jeunes gens, étaient Horace, Messala, le fils de Ciceron et lu fils de Catun.

Horace devint le plus important de tous ces hommes, sinon par son courage ou sa position politique , mais par son génie Horace et Virgiie sont lesdeux flambeaux, nonseulement du règne d'Auguste . niais les de::x phares poctiques de l'avenir. Sims doute il y en eùl eu un troisième dont le nom seul est parvenu jusqu'à nous, c'eût été le poète tragique Lucius Varius-, mais ses «mvres se sont perdues et nous ne les connaissons guère aujourd'hui que par cette

(toi lion de sa propre lumière qu'Horace verse sur lui dans es vers qu'il lui adresse.

Disons donc quelques mots d'Horace.

C'était, à cette époque, un jeune homme de vingt-deux axis, d'une taille courte et ramassée, à cheveux noirs descendant 1res bas sur lo front, au teint frais et colore, aux traits Dus et gracieux. 11 avait les yeux grands et ouverts; mais les paupières rouges et malades, ainsi qu'il se

charge de nous le dire lui-même dans sa satyre contre le chanteur Tigellius, dans laquelle il se repond au nom de ses ennemis.

• Lo stupide amour mie tu as de toi-même, ne mèritct-il pas qu'on te flétrisse? Lorsque, avec tes yeux chassieux, tu ne sais pas même apercevoir ce qui te manque, pourquoi porter sur tes amis un rei.'ard perçant comme celui de l'aigle, ou malin comme celui du serpent d'Epidaurc? •

Ce jeune homme encore ignoré du monde et qui, selon toute proljabi.il s'ignorait encore lui-même, était ue à Venusia, ville antique située aux contins de l'Apulie et do la Lueanie, au penchant d'une verte colline, dans uu pays riche, fertile, en ton te de montagnes, il était né sou» "le consulat de Lucius Manlins, cnmme il nous le. dit lui-même en débouchant une amphore de vin marquée de la date de ce consulat. D'autres indications du çoète indiquent que cette naissance avait eu lieu dans lo mois de décembre de l'an 680 de la fondation de Rome, soixante-cinq ans avant l'ère chrétienne ; enfin vient Suétone qui, dans la courte vie d'Horace, qu'il nous a laissée, non-seulement confirme cette date, mais nous dit le jour précis de la naissance de l'auteur de l'art poétique.

C'était le sixième des ides, c'est-à-dire le 8 de décembre. Qu'on ne s'etonne point de l'importance que nous attachons ici à Horace. D'abord il la mériterait comme poète, mais poète seulement, peut-être passerions-nous plus rapidement sur lui, non, c'est Horace historien, que nous caressons et que nous éludions à cette heure, Horace qui, dans ses poésies presque toutes inspirées p irdes événements publics et particuliers, va nous rendre le même service pour le siècle d'Ansuste, que Ciceron avec ses lettres familières nous a rendu pour le siècle de César.

Horace était le fils d'un affranchi ; lui-même le dit ou plutôt s'en vante ; il se nommait Quintos Hnratius Flaccus. Quinlut était son prénom, /fainltus, non pas son nom de fiimille, maïs probablement le nom de famille des maîtres de son père ; enfin Flaccuj qui, s'appliquant tout ensemble au phvsique ol au moral, veut dire a la fois le r»o«, l'homme à grandes oreilles, et par extension, le paresseux, le lài fie, était probablement un sobriquet dont le poète aura hérite en même temps que de ses autres noms.

Horace raille ce sobriquet dans sa quintième epode :

« 0 Neera ! que de regrets va te coûter mon courage. Oui, s'il reste encore dans Flticos quelque chose de viril, il ne souffrira pas impunément que tu prodigues tes nuits à un rival préféré.

. Nam si quid in Fluceo viri est. »

Ce qui , quoiqu'on dise Dacier dans sa via d'Horare, tome V, page 299, est un mauvais calembour qui, strictement, ne peut se traduire qu'ainsi :

— ' Car, s il reste dans le mou quelque chose de solide...

Xous avons déjà vu que c'était une des continues d'Horace que de se moquer de lui-même; pourquoi if aurait-il pas raille son nom ridicule, lui qui raillait ses yeux chassieux ?

Au reste, lui-môme va se charger de nons dire quelle fut sa naissance, sou éducation et, tout ce qu'il doit à son excellent père.

Nous prenons la citation suivante à l'ouvrage du savant baron Walkenaer, qui a l'ait un si beau travail sut Horace :

• Revenons a moi, qui suis le fils d'un affranchi. Ceux qui m'envient le grade de tribun e. l'honneur que j'ai d'avoir commande une légion romaine, et celui que j'ai, Mécène, d'être votre convive, croient m'offenser en ivpe tant sans cesse que je suis le fils d'un affranchi. 11 est vrai, Mécène, que vous savei si bien discerner l'honnête homme du vil coquin, que si je vous ai plu, si vous voulez bien me compter au rang de Vi>s amis, c est A la noblesse de Thés sentiments, à ma conduite irréprochable, que j'en suis redevable, et non pas à l'illustration de mon père pourtant, sachez-le bien, si, à quelques défauts près, qui sont comme autant de taches sur un beau corps , mon naturel est vertueux, mes inclinations droites, mon àme innocente et pure, qu'on me passe, pour cette fois, les louanges que je me donne, si , avec raison, on ne peut mê reprocher ripn de bas , rien de sordide , rien de hautain ; si enfln je suis cher à mes amis , c'est à cet affranchi , A

mon excellent père, que je dois loul cela ; lui, propriétaire d'un mime patrimoine, il no voulut pas m'envoyer à l'école de Flavius, où des eu faut s nés d'honorables centurions allaient avec leurs sacoches et leurs tablettes suspendues au bras gauche apporter exactement aux ides de chaque mois le salaire du maître. 11 me conduisit a Home pour que j'y reçusse l'éducation réservée aux fils de chevaliers et de sénateurs.

A mes habits, aux esclaves qui suivaient, on me pie nait, dans la foule, pour le fils d'un homme riche ou poulie rejeton d'une longue et illustre série d'aïeux. Mon père fit plus, il fut pour inoi un gouverneur voilant, incorruptible ; il ne me perdait point de vue, m'accompagnait chez mes professeurs, et, non seulement il sut nie garantir de toute action capable de lletrir eu moi la première fleur de la vertu; mais, ce qui n'est pas moins important, il me mit à l'abri du soupçon ; il ne craignit point qu'on lui reprochât un jour de n'avoir fait taut de dépense que pour que je fusse, ce qu'il était lui-même, un assier, un simple receveur de deniers.

• Si tel avait ele le résultat de s»-s soins, je ne me serais pas plaint ; mais s'il en a ete autrement , il a droit à plus de reconnaissance et à plus de louanges de ma part. Comment potirrai-je donc ne pas nie féliciter d'avoir eu un tel pére? Comment, ainsi que tant d'autres, me defendrai-je en disant que si je ne suis pas ne de parents illustres, ce n'est pas ma faute ; mes sentiments sont tout autre et me dictent un autre langage. Oui, je le déclare, si la nature nous reprenait les années qui se sont écoulées depuis notre naissance, et que chacuu, selon les caprices de son orgueil, fût libre de se choisir d'autre» parents que ceux qu'il avait, je laisserais le vulgaire s'emparer des noms illustres qui ont brille au milieu des faisceaux et daus les chaises curules, et, dusse je passer aux yeux de tous pour un insensé, je resterais satisfait des parents qui m'ont été accordes par la bonté des dieux ! •

Voilà donc quelle avait été la naissance, et la première éducation d'Horace.

Son pére, no trouvant pas que le maître d'école de son village, ce digne Flavius, fut un instituteur digne de sou fils, le plaça sous la férule plus sévère du professeur de belles lettres à la mode de Rome a cette époque, de Pupilus Orbilius.

Ce digne instituteur était de Bénevcnt; il avait été Corniculaire, c'est-à-dire brigadier dans la guerre de Macédoine, était venu à Rome à près de cinquante ans sous le mémorable consulat du pauvre Ciceron. Là il vécut et mourut à peu prés dans la misère.

11 avait ceui ans lorsqu'il mourut.

Ses concitoyens les Beneventins qui l'avaient fort ne glige pendant sa vie, l'honorèrent selon la costume, après sa mort. Ils lui élevèrent une statue eu marbre blanc que vit Suétone et dont Suétone parle dans ses illustres grammairiens; il était leprésente assis, revêtu du palliuin. grand manteau qui cher les Grecs remplaçait la toge romaine.

Le sculpteur lui avait mis deux ecritoires à ses cotes.

Horace avait garde un rude souvenir du digne homme, il l'appelle l'tagotus, le frappeur.

Ce fut sous ce frappeur que le poète étudia les lettres grecques et latines: Liviua Andronius, Nœvius. Ennius, Pacuvius, Aldus, Afranius, Plante, Cccilius, Terence, Homère, Pindare Alcee, Sapho Hesichoie, Anacreon. Eupolis Cratinus, Eschyle, Sophocle, Aristophane, Euripide.

A vingt ans il était parti pour Athènes.

C otait pendant ces vingt années de l'enfance et de la jeunesse d'Horace que s'était écoule :

« Le long enfantement de la grandeur romaine. •

Luculluset Pompée avaient abattu en Orient la puissance de Mithridate, César avait mis fin à la guerre des Gaules, passe le Hhin. porte les aigles romaines jusqu'à ceu> Ile sauvage connue sous le nom de Britannia et qu'an blanc aspect de ses rivages il nomma Albio. Gabinius avait pénètre dans le» déserts de l'Arabie et y avait soumis les Nabalheens. Crassus s'était fait battre et tuer par les Parthes. Pompée avait été battu à Pharsale et assassine en Egvpte. Enfin il avait vu la victoire de Mnnda, la dictature et la mort de César.

Maintenant il voyait Brutus, l'un de ses meurtriers, lo plus chéri de tous, celui qui avait fait pousser au dictateur sou plus douloureux, son suprême cri :

— Th quoque, vit Brute.

— Et toi aussi, mon Brutus!

C'etaità cette école d'Orbihusqu'Horaceavaitconnudeux jeunes gens dont l'un Lucius Varius avait déjà compose la célèbre tragédie que Quinlilien compare aux plus belle» nièces d'Euripide et de Sophocle ; mais dont l'autre, Vitgjlius Mare, n'était encore connu que par des pièces de peu de valeur.

Horace, comme nous l'avons dit, s'attacha à Brutus et le suivit en Macédoine.

Pendant la première campague , il s'y conduisit d'uni: façon si remarquable, lui qui devait à Philippe» pour fuir plus vite et plus inconnu, jeter loin de lut son bouclier, son angusticlave et sou anneau, que Brutus l'elevaà la dignité de tribun des soldats, dignité qui n'avait au-dessus d'elle que le consulat.

Abandonnons notre poète et revenons aux grandes catastrophes qui agitaient le monde eu ce moment.

Alex. Dumas.

{La tuile au prochain numéro.)

THÉÂTRES

ENCORE A PROPOS h'HAMLET.

Théophile Gautier, dans son avant-dernière revue théâtrale, s est presque exclusivement occupe de la reprise A'IInmM et du jeu de Rouvière.

Esprit plastique par excellence, Théophile Gautier, avec cette technicité de mots qui fait de lui, non-seulement un styliste. — mais nu peintre, mais un sculpteur en style, a beaucoup loue le drame et l'acteur.

Quant aux louanges adressées au drame, — il va sans dire que Shakspeare les prend pour lui, et que nous n'avons, nous traducteurs, que le mérite d'avoir popularise un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain.

Plus on voit 1/nmtel, même dans la traduction, plus l'on s'étonne de 1 imniert*e génie de son auteur.

Il y a tout dans llnmlet, — comme il y a tout dans le Dante, comme il y a tout dans Homère I

Tout, — c'est-à-dire non-seulement la somme des connaissances acquises, mais lo rêve, l'intuition, le pressentiment des connaissances à venir.

Il y a plus, — il y a des sentiments encore complètement inconnus à l'époque on écrivait Shakspeare.

La mélancolie, par exemple, celte muse toute moderne

Shakspeare connaissait-il les tragiques grecs? Connaissait-il Eschyle, Sophocle, Euripide?

Connaissàit-il Oresle?

Nous ne lo croyons pas. — Si fier, si indépendant, si individuel que fût son génie, il eut subi l'influence, nous ne dirons pas de génies plus grands — Shakspeare est au moins de la taille de l'auteur de Promélhée, de l'auteur d Œdipe roi, et de l'auteur A'Uippolyte, — mais de génies antérieurs à lui.

Il connaît Plutarque, — aussi voyer dan» Antoine et Ctéopâtre, dans Jules César et dans C ortolan, il lui emprunte des phrases entières.

Shakspeare était trop fort pour faire ce que lit plus tard Voltaire, voler le linge d uu rival et le démarquer.

Qu'est-ce qu'Orosmane et Semiramis, sinon Othello et et Hamlet voles et démarques.

Hamlet est donc une création appartenant en entier à Shakspeare.

Maintenant, rendons compte des quelques changements que nous avons introduits dans notre traduction, et disons en quoi elle se sépare de l'œuvre originale.

Comme Molière, Shakspeare n'a pas laissé un seul manuscrit. De même qu'il reste je crois, à la bibliothèque, une signature de Molière, il reste dans les archives anglaises une seule ligne, je crois, de la main de Shakupeare

Pourquoi cela ?

Nous croyons en avoir trouve la raison.

Shakspeare, comme Molière, était directeur de troupe.

Il avait les artistes à sa disposition, toujours prêt* a se réunir, à apprendre, à répéter.

Presque toujours les artistes apprenaient et répétaient au fur el à mesure que le poêle écrivait.

Presse par le temps, par le besoin d'une pièce nouvelle, par l'insatiable voracité du public, gouffre, abîme, Carybde, absorbant, dévorant, engloutissant tout ce qu'on lui jette , il travaillait au jour le jour, apportait le matin le travail encore chaud de la nuit, el corrigeait aux repétitions.

La pièce répétée el jouée, on livrait au copiste un manuscrit en lambeaux , c'était le manuscrit origiual.

Le copiste copiait, l'imprimeur imprimait. . — quand il imprimait, — et il ue restait rien du manuscrit primitif.

Puis, secondo observation : Shakspeare ayant une troupe, travaillait pour sa troupe.

Il fallait qu'il se contentât des hommes et des femmes qu'il avait, et travaillât pour eux, el selon leur talent.

Sans doute non llamlet, ou plutôt l'acteur qui remplissait le rôle d'ilamlct, elail-il gros et gras ; Shakspeare fait, dans le cours de la pièce, plusieurs fois allusion à cette obésité.

Sans doute, aussi, cet acleuravait-il sur l'escrime un talent que Shakspeare, ou lui tenait à développer; de là, la scène des fleurets qui est tellement étrange et en dehors de l'action, qu'il a fallu un accident pour la faire eclore dans l'esprit du poète.

Cette scéni amène un dénouement qui n'en est pas un ; avec l'insouciance du génie qui souvent ne sait r.as lui-même la valeur de ce qu'il a fait, le poète le laissV flotter an hasard, el ne se donne point la peine de l'équilibrer logiquement avec le reste du drame, Hamlet blesse par Lnerte. le blesse à son tour, puis tue le roi. — la. reine meurt du poisou ; Horalio lui-même vent mourir, et n'en est empêche que par llamlet.

Il y a 1,1 une espéco de tuerie sans logique et surtout sans moralité dramatique.

Ceci m'avait toujours frappé lorsque j'avais lu ou plutôt étudie ce chef d'oeuvre.

Il me semblait que la fin réelle avait été ou perdue ou tronquée, on même changée tout à fait.

Je ne comprenais pas comment l'ombre qui fait le nœud du drame disparaissait au troisième acte pour ne plus reparaître.

Aon-seulemenl la chose n'était pas logique, mais encore, matériellement, elle enlevait son contrepoids à l'apparition du second tableau.

I/ombre. c'est la Justice divine, ou tout au moins son fonde de pouvoirs.

Elle doit repartir les châtiments selon les crimes commis.

Elle a imprimé le mouvement à la machine, elle ne peut pas laisser s'arrêter la machine au hasard.

La Providence, qui souvent vacille comme la boussole, comme la boussole a son nord absolu, auquel elle doit fatalement revenir :

L'equite.

Or, le dénouement de Y llamlet anglais n'est pas équitable.

Le voici :

hamlet. — Allons ! la troisième passe, Laerte. Vous n'y allez pas sérieusement; mettez-y, jo vous prie, tout votre savoir faire. Je crains que vous ne me traitiez en enfant.

i.abrte. — Vous croyez Y En garde ! ( Ils recommencent. ) osnic. — Rien de part ni d'autre.

laerte. — A vous, maintenant. [Latrie blesse Hamlet; ;ui», dans la chaleur de faction, Us échangent leurs fleurets et llamlet blets» Laerte. )

le noi. - Separez-les, ils ne se possèdent plu».

hamlet. — Non, continuons. ( La reine tombe. )

osnic. — Secourez la reine, o dieux !

horatio. — Leur sang coule à tous deux 1 Qu'y a-t-il , monseigneur?

osric — Qu'y a-l-il , Laerte?

lamte. — Il y a que je suis pris à mon propre piège ,

que je meurs justement et victime de ma perfidie.

hamlet. — Comment se trouve la reine ?

le roi. — Elle s'est évanouie à la vue de leur sang.

la reine. — Non, non! . La coupe, la coupe !.. Oh ! mon cher Hamlet !.. La coupe, je suis empoisonnée! (Elle meurt. I

hamlet. — Oh ! crime infâme ! Holà! fermez les portes. Trahison ! qu'on cherche le coupable! [Laerte tombe.)

laerte. — Le voici! llamlet. llamlet, tu es blessé a mort ! il n'est pas de remède au monde qui puisse te sauver, et tu n'as pas une demi-heure à vivre. Tu tiens a la main l'armo perfide démouchetée , empoisonnée ; ma trahison a tourne contre moi-même; regarde, je suis ici , gisant, pour ne plus me relever. Ta mère est empoisonnée, je n'eu puis dire davantage; le roi, c'est le roi qui a tout fait.

uamlft. — Cette arme est, dis-tu, empoisonnée. — Eh bien, poison, fais ton œuvre. (H perce, à planteurs reprises, le roi de son fleuret. )

osnic et les sekineirs. — Trahison ! trahison !

le roi, st débattant contre Hamlet. — Oh! defendez-moi ; mes amis, je ne suis que blesse.

IIXMI.KT, approchant des lèvres du roi la coupe empoisonnée et le forçant à boire. — Tiens ! Danois incestueux, fratricide et damne! avale ce breuvage. Y trouves-tu tapetle? Va rejoindre ma mère ! ( Le roi meurt )

laerte. - 11 n'a que ce qu'il mérite. Le poison avait été préparc par lui. Pardonnons-nous mutuellement , noble llamlet . que ma mort el celle de mon père ne pèsent pas sur loi, pas plus que la tienne sur moi. | // meurt. )

hamlet. — Que le Ciel t'en absolve! Je le suis; je meurs, Horalio ! Malheureuse reine , adien. Vous qui , pâles et tremblants . contemplez cette catastrophe ; vous qui assistez, en personnages muets ou en speclateurs , à ce drame terrible, oh ! si j'en avais le temps, si la mort , ce sergent redoutable chargé de m'apprehender au corps, mettait

moins de rigueur dans son arrestation, je vous dirais

Mais laissons cela. Horatio, je meurs, tu vis, justifie-moi cl plaide ma cause auprès de ceux qui voudront connaître la vérité.

horatio. - Ne l'espère pas, il y a en moi plus de Tantique Romain que du Danois. Il" reste encore du poison dans celle coupe... ( Il prend la coupe empoisonnée.)

hamlet, la lui arrachant. — Si tu es un homme, donnemoi cette coupe. Lâche-là; par le Ciel ! je veux l'avoir... Oh ! mon cher Horalio ! quel nom flétri je laisserai après moi ! si la vérité reste sous le voile qui la couvre ; si jamais j'occupai une place dans ton cœur, sévre-toi pendant quelque temps du bonheur de mourir et resigne-toi à traîner péniblement dans ce monde odieux une vie haletante, pour raconter mon histoire. ( On entend, dans le lointain, leXruit (Tune marche militaire et d'une décharge de mousqueteric.) Quel esl ce bruil de guerre que j'entends.

osiuc. - C'est le jeune Fotimbras qui revient vainqueur de son expédition de Pologne, et qui salue par cette salve guerrière l'arrivée des ambassadeurs d'Angleterre.

hamlet. — Oh ! je meurs, Horatio, la puissance du poison dompte mon énergie ; il ne me reste plus assez de vio pour entendre les nouvelles d'Angleterre ; mais je prévois que, dans l'élection d'un monarque, le choix du peuple se fixera sur Forlimbras. Je lui donne ma voix mourante. Dis-le lui et raconte lui en détail toutes les circonstances qui m'ont amené là. - Le reste, c'est le silence (// meurt. )

horatio. — El maintenant, un noble cœur vient de se briser. Adieu, aimable prince, et que les concerts des anges bercent votre sommeil.

Voici où finit la pièce telle qu'on la joue en Angleterre. Souvent même Horatio ne termine pas lo drame qui s'arrête à ces mots •

Le reste est le silence.

Eh bien ! nous le j-épétons, au point de vue dramatique, au point de vue logique et au point de vue moral, ce dénouement était iucoinplct.

Nous lui avons substitué celui-ci :

hamlet a laerte.

A cette passe, ami, jouez tout votre jeu, Car votre habileté, j en ai peur, me regarde En enfant et m'épargne.

LAERTE

Ah ! vous railleE— eD garde l

GlILDENBTERN.

Ripn des deux parts.

HamUt t'aperçait, à ton pourpoint .Uchiré, que le fleuret de Latrie était démoucheté, il recommence t atsaut; lie U f-.r. (ait tauter le fleuret du maint de Lu rte, met le pied dtttut, et lui présent* 1* tien.

LAEBTE.

Pardon, tuais vous m'offrei, je crois,

Voire fleurai?

HAMLET

Sans doute. Eh bien !

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