R E PR ÉSE STATION A BENEFICE DB M»' RIST6RI
M™' Ristori a fait samedi demie» ses adieux A Paris dan» Marie Sliiarl, la scène du somnambulisme de Macbeth , et 1rs Jaloux heureux, — ■ Gclosi fortnnati^ du comte èi-
raud.
La salle était comble.
Tout le niondo co-.nalt Marie Stuarl et i Gelosi-, niais aucun des dix-huit cents spectateurs, peut-être, n'avait vu M»" Ristori dans la scène de somnambulisme de lndv
Macbeth.
Shakspeare, qui a tout deviné avec cet instinct du génie, A qui l'avenir appartient aussi bien que le passé ; Shakspeare avait invente le somnambulisme deux centâ
ans avant Mesmer.
. Celte scène de lady Macbeth, la femmo au cœur de brome, muette dans sa veille, mais laissant pendant son sommeil filtrer L'Hutte A eoutle son secret A travers le» veines de son cœur, comme des larmes rnulont A travers des paupières fermées, lady Macbeth est le génie de l'art dramatique moderne.
En Anglctetre, on Attend pendant quAtrê acte» cette scène, comme A l'Opéra on attendait pendant quatre actes le Siiihfz-moi de Guillaume Trtl.
Toutes les grandes actrices anglaises ont consacre cette scène par le triomphe qu'elles y ont obtenu.
Si les couronnes qui leur oui oie jetées étaient amoncelées les unes sur les autres, elles produiraient cette fantastique montagne dont p;u|e Il.unfet, et près de laquellé le mont Otrtt nr paraîtrait pas plus ni os qu'une verrue.
C'était donc cotte scène que l'on attendait, surtout dans la représentation à bénéfice de samedi dernier.
Aussi, lorsque la toile s'est icvee sur le palais du roi d'Ecosse, s'est-il fait un profond silence; ce silence terrible qui indique A l'artiste que doux mille regards sont fixés sur lui. que deux nulle respirations sont suspendues pour ne pas perdra un mot do ce qu il va dire.
Voici la scéue.
Entre lady Macbeth, tenant tin flambeau qu'elle pose sur
faite.
la femme de chambre. — Tenez, la voil A qui vient, — c'est bien sa manière et, sur ma vie, elle dort profondément.
le médecin. — Comment s'est-elle procuré ce flambeau?
la femme m: chambre. — Mlle l'avait prés d'elle ; elle a toujours de la lumière, c'est son ordre exprès.
le médecin. — Voyez, ses yeux sont ouverts?
la femme oB chambre. — Oui, mais la vue n'y est pas.
le médecin.— Que fait-elle maintenant? Ôh I voyez donc comme elle se frotle les mains.
la femme de chambre. — C'est une habitude qu'elle a d'imiter l'action d'une personne qui se lave les mains; je la lui ai vu faire pondant un qiiart-d'heurc de suite.
i.adv MACnETii. — Quoi! — toujours cette tache?
le médecin. — Ecoutez, elle parle. — J'écris, moi, pour mieux fixer mes sentiments.
lady Macbeth. — Ya-l-en, tache, maudite. — Va-t-cti, te dis-jo ! une, deux. — 11 est temps, il fait noir en enfer, — li donc, mon époux , Il doue ! Un puevrier avoir peur, — que nous importe qu'on le sache, quand nous serons tout puissants, et que personne ne pourra nous demander des comptes. Oh ! qui aurait pu croire qu il y avait tant de sang dans ce viellard.
lb médecin.— Entendez-vous cela?
lady Macbeth. — Le Thane de Fifc avait une femme, où est-elle maintenant. Ne pouriai-je donc jamais nettoyer ces mains? — En voilà assez, seigneur, en voilà assez, vous gâtez tout avec vos terreur s.
le médecin. — Allon3 , allonB, elle en sait plus qu'elle ne devrait en savoir.
la femme de chambre. — Elle a dit ce qu'elle n'aurait pas dû dire, j'en suis sûre ; quant à ce qu'elle sait, c'est le secret du Ciel.
hdy macbkth, — Toujours l'odeur du sang. Oh ! si petite que soit celte main, (ousies parfums de l'Arabie ne pourront pas la désinfecter. — {Gémissant) oh I oh ! oh I
lk médecin. -Quel soupir! un poids cruel pèse sur ce
cœur.
la femme de chambrr. — Je ne voudrais pris pour toutes 1*9 grandeurs de sa royale personne avoir dans mon sein un cœur comme celui -la.
le médecin.— Cette maladie ésl au-dessus dés ressources de mon art. Cependant, j'ai connu des somnambules qui sont morts saintement en leur vie.
lady Macbeth. Lave lés main«, mets ta rnb.T rte - chambre; ne sois pas si pâle. Je le le répéta, Banquo est en terre, il ne peut sortir de sa tombe.
Li; médecin. Eh quoi t
Iadt Macbeth. Au lit, an lit ! On frappe n la porte. Viens, viens, viens, viens... Donne-moi la main; ce qui ost fait ne p«ui être défait. Au lit, an lit !
[Elle reprend son flambeau et sort.)
Vous le savez, chers lecteurs, c'était une face nous laquelle n'avait point encore apparu M»« Rislori. On attendait donc.
On a vu cntcei uné statue de marbre à l'ceil fixe, au risape impassible, aux lèvres a peine mouvantes: le pied était traînard et lourd comme s iluVill pas pu se détacher de la terre.
On sentait que la volonté n'était pas la, que l'âme n'était pas là, que le corps n'était qu'une machine automatique, pas autre chose
Le premier mot prr tressaillir toute la salle
Ce n'était point une voix humaine qui parlait.
C'était une parole blanche comme un fantôme, sans ca
Le premier mot prononcé par la grande artiste a fait
denfc, sans accentuation, un frémissement, un nile. Les mains étaient raides et tordues, les doigts s'enroulaient les uns aux autres comme des serpents.
Le troisième : viens, viens, tiens! a fait éclater les ap-
rdaudissements contenus jusque-là 11 v avait dans cet ordre e suprême commandement et la suprême douleur.
I,e désespoir de l'impuissance s'est fui» semir dons la phrase : Oh ! si petite que si.it cette nltiin, lotis les parfums du l'Arabie ne siilliraient pas à la désinfecter.
Enfin, elle est sortie en disant 1rs mois : an lit, au lit t au milieu d'un cri pousse par toute la salle. C'était la respiration qui revenait a deux mille personnes.
Non seulement M ,,,r flistorl n rte rappelée, mais, nu milieu des cris d'enthousiasme, obligée de redire la scène:. Elle a ete plus belle à la seconde fois qu'a la première. Quelques voix criaient— assez, assez, vous la tuez. Qu'importe, tuez les artistes ainsi— tuez les jeunes -c'est la mort sublime.
Alex. Dumas.
CORRESPONDANCE
Le Havre, samedi 6 juin 1857.
Mon cher maître,
Le problème a été résolu ce matin samedi sur la jetée du sud ; désormais on n'attaquera plus la baleiire avec le bar- • pon, on ne les tuera plus avec la lance. — La nouvelle balle de Devisme, ou plutôt sa cartouche foudroyante, la tera passer de vie à trépas aussi lestement qu'un graiu de plomb' abat une bécassine. :
— Voici la mise en scène de cette curieuse expérience e
- Un gâteau de suif était place ;i l'orifice d'uné caisslargc et haute d'un mètre sur deux de profondeur, et rèn fermant quatre safH rempli» de paille mouillée, posés l'un devant l'autre, et ayant chacun trente centimètres d'épaisseur.
Devisme a tiré sur ce gâteau de suif, dont l'épaisseur et la consistance sont à peu prés égales à celles du gras de la baleine; le projectile a traverse le suif , pénètre dans la caisse et n'a éclate que dans le fond du second sac qui fut incendié... C'est vraiment merveilleux ! ! !
Croyez-vous maintenant qu'une baleine qui aura subi dans la poitrine ou dans l'abdomen l'explotrion de ce projectile do cuivre et de plomb, long de quatorze centimètres, d'un diamètre intérieur de trois centimètres trente millimètres, et charge; do soixante grammes de poudre, puisse vivre assez longtemps pour se venger en écrasant d'un coup de queue ou de nageoires les audacieux pygmees qui ne craignent pas de lutter corps à corps avec elle ? — Co n'est pas probable, c'est même impossible...
Je me luUc de vous annoncer sommairement cotte bonne nouvelle ; à une autre fois les détails.
Recevez, mon cher maître, l'assurance de mes respects et de mou dévouement.
Le docteur Félix Matnaro.
NOUVELLES PI VERSES
Nos voisins les Suisses trouvent qu'il n'arriva pa3 asspz d'accidents avec la marche ordinaires des chemins de fer, ils eu inventent auxquels les chemins de fer ne pensaient pas.
Jeudi, entre dix et onze heures du soir— l'heure e*t aussi excentrique que l'amusement, une vinglainede jeunes gens se sont adresses à des travailleurs de nuit, et ont à force d'instances oblèr'jde m:»iil»rsurim waijon. Il s'agissait de s'amuser; dans ce bm, le wagon a ele lance sur une pente qui s'étend du Crot à la ville de Locle. La chose a ele à mer veille pendant trais tours, mais au quatrième, on ou-
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LE MONTB-CRISrO.
bliade mettre le frein ; il on résulta que toul-à-coup les voyageurs s'aperçurent qu'ils étaient en train de faire douze ou quinze' lieues à l'heure, et que le train de plaisir tournait au convoi funèbre. Kn songeant aux waauns de traverse coutre lesquels ils ne pouvaient manquer d'aller se briser, la terreur prit à ces malheureux et le cri de sauve qui peut se fit entendre : dès lors toutes les têtes furent perdues— et ce fut à qui se jetterait dans la mort en essavant de la fuir. Les uns sautèrent et eurent les jambes brisées en sautant, les autres furent accroches et traînes sur les rails, d'autres se sont cramponnes à leurs places, et dans le choc ont été écrases— tous ont ete blesses plus on moins— et ont ete eu la tète fendue, les jambes coupées ou les hanches moulues.
Deux sont morts.
Nous n'avona'pas encore eu le temps d'aller voirla Dalila d'Octave Feuillet au Vaudeville. Mais nous savons déjà que lafontaine et Fargueil y ont eu un grand succès.
Lafontaine est un exemple de ce que nous disions l'autre jour, à propos de la Comédie française, c'est-à-dire qu'elle ne prenait les gens de talent que pour les annihiler.
Lafontaine est reste plus d'un an au théâtre Français, il v a eu une chute et un demi-succès.
Il sortait du Gymnase— ou il avait créé trois ou quatre rôle» avec un véritable talent : Flaminio, le Fils at Famille, le mari dans Diane de Lys.
Il rentre au Vaudeville, par un énorme succès , est-ce ;i dire que I" public du Gymnase et du Vaudeville est moins intelligent que celui du Theàtie-Français, ou le public du Théâtre- Français plus difficile que celui du Vaudeville ou du Gymnase ?
Non, le public est le même partout.
Seulement au Theàlre-Français, l'artiste, original ou pittoresque, doit perdre son individualité pour rentrer dans la couleur générale, c'est-à-dire dans le terne et dans le gris.
Mettez un homme de Delacroix au milieu des statues de M. Ingres, et l'homme de Delacroix aura l'air d'un fou. Il vivra, voila tout,— les autres sont morts.
Un M. Maza, qui cache probablement, et je ne sais pourquoi, son nom sous un pseudonyme, m'écrit une lettre dans laquelle il se plaint que j'ai fait trois fautes dans quatre vers d'Hugo.
— Oh ! cher monsieur Maza. je m'en plains bien autrement que voua, moi, — mais vous avez vu par mon dernier erratum que ce n'est pas seulement dans les vers d'Hugo qu'on en fait, — on m'a assez proprement estropié les miens.
Tout cela s'est passe pendant mon voyage d'Angleterre, — comme , dans le Légataire universel, tout se passe pendant la léthargie de M. Geronte.
Ne m'en veuillez pas, cher monsieur Maza, si ce n'est pas Geronte que s'appelle le vieillard du légataire universel, — il est onze heures du soir et je n'ai point de Regnard dans ma bibliothèque.
Rétablissons les vers, je ne demande pas mieux , cher monsieur Maza, — et croyee bien que j'admire trop les vers d'Hugu pour le corriger, comme vous m'accusez de le faire.
Voici les quatre vers non pas tels qu'on les a lus dans le Monte-Cristo, mais tels que je les dis à mon magistrat :
Ce siècle avait deux ans. — Rome remplaçait Sparte .
Déjà Napoléon perçait sous Uoiiupbrte .
Et du premier Consul déjà par maint endroit
Le front de l'Empereur brisait le masque étroit.
Maudit voyage de Londres ! Heureusement qu'Hugo, qui reçoit le journal là-bàs, ne s'y sera pas trompe, lui, et aura mis les corrections sur le compte de qui de droit.
C M. Briffaut est mort. — Qu'est-ce que M. Briffant? demandera le lecteur.— M. Briffant était un académicien connu,
i ou plutôt inconnu, par sa tragédie de Xinus II.
Sous les Bourbons de la branche cadette, M. Briffant cumulait, — il était non-seulement académicien, mais censeur.
Lorsque mon drame de Christine à Fontainebleau fut arrête par la censure, ce fut à lui particulièrement que j'eus affaire.
Je dois dire qu'homme du monde s'il en fut, M. Briffant mettait du sien dans nos relations" tout ce qu'il en pouvait mettre.
Il était désespéré, disait-il, d'arrêter un jeune homme au commencement de sa carrière, et il mettait son imagination à la torture pour inventer quelque chose qui rendit Christine jouable.
En lin, un jour il trouva un moyen.
— L'obstacle, me dit-il, vient de ce queChristine est une femme, et que la délicatesse française ne peut pas permettre qu'une femme commette un pareil crime. Faites de Christine un homme, et la chose ira toute seule
Je crus que l'honorable académicien plaisantait, et je lui avouai que je connaissais .les plaisanterie plus drôles qu.» celle-là.
— Point «lu tout, me dit-il, je parle sérieusement, et j<» vais vous donner un exemple qui voirs convaincra , je l'espère. Vous connaissez mon Pfiutis Ut
— Dp nom. j'ai cet honneur
— K.h bien ! savez-vous comment il s'appelait primitivement ?
— Semiramis ?
— Non : il s'appelait Pelage : la pièce se passait en Espagne, et avait pour sujet I aMtamlussenir-nt «1rs Espagnols. Par malheur, je l'achevais au moment ou l'Empereur Napoléon déclarait la guerre aux Espagnols. Ou lui parla avec grand éloge de ma pièce ; il demanda à la lire ; mai.-, après l'avoir lue :
— La pièce est un chef-d'œuvre, dit-il, seulement elle ne sera pas jouée.
— Pourquoi cela, lui demanda la personne qui me patronait pu s de lui.
— Parce que je ne veux pas qu'on exalte un peuple au moment où je lui fais la guerre.
Deux ou trois tentatives nouvelles prés de lui furent inutiles.
Enlin, on lui demanda une audience pour moi.
— Volontiers, dit-il, je le verrai avec grand plaisir.
— En effet, l'Empereur me reçut à merveille.
— Eh ! mon Dieu, jeune homme, me dit-il, c'est à votre pièce que j'en veux et non à vous, et, la preuve, c'est que si l'action se passait chez les Parthes, chez les Perses ou chez les Assyriens, au lieu de se passer chez les Espagnols je l'autoriserais demain.
— Est-ce vrai ? lui demandai-je.
— Comment ( si c'est via , certainement.
— Sire, je vous demande huit jours.
Au bout de huit jours, monsieur Dumas, ma pièce, au Jieu de s'appeler Pelage, s'appelait Ninus II, et, au lieu de se passer à Cavadonga, se passait à Babylone. Il y a bien eu par-ci par là quelques rimes à changer, mais pour un poète ce n'est pas une affaire.
— Mais cependant, monsieur Briffaut, la couleur locale?
M. Briffaut sourit de ce charmant sourire moitié protecteur, moitié dédaigneux, qui n'appartient qu'à des lèvre»
académiques.
— Monsieur, dit-il, de notre temps, à nous autres, la
couleur locale n'était pas inventée
Alex. Dl'MAS.
Alex. Dimas.
Seul propriétaire et Mal rédacteur du M»%tt-Crix la
Parii. — Imprimerie de E. Brièr* et (*•, rne S»int«-AtiD», S*.
1~ ANNKK. N» •.