‹ Le MonteCristoChapitre 76 sur 144 · PAR AU \WDRE DUMAS · texte numérisé non relu

PAR AU \WDRE DUMAS

Un beau volume jésus in-8' à deux colonnes

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JEUDI lt> JUILLET 1857.

Toute traduction et reproduction «ont Interdite».

JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROUANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE

, ri'BUK ET KKDtOB

PAR ALEXANDRE DUMAS, SEUL

On «'«bonne a Parla, an bureau du Journal, rue Notre-Dame <!«• "Victoire*. n° 1 1

Fui».

FRANCE

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Six moi*. 4 50

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ETRANGER-

Angleterre.

Belgique. .

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Naple».

l T n an, 13 fr. »»o.

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Piémont Un on, 15fr. »»c.

Portugal Un an, 11 50

PruMe. Un an, 13 50

Ruuaie Un an, 13 SO

Le* demande» d'abonnement* doivent être adresse**, franco, à M. Delavier, au bureau do jortrual, avec un* valeur »ur Pari* ou on mandat »or la port*.

CAUSERIE .AVEC MES LECTEURS

Uhers lecteurs,

Vous rappelez-vous où noua en étions à la fin de notre dernière causerie?

Nous eu étions arrives au débarquement à Palerme du roi Ferdinand , de la reine Caroline, des enfants royaux, de Nelson, d'Emma Lyonua, de lord Hamiltou et du ministre Acton.

Voie clair qui l'osera, dans ce triste et honteux dédale d'amour adultère et de tendresses lesbiennes.

Quant à l'amiral Carracciolo, il retourna a Naples avec le congé du roi.

Naples, pendant ce temps, avait ouvert ses portes ù Championnet et avait proclamé la République.

Tout ce qu'il y avait d'intelligence à Naples avait pris part à ce mouvement, Cyrillo, Pagano, Mentone, Conforti, Cimarosa, Hector Caraffa,la marquise San Felice, Elconoro Pimentai.*, le prince Torella, le prince Hiario, le marquis Cailetto, le chevalier Abamonli , l'orateur Poerio.

C'était la lumière pour tous ces grands esprits et tous ces grands cœurs, qui jusque-là avaient vécu dans les ténèbres.

Tout cela venait d'eclore République et républicains au soleil de la France.

Pendant ce temps, Nelson faisait l'amour à Païenne.— Voulez vous avoir une idée de l'état du cœur et de l'espril de ce double vainqueur.

Voici uu autre fragment d'une de ses lettres :

. Je loge toujours dans le palais de lady Hamilton; elle est mon conseil, ma confidente, mou secrétaire, ma garde malade. - ■ Ma santé, il est vrai, est altérée. Mais, tant que je respirerai, si la reine l'ordonne, je resterai ici pour la protéger. Mes pensées me dévorent et nie tuent, mon seul désir est quelquefois de descendre avec honneur dans la tombe, et, lorsque la volonté de Dieu m'y appellera, je recevrai la mort comme on reçoit un ami. Ce n'est point que je sois insensible aux richesses que mon roi et mon pays accumulent sur moi; mais je suis prêt à quitter ce monde de trouble, et je n'envie personne, excepté ceux dont le domaine immuable se compose de six pieds de terre. •

Si avant le meurtre de Carracciolo et les assassinats de Naples, Nelson enviait la mort, la mort dut alors être deux foi» la bieu-venue à Trafalgar.

Pendant que Nelson logeait chez lady Hamilton, faisait des Vœux pour la monarchie napolitaine et enviait les morts, un prêtre faisait le métier de général.

C'était le cardinal Fabrizio Ruffo — celui que dans une do ses lettres Nelson désirait voir pendre.

Il avait fait tout au monde prés du prince François , fils aJnè du roi de Naples et l'héritier prèeomptir de la couronne, pour le déterminer à se mettre à la tête du mouvement.

Mail le prince héréditaire penaa que c'était comprome ttre tttt p«n trop audaeieusemeot sa précieuse vie, que de combattra é» pe*i»nne pour la reprise du royaume de Naph*.

Il passa procuration a Corbara.

Qu'est-ce que Corltara? dcmanderei-vous, chers lecteurs.

Corbara était un honnête bandit de l'Age du prince, et qui lui ressemblait de visage.

Seulement, le prince était lâche, et Corbara était brave.

Trois autres vagabonds lui furent adjoints : de Cesare, Roccheciampe etColonna.

De Cesare était un ancien domestique à livrée

Roccheciampe, nu ancien soldat d'artillerie déserteur.

Colouna avait un avantage sur eux : il n'était rien du tout.

Corbara passa pour le prince François.

Coionna pour le connétable du royaume.

Roccheciampe pour le frère du roi d'Espagne.

De Cesare pour le due. de Saxe.

Ce fut avec ces éléments que l'on souleva la Calabre. A la téte de la Calabre soulevée, Ruffo marcha sur Naples.

Naples était bloquée du coh; de la mer par trois flottes, commandées par trois capitaines renommes.

Parla flotte anglaise, capitaine Foote.

Par la flotte russe, capitaine de Keraudy.

Par la Hotte turque, amiral Uonnieu.

À l'approche de Ruffo, les latzaroni se soulevèrent.

Les patriotes combattirent à la fois.

En mer, contre les Anglais, les Russes et les Turcs.

Aux portes de la ville, contre Ruffo et ses Calabrais.

Dans les rue.*, contre les lazznroni.

"Les patriotes succombèrent honorahlement ; une capitulation leur fut accordée par Ruffo, Foote, Kéraudy et Uonnieu.

L'article second portait :

Les garniions républicaines des deux châteaux sortiront acte les honneurs de la guerre, et seront respectées dans leurs personnes et dans leurs biens, meubles cl immeubles.

L'article troisième portait :

Elles pourront choisir de s'embarquer sur des vaisseaux parlementaires pour être transportées à Toulon, ou de rester dans le royaume, sans avoir rien à craindre ni pour rttfs, ni pour leurs familles.

C était clair, celait précis, c'était net.

la nouvelle de cette capitulation parvint à Paierais.

Tout le monde fut furieux : Nelson tout le premier, que cela ne regardait point.

En effet, il écrivait quelques jours avant à son ami l'amiral Troubridge, qui commandait un vaisseau du blocus.

— Annoncez-moi bientôtque l'on a coupé quelques tètes, il ne faut rien moins que cela pour me reconforter un peu.

Quelques têtes, c'était bien misérable, ni Caroline ni Ferdinand ne voulaient que Naples en fût quitte pour quelques têtes.

Aussi, comme Nelson à celte nouvelle était parti pour Naples en disant :

— Si cependant la capitulation est signée, il faudra bien qu'elle s'éxécute, la reine fit veniraa chère Emma Lyonoa

BUe lui confia une lettre conçue en ce* ternies :

■ La Providence vous remet le soin de la monarchie Napolitaine, je n'ai pas le temps de vous écrire une lettre détaillée sur le service immense que nous attendons de vou6, milady, mon amie et mon ambassadrice, tous exposera ma prière et tonte la reconnaissance de votre affectionnée ,

• CaHOIIÎO!. «

Dans cette lettre était contenu un décret du roi portant :

• Que l'intention du roi n'avait jamais été de traiter avec âes sujets rebelles, qu'en conséquence, les capitulations des forte étaient révoquées, que lea partisans de la prétendue république Parthénopéertne étant plus Du moins coupables de lése-majestè, uue junte d'elat serait établie pour Ie3 juger, et punirait les plus coupables par la mort, les autres par la prison et l'exil, tous par la confiscation de leurs bh-ns. »

A la rigueur, le roi et la reine pouvaient écrire ces choses, ils n'avaient rieu signé, ils voyaient les événements accomplis, au point de vue de leur pouvoir abaissé, de leur dignité compromise.

Mais Nelson !

Nelson! l'homme du peuple, Nelson ! le fils d'un pauvre ministre de village de Burnhamtorp, Nelson, dont la parole était engagée par la signature de son représentant, Nelson, qui dans tous ses démêles de peuple à roi devait être calme, impartial et froid comme la statue de la justice, Nebon sur lequel l'Europe avait les yeux ouverts et dont le inonde n'attendait qu'un mot pour le proclamer le défenseur de l'humanité, comme il était déjà l'élu de la gloire, Nelson, quelle excuse avait-il, et que repondrait-il à Dieu, quand Dieu lui demanderait compte de l'existence de tant de milliers d'hommes, et quels hommes? Vous allez les voir mourir — sacrifies à un fol amour !

Le navire qui portait Emma Lyonna aborda un soir h vaisseau qui portait Nelson.

Lue heure après, le léger bâtiment repartait pour Palerme avec cette seule réponse :

— Tout va bien.

Comptez les lettres qui composent ces «rois moto, phu de milliers d'hommes mourront que dans ces trofr moi* il n'y a de lettre*

Le lendemain, la capitulation était déchirée.

Le roi Nasone, qui prétendait que Ton pouvait gouverner Naples avec trois F, Festa, Força, Farina, — fête, potence et farine, n'avait plu» besoin que d'un F, Força.

n allait s'en donner A cœur joie.

Parmi toutes ces victimes que s'apprêtait à faire la haine de Ferdinand et deCaroline, 11 y en avait une qui devait être sacrée à Nelson, et dont il devait défendre et sauvegarder la tète même avant la sienne.

C'était celle de l'amiral Carracciolo.

Nous l'avons vu conduire le roi à Païenne, et nous l'avons vu revenir à Naples avec le congé du roi.

A Naples, il avait pris parti pour les républicains ; il avait combattu avec eux, et était garanti comme eux par le traité.

Tout A coup le bruit se répandit que la capitulation avait été amenée des mains du capitaine Foote par Nelion, déchirée et jetée à la mer.

Que Rufîo, le sauveur de la famille royale, le Charrette calabrais, avait été appelé surle Foudroyant ,pour qu'il eût a entendre que la capitulation qu'il avait faite n'était point valable.

Mais lui ne s'était pas laissé intimider, et avait déclaré que si la capitulation signée par lui n'était pas reconnue, il quitterait Naples avec ses soldats, ne voulant pas rendre ta cause de Dieu complice de la cause royale.

Lady Harnilton le chaasa du foudroyait, en disant qu'elle prenait tout sur elle. ,

Ruffo se retira, en disant aux chefs républicain» qu'ils n'avaient plus qu'une ressource, celle de la fuite.

Beaucoup refusèrent ce moyen de salut : quelques-uns cédèrent aux instances qui leur furent faites.

Carracciolo hit du nombre.

Ses amis l'avaient forcé de quitter le for» sous les habits d'nn paysan calabrais.

Trahi par un domestique, il fut pris dans la chambre où il s'était caché, ramené A Naples les mains liées derrière le dos et jeté en prison.

A peine Nelson sut-il son arrestation qu'il le réclama.

Ce fut un cri de joie dans Naples.

Nelson, bien certainement, réclamait son collègue, son ancien compagnon d'armes du temps où les flottes anglaise et napolitaine étaient combinées, pour l'arracher A la junte d'Etat, pour l'abriter sous le pavillon britannique.

Il n'en était rien, Nelson réclamait Carracciolo pour le faire pendre.

Yen* ne voulez pas le croire, chers lecteurs, je le comprend» : par malheur, l'histoire est là.

Ceint i bord même du Foudroyant, où Nelson donnait à son tour l'hospitalité A lady Harnilton , que Carracciolo fut transporté et que son procès fut instruit par une commission militaire, présidée par le comte de Thurn.

Carracciolo demanda le temps de réunir les pièces dont il avait besoin pour sa défense.

Le comte de Thurn transmit A Nelson cette demande, fini paraissait juste à la commission.

— Inutile, répondit Nelson , quand tes faite parlent , il n'y a pas besoin de preuve*. Instruise*.

Le procès commença A neuf heures du matin.

A raidi, te comte de Thurn vint dire A Nelson que l'accusé était condamne à me prison perpétuelle.

11 avait 75 ans.

— Vous vous trompez , M. le comte , dit Nelson , il est condamne à la peine de mort.

Et la cour gratta le mot prison et écrivit le mot mort A l» place.

A une heure, on vint dire A Nelson que le condamné demandait, pour toute grâce, d'être fusillé au lien d'être pendu.

— Il faut que la justice ait son cours, dit Nelson.

Une heure après, le condamné, garrotte pour le supplice, fut descendu du Foudroyant dans une chaloupe , et conduit A bord de la Minerva. son propre bâtiment.

Pour que la justice eût son cours complet, c'était sur sou proprw bâtiment que Carracciolo devait être pendu.

C'était le vaisseau hien-aimé de l'amiral , celui sur lequel il combattait de préférence la tempête et l'ennemi. Il l'avait toujours soigne comme un père soigno son enfant, et néanmoins, pendant le temps qu'il était resté A bord des vaisseaux anglais, il avait remarque une foule de petits détails de construction qui faisaient alors et qui font encore de la marine de la Grande-Bretagne la première marine du mond*. Ces détails, il les expliquait A un jeûna officier napolitain qui avait servi soiu> lui, et il en était ar- * rivé A un point important de sa démonstration, lorsque le greffier s'avança vers lui. le jugement A la main.

Carracciolo s'interrompit, écouta le jugemont,— puis, te lecture terminée :

- Je disais donc, reprit l'amiral, — et il continua sa démonstration A l'endroit même où l'arrêt de mort l'avait interrompue.

Dix minutes après, le corps de l'amiral se balançait suspendu au bout d'une vergue.

Le soir, on coupa la corde, on attacha un boulet de trente-six aux pieds du cadavre et on le jeta A la mer.

Douze heures avaient suffi pour rassembler la cour, porter le jugement, exécuter la sentence et faire disparaître jusqu'à la dernière trace du condamné.

Le surlendemain de l'exécution de Carracciolo, en signala une flottille venant de Sicile, — c'étaient le roi Nosotte et la reine Caroline qui rentraient prendre possession de leur royaume.

Ma's le rai Nasone était un prince prudent II n» regardait pas encore le sol de Naples comme bien affermi ; il résolut de stationner quelques jours dans le port et de recevoir ses fidèles sujets sur son vaisseau.

Bientôt le vateseau fut entouré de barques; c'étaient des ministres qui apportaient des ordonnances, c'étaient des députés qui venaient débiter des harangues, c'étaient des courtisans qui Tenaient mendier des places. Tous lunrot reçus avec ce visage souriant et paternel d'un roi qui rentre dans son royaume. Quelques barques seulement furent écartées comme Importune» : c'étaient celles qui portaient quelques ennuyeux solliciteurs venant demander la grâce de leurs parente condamnés A mort.

La soirée se passa en féte : il y eut iliuauanttoa et concert sur le vaisseau.

Or, écoutes que je vous dise, cbers lecteurs, l'ètr&uge spectacle qu'éclaira celte illumination . alteudes que je vous raconte l'événement inouï qui troubla ce concert :

C elait dans la nuit du 30 juin ou 1«* juillet : te roi était fatigué de tout ce bruit, de toutes ces adulations, de toutes ces lâchetés, car Nasone était homme d'esprit avant tout, et son regard voyait tout d'abord te fond de la chose. Il monta seul sur le pont et alla s'appuyer au bastingage du gaillard d'arrière, et, tout en sifflotant un air de chasse, il se mit à regarder cette mer infinie, si calme et si tranquille qu'elle réfléchissait toutes les étoiles du ciel. Tout A coup, à vingt pas de lui. du milieu de cette uappe daaur surgit un homme qui sort de l'eau jusqn'A ta ceinture et demeure immobile en face de lui. Le roi fixe tes yaux sur l'apparition, tressaille, regarde encore, pâlit, vent reculer, et sent ses jambes qui lui manquent ; i! veut appâter et •

a voix qui le trahit. Alors, immobile, l'œil fixe, les cheveux hérissés, la sueur au front, il reste cloue par la terreur.

Cet homme qui sort de l'eau jusqu'à la ceiulure, c'est l'ancien ami du roi, c'est le condamné de la surveille, c'est l'amiral Carracciolo, qui, la tété haute, la face livide, la chevelure ruisselante, s'incline et se redresse à chaque mouvement de la houle, comme pour saluer une dernière fois le roi.

Enfin les liens qui retenaient la langue de Ferdinand se brisent, et l'on entend ce cri terrible retentir jusque dans les entrailles du bâtiment.

— Carracciolo ! Carracciolo ! . . .

A ce cri, tout le monde accourt ; mais au lieu de s'évanouir, l'apparition reste visible pour tous Les plus braves s'émeuvent. Nelson, qui, enfant, demandait ce que c'était que la peur, pâlit d'émotion et d'angoisse, et répète l'ordre donne par le roi do gouverner vers la

Alors, en un clin d'œil, le bâtiment se couvre de voiles, s'incline et glisse doucement vers Sainte-Lucie, poussé par la brise de mer ; mais voilà, chose terrible ! que le cadavre, lui aussi, s'incline, suit le sillage, et, mû par la force d'attraction, semble poursuivre son meurtrier.

En ce moment, le chapelain parait sur le pont ; le roi se jette dans ses bras: — Mou père ! mon père ! s'ècrie-t-il, que demande donc ce mort qui me poursuit ?

— Uno sépulture chrétienne, répond le chapelain.

— Qu'on la lui donne, qu'on la lui donne à l'instant même ! s'écrie Ferdinand en se précipitant par l'ècoutillc, afin de ne plus voir cet étrange spectacle.

Nalson ordonna de mettre une barque à la mer et d'aller chercher le cadavre ; mais pas un matelot napolitain ne consentit à se charger de cette mission. Dix mateloU anglais descendirent dans la yole, huit ramé; eut, deux tirèrent le cadavre hors de l'eau. La cause du miracle fut alors connue.

L'amiral, comme noua l'avons dit, avait été jeté à la mer avec un boulet de trculc-six seulement attaché aux pied». Or, le corps s'était enflé dans l'eau, et le poids étant trop faible pour le retenir au fond, il était remonte à la snrface de la mer, et, par un effet d'équilibre, il s'était dressé jusqu'à la ceinture , puis, poussé par le vont et entraîné par le sillage, il avait suivi le vaisseau.

Le lendemain il fut enterre dans la petite église de Sainte-Marie-à-la-Chalue. Après quoi, le roi lit sou entrée triomphale dans la capitale, et régna paisiblement sur son peuple, jusqu'au moment où Napoléon lui fit dire qu'il avait disposé du trône en faveur de son frère.

Mais ceci sort de notre sujet, revenons-y.

Ce fut une curieuse et effroyable chose à voir que Naplcs pendant ces trois mois de sanglantes orgies.

Tout ce qu'il y avait de grand ou d'intelligent y passa.

Il y eut alors, parmi les accuses ou les condamnes , des traits de courage merveilleux.

La junte royale était présidée par Speziale.

Les autres juges s'appelaient — l'histoire est parfois cruelle, et il y a des noms qu'elle n'oublie pas — les autres s'appelaient Quidobalo, Caslelcicala, Damiaui , Sambuti, Savarclli.

Le premier qui parut devant ces juges- bourreaux était Mcntone, le défenseur du château de l'Œuf.

— Qu'as-tu fait pendant la république , lui demanda Speiiale.

— J'ai capitulé, répondit Mentone.

Et à chaque question qu'on lui adressa, il se contenta de

répondra :

— J'ai capitulé.

C'était cette capitulation de Mentone qu'avait déchirée

Nelson.

— Nomme tes complices, dit Speziale à Nicolo Palumba, ou je t'envoie à la mort.

— Oh [ dit le jeune homme, j'irai bien sans toi.

Il s'élança par la fenêtre , ouverte à cause de la chaleur 11 se brisa la tète sur le pavé.

— Quelle est ta profession sous Ferdiuand? demande Speziale à Linllo.

— Médecin, repond celui-ci.

— Sous la république, qu es-tu deveuuT

— Représentant du peuple.

— Et devant moi, maintenant, qu'es- tu?

— Devant toi, lâche, un héros !

Cirillo et Pagano sont conduits ensemble à la potence. Arrivés au pied du gibet , ils disputent à qui mourra le premier.Cirillo se baisse, prend deux pailles d'inégale longueur.

— A la courte paille, dit-il à Pagano.

Et, le yourire sur les lèvres, ils tirent à la courte paille à qui mourra le premier.

Heclor Caraffa était oondamné , lui , à avoir la tète 1 chée. Sur l'echafaud, le bourreau lui demande i quelque chose.

— Oui, dit il, je désire regarder le fer.

Et, au lieu de le coucher sur le ventre, on le couche sur le dos.

Eleonore Pimentale, une femme admirable, quelque chose comme madame de Staél, madame Girardin ou madame Sand, coupable d'avoir rédigé le Moniteur Partheaopéen pendant la republique, est condamnée à être pendue. Par un raffinement obscène, sa potence à elle est le double de hauteur des autres.

Au pied de l'echafaud on espère qn'elle demandera sa grâce.

— J'ai ordre, lui dit Speziale, de fa me demanderas.

— Alors, repond-ellc, fais moi donner nn caleçon. Pendant ce temps, les bons lazaroni faisaient de leur

mieux ; ne pouvant pendre et décapiter eux-mêmes, ils attendaient en chantant et en dansant, au pied de l'echafaud et de la potence, les cadavres qui sortaient des mains du bourreau, les jetaient dans des bûchers, puis lorsqu'ils étaient cuits, ils en grignotlaient selon leur goût celui-ci le foie, celui-làle cœur, tandis que d'autres portés par leur nature à des amusements plus champêtres se faisaient dessif fletsavec les os des bras et des flûtes avec ceux des jambes.

C'est un peuple si musical que le peuple Napolitain.

Cela dura trois mois ainsi.

Pendant trois mois on pendit cl on décapita.

Deux bourreaux moururent à la peine, un troisième donna sa démission.

Quant à Nelson, â qui la ville de Londres avait offert ane èpèe, que le roi d'Angleterre avait nommé chevalir dn Bain, baron du Nil, pair du royaume, pour Teneriffe, Cal vi. Vera-Cruz et Aboukir, pour cette capitulation déchirée il reçut de la reine une épee enrichie de diamants, et fut nommé par le roi duc de Bronlc ou du Tonnerre, avec un reveuu d'un million.

Tout cela sans compter l'amour d'Emma Lvonna.

Il est vrai que cet amour fut son châtiment.

Nous n'en avons pas encore Uni avec l'homme de la Colonne de Traialgar.

{Le reste au prochain numéro.) Alex. DUMAS.

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