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qui craint do tout perdre ; rien de féroce comme le créancier à moitié paye.
Il iie fallait qu'une circonstance pour mettre le feu à l'Italie.
Celle circonstance se présenta.
On se rappelle Fnlvie.
Fulvie, cette veuve de Clodius, qui faillit embraser Home avec le bûcher de son premier mari, cette femme du prescripteur Antoine, qui avait ses proscriptions à elle et à laquelle son mari renvoyait lns tètes qu'il no connaissait pas.
Elle avait, par ordre des soldats, marié, à la suite des proscriptions, sa fille, la fille de Clodius, avec Octave.
Le mariage n'avait jamais été consommé, c'est vrai.
Eh bien. Fulvie était agitée de deux seutimeuls :
Elle était jalouse d'Antoine, qui faisait en Orient toutes sortes de folies que nous allons dire.
Ce qui ne l'empêchait pas, disait la chronique scandaleuse de Rome, d'avoir pour son beau-fils une tendresse qui dépassait les sentiments d'une belle-mère.
Or Octave, le restaurateur des mœurs romaines, comme on l'appela, fort débauche lui-même, comme nous le prouverons, savait admirablement résister à ses appétits charnels, qv.i ne furent jamais bien grands, quand sa faiblesse pouvait nuire à ses intérêts.
D'ailleurs, Fulvie pouvait être encore belle ; mais elle n'était plus jeune. Clodius avait ete tue il y avait dix ans ; supposez qu'elle eût eu vingt-six ans à l'époque de la mort de son mari, cela lui faisait ses trente-six ans bien comptes, dans un pays ou les femmes sont nubiles à dix. Octave n'eut donc pas même le mérite de Joseph.
I.ucius Autonius, troisième frère d'Antoine, et Fulvie, appelèrent à eux les mécontents —Les mécontents vont toujours à ceux qui les appellent. — Fulvie et Lucius Autonius promettaient monts et merveilles. -- Us réunirent deux ou trois légions, que Fulvie passa en revue l'épèe au cote.
Mais au momeut d'en venir aux mains, Fulviens et Oclaviens, qui ne voyaient guère que des coups A recevoir, déclarèrent qu'ils voulaient juger le différend, non pas l'epèe à la main, mais à l'amiable.
Et ils assignèrent aux deux plaideurs à main armée, la ville de Oabie pour y rendre leur sentence.
Mais Fulvie et Autonius ne prirent pas l'assignation au sérieux, ils envoyèrent paître le sénat botté.
Le sénat botte se fâcha.
L'armée préludait à ce grand drame, drame sanglant, ne je ne sais combien d'actes, et que I on appella depuis tes Prétoriens.
Octave, au contraire, se rendit docilement au désir de l'armée et profita du moment où ses ennemis étaient de mauvaise humeur pour les embaucher dans son parti.
Lucius Antonius, abandonne de la majeure partie des siens , s'enferma avec ceux qui lui étaient restes fidèles, et les gladiateurs que le sénat lui avait donnes à Terouse.
Octave ou plutôt Agrippa l'y assiega, bloqua la ville et lui lit souffrir une telle famine que force lui fut de se rendre.
La ville fut brûlée, tous les chefs égorgés, à l'exception de Lucius Autonius, et l'on allait étendre l'exécution aux simples légionnaires, ce qui était un moyen pour Octave d'avoir quittance de ce qu'il restait leur devoir, quand ses propres soldats prirent entre leurs bras ceux qu'ils venaient de combattre et qui etaientau bout du compte leurs vieux compagnons des guerres césariennes, et les sauvèrent de la vengeance d'Octave.
Trois cents chevaliers avaient ete égorges 1° jour anniversaire des ides de mars, c'était un holocauste aux mânes de César. .
Fulvie mourut de rage, laissant à Antoine une lettre à moitié effacée par ses larmes .
Mais Antoine, qui se déguisait cinq ans auparavant en messager alin de surprendre Fulvie, comme lleuri IV se déguisait on postillon pour suivre Madame de Conde, était troj) occupe d'amours nouvelles pour s'occuper de si vieilles amours.
Voyons un peu ce qu'il faisait, ou plutôt ce qu'il avait fait en Orient.
Les vingt mille sesterces, ou les cinq milledrachmes, ou les quatre mille cinq cents francs qui avaient ete promis aux veterants à Philippe*, l'avaient ete aussi bieu par Antoine que par Octave , de sorte que de même qu'Octave était oblige de trouver do l'argent, il fallait que de son côte Antoine en cherchât.
Ce fut d'abord auv Grecs qu'il s'adressa, et c'était tout simple puisqu'il était en Grèce. Mais ce fut saus dureté et sans exigence ; c'est qu'Antoine, grand rhètoricien, grand phraseur, orateur au style asiatique et ampoule, aimait les tirées de son époque, ampoulés comme lui ; aussi commenca-t-il par encourager et écouler les disputes des rhéteurs et des gens de lettres, il rendait la justice avec équité et douceur n'intitulant l'ami des Grecs et surtout des Athéniens—auxquels loin de les mettre à contribution, il. fit des présents considérables — ce que voyant les Megariens ils l'invitèrent a venir voir cher eux ce qu'ils avaient de curieux à voir.
Antoine y alla.
Les Megariens s'étaient fort engagés, Antoine avait vu tant de choses qu'il fallait qu'une chose frtt fort belle pour attirer son attention, aussi ne mesura-t-il le temple d'Apollon Pythien qu'avec l'intention de l'achever, et lorsqu'on lui demanda comment il trouvait le palais.
— Petit, répondit-il, et menaçant ruine.
Et il offrit aux Megariens de leur rebâtir leur palais comme il avait offert di leur achever leur temple.
Antoine offrait toujours, seulement il oubliait facilement ce qu'il avait offert, et quand il n'oubliait pas, il avait souvent offert si facilement qu'il ne savait comment tenir.
Il laissa Liu ius Censoiinus gouverneur de la Grèce et charge d'acquitter tous ses engagements, puis il passa en
Asie.
C'était là la tenc promise.
Aussi Antoine entrait il joycnsemenl.
Il avait auprès de lui un certain Anaxagore joueur de guitare, un certain Xathus joueur de lyre et un certain baladin nomme Mithrodore. C'étaient ses trois bouffons
Après eux venait une troupe de farceurs asiatiques qui par leurs grossières plaisanteries laissaient bien loin derrière eux les coquins de la même espèce qu'il avait amenés d'Italie : voyant l'exemple donné par le général, les chefs l'imitaient — c'était à qui aurait ses mimes,- ses chant» tirs et ses comédiens.
Son entrée A Ephùse fut surtout la merveille du genre. Son avant-garde se composait de trois cents femmes déguisées eu bacchantes et d'autant de jeunes gens vêtus en faunes et eu satyres, si bien que l'on ne voyait par toute la ville que thyrsès, couronnes de lierre, si bien que par toute la ville on n'entendait que le son des flûtes, des chalumeaux et des autres iustrumènts. On eut dit Thèbes la Béotienne au moment où Sophocle la montra aux Athéniens dans Œdipe roi, pleine tout à la fois d'encens, de cris de joie et de saugluts.
Mais au milieu de tout cela Antoine n'était pas méchant.
Il était avide et déprédateur, voilà tout ; aussi quelquesuns l'appelaient-ils le Hacchus bienfaisant et doux ; il est vrai que d'autres , par opposition , et c'était le plus grand nombre, l'appelaient Baechus Omettes ou Baechus AjrnoHiVfi, c'est-à-dire— le Itacchus auquel on immole des hommes ou le Baechus sauvage.
Et en effet c'était un capricieux .-naître que celui auquel était échu l'Asie; il oubliait parfois «pie les personnes fussent vivantes et il se portait l'héritier de leurs biens comme si elles eussent ete mortes. A Magnésie, un de ses cuisiniers lui ayant servi un excellent dîner, il lui donna en recompense une fort belle maison que l'on voyait des fenêtres de la salle à manger, saus s'inquiéter à qui appartenait celte maison ; enfin il imposa aux vilbs déjà ruinées un second tribut, ce qui lui fit dire par l'orateur Hybrias. qui défendait près do lui les intérêts de l'Asio :
. Si tu as le pouvoir de nous imposer deux tributs par an, tu as lonc aussi celui de nous donner deux êtes et deux automnes.
Il est vtni que l'Asie venait de payer deux cent mille talents, quelque chose comme onze cent millions.
On ni a donne, aux étrennes dernières , doux livres de vous qui m'ont beaucoup amusé, — le Casse-noisette et la Boulie de In reine Berlhe, — mais je sais ces deux coules là par ctrur, et j'en voudrais |»ien d'autres.
Maman me donne dix sous par semaiiîe, et, comme je suis très-économe , j'ai onze francs dans ma bourse.
Si vous voulez me promettre de faire des contes pour le* enfants, je m'abonnerai pour six mois; il me restera encore sept francs.
Monsieur Alexandre Dumas, je vous salue.
Adolphe IUllet,
rua dot» tïdolM,«-5.
Mon cher petit cnfanl.
Gardez vos quatre francs pour les donner aux quatre premières mères pauvres que vous rencontrerez portant des enfants daus un bras et demandant l'aumône de l'autre.
Je vais vous donner un conte, un conte d'enfant, comme vous le demandez. Seulement , en même temps qu'il amusera les petits lecteurs , je tacherai qu'il n'ennuie pas trop les grands.
C'est le premier, mais ce ne sera prolmblemenl pas lo dernier.
Tontes les fois qu'il y aura un conte du mémegtmn; dans le Monte-Cristo, vous le recevrez sans avoir à fouiller à votre petite bourse.
Continuez d'être économe, c'est une recommandation que l'on ne m'a point assez fuite quand j'avais votre âge.
Je vous embrasse sur vos deux joues, que j'espère être roses et bien portantes.
Mille choses a madame votre mère
Alex. Di mas.
Antoine ignorait lui-même les sommes effroyables qu'il avait reçues et dévorées, de sorte que lorsqu'on lui en mil lo chiffre sous les yeux, il en fut effrayé lui-même et s'ecria :
— Co n'est pas moi qui ai touché tout cela.
Ce à quoi le même Hybrias répondit :
— Si tu n'as point reçu les sommes énormes que nous avons payées, rèclaine-lê» à ceux qui les ont reçues; mais si les ayant reçues, tu les a dépensées, alors nous sommes perdus sans ressource.
Et notez que tout cet argent était destine ù la guerre des Parthes, el qu'avant que la guerre fut commencée, l'argent avait disparu.
Restait un empire qui n'avait encore rien payé, c'était le royaume d'Egypte. Il est vrai qu'il était plutôt sous la protection que sous la domination de l'empire romain.
Mais ou donna à Antoine une idée qu'il saisit avec empressement.
Cléopàtre, cette ancienne maîtresse de Sextus Pompée et de César, César mort à l'instigation de Se.xlns Pompée, probablement avait aideBrutuset Cassius dans leur guerre contre Antoine et César.
Cette idée qu'on donnait à Antoine était de faire venir Cléopàtre à Tarse pour lui rendre compte de sa conduite.
Si elle venait, elle était aux mains d'Antoine qui la rançonnait à son loisir.
Si elle refusait. Antoine lui déclarait la guerre et ne luisait qu'une bouchée d'Alexandrie.
Il envoya Dellius porter à la roine d'Egypte l'ordre de se rendre à Tarse, en se tenant prêt à marcher sur Alexandrie si elle refusait.
Mais bientôt il reçut l'avis que Cléopàtre ne faisait aucune difficulté et se rendait à ses ordres.
Seulement, pour éviter les fatigues d'un voyage de terre, elle remontait le Cydnus.
Alexandre Dumas.
[La suite au prochain numéro).
CORRESPONDANCE
» BanLuiix, 15 juin I8Ô7.
• Vous le savez, mon cher monsieur Dumas, . chose promise, chose duc. <
- Ne faites pas mentir le vieux proverbe, et donneznous bien vite, comme une bonne fortune promise, l'Etude de M. Alex. Dumas lils, sur les poésies de M. Alfred de Musset, étude impatiemment attendue par les nombreux admirateurs de votre bel et héréditaire talent.
. L'un des plus dévoues de tous vos li cteurs.
» Amèdée Olivier ni: Sunt-Eshut.
• S. J'attends de la courtoisie qui vouscniacteii.se, une ligne de réponse dans le prochain numéro de vnlre intéressant et spirituel journal le Monte-Cristo, louchant ma réclamation. .
Avec gi and plaisir, Monsieur, et ces deux lignes, les voici :
Je suis endosseur: Alexandre ne payant pas, je paierai. Incessamment l'élude sur Alfred de Musset.
Ar.r.WNimr. Dumas.
Monsieur Alexandre Dumas, Pourquoi donc ne laites von* do causeries que pour les grandes pcisonnes? Cela n'est pas juste, il me semble ; et maman, à qui je me sur-, plaint, m'a dit de vous écrire à ce
CAFSERIE EN MANIÈRE DE CONTE ou