‹ Le MonteCristoChapitre 48 sur 144 · UNE PARENTHESE A PI10P0S DE U GUILLOTINE DE MADAME TV8SAID · texte numérisé non relu

UNE PARENTHESE A PI10P0S DE U GUILLOTINE DE MADAME TV8SAID

Ne croyez pas que ce que nous allops vous dire à ce propos, cher lecteur, soit précisément folâtre.

Non ; mais toute chose a son intérêt, même les choses hideuses.

Or, à propos de la guillotine de M 1 »' Tussaud cl de l'anecdote três-veridique du Parisien qui avait tente de l'essayer, j'ai wn bon nombre <Ij lettres.

D'idwrd, une dissertation fort savante sur l'invention de la guillotine, qui, au dire de l'auteur anonyme de cette dissertation, n'aurait pas été inventée par M. Guillotin.

i'uisunc signification, à brûle pourpoint, d avoir à donner la preuve que la guillotine de M ,n * Tussaud est bien la vraie guillotine de 1 79.5 r A n'a pas eu} chaulée pendant ses mois de nourrice chez M. Suison.

Puis eiilin, une lettre du Parisien qui a laisse son chapeau chez M ,ne Tussatid, et qui mn dit que j'aurais bien du le lui rapporter, attendu que c'était nu chapeau tout flambant neuf.

Il donne même l'adresse de son chapelier, ce qui fait croire que la lettre est du chapeliorol non du propriétaire du chapeau

Mon intention était de continuer mon récit: mais vous comprenez bien, chers lecteurs, que devant de telles interpellations, je change d'avis et ouvre une paï en thèse. Nous reprendrons notre récit .buis le prochain numéro, à moins de nouveaux événements.

L'homme propose, Dieu dispose.

Seulement, je vous préviens d'une chose.

Assoyez-vous dans votre meilleur fauteuil, accoudez-vous le plus confortablement que vous pourrez, allongez les jambes, meltez-vous à votre aiso, nous en avous pour un bout de temps à causer.

M!- U longueur de noire IwarJ'gc nous force à rcmcliro au prpcMo numéro ttt ilohitant, llarolJ rt ttt Grands Ilomuut «a rot* ittkanbrt.

Seulement, chères lectrices, mettez à la portée de vo're ; jolie main un flacon de sels anglais. Je vais vous faire I l'historique de celle horrible machine que l'on appelle la guillotine ce qui ne serait pas plus une raison, je l'avoue, pour que le docteur Oiiillolin l'ait inventée, que le nom de l'Amérique n'est une pieuve que l'Amérique ail cte découverte par Americ Yrspnoe.

Mais celle fois, rassurez- vous , il n'y a pas eu de passedroit L'bimneur de l'invention est revenu a l'inventeur, et si un instant elle s'est appelée la petite /.oui tel te, c'était à titre de sobriquet , et pa? comme nom de famille.

Abordons le sujet :

Le 21 janxier 1790. l'Assemblée Nationale, qui avait déjà proclame l égalité devant la loi, proclamait l'égalité devant le supplice.

Le premier qui fournit a la justice l'occasion de mettre en pratique cette égalité devant le supplice, fui le malheureux baron de l'avais.

Il fut pendu.

11 est vrai qu'il était innocent et prmdu pour le compte et au lieu et place de Monsieur du Provence, frère (Ju Doi, depuis Louis XVIII.

Empruntons à Prud'homme le compte-reudu de celte séance du 21 janvier I79J :

DISCUSSION SLn LA PEINE DE UOHT. LE DOCTEUH GUILLOTIN- — LA GUILLOTINE. —

Séance du 21 janvier 1790.

• Après les dons patriotiques et 1a lecture des adresses, parmi lesquelles on a remarque celle des citoyens patriotes de la ville de Grenoble, ou a cnteuJu le rapport relatif aux a^tuits-à-'anlion sur lesftt'ls l'assemblée a déclare qu'il n'y avait pointa délibérer.

• Puis ou a repris lu motion du docteur Guillotin sur les peines, et l'on a décrète les articles suivants :

• Les délits du ni:' ne genre seront punis par le mémo genre depeinos, quels que soient l'étal cl le rang descoupables.

- Les délits et les crimes étant personnels, le suppliai du coupable et les condamnations iufam uites quelconques n'impriment aucune flétrissure à sa famille. L'honneur de renx qui lui appartiennent n'en est aucunement entache. F.t tons diminueront d'être a Imissiblesà toutes sortes d'emplois, d.' professions et de dignité-.

• La conli^caiion des biens du condamuo ne pourra jamais être prononcée, ou aucun cas.

y Le corps du supplicié sera délivré il la famille si elle le demande : dans tous les cas, il sera admis à la sépulture ordinaire, et il ne sera fui', f-ur les registres aucune me ntion du genre de mort. »

NVsl-;-e pas curieux q ie ce soit le 21 janvier I7S10 que soit prochunre celte égalité dans le supplice, egalile, a laquelle le roi qui approuvait et signait le décret — devait être soumis trois ans après, jour pour jour.

Avez-vous remarque ces mois que nous avons soulignes?

— Puis on a repris la motion du docteur Guillotin sur H ptir-rs.

C'est qu'en cllVt, c'était toujours le docteur Guillotin qui soulevait les questions de pénalité.

Le docteur Guillotin avait son dida.

(l'est que : l u la peine de mort fui conservée

?" Qu'elle fut appliquée à l'aide d'une machine de son invention.

Il y avait longtemps que le docteur Guillotin travaillait sournoisement à sa machine, c'était son idée fixe qu« d'o 1er la vie sans douleur

LE M0NTL-C1UST0

Il était convaincu qu'il y avait réussi.

La chose était tournée, chez lui, à la monomanie.

Il avait dans ses poches un assoi liment do petites mécaniques île diverses grandeurs, avec h .'quelles il donnait des représentations riiez ses amis en décapitant des poupées de toute.* les tailles.

Du z<"te il avait pas.<e à renl)n»u>iasme.

Dès le premier décembre I7N7, i! avait offeil à rassemblée sa philaiilliinpique'iiventiou et cela dans des termes qui ne nei mettaient çu.'-re a l'assemblée de la refuser.

— Avec nia machine, disait-il. je fais sauter votre tète eu un clin d'ici! et vous ne so!itîre/.,pomt -à peine sentez-vous une lê'jùc frofctirnr suc le cou.

Vous voyez qu'une pareille machin*? n'avait rien que d'agréable, surtout dans l< s temps chauds.

C'était un rafralchi.ooinent d'un nouveau genre.

(".epeiulant l'assertion du philanthrope trouva hou nombre d'incrédules.

L'assemblée se prit à rire.

Combien de ceux qui rivent alors devaient à leur tour essayer la machine du docteur, et apprécier cette legc-o fraîcheur.

Mais ils commencèrent par rire— c'est toujours comme cela que l'on commence en Franco.

Ce rire qui signalait une incrédulité e.xalla le docteur Uuillotiu.

— Ah ! vous doutez, s'eevia t- il, vous doutez— eh bien je n'ai qu'une crainte — c'est que cette facilite de se donner la mort, celte absence de dou'eur dans le moyen employé, ne multiplie le suicide, surtout chez les vieillards, qui uatuiellement las de la vie, ne connaîtront pas plutôt mon invention, que ce scia a qui voudra en profiter.

Au nombre des assistants et de ceux qui riaient le mieux et le pics fort, était un pauvre garçon qui devait mourir d'une mort, certes, plus douloureuse que celle que venait d'inventer le docteur Guillotin.

C'était S.ileau. le re 'a uteur en chef du journal les Actes des l/;o/ccï, qui devait être massacre au lu août.

Il ne se contenta pas de rire, il lit une chanson.— Si l'on doutait encore que la guillotine fut bien la liile de M. fiuillotiu, cette chanson d'un contemporain, faite le soir du même jour où l'instrument en question fut offert à l'as semble,-, pourra lui tenir lieu d'extrait de baptême.

Llle se chantait sur un air très à la mode a cette époque,—

L'air du Menuet WExaudet.

La voici :

Guillotin,

Médecin Polinque.

Imsgine un Ix.mii in.ilin Qac pendre est inhumain Li p.u pjirj.iuipi" ;

Au>siiot Il lui faut Ui> supplice, Oui, sans corde ni poteau.

Supprime du bourreau

L'ofilce.

C'est en vain que l'on public Que c'est pure jalousie [l'un suppôt Du Irîikot tYllipppcrate, (.lui <}<: tuer impunément, M,' ma «rJu-ivemeni, .Se (laite, le Romain Guillotin

Qui s'apprête, Consulte gens du métier Barnavc cl Chapelier, Mèmr le coupe téle ;

Et sa main,

Fait soudain

La machine.

Qui simplertinni nous tuera Kl qui; l'un nommera

Guilio ii;e.

L'nvention semblait si paie. qu'elle excita encore la verve joyeuse d'une autre gazette : le lendemain du jour ou Suleau faisait paraître sa chanson, — une autre feuille intitulée te Nouveau Journal faillit paraître ce pot pourri :.

Ain : Parii tst au roi.

M. Guiliuiin Oi (rraud ined.-cin.

(hie l'amour •lu prochain Occupe Mins fin, S'it va ii eu soudain Prend Ij parole • nlin lit d'un air bénin,

Il proiHj-e

Peu de choM'i

Qu'il expos.) En |i (i de oml*,

M.us l'empli ise

Du sa phrase Obtient Us braies Du oinq eu six vils.

AIH : En amour, ( etl nu cillagt.

Messieurs dans votre sagesse,

Si vous avez deci e|n Pour Uiuiu humaine (aibksse La lui do l'égalité. Pour peu qu on daigno m\ Qtuiidis, On si ra b en convaincu Que s'il u»l cruel du peiid:c, Il est iJur d élie pendu.

Air : de la Baronne.

Comment donc faire, Quanl un honnête citoyen, IJjii^ un mouvement do colère As>assiiiem son prochain.

Comment t'otic fane :

Eu rcvanl à la s mrdinu Pour vous tirer d'embarras,

J'ai Taii une machine Qui mei les létes a bas. —

Ain : Quand la Mer Rouge apparut.

C'est un coup quo l'on reçoit Avant qu'on s'en demie, A peine on s'en aptrçuii.

Car ou n'y voit goiille.

Un Cuilain icssort CachO fnut a coup étant lâche- Fait tomber

lt- r ber Fait sauter 1er ter Fan tomber Fait sauter Faii voler la lêle C'esi biui plus honnie.

Vous comprenez bien, chers lecteurs, que si la machine n'eut point été du docteur Guillotin, celui-ci eût réclame en voyant l'effet d'hilarité que produisait l'apparition de son instrument.

Ainsi, voila la fille de M. Guillotin venue au monde, la

voilà baptisée, el, comme vous le voyez, rien n'a manqué à son baptême, pas même les chansons.

Il est vrai que si les éludes du moyen âge, et des âges suivants eussent ète aussi familières aux critiques de 1790 qu elles le sont à ceux do 1857, M. Guillolin eut certes été accusé de plagiat.

Que voulez-vous, ce n'est pas la Taule de M. Guillotin pourquoi arrivait-il le dernier? Il pouvait dire comme le poète à qui l'on reprochait d'avoir imité l'antiquité :

L'antiquité, voilb, ma fui, L'ne ploisttilu Jumviaelic?

Qui- ne venait cl lu apres moi?

J'aurais dit la chose avant elle.

Il est si difficile à une imagination, si riche qu'elle soit, d'inventer quelque chose de complètement nouveau; l'homme a toujours ete jusqu'à la prodigalité riche d'inventions mortelles.

Nous avouons donc que l'on retrouve quelque chose de pareil à la machine de M. Guillotin eu Ecosse, eu Allemagne et en Italie, où la uiannuja, espèce de guillotine à couteau arrondi au lieu d'être taille eu biseau, se perd dans la nuit des temps.

Le maréchal de Montmorency lui-même, cet illustre rebelle qui fut reconnu de ses ennemis, parce qu'après avoir renverse six de leur.-, rangs, il avait encore eu la force de tuer un homme au septième," le maréchal de Montmorency fut décapite à Toulouse à l'aide d'une machine qui, si nous en croyons l'historien Puyscgur, avait de grandes ressemblances avec l'inveution du docteur Guilloliu.

11 est vrai que les méridionaux ont toujours ete d'un génie plus avance et d'une imagination plus féconde que nous.

. En ce pays-là, dit le chroniqueur, on se sert d'uLO doloire, qui est entre deux morceaux de bois ; quand on a la tête posée sur le bloc, quelqu'un lâche la corde et cela descend et sépare la tète du corps. •

Voyez comme c'est simple.

Il y a seulement une chose qui m'etonne, c'est qu'une chose si simple n'ait pas ète inventée par Adam dans les loisirs champêtres que lui laissait le paradis terrestre.

Cependant, si satisfaisante que tut la machine de l'illustre docteur, ce ne fut que le 3 juin 1791 , c'est-à-dire dix-huit jours avant la fuite du roi, qu'elle fut delluitivcment adoptée par l'assemblée, en même temps que la peine de mort, qui fut vivement discutée.

Voici le texte du décret.

Ali ! vous avez voulu des détails, chers lecteurs, vous en aurez.

inTU'I.R PREMIER.

Les peines qui seront prononcées contre les accuses trouves coupables par le jury sont :

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