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CHAPITRE VIII

LE SCCCE9SKCR DE S.VINT PIF.MIK.

Léon XU — Annibal délia Genga, né près deSpoléte, le 17 août 1700, élu pape le 28 septembre fSv'.'J — occupait lo trône pontifical depuis près de cinq nn».

Celait donc, au jour ou nous sommes arrives, urt vieillard de soixante huit ans, grand, milice, à l'air triste et serein a la fois ; se tenant d'habitude dans un cabinet pauvre, presque sans meubles, vivant, avec, son chat, sou compagnon le pins habituel, d'un peu de polenta ; s«» sachant frès-malade ; se voyant dépérir avec une résignation presque joveuse ; ayant ueja reçu le viatique vingt-deux fois, c'est-à-dire ayant déjà clc vingt-deux fois en danger de mort, et tout dispose à inetlre, comme Benoit XIII, son cercueil sous son lit.

Annibal délia Genga avait été nomme sur la désignation de son collègue h* cardinal Sevemli, qui, ayant eleecirte ilu pontificat par l'exclusion de l'Autriche, l'indiqua comme sou successeur.

An moment où trente-quatre votes le firent pape et où les cardinaux qui venaient de le nommer lui adressaient leurs felicilalions, il leva sa robe de pourpre, el, montrant aux électeurs du couclave ses jambes enllees :

__ Comment, s'ecria-t il, nouvel- vous croire que jo consente à nie charger du fardeau que vous voulez m 'imposer? Il est irop pesant pour moi ; que deviendra l'Eglise au milieu de tous ses embarras, lorsque sa direction sera remis» aux soins d'un pape intiriue et moribond ?

Celait justement celle qualité d'hitlnne et de moribond qui valait son exaltation à I-eoii XII.

On n'élit un nouveau pape qu'a la condition qu'il mourra le plus tôt possible, et pas un des deux cent cinquantequatre successeur* de saint Pierre n'avait encore atleint l'âge du prince désastres, c'est-à-dire vingt-cinq ans de

pontificat. ,

JSon c.debis nuno* Peti t ! tel est le proverbe, ou plutôt la prédiction donl on salue l'élection d'un nouveau pape.

Eu s'imposent le nom de Léon XII, Aimibal délia Genga semblait avoir pris rengagement de mourir vile.

I* FI irenlin l-con XI, élu en IG05, n'avait règne que vingt-sept jours.

Et cependant cet homme débile, aux jambes enflées, sembla un instant avoir reçu des mains de saint Paul |*e* née de l'Eglise.

Il lu une terrible guerre au brigandage, enlevant tous les paysans d'un village pour les transporter dans son pays natal, à Spolèlc Ces paysans étaient accuses d'avoir Tes relations avec les bandits el un peu d'être bandits e ix-mêmes. A partir de ce moment, on n'entendit pas plus parler d'eux que s'il» eussent ete transportes* Botany-Bay.

D'un autre coté, il s'était montré fort sévère sur les règlements religieux en défendant h-s spectacles el les autres amusements peudanl l'année du jubile.

11 avait fait un désert de Rouie.

Or, les Humains de la ville n'ont qu'une ressource : k loyer de leurs maisons.

Les Romains de la montagne n'ont qu'un commerce : leurs relations avec les bandits.

11 en résultait que, le pape lx*on XII avant ruine à la fois les Romains de Home et les Romains de la montagne, le pape, Léon XII était à la fois exècre des habitants de U ville el des habitants de la campagne.

A sa mort, deux hommes d'Ostie qui avaient commis le crime de manifester leur sympathie pour le défunt, faillirent être égorges.

Dans sa jeunesse, n'étant pas d'Eglise et étant appelé il tnairhrsino, — le petit marquis, — il lui avait ele prédit par un astrologue qu'il serait pape i|n jour.

Ce fut à la suite de ceLte prédiction que sa famille le fit entrer dans les ordres.

Quel était le faii qui avait donné lieu à la prédiction ?

Un fait assez étrange el uni ne pouvait découvrir l'avenir qu'à un homme véritablement doue de la double vue.

Etant au collège de Spoléje, 'es enfants faisaient une procession à l'insu de leurs professeurs, portant sur un brancard la statue de la Madone.

Le petit marquis de la Genga, -ses ancêtres avaient reçu le titre de marquis et la propriété de la main de L"ou X,— le petit marquis de la Genga, étant le plus beau de Ions le* enfants, avait ete choisi pour --emplir le rôle de la Madone.

Tout à coup, on entend venir un professeur ; les elé- et qui portaient le brancard prennent la fuite, et la Vierge «lisse de leurs épaules, tombe à terre sans pourtant tomber de la litière improvisée pour elle.

Uusorcier prédit alors i(ue l'enfant UimhédesépaulesdPSrt caniaradescu jouanl le rôle de la Madone àera't râpe un jour.

Cinquante ans après, le sorcier moi l depuis longtemps, la prophétie se réalisa.

Celte beauté qui avait valu à l'entent l'honneur de jouer le rôle de la Vierge avait, ditait-on, plus d'une roisimsen péril l aine du piètre.

On parlait de deux grandes pussions qui avaient épure sa vie, en supposant qu'elles ne l'eussent pas souillée : l'une pour une noble Romaine, l'autre pour une grande dame bavaroise..

Lorsqu'on lui annonça la vi.ule de l'ambassadeur France, il était occupe il faire la chasse aux petits oiseaux dans le jardin du Vatican.

La chasse était la seule passion, — le saint père l'avouait lui-même,— la chasse elail la seule passion qu'il n'eut pu vai ncue. Les ze i imli lu i rai.-aien l un cri me de cet amusement.

Léon XII aimait fort M de Chateaubriand.

Lorsqu'on lui annonça la visite do l'ambassadeur do France, il se hâta de remettre aux mains de son valet de chambre le fusil à -.in coup .ver lequel il chassait, et, ordonnant qtiVn inlrodui;,U l'illustre visiteur, sans le fd"v attendre une seconde, il se rendit à sou cabinet.

On introduisit l'auibassa leur el son client à travers un corridor uoir jusqu'au sanctuaire de Sa Sainteté.

Lorsqu'ils parurent 1 sur le seuil de la porte, le pap était déjà assis et attendant.

Il se leva et alla au devant du poète.

Le poète, selon le cérémonial habituel, et saus vouloir se souvenir de la haute charge dont il était révolu, le poète mit un gonou en terre.

Mais Léon XII le releva vivement, et ne soutirant point qu'il restât dans cette humble posture, If prit [Kir la ruair. et le conduisit a un fauteuil.

Il n'en fut point de même pour Dominique.

L • pape le ai sa s'agenouiller et baicer le bas do sa rob».

Quand le pape se retourna, il vit M. do Cliateanbiiand debout et lui lit de nouveau signe de s'asseoir.

Mais celui-ci :

— Très-siinl-pére, dit-il, que Votre Béatitude soufre iioi!-8culenieiH que je reste debout, mai» que je me relire, je vous ai amené ce jeune homme, qui vieul en appeler» vous de la vie de sou perc. Il a fait quatre cents heu» pour venir, il fera quatre cents lieue» pour s'en aller. Il

LE MONTE-CTUSTO.

est venu dans 1 espérance, «l, selon que vous lui direz oui ou il s'en ira dans In joie ou dans 1rs larmes.

Puis, se retournant vers le jeune moine, qui cta«t demeure a genoux.

— Ayez bon courage, mon pèrol lui dit-il ; je vous laisse avec celui qui r st autant au-dessus des rois que le» rois an-des*us du pauvre mendiant qui nous a demanaè l'aumône à la po-le du Vatican.

-r- lU ioimu'i-voiih doue à l'amlinssado. demanda le jeune moine, presque effraye d'être abandonne à ses propres forces, et no vous roverrai-jn pas?

~m Oh ! si fait, dit ou souriant le protecteur de Frère Do* miniqtie, je ressens un trop vif intérêt à votre écranl pour in éloigner Ainsi. Je vais, aveu la permission de Sa Sainteté, vous attend re dans les Stanate. Ne eraig.tcz pas de me faire attendre, j'oublierai le temps devant les œuvres de celui qui l'a vaincu.

Le pape lui tendit la main, et, malgré sa résistance, l'ambassadeur la lui baisa.

Puis il sortit, lais«anl lare A f=»ce le plus baut et le plus bas degré de lVclielle tvlig ; euse :

l.e pape et le moine.

Moïse n'était pas plus pille et plus tremblant lorsqu'il »<» trouva sur le Sina'I, avensle par les rayons de li gloire divine, que ne le devint frère Dominique lorsqu'il se trouva seul a seul avec I^con XII.

Pins il fiait venu do loin ponr chercher celui qui tenait dans &£>. main la vie de son père, plus son cœur était plein d'angoisse et de dnnleen l'abordant.

Le pape n'eut qu'à jeter un regard sur le beau moine pour comprendre qu'il allait s'évanouir.

11 lut lendit la main.

— Couraue, mon lils ! lui dit-il ; quelque faute, quelque péché, quelque crime que vous ayez connu s, la miséricorde de Dieu est plus grande que toute la malice humaine.

«- Je suis un pécheur, étant un homme, 6 saint-père, répondit la Dominicain ; mais si je ne suis pas suis pèche, • j'espère être sa 113 faute et jo suis sur d'être sans aime.

— » En efjet, il me semble que voire illustre introducteur m'a dit, mon fils, que vous veniez m'implorer pour votre père.

— Oui, Votre Sainteté, e'esten effet pour mon père que je viens.

— Où est votre père ?

Il est en France, il est a Paris.

— 0»e rail- il ?

— Condamne par la justice ou plutôt par la méchanceté des hommes, il attend la mort.

~- Mon fils, ne nous faisons pas accusateurs de nos juges; Dieu les jugera sans accusation.

En attendant, mou père est innocent et mon père va mourir.

••»- Le roi de Fiance est un prince religieux et bon, mon ûls ; pourquoi ne vous étes-vous pas adresse à lui ?

— Je me suis adresse à lui et il a fait pour moi tout co qu'il pouvait faire. Il a suspendu le couteau de la justice pendant (mis mois, lo temps que je vinsse de Paris à Homo et que je retournasse de Home a Paris.

— Et qu'étes-vous venu faire à Rome?

— Vous lo voyez, Irés-saint-père, me jeter à vos pitds.

— Je ne liens' pat dans ma main lu vie temporelle dos | sujets du roi Charles X. Mou pouvoir ne a'esereeque sur la vie spirituelle.

— Jouedomande pas grâce, ires-saint père, jo demanda justice.

— ■ De quoi est accusé votre père, mon flls 1

— H est accuse de vol et d'assassinat.

-»■> Et vous dites qu'il est innocent de ces deux crimes ?

— Je connais le voleur, je connais l'assassin.

— Mais pourquoi ue revelez-vous pas ce terrible secret ?

1- Ce n'est pas le mien : c'est celui de Dieu, c'est celui i!a confession.

Et, en sanglotant, Dominique, prosterné aux pieds du saint-père, frappa le parquet de son front.

Léon XII reganla le jeune homme avec un air de profonde commisération.

— Et vous Oies venu me dire, mon fil»?

— Je suis venu vous dire, ô liés saint père, à v»ti* IVvèqunde Home, le vicaire du Christ, le serviteur du Dieu, je suis venu vous dire : Dnis-je laisser mourir mon père quand j'ai 1A. sur ma poitrine, dans ma main, à vos pieds, la preuve de son innocence?

El le moine déposa aux pieds du souverain ponlife, mais rouverte d'une enveloppe, mais cachetée, la confi •ssion ne M. Gérard, écrite de la maiu de M. Gérard, signée de M. Gérard.

Puis, toujours à gêivotix. les deux nnins étendues vers le manuscrit, le r-'gard suppliant, les yeux en larmes, les lèvres tremblantes, le moine attendit lu réponse de son juge.

— Vous dites, mon fils, fit Léon XII d'une voix émue, que cet aveu a ele remis en vos nnins?

— Par le coupable lui-même, liés-suint père.

— A quelle condition ?

Le moine poussa un gémissement.

- A quelle condition? repela Léon X!l.

— A celle de ne le rendre public qu'après sa mort.

— Alors, allen lez la mort du coupable, mon lils.

— Mais mon père. . mon père?

Le souverain pontife se tut à son tour.

— Mou père va mourir, sanglota le moine, et mon père est innocent I

— ■ Mon lils, répondit le pape d'une voix lente mais ferme, mon fils, périsse un innocent, périssent dix innocents, pu-' risse le monde enlier plutôt qu'un dogme I

Dominique se r-dova le désespoir dans l'Ame, mai», chnso étrange, le visage calme.

Ses lèvres, retroussées par le sourire du dédain, burent ses deux dernières larmes.

Ses yeux se séchèrent comme si l'on cul passe un fer louge devant eux.

— C'est bien, trés-sainl pêre,-dit-il je vois que je n'ai plqs rien à espérer en co monde quo de moi-même.

- Vous vous trompez, mon fils, dit le pap*\ car je viens vous dire : Vous no révélerez pas la confession du coupable, et cependant votre père vivra.

— Sommes-nous au temps des miràcies, très-saint père? car je ne vois plus maintenant qu'un miracle qui puisse sauver mon pere.

— Vous vous (rompes, mon* fils ; car, sans que vous me révéliez rien, — le mystère de la confession est sacre pour* moi comme pour les autres, — sans que vous me révéliez rien, je puis écrire au roi de France que votre père est innocent, que je le sais, — si c'est un mensonge, je le prendrai sur moi, et j'espère que Dieu me le pardonnera, — et que je lui demande sa giuVe.

— S'Ujrâcef vous n'avez pas trouvé un autre mot A dire, très-saim-pére, et, en effet, il n'y a pas d'autre, mot que le mol i/race. Mais on ne fait gnlce qu'aux coupables; mon père est innocent, et, pour les innocents, il n'y a pas de grAee-. Mon père mourra donc.

Et le moine s'inclina respectueusement devant le représentant du Christ.

— l'as encore, s'écria Mon XII; nu vous en allez pas encore, mon flls! letlechissez.

Mais Dominique, pliant les genoux :

— lue seule faveur, très-sain t-pére, dit-il, voire bène diction.

-- Oh f de grand cœur, mon enfant ! s'écria Léon XII. Et il elendit le» mains.

— Votre btïnediclion in articula mortii, murmura le

moine

Le souverain ponlire hésita.

— Oue comptez-vous donc faire, mon eufaut? demanda t-il.

— Ceci, très-saiut-pèrc, c'esl mon secret, plus profond, plus muet, plus terriMe que celui de la confession.

Léon XII laissa tomber ses deux mains.

— Je ne puis bénir c»lui qui me quitte, dit-il, avec un secrel qu'il ne peut révéler au vicaire de Jesus-Christ.

— Alors, ce n'est plus votre bénédiction q.ie jo vous* demande, Irés-sainl-pére. ce sont vos prières.

— Allez, mon tils. elles ne vou.s'mauq leront pas.

Le moine s'inclina et sortit d'un pas ferme, lui qui était entre d'un pas tremblant.

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Ouanlau souverain pontife, la force lui manqua, et il se laissa retomber sur son fauteuil do bois en murmurant :

— 0 mou Dieu ! veillez sur cet enfant ; car il est de la race de ceux avec lesquels on faisait autrefois des martyrs.

Ausx. Dr vas.

(La tuite au prochain numéro.

HAROLP

or

LE DERNIER DES ROIS SAXONS

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